{"id":2861,"date":"2016-08-02T19:25:30","date_gmt":"2016-08-02T18:25:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2861"},"modified":"2016-08-02T19:25:30","modified_gmt":"2016-08-02T18:25:30","slug":"masselin-albert-1889-1949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/08\/02\/masselin-albert-1889-1949\/","title":{"rendered":"Masselin, Albert (1889-1949)"},"content":{"rendered":"<p>Albert Masselin a retrac\u00e9 les \u00e9tapes de sa jeunesse dans ses carnets de guerre \u00e0 la date du 1er novembre 1914 ; des informations suppl\u00e9mentaires sont fournies par les \u00e9diteurs.<br \/>\nN\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on en 1889, second fils de six enfants. La famille quitte Besan\u00e7on pour Le Havre (Seine-Maritime). Apr\u00e8s son certificat d\u2019\u00e9tudes, le jeune Albert rejoint le monde du travail en int\u00e9grant l\u2019usine d\u2019armement Schneider situ\u00e9e \u00e0 Harfleur (pr\u00e8s du Havre). La mort de son fr\u00e8re entra\u00eene la mis\u00e8re, mais Albert r\u00e9ussira \u00e0 gravir les \u00e9chelons de l\u2019usine, passant de simple tourneur \u00e0 dessinateur. Il milite au Sillon de Marc Sangnier, s\u2019occupe du patronage paroissial et travaille \u00e0 la r\u00e9daction du journal <em>Havre-\u00c9clair<\/em>. Apr\u00e8s son service militaire accompli \u00e0 Cherbourg, il continue son activit\u00e9 chez Schneider.<br \/>\nMobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914, il est mar\u00e9chal des logis au 1er r\u00e9giment d\u2019artillerie \u00e0 pied. C\u2019est un artilleur sur voie ferr\u00e9e, charg\u00e9 d\u2019une batterie d\u2019aff\u00fbts trucks (canons mont\u00e9s sur des plates-formes de chemin de fer), qui peuvent lancer des obus de 100 kilos.<br \/>\nPartie du Havre le 3 octobre, la batterie tire pour la premi\u00e8re fois pr\u00e8s d\u2019Anvers, le 5. Les jours suivants sont marqu\u00e9s par un repli sur Dunkerque, o\u00f9 affluent des milliers de r\u00e9fugi\u00e9s d\u00e9munis. Le 21 octobre, c\u2019est le d\u00e9part pour Verdun et sa r\u00e9gion, o\u00f9 Albert Masselin reste jusqu\u2019en mars 1915. Apr\u00e8s quelques semaines comme agent de liaison entre les arm\u00e9es fran\u00e7aise et anglaise, il peut reprendre sa place dans l\u2019usine d\u2019armement d\u2019Harfleur et retrouver la vie civile. Il se marie en 1917 et aura trois enfants. En 1924, il cr\u00e9e une entreprise de mat\u00e9riel \u00e9lectrique \u00e0 Caen (Calvados). Pendant la seconde guerre mondiale, il participe \u00e0 la R\u00e9sistance.<\/p>\n<p>Albert Masselin r\u00e9dige ses carnets du 3 octobre 1914 au 17 mars 1915, puis d\u00e9cide d\u2019en suspendre l\u2019\u00e9criture, faute de contenu militaire \u00e0 inscrire. Les carnets ont \u00e9t\u00e9 transmis par son fils aux Archives d\u00e9partementales du Calvados, qui les ont \u00e9dit\u00e9s dans un recueil contenant deux autres t\u00e9moignages : celui de l\u2019aviateur Guy Blanchet de Pauniat et celui du prisonnier Eug\u00e8ne (Auguste) Elain. Signalons une erreur sur la page de titre du texte d\u2019Albert Masselin (p. 9), indiquant \u00ab\u00a012e r\u00e9giment d\u2019infanterie\u00a0\u00bb au lieu de \u00ab\u00a01er r\u00e9giment d\u2019artillerie \u00e0 pied\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce que l\u2019on retient de ce t\u00e9moignage, ce sont les longues p\u00e9riodes d\u2019inactivit\u00e9 de la batterie. Les ordres de tirs n\u2019arrivent pas ou le mauvais temps les emp\u00eache. Entre octobre 1914 et mars 1915, la batterie ne conna\u00eet qu\u2019une quinzaine de journ\u00e9es de tirs. L\u2019ennui gagne les artilleurs. Albert Masselin note :\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0\u00ab Les ordres n\u2019arrivent toujours pas et les hommes sont durs \u00e0 tenir \u00bb (19.11.1914). \u00ab Ce soir, le lieutenant m\u2019a annonc\u00e9 que le g\u00e9n\u00e9ral Joffre d\u00e9sirait \u00eatre renseign\u00e9 sur notre compte. Si ce d\u00e9sir nous valait un voyage et une bataille, quelle joie \u00bb (21.11.1914). Et encore : \u00ab Le tir aura lieu sans doute demain. [\u2026] Enfin nous allons donc travailler un peu. Ce n\u2019est pas malheureux : depuis le temps que nous \u00e9tions inoccup\u00e9s, un peu de bruit et de mouvement nous feront du bien \u00bb (02.12.1914). Au soir du 20 d\u00e9cembre marqu\u00e9 par une pleine activit\u00e9, il \u00e9crit : \u00ab A 2 heures, 212 coups ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9s. J\u2019en suis bleu. Je n\u2019aurais jamais cru que les hommes et les pi\u00e8ces puissent supporter pareille chose. \u00bb<br \/>\nLe 24 octobre 1914, il relate la visite du d\u00e9put\u00e9 et officier Pascal Ceccaldi (1876-1918) : \u00ab [\u2026] Ceccaldi a fait un tas d\u2019allusions, mettant la responsabilit\u00e9 du manque d\u2019artillerie lourde sur Poincar\u00e9 et Millerand et glorifiant Caillaux qui a vot\u00e9 des cr\u00e9dits \u00e0 cet effet. \u00bb Ceccaldi s\u2019\u00e9tait oppos\u00e9 \u00e0 la loi des 3 ans vot\u00e9e en 1913 pour augmenter la dur\u00e9e du service militaire, et Albert Masselin regrette de ne pas pouvoir le lui reprocher.<br \/>\nEn novembre, il discute avec un coll\u00e8gue sur les qualit\u00e9s distinctives des races : \u00ab Il [G. Demars] ne veut pas croire que les Fran\u00e7ais font partie de la premi\u00e8re race du monde. S\u2019il trouve qu\u2019il y a au monde un autre peuple ayant nos qualit\u00e9s et susceptible de pr\u00e9senter le spectacle de la France aux mois d\u2019ao\u00fbt et septembre 1914, je serais heureux qu\u2019il me l\u2019indique \u00bb (14.11.1914).<br \/>\nSes carnets de guerre sont aussi un journal intime, auquel il confie abondamment l\u2019espoir amoureux qui le fait vivre (la femme aim\u00e9e deviendra son \u00e9pouse) et la pi\u00e9t\u00e9 religieuse qui l\u2019anime (il est catholique pratiquant).<br \/>\nD\u2019octobre 1914 \u00e0 mars 1915, Albert Masselin ne mentionne aucun mort ni bless\u00e9 parmi les militaires de son entourage. Il a conscience des avantages dont b\u00e9n\u00e9ficient les artilleurs, log\u00e9s dans des wagons : \u00ab Je pense aux malheureux soldats qui sont dans la campagne sans abri. Comme ils doivent souffrir ! j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 vu ramener plusieurs de ces malheureux qui avaient les pieds gel\u00e9s. Ils \u00e9taient dans un \u00e9tat pitoyable, mais leur moral \u00e9tait toujours bon. Quelques-uns cependant ne paraissaient plus r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 rien, ils \u00e9taient dans une esp\u00e8ce d\u2019engourdissement physique qui paraissait les priver de leurs facult\u00e9s mentales. Ceux qui n\u2019auront pas v\u00e9cu pr\u00e8s des lignes de feu, sauront-ils jamais appr\u00e9cier le d\u00e9vouement de ces soldats qui vivent dans les tranch\u00e9es ? \u00bb (25.11.1914).<\/p>\n<p><em>Cahiers de M\u00e9moire. La Guerre de 1914-1918<\/em>, textes \u00e9dit\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s par Fran\u00e7oise Dutour, Louis Le Roc\u2019h Morg\u00e8re, H\u00e9l\u00e8ne Tron, Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Calvados, Direction des Archives d\u00e9partementales, 1997, 137 pages, \u00ab Carnets d\u2019Albert Masselin \u00bb, p. 9-34.<\/p>\n<p>Isabelle Jeger, juillet 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Albert Masselin a retrac\u00e9 les \u00e9tapes de sa jeunesse dans ses carnets de guerre \u00e0 la date du 1er novembre 1914 ; des informations suppl\u00e9mentaires sont fournies par les \u00e9diteurs. N\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on en 1889, second fils de six enfants. La famille quitte Besan\u00e7on pour Le Havre (Seine-Maritime). 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