{"id":2848,"date":"2016-06-28T20:27:26","date_gmt":"2016-06-28T19:27:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2848"},"modified":"2016-06-28T20:29:52","modified_gmt":"2016-06-28T19:29:52","slug":"marchand-octave-1881-apres-le-1er-fevrier-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/06\/28\/marchand-octave-1881-apres-le-1er-fevrier-1963\/","title":{"rendered":"Marchand, Octave (1881-apr\u00e8s le 1er f\u00e9vrier 1963)"},"content":{"rendered":"<p>Octave Marchand est n\u00e9 \u00e0 Saint-P\u00e9ravy-la-Colombe, dans le Loiret. En ao\u00fbt 1914, il est clerc de notaire \u00e0 Montlh\u00e9ry (Seine-et-Oise), mari\u00e9, p\u00e8re de trois enfants. Il apprendra la naissance de son quatri\u00e8me enfant en octobre 1914.<br \/>\nLe 3 ao\u00fbt, il rejoint le 131e RI \u00e0 Orl\u00e9ans, o\u00f9 il est affect\u00e9 comme sergent fourrier \u00e0 la 25e Cie de d\u00e9p\u00f4t. Il assiste \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des r\u00e9servistes, des \u00ab\u00a0d\u00e9serteurs\u00a0\u00bb, des engag\u00e9s volontaires (Alsaciens-Lorrains, Russes, Polonais, Italiens) et des premiers bless\u00e9s \u00e0 partir du 21 ao\u00fbt.<br \/>\nLe 26 ao\u00fbt, Octave part au front. Il rejoint le 131e RI en Argonne et devient sergent fourrier au 1er bataillon. Le r\u00e9giment se d\u00e9place dans la r\u00e9gion comprise entre Bar-le-Duc et Dun-sur-Meuse, en subissant de nombreuses pertes. Vient ensuite la vie des tranch\u00e9es : en for\u00eat d\u2019Argonne, \u00e0 Vauquois, \u00e0 Boureuilles, \u00e0 la cote 263.<br \/>\nLe 23 novembre, il assiste \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de deux soldats, l\u2019un du 131e, l\u2019autre du 113e, et note que \u00ab beaucoup de soldats murmurent et critiquent cette ex\u00e9cution \u00bb.<br \/>\nEn janvier 1915, Octave Marchand est devenu le plus ancien sous-officier de sa Cie. Cet \u00e9tat lui vaut d\u2019\u00eatre nomm\u00e9, deux mois plus tard, au Quartier G\u00e9n\u00e9ral du 5e Corps d\u2019arm\u00e9e bas\u00e9 \u00e0 Clermont-en-Argonne, o\u00f9 il \u00e9chappe momentan\u00e9ment aux dangers du front.<br \/>\nLe 1er juin, il reprend sa fonction de sergent fourrier au 131e RI, combattant toujours en Argonne : cotes 263 et 285, ravin des Meurissons.<br \/>\nLe 1er juillet, il est d\u00e9sign\u00e9 comme fourrier adjoint au Major du cantonnement, situ\u00e9 au Claon, en for\u00eat d\u2019Argonne. Il y restera un an, jusqu\u2019en juillet 1916, \u00e9tant charg\u00e9 des travaux d\u2019am\u00e9nagement et de l\u2019inhumation des soldats d\u00e9c\u00e9d\u00e9s \u00e0 l\u2019ambulance. En juillet et ao\u00fbt 1915, il d\u00e9plore l\u2019attitude des 300 terrassiers civils envoy\u00e9s par la Bourse du Travail de Paris, qui se plaignent d\u2019\u00eatre trop pr\u00e8s du front, mal log\u00e9s, mal nourris, et pr\u00e9f\u00e8rent rentrer \u00e0 Paris.<br \/>\nLe 2 ao\u00fbt 1916, Octave est affect\u00e9 \u00e0 la Cie Hors Rang du 131e RI. En ao\u00fbt, il s\u00e9journe au camp de Mailly dans l\u2019Aube, o\u00f9 les 3000 soldats russes lui font une excellente impression. De mi-septembre \u00e0 mi-novembre, il est dans la Somme, aux alentours de Bray-sur-Somme. Il y c\u00f4toie les soldats Anglais, dont il juge l\u2019uniforme kaki moins visible que la tenue bleu horizon ; il rencontre des soldats malgaches employ\u00e9s \u00e0 l\u2019extraction de la pierre, ainsi que des soldats noirs travaillant \u00e0 la r\u00e9fection des routes, qui lui font peine \u00e0 voir ; il croise des groupes de prisonniers allemands ext\u00e9nu\u00e9s de fatigue.<br \/>\nEn janvier 1917, Octave Marchand rejoint sa Cie Hors Rang dans l\u2019Aisne, aux environs de Berry-au-Bac, o\u00f9 il est charg\u00e9 du cantonnement. L\u2019hiver est tr\u00e8s froid, la nourriture g\u00e8le. Il remarque les travaux de camouflage effectu\u00e9s sur les routes en pr\u00e9vision de l\u2019attaque du 16 avril entre Reims et Soissons, et compte l\u2019arriv\u00e9e de 150 tanks. Les jours suivants, il voit passer les prisonniers allemands en piteux \u00e9tat. Fin mai, il apprend les actes d\u2019indiscipline survenus, entre autres, sur le front de l\u2019Aisne et note que des troubles ont eu lieu aux 4e, 82e, 113e et 313e RI du 5e Corps d\u2019Arm\u00e9e. Le 16 juillet, il conduit six soldats appartenant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, condamn\u00e9s par les Conseils de guerre \u00e0 remonter au front.<br \/>\nLe 19 juillet, \u00e0 la suite d\u2019une circulaire concernant les p\u00e8res de quatre enfants, il quitte le 131e RI pour int\u00e9grer le 5e bataillon du 66e RIT (R\u00e9giment d\u2019infanterie territoriale) bas\u00e9 au sud de Fismes. Avant son d\u00e9part, il est d\u00e9cor\u00e9 de la croix de guerre. Il devient fourrier de la 23e Cie, dont les hommes travaillent dans des carri\u00e8res, sur les routes ou dans les gares.<br \/>\nLe 7 octobre, il visite un camp de prisonniers allemands \u00e9tabli \u00e0 Mont-sur-Courville et constate que les Alsaciens et les Polonais y sont s\u00e9par\u00e9s des Prussiens, \u00ab car l\u2019entente est loin de r\u00e9gner entre eux \u00bb.<\/p>\n<p>Le 1er novembre, il est affect\u00e9 \u00e0 la TM 112 (Transport de mat\u00e9riel) et doit r\u00e9gler la circulation des voitures sur la route de Soissons \u00e0 Reims. Sur cette route tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e, il voit pour la premi\u00e8re fois des autos et ambulances am\u00e9ricaines.<br \/>\nLe 11 janvier 1918, il est affect\u00e9 au 126e RI, pr\u00e8s de Ch\u00e2teau-Thierry. Il y effectue des travaux de secr\u00e9tariat administratif. Le 24 janvier 1919, il est d\u00e9mobilis\u00e9 \u00e0 Vincennes.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin de la guerre, Octave Marchand commence \u00e0 recopier ses carnets de guerre en y ajoutant des remarques ; il ne terminera leur copie qu\u2019en 1952. Il recevra la m\u00e9daille militaire en 1960 et la m\u00e9daille de l\u2019Argonne en 1963. La date de son d\u00e9c\u00e8s n\u2019est pas indiqu\u00e9e.<br \/>\nSes cahiers ont \u00e9t\u00e9 transmis par sa petite-fille \u00e0 Genevi\u00e8ve Lavigne-Robin et son mari, qui en ont effectu\u00e9 la transcription, tandis que Nicole Fioramonti a r\u00e9dig\u00e9 la pr\u00e9face et des introductions historiques.<\/p>\n<p>Octave Marchand refuse le nom de \u00ab\u00a0poilus\u00a0\u00bb : \u00ab Nous ne sommes pas des mousquetaires de l\u2019ancien temps, \u00e0 la recherche d\u2019aventures et de glorification \u00bb (11-15.02.1915), et n\u2019utilise jamais le mot \u00ab\u00a0Boches\u00a0\u00bb. D\u00e8s le 18 septembre 1914, il rel\u00e8ve son insensibilit\u00e9 : \u00ab Ces douleurs, ces plaintes, cette horrible vision du sang qui coule \u00e0 flot des blessures, n\u2019ont plus d\u2019effet sur moi ; mon c\u0153ur, jadis si sensible, est devenu dur comme pierre. \u00bb<br \/>\nPendant les huit premiers mois de la guerre v\u00e9cus sur le front, le ton de ses carnets est plus vindicatif qu\u2019il ne le sera ensuite, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. \u00ab Messieurs les Officiers de l\u2019\u00e9tat-major auraient d\u00fb venir s\u2019assurer de la difficult\u00e9 de l\u2019entreprise avant d\u2019ordonner l\u2019attaque [de Vauquois] avec de si faibles effectifs. C\u2019est sacrifier beaucoup d\u2019hommes inutilement, car nos pertes sont lourdes, le terrain est couvert de morts et de bless\u00e9s \u00bb (09.12.1914). Et le 3 janvier 1915, il \u00e9crit : \u00ab les pauvres condamn\u00e9s \u00e0 mort que nous sommes ! \u00bb<br \/>\nAu Quartier G\u00e9n\u00e9ral de Clermont-en-Argonne, il est surpris de l\u2019attitude des officiers : \u00ab Chaque jour, nos avions font des reconnaissances au-dessus des lignes ennemies, je remarque que les officiers de l\u2019\u00e9tat-major n\u2019ont pas l\u2019air d\u2019attacher grande importance aux rapports des aviateurs, qu\u2019ils lisent, le sourire aux l\u00e8vres, en faisant parfois des r\u00e9flexions d\u00e9sobligeantes pour les aviateurs \u00bb (11.04.1915).<br \/>\nEn mai 1917, il attribue les mutineries \u00e0 cinq causes : retard dans les tours de d\u00e9part en permission, exercices et corv\u00e9es inutiles pendant les p\u00e9riodes de repos, maintien des m\u00eames troupes d\u2019attaque dans des secteurs devenus mortif\u00e8res, influence des gr\u00e8ves, \u00e9v\u00e9nements de Russie. Il s\u2019indigne : \u00ab A Orl\u00e9ans, des femmes gr\u00e9vistes sont assez insens\u00e9es pour crier : \u00ab\u00a0Vive les Allemands\u00a0\u00bb et jeter des fleurs \u00e0 des prisonniers qui sont, peut-\u00eatre, l\u2019auteur de la mort d\u2019un fr\u00e8re, d\u2019un p\u00e8re, d\u2019un mari, ou fianc\u00e9. \u00bb<br \/>\nEn novembre 1917, il voit travailler des S\u00e9n\u00e9galais, des Malgaches et des Annamites sur la route de Soissons \u00e0 Reims, et note : \u00ab Tous ces pauvres bougres paraissent transis de froid, dans notre climat brumeux et froid. Ils doivent, sans doute, eux aussi, regretter le beau soleil de l\u2019Afrique et de l\u2019Asie. Et que doivent-ils penser de la civilisation que nous leur avons inculqu\u00e9e ! \u00bb<br \/>\nDans les derni\u00e8res pages, Octave Marchand se livre \u00e0 un vigoureux r\u00e9quisitoire de 40 lignes d\u00e9non\u00e7ant les souffrances des fantassins : \u00ab Il para\u00eet que ce n\u2019\u00e9tait rien d\u2019avoir quitt\u00e9 foyer, famille, affaires, pour venir d\u00e9fendre son pays. [\u2026] Ce n\u2019\u00e9tait rien que d\u2019avoir risqu\u00e9 sa vie des jours et des nuits, d\u2019\u00eatre rest\u00e9 l\u00e0, sto\u00efque dans un foss\u00e9 naus\u00e9abond, \u00e0 la merci des balles de fusil et de mitrailleuses, des grenades, des obus de tous calibres, des gaz, des lance-flammes et de tous les engins de mort, invent\u00e9s par les hommes [\u2026] \u00bb, et termine en d\u00e9non\u00e7ant l\u2019injuste distribution des m\u00e9dailles.<\/p>\n<p><em>L\u2019Enfer au quotidien. Carnets de route du Sergent fourrier Marchand<\/em>, Paris, Editions Osmondes, 1999, 487 pages.<\/p>\n<p>Isabelle Jeger, juin 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Octave Marchand est n\u00e9 \u00e0 Saint-P\u00e9ravy-la-Colombe, dans le Loiret. En ao\u00fbt 1914, il est clerc de notaire \u00e0 Montlh\u00e9ry (Seine-et-Oise), mari\u00e9, p\u00e8re de trois enfants. Il apprendra la naissance de son quatri\u00e8me enfant en octobre 1914. Le 3 ao\u00fbt, il rejoint le 131e RI \u00e0 Orl\u00e9ans, o\u00f9 il est affect\u00e9 comme sergent fourrier \u00e0 la &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/06\/28\/marchand-octave-1881-apres-le-1er-fevrier-1963\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Marchand, Octave (1881-apr\u00e8s le 1er f\u00e9vrier 1963)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[421,982,174,102,131,66,983,818,3,10],"tags":[984,321,567,305,261],"class_list":["post-2848","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-113e-ri","category-126e-ri","category-131e-ri","category-1991-2000","category-313e-ri","category-4e-ri","category-66e-rit","category-82e-ri","category-carnet","category-combattant-infanterie","tag-coloniaux","tag-critique-des-officiers","tag-mutineries","tag-prisonniers","tag-tanks"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2848","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2848"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2848\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2848"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2848"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2848"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}