{"id":286,"date":"2010-11-03T17:02:31","date_gmt":"2010-11-03T16:02:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=286"},"modified":"2021-09-12T19:25:04","modified_gmt":"2021-09-12T18:25:04","slug":"croste-bernard-henri-1896","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/11\/03\/croste-bernard-henri-1896\/","title":{"rendered":"Croste, Bernard-Henri (1896-1964)"},"content":{"rendered":"<p><strong> <\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> <\/strong><strong>Le t\u00e9moin<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>N\u00e9 le 18 d\u00e9cembre 1896 \u00e0 Est\u00e9nos, en Haute Garonne, dans une famille de colporteurs, il perd sa m\u00e8re en 1903 et est confi\u00e9 \u00e0 sa tante avant d\u2019\u00eatre plac\u00e9 en pension chez un instituteur \u00e0 Ore. Il suit la formation de l\u2019\u00e9cole primaire sup\u00e9rieure de 1910 \u00e0 1912 et obtient le brevet sup\u00e9rieur. Admis \u00e0 l\u2019\u00e9cole normale d\u2019instituteurs de Toulouse, il est instituteur int\u00e9rimaire en 1914. Classe 16, il est d\u00e9clar\u00e9 bon pour le service le 4 janvier 1915 et est incorpor\u00e9 le 12 mars comme soldat de 2<sup>e<\/sup> classe. Croste part pour Saint Cyr en tant qu\u2019\u00e9l\u00e8ve aspirant, grade qu\u2019il obtient \u00e0 sa sortie le 15 octobre 1915. Il rejoint le 144<sup>e<\/sup> RI. Il sera affect\u00e9&nbsp; successivement au 46<sup>e<\/sup> RI (3 d\u00e9cembre 1915), puis au 329<sup>e<\/sup> RI (5 octobre 1916).<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier-mars 1917, il est dans l\u2019Aisne et occupe le secteur de V\u00e9nizel. Son r\u00e9giment est rattach\u00e9 au 1<sup>er<\/sup> corps colonial, g\u00e9n\u00e9ral Mangin. Le 15 avril, il se place face \u00e0 son objectif&nbsp;: le Chemin des Dames vers Laffaux (JMO&nbsp;: B\u00e9thancourt\/le Bosquet\/Pr\u00e9 Gayan). Il n\u2019est pas engag\u00e9. Le 19 avril, le r\u00e9giment se positionne \u00e0 Cond\u00e9-sur-Aisne. Entre le 20 avril et le 4 mai, le r\u00e9giment rel\u00e8ve le 224<sup>e<\/sup> RI au nord de Cond\u00e9, puis occupe Sancy, les fermes Volvreux et Colombes. Il prend part aux combats du 5 mai&nbsp;: attaque de la tranch\u00e9e de la Pertuisane, prise et perte de la tranch\u00e9e de la Rade, etc. La rel\u00e8ve est effectu\u00e9e dans la nuit du 17 au 18 mai. Apr\u00e8s quelques jours de repos, le r\u00e9giment remonte en ligne dans le m\u00eame secteur. Croste \u00e9voque les mutineries dans une consid\u00e9ration tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale (p.80). Le r\u00e9giment remonte en ligne en juillet&nbsp;: attaque de la tranch\u00e9e de Franconie le 15 juillet (\u00e9chec), de la tranch\u00e9e de Camberg le 23 juillet (150m gagn\u00e9s), forte attaque allemande le 25 juillet. Il est relev\u00e9 le 29. Croste est nomm\u00e9 sous lieutenant le 21 ao\u00fbt 1917 et cit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre de la Division et du Corps d\u2019Arm\u00e9e. Son r\u00e9giment occupe toujours ce secteur en d\u00e9cembre 1917 puis part au Grand Repos dans l\u2019Oise jusqu\u2019en mars 1918. Apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de l\u2019offensive allemande&nbsp;et la perc\u00e9e du front anglais au nord de St Quentin, son r\u00e9giment doit se replier \u00e0 Guiscard dans l\u2019Oise. Croste est captur\u00e9 le 25 mars 1918, pendant la bataille de Noyon. Intern\u00e9 jusqu\u2019au 27 novembre 1918 en Allemagne au camp d\u2019officiers de Tr\u00eaves, il rentre en France en fin novembre et passe au 9<sup>e<\/sup> tirailleurs de marche le 22 mars 1919 et part au Maroc en juin. D\u00e9mobilis\u00e9 le 30 septembre, il d\u00e9cide de s\u2019installer au Maroc \u00e0 partir de 1924. Il y sera instituteur.<\/p>\n<p>Cit\u00e9 deux fois \u00e0 l\u2019ordre de son r\u00e9giment. D\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019Honneur et de la Croix de guerre en 1921.<strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>2. <\/strong><strong>Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p>T\u00e9moignage publi\u00e9 \u00e0 titre posthume. <em>Pour la France ou pour des prunes. Souvenirs et r\u00e9flexions d\u2019un poilu pyr\u00e9n\u00e9en, <\/em>Sor\u00e8ze, Anne-Marie Denis Editeur, 1999. Curieux titre, qui n\u2019a sans doute pas \u00e9t\u00e9 choisi par l\u2019auteur et pour lequel je n\u2019ai trouv\u00e9 aucune information.<\/p>\n<p>Bernard-Henri Croste avait r\u00e9dig\u00e9 ses souvenirs sur le tard, au milieu des ann\u00e9es 1960, \u00e0 l\u2019aide de quelques notes personnelles succinctes prises pendant la guerre. Le texte de la pr\u00e9sente \u00e9dition a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 par Suzanne et son fr\u00e8re Andr\u00e9 Croste qui ont tenu \u00e0 respecter l\u2019orthographe, la ponctuation, la syntaxe, la mise en forme et n\u2019ont apport\u00e9 au texte original qu\u2019un d\u00e9coupage en 4 chapitres. Pas de projet auctorial tr\u00e8s pr\u00e9cis, si ce n\u2019est cette indication&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je note donc simplement mes souvenirs sans aucune pr\u00e9tention en respectant la v\u00e9rit\u00e9 et en ajoutant parfois quelques r\u00e9flexions m\u00fbries par l\u2019\u00e2ge. En souhaitant que les lecteurs de ces simples pages aient comme moi l\u2019Horreur de la Guerre et de ceux qui y m\u00e8nent&nbsp;\u00bb (p.1).<\/p>\n<p><strong>3. <\/strong><strong>Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Bernard-Henri Croste dit avoir r\u00e9dig\u00e9 ses souvenirs \u00e0 l\u2019appui de notes personnelles prises \u00e0 l\u2019\u00e9poque&nbsp;: le remaniement de ces donn\u00e9es pour en faire un r\u00e9cit est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un important travail de recomposition. La chronologie est souvent impr\u00e9cise. Cependant, la richesse et la qualit\u00e9 de ce t\u00e9moignage sont incontestables.<\/p>\n<p>D\u00e9butant avec un grade d\u2019aspirant, Croste a conscience de devoir faire ses preuves. \u00c0 la sortie de Saint Cyr, il se dit \u00ab&nbsp;gonfl\u00e9 \u00e0 bloc&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;dop\u00e9&nbsp;\u00bb (p.18-19) et impatient d\u2019aller voir ce qui se passe en premi\u00e8re ligne. Le r\u00e9cit de son bapt\u00eame du feu est poignant de sinc\u00e9rit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quelle p\u00e9nible vision&nbsp;! Toute l\u2019entr\u00e9e de l\u2019abri est effondr\u00e9e. Sans doute y a-t-il d\u2019autres tu\u00e9s ou bless\u00e9s. Et le bombardement se poursuit intense, impitoyable, r\u00e9gulier pendant vingt minutes. Je dois pleurer sans doute. Il vaut mieux qu\u2019il fasse nuit. Mon premier repas n\u2019est pas all\u00e9 bien bas\u2026 J\u2019\u00e9tais curieux, je voulais voir le front de pr\u00e8s. M\u2019y voici cette fois\u2026&nbsp;\u00bb (p.41). Fait int\u00e9ressant \u00e0 souligner&nbsp;: dans ses premiers temps au front, Croste, tr\u00e8s stress\u00e9, dit&nbsp; avoir souffert d\u2019une forme d\u2019anorexie (les quelques photographies de l\u2019auteur prises \u00e0 cette \u00e9poque le montrent d\u2019ailleurs bien amaigri).<strong> <\/strong>\u00ab&nbsp;Pourrai-je m\u2019y habituer&nbsp;? Tous on aussi peur et ne le cachent pas&nbsp;\u00bb (p.43). Le jeune aspirant doit faire ses preuves pour gagner la confiance de ses hommes&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019entends murmurer&nbsp;: \u2018Il en a l\u2019Aspi\u2026Il n\u2019a pas les FOIES\u2019. Il para\u00eet que c\u2019est \u00e0 mon \u00e9loge. Moi, je sais bien que j\u2019ai parfois une trouille intense et pas gros app\u00e9tit&nbsp;\u00bb (p.44).<\/p>\n<p>L\u2019auteur confie que les premiers bless\u00e9s et morts l\u2019ont beaucoup affect\u00e9. Au fil du r\u00e9cit, son t\u00e9moignage se ponctue de r\u00e9currentes protestations de son abomination pour la guerre. Ces r\u00e9flexions sont-elles le fait de la distanciation temporelle&nbsp;? En v\u00e9rit\u00e9, Croste ne se montre ni antimilitariste ni sp\u00e9cialement patriote. Comme beaucoup d\u2019hommes, il se contente de survivre : \u00ab&nbsp;Patrie&nbsp;! Drapeau&nbsp;! ces mots pour lesquels on se fait tuer, me font mal maintenant. Les soldats sont de grands enfants&nbsp;; ils oublient vite&nbsp;\u00bb (p.45). Tout au long de son t\u00e9moignage, l\u2019auteur nous expose ses cas de conscience qui nous permettent d\u2019explorer l\u2019univers int\u00e9rieur du combattant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Maintenant je songe \u00e0 ce pauvre Fritz ou Karl que j\u2019ai froidement abattu dans l\u2019escalier de son abri. Me mena\u00e7ait-il vraiment&nbsp;? Ne voulait-il pas se rendre&nbsp;? Autant de questions qui me troublent et me font penser que j\u2019ai peut-\u00eatre accompli une mauvaise action. [\u2026] Je suis tr\u00e8s pein\u00e9&nbsp;\u00bb (p.99).<\/p>\n<p>Son t\u00e9moignage est riche en d\u00e9tails de tous ordres sur le quotidien et les tracas des hommes dans les tranch\u00e9es (\u00e9ducation des illettr\u00e9s dans les moments d\u2019accalmie, lexique du poilu, usage du bromure pour calmer les app\u00e9tits sexuels, tr\u00eaves tacites, tuyaux de la roulante, etc.). On peut \u00e9galement souligner la qualit\u00e9 descriptive de certains passages relatant coups de main et assauts (description de la formation de la carapace en conditions r\u00e9elles p.67, pr\u00e9f\u00e9rence pour le fusil plut\u00f4t que pour l\u2019arme blanche dans les op\u00e9rations de reconnaissance p.69, progression par bonds p.75, techniques du lancer des grenades p.76, etc).<\/p>\n<p>Officier, Bernard-Henri Croste ne mentionne qu\u2019assez sporadiquement ses rapports directs avec ses hommes mais met consciencieusement en lumi\u00e8re ses responsabilit\u00e9s, ses doutes, en tant que chef. Car les responsabilit\u00e9s de l\u2019officier ne se r\u00e9duisent pas \u00e0 donner ordres et consignes&nbsp;: Croste a bien conscience que la vie de ses hommes d\u00e9pend de ses d\u00e9cisions et de ses capacit\u00e9s \u00e0 les entra\u00eener au combat. Importance de l\u2019exemple (p.83), \u00eatre toujours le premier \u00e0 s\u2019\u00e9lancer et le dernier \u00e0 d\u00e9guerpir (p.94), etc. Comme un T\u00e9zenas du Montcel par exemple, Croste explique la douloureuse part d\u2019autonomie qui revient au chef&nbsp;dans le combat : face \u00e0 des situations locales pas toujours bien \u00e9valu\u00e9es par le haut-commandement, faut-il respecter les ordres \u00e0 tout prix ou faut-il refuser le sacrifice de ses hommes&nbsp;?&nbsp; \u00ab&nbsp;Ai-je bien fait de retenir ma troupe&nbsp;? Le r\u00e8glement dit Non&nbsp;! Ma conscience, Bougrier et ses camarades me disent Oui&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;(p.77). Le doute hante l\u2019auteur jusqu\u2019\u00e0 la conclusion de son r\u00e9cit&nbsp;qui \u00e9voque la discipline militaire en ces termes : \u00ab j\u2019avoue ne pas l\u2019avoir toujours accept\u00e9e de bon c\u0153ur et m\u00eame en certains cas l\u2019avoir accommod\u00e9e. Pr\u00e9cis\u00e9ment parce que j\u2019avais r\u00f4le de chef. Parce que je me sentais responsable de l\u2019existence de mes hommes, que je ne jugeais l\u2019ordre ex\u00e9cutable qu\u2019au prix de lourdes pertes et que j\u2019entrevoyais, moi \u00e0 l\u2019extr\u00eame avant, mieux que le Chef de l\u2019arri\u00e8re, une solution moins co\u00fbteuse. Pas tr\u00e8s militaire tout cela&nbsp;! Possible. Les circonstances et les r\u00e9sultats ne m\u2019ont pas contredit. Ni mes poilus, ni mes camarades ne m\u2019ont bl\u00e2m\u00e9&nbsp;\u00bb (p.186).<\/p>\n<p>On retiendra enfin l\u2019int\u00e9ressant r\u00e9cit de sa captivit\u00e9 en Allemagne.<\/p>\n<p>Doroth\u00e9e Malfoy-No\u00ebl, novembre 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin N\u00e9 le 18 d\u00e9cembre 1896 \u00e0 Est\u00e9nos, en Haute Garonne, dans une famille de colporteurs, il perd sa m\u00e8re en 1903 et est confi\u00e9 \u00e0 sa tante avant d\u2019\u00eatre plac\u00e9 en pension chez un instituteur \u00e0 Ore. 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