{"id":2864,"date":"2016-08-29T17:59:14","date_gmt":"2016-08-29T16:59:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2864"},"modified":"2016-08-29T17:59:14","modified_gmt":"2016-08-29T16:59:14","slug":"elain-auguste-1885","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/08\/29\/elain-auguste-1885\/","title":{"rendered":"Elain, Auguste (1885- ?)"},"content":{"rendered":"<p>Les \u00e9diteurs fournissent tr\u00e8s peu d\u2019informations sur ce t\u00e9moin, qu\u2019ils pr\u00e9nomment \u00ab\u00a0Eug\u00e8ne\u00a0\u00bb (par erreur) dans le titre du document et \u00ab\u00a0Auguste\u00a0\u00bb dans le texte de pr\u00e9sentation.<br \/>\nAuguste Elain est n\u00e9 le 26 mars 1885 \u00e0 Grazay (Mayenne), de parents agriculteurs. Il effectue son service militaire \u00e0 Mayenne. En ao\u00fbt 1914, il est mobilis\u00e9 au 130e r\u00e9giment d\u2019infanterie. Sa conduite au front lui vaudra plusieurs citations : \u00e0 l\u2019ordre du r\u00e9giment (avril 1916), \u00e0 l\u2019ordre du 4e corps d\u2019arm\u00e9e (octobre 1916), \u00e0 l\u2019ordre de la division (juin 1917).<br \/>\nLe 15 juillet 1918, il est fait prisonnier par les Allemands, avec presque tout son bataillon, au massif de Moronvilliers (Marne). Les prisonniers rejoignent le camp de Bethinville, \u00e0 l\u2019est de Reims. Son grade de sous-officier adjudant lui permet d\u2019\u00eatre regroup\u00e9 avec les officiers, qui sont s\u00e9par\u00e9s des soldats et sergents.<br \/>\nAuguste Elain commence \u00e0 r\u00e9diger un carnet de captivit\u00e9. En six mois, il va conna\u00eetre plusieurs camps d\u2019internement en Allemagne : \u00e0 Rastatt (Bade-Wurtemberg), o\u00f9 ils sont 450 officiers et adjudants (23 juillet\u20133 ao\u00fbt) ; \u00e0 Giessen (Hesse), o\u00f9 les adjudants sont envoy\u00e9s pour se faire vacciner (3 ao\u00fbt\u201310 septembre) ; \u00e0 Meschede (Westphalie), o\u00f9 ils sont 1200 sous-officiers fran\u00e7ais et anglais (11 septembre\u20135 octobre). La discipline y est plus s\u00e9v\u00e8re et ils ressentent la faim ; leur camp jouxte celui des prisonniers russes et italiens. Puis, \u00e0 Stargard (Pom\u00e9ranie) (8 octobre\u20133 janvier 1919), dans un camp occup\u00e9 par des prisonniers russes, serbes et roumains, qui y sont durement trait\u00e9s ; l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais am\u00e9liorera leur condition.<br \/>\n\u00c0 partir de l\u2019armistice sign\u00e9 le 11 novembre 1918, le drapeau rouge est hiss\u00e9 \u00e0 la grille du camp et les soldats ne saluent plus les officiers, tandis que les prisonniers attendent leur rapatriement en disposant de plus de libert\u00e9. Le 21 d\u00e9cembre, un d\u00e9tachement de 2000 Russes quitte le camp pour rejoindre la Russie \u00e0 pied. Le 3 janvier 1919, les derniers Fran\u00e7ais de Stargard embarquent \u00e0 Stettin sur un navire allemand \u00e0 destination de Copenhague ; le 4, ils quittent cette ville sur un transatlantique am\u00e9ricain \u00e0 destination de Cherbourg (Manche), o\u00f9 ils arrivent le 10 janvier. La captivit\u00e9 est termin\u00e9e et le r\u00e9cit d\u2019Auguste Elain s\u2019arr\u00eate l\u00e0.<\/p>\n<p>Le site des archives du Comit\u00e9 International de la Croix-Rouge permet de retrouver sa fiche de prisonnier \u00e9tablie au nom de : \u00ab Elain, Auguste Fran\u00e7ois, adjudant, 130e RI, fait prisonnier le 15.07.1918, n\u00e9 le 26.03.1885 \u00e0 Grazay en Mayenne \u00bb (http:\/\/grandeguerre.icrc.org\/fr) (fiche : P 91691 \/ n\u00b0 53).<br \/>\nLe carnet d\u2019Auguste Elain a \u00e9t\u00e9 transmis aux Archives d\u00e9partementales du Calvados, qui l\u2019ont \u00e9dit\u00e9 dans un recueil contenant deux autres t\u00e9moignages : celui de l\u2019artilleur Albert Masselin et celui de l\u2019aviateur Guy Blanchet de Pauniat. Le recueil ne fournit aucune information sur la vie d\u2019Auguste Elain apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage est celui d\u2019un homme instruit, qui observe avec int\u00e9r\u00eat les paysages allemands travers\u00e9s par son convoi de prisonniers. Comme adjudant, il ne sera jamais soumis au travail sur le front allemand, ni dans les fermes ou les usines allemandes. Il note, en voyant les 2000 hommes qui arrivent dans le camp, le 15 ao\u00fbt 1918 : \u00ab Ce sont des caporaux et des soldats pris le m\u00eame jour que nous, mais qui sont rest\u00e9s un mois \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du front \u00e0 travailler sans pouvoir \u00e9crire \u00e0 leur famille. Ils sont tous d\u00e9guenill\u00e9s, maigres et font peine \u00e0 voir. \u00bb<br \/>\nD\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre, la vie est rythm\u00e9e par les m\u00eames pr\u00e9occupations : envoi de cartes-lettres aux familles, lutte contre les puces et poux, attente des vivres du comit\u00e9 de secours, perception de la solde, colis ouverts par le contr\u00f4le, crainte de l\u2019hiver qui approche. Les distractions se limitent aux conf\u00e9rences instructives donn\u00e9es par des prisonniers, aux soir\u00e9es r\u00e9cr\u00e9atives, \u00e0 la messe du dimanche, \u00e0 la lecture des journaux qui apprennent le recul des arm\u00e9es allemandes.<br \/>\nLes prisonniers peuvent am\u00e9liorer leur condition en recourant aux neutres, tel l\u2019ambassadeur d\u2019Espagne \u00e0 Berlin, auquel une lettre de r\u00e9clamation est adress\u00e9e le 16 ao\u00fbt afin d\u2019obtenir le pain de la veille non distribu\u00e9. Au camp de Stargard, c\u2019est la possibilit\u00e9 de vendre des produits re\u00e7us dans les colis ; des Russes ou des Roumains ach\u00e8tent aux Fran\u00e7ais et Anglais ce qu\u2019ils ont, notamment des savons, du chocolat et des chaussures devenus introuvables en Allemagne, et les revendent ensuite aux Allemands au prix fort (17.11.1918).<br \/>\nLe 10 novembre, la lecture d\u2019un journal leur apprend les conditions de l\u2019armistice ; Auguste Elain juge que \u00ab les articles sont durs pour les vaincus \u00bb. Les officiers allemands de Stargard invitent les prisonniers \u00e0 rester calmes, et Auguste Elain note : \u00ab Nous serons calmes jusqu\u2019\u00e0 notre rapatriement, mais camarades jamais, la vieille haine existe toujours \u00bb (10.11.1918). Le 6 d\u00e9cembre, il remarque \u00ab dans la ville un grand pavoisement, drapeaux et guirlandes en l\u2019honneur du r\u00e9giment de cette ville qui doit rentrer incessamment du front. Toutes les villes d\u2019Allemagne ont \u00e9t\u00e9 invit\u00e9es par le gouvernement \u00e0 pavoiser en l\u2019honneur des braves qui rentrent \u00bb. Le 30 d\u00e9cembre, \u00e0 la veille de leur d\u00e9part, les Fran\u00e7ais font graver sur une plaque de marbre les noms de leurs quinze camarades enterr\u00e9s dans le cimeti\u00e8re du camp, qui compte un millier de tombes.<br \/>\nAuguste Elain est sensible \u00e0 la vie des femmes allemandes : ce sont les fermi\u00e8res de Meschede travaillant dans les champs (septembre 1918), les m\u00e8res recherchant du savon (20.11.1918), et cette m\u00e8re lui demandant si les prisonniers allemands rentreraient bient\u00f4t : \u00ab Je lui ai r\u00e9pondu que je n\u2019en savais rien, mais que vraisemblablement, il faudrait encore bien une ann\u00e9e avant qu\u2019ils soient l\u00e0, elle a pouss\u00e9 un soupir et m\u2019a dit qu\u2019elle avait un fils prisonnier \u00e0 Chartres. J\u2019ai parfaitement compris son \u00e9moi \u00bb (29.12.1918).<\/p>\n<p><em>Cahiers de M\u00e9moire. La Guerre de 1914-1918<\/em>, textes \u00e9dit\u00e9s et pr\u00e9sent\u00e9s par Fran\u00e7oise Dutour, Louis Le Roc\u2019h Morg\u00e8re, H\u00e9l\u00e8ne Tron, Conseil g\u00e9n\u00e9ral du Calvados, Direction des Archives d\u00e9partementales, 1997, 137 pages, \u00ab Carnet d\u2019Eug\u00e8ne Elain \u00bb, p. 108-136.<\/p>\n<p>Isabelle Jeger, ao\u00fbt 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les \u00e9diteurs fournissent tr\u00e8s peu d\u2019informations sur ce t\u00e9moin, qu\u2019ils pr\u00e9nomment \u00ab\u00a0Eug\u00e8ne\u00a0\u00bb (par erreur) dans le titre du document et \u00ab\u00a0Auguste\u00a0\u00bb dans le texte de pr\u00e9sentation. Auguste Elain est n\u00e9 le 26 mars 1885 \u00e0 Grazay (Mayenne), de parents agriculteurs. Il effectue son service militaire \u00e0 Mayenne. 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