{"id":2876,"date":"2016-11-12T20:51:05","date_gmt":"2016-11-12T19:51:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2876"},"modified":"2016-11-12T20:51:05","modified_gmt":"2016-11-12T19:51:05","slug":"mottram-ralph-1883-1971","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/11\/12\/mottram-ralph-1883-1971\/","title":{"rendered":"Mottram, Ralph (1883-1971)"},"content":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>\u00c9lev\u00e9 dans une famille de confession unitarienne, Ralph Mottram vit une enfance prot\u00e9g\u00e9e entre un p\u00e8re rigide et une m\u00e8re attentionn\u00e9e, soucieuse d&rsquo;apporter \u00e0 ses enfants la meilleure \u00e9ducation possible. Elle emm\u00e8ne r\u00e9guli\u00e8rement sa famille en vacances de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la Manche et envoie Ralph quelques mois en Suisse \u00e0 la fin de ses \u00e9tudes secondaires. Perp\u00e9tuant la tradition familiale, Ralph devient employ\u00e9 \u00e0 la Gurney&rsquo;s Bank, \u00e0 Norwich, en 1899, o\u00f9 travaille son p\u00e8re et o\u00f9 son grand-p\u00e8re avait \u00e9galement fait carri\u00e8re. Le jeune employ\u00e9 est cependant plus \u00e9pris de litt\u00e9rature que de gestion de comptes. Encourag\u00e9 par John Galsworthy, client de la banque Gurney et futur auteur de la <em>Saga des Forsyte<\/em> (prix Nobel 1932), il \u00e9crit des po\u00e8mes et publie deux recueils sous le pseudonyme de J. Marjoram, en 1907 et 1909.<br \/>\nQuand la guerre \u00e9clate, il s\u2019enr\u00f4le dans un bataillon du Royal Norfolk. Devenu sous-officier apr\u00e8s plusieurs mois de formation en Angleterre, il rejoint le front en octobre 1915 et conna\u00eet tr\u00e8s vite l&rsquo;\u00e9preuve du feu dans le secteur d&rsquo;Ypres. Apr\u00e8s un mois de combat, il tombe malade et doit \u00eatre hospitalis\u00e9 \u00e0 Boulogne. Il est de retour au front en janvier 1916. Ses lettres laissent voir des humeurs oscillant entre l&rsquo;exaltation (\u00ab\u00a0Nous vivons des moments de gloire. Je ne manquerais cela pour rien au monde\u00a0\u00bb) et l&rsquo;abattement. De retour d&rsquo;une permission en f\u00e9vrier, il apprend que le Q.G. recherche des officiers sachant s&rsquo;exprimer couramment en fran\u00e7ais. Il est choisi pour \u00eatre int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la Commission des litiges et quitte le front. Dans une de ses lettres, il remercie sa m\u00e8re de l&rsquo;avoir envoy\u00e9 poursuivre ses \u00e9tudes \u00e0 Lausanne quelques ann\u00e9es auparavant. Sa nouvelle affectation lui permet de b\u00e9n\u00e9ficier de conditions de vie qui n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec celles du front.<br \/>\nLa mission de Ralph Mottram s&rsquo;apparente \u00e0 celle d&rsquo;un officier de liaison. Il s\u2019occupe des litiges entre la population locale et les troupes britanniques. Les d\u00e9pr\u00e9dations caus\u00e9es par les combattants britanniques lors des cantonnements chez l\u2019habitant font en effet l\u2019objet de plaintes r\u00e9guli\u00e8res. Dans chaque village de cantonnement, un officier a pour mission de r\u00e9gler les litiges. Une loi fran\u00e7aise sur les cantonnements militaires pr\u00e9voit que les pr\u00e9judices caus\u00e9s \u00e0 la population civile, notamment la destruction de r\u00e9coltes, fassent l&rsquo;objet d&rsquo;une compensation financi\u00e8re. Ralph Mottram doit \u00e9valuer les d\u00e9g\u00e2ts ou n\u00e9gocier avec des habitants refusant de loger des militaires britanniques. Il prend sa mission \u00e0 c\u0153ur et se r\u00e9v\u00e8le un diplomate habile. Dans une de ses lettres, il qualifie son travail de \u00ab\u00a0paradis sur terre\u00a0\u00bb. Aussi s&rsquo;inqui\u00e8te-t-il quand il contracte des ennuis gastriques. Il demande au m\u00e9decin-major de ne pas l&rsquo;envoyer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, craignant d&rsquo;\u00eatre remplac\u00e9 en son absence et de repartir ensuite au front. Mottram consid\u00e8re d&rsquo;une part qu&rsquo;il a d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 son d\u00fb de combat en ligne et d&rsquo;autre part que sa connaissance de la langue et de la culture fran\u00e7aise font de lui un m\u00e9diateur id\u00e9al pour r\u00e9pondre aux revendications des populations fran\u00e7aise et belge. Apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre install\u00e9e pr\u00e8s de Boulogne, la Commission des litiges d\u00e9m\u00e9nage plusieurs fois. D&rsquo;Hazebrouck \u00e0 la Flandre belge, Mottram voyage beaucoup et acquiert une connaissance pr\u00e9cise des zones arri\u00e8re. Sa mission lui permet d&rsquo;avoir une vue d&rsquo;ensemble sur la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre, des tranch\u00e9es aux bases arri\u00e8re en passant par toutes les structures, sanitaires, logistiques ou administratives, diss\u00e9min\u00e9es sur le territoire.<br \/>\nDe retour en Angleterre pour une permission, il se marie le 1er janvier 1918. Un enfant na\u00eet en avril. D\u00e9mobilis\u00e9 en juin 1919, il aura largement le temps d&rsquo;attester des effets de la guerre sur les territoires fran\u00e7ais et belge. Si ses quatre ann\u00e9es de guerre lui p\u00e8sent, il a cependant la chance de retrouver imm\u00e9diatement son travail \u00e0 la banque et de profiter d&rsquo;une vie familiale heureuse. Il consacre son temps libre \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture et envisage en 1922 un ouvrage traitant de ce qu&rsquo;il a v\u00e9cu en France. Son mentor John Galsworthy l&rsquo;aide dans son entreprise. <em>La Ferme espagnole<\/em>, para\u00eet en 1924. Le succ\u00e8s sera au rendez-vous et l\u2019incitera \u00e0 \u00e9crire deux suites : <em>Sixty-four, Ninety-four<\/em> (1925) et <em>The Crime at Vanderlynden\u2019s<\/em> (1926). Une adaptation cin\u00e9matographique voit le jour en 1927 (<em>Roses of Picardy<\/em>). Gr\u00e2ce aux droits d\u2019auteur, Mottram peut quitter son travail et se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<br \/>\nA l\u2019\u00e2ge de 44 ans, R.H. Mottram commence une carri\u00e8re d\u2019\u00e9crivain professionnel particuli\u00e8rement prolifique. Il publie des recueils de po\u00e9sie, des ouvrages d\u2019histoire locale, des romans, des r\u00e9cits autobiographiques et deux biographies de John Galsworthy et de son \u00e9pouse Ada. Plusieurs de ces ouvrages reviendront sur la guerre, notamment <em>Ten years ago<\/em>, publi\u00e9 en 1928, un ensemble de textes courts qui pour la plupart \u00e9taient pr\u00e9c\u00e9demment parus en revue.<br \/>\nDans les ann\u00e9es 30, il devient un auteur avec lequel il faut compter. Mais aucun de ces livres n\u2019atteindra le succ\u00e8s populaire et critique de sa trilogie romanesque sur la Grande Guerre. Mari\u00e9 pendant plus de 52 ans \u00e0 Margaret Allan, avec laquelle il a eu deux fils et une fille, il meurt en 1971 apr\u00e8s avoir publi\u00e9 plus de soixante livres.<br \/>\n2) L&rsquo;oeuvre<br \/>\n<em>The Spanish Farm Trilogy<\/em> (1924-1926) (Traduction fran\u00e7aise du premier tome <em>La Ferme espagnole<\/em>, Stock, 1930). <em>Ten Years Ago<\/em>, 1928.<\/p>\n<p>3) Analyse<\/p>\n<p><em>Ten Years Ago<\/em> L&rsquo;objectif de cet ouvrage est de porter un regard r\u00e9trospectif sur ce que l&rsquo;auteur a v\u00e9cu et de confronter l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de 1928 \u00e0 celui des ann\u00e9es de guerre. Constitu\u00e9 de r\u00e9flexions libres, de nouvelles et d\u2019essais th\u00e9matiques, ce petit livre oubli\u00e9 n\u2019a quasiment pas d\u2019\u00e9quivalent dans la litt\u00e9rature de t\u00e9moignage. D\u00e9barrass\u00e9 du souci d\u2019aboutir \u00e0 un r\u00e9cit coh\u00e9rent, Mottram nous livre des instantan\u00e9s de guerre qui nous en disent autant sur le v\u00e9cu des combattants que les longs r\u00e9cits autobiographiques.<br \/>\n<em>The Spanish Farm Trilogy<\/em> constitue une \u0153uvre \u00e0 part dans la production litt\u00e9raire britannique de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. A la fois s\u00e9rie romanesque, chronique de guerre et autobiographie, l&rsquo;\u0153uvre peut \u00eatre qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude globale sur le front occidental sous forme de fiction. De nombreux lecteurs ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9concert\u00e9s \u00e0 sa lecture. La part occup\u00e9e par les combats est quasi inexistante. L&rsquo;auteur s&rsquo;attache \u00e0 d\u00e9crire la machine de guerre dans l&rsquo;ensemble de ses aspects et \u00e0 nous montrer quels effets elle produit sur les hommes et les nations. Le propos est ample et d\u00e9senchant\u00e9. De nombreux passages ont une valeur documentaire \u00e9vidente. Le quotidien des combattants en r\u00e9serve et les rouages de l&rsquo;administration militaire y sont d\u00e9crits dans le d\u00e9tail. Les ouvrages de combattants britanniques, m\u00e9moires ou fictions, \u00e9voquent r\u00e9guli\u00e8rement les cantonnements et les relations avec la population fran\u00e7aise ou belge mais aucun ne traite le sujet en profondeur, comme le fait Mottram.<br \/>\nA titre d&rsquo;exemple, les pages o\u00f9 l&rsquo;auteur explique la diff\u00e9rence entre les notions de \u00ab\u00a0combine\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0chapardage\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0rapine\u00a0\u00bb rel\u00e8vent plus de l&rsquo;essai que du roman et nous donnent une vision d&rsquo;ensemble des probl\u00e8mes auxquels doit faire face une arm\u00e9e combattant en terre \u00e9trang\u00e8re.<br \/>\nLa combine consiste \u00e0 obtenir ce \u00e0 quoi on a droit mais par des moyens d\u00e9tourn\u00e9s.<br \/>\nLe chapardage peut \u00eatre d\u00e9fini comme l&rsquo;obtention par des moyens ill\u00e9gaux de choses qu&rsquo;il est quasiment impossible de se procurer autrement. Les soldats se chapardaient mutuellement les meilleurs abris ou les meilleurs secteurs pour les sections. Les sous-officiers chapardaient du rhum en maintenant leur pouce dans la louche lors de la distribe. Les officiers chapardaient les meilleures places pour les chevaux \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon. Les coloniaux chapardaient du fil de t\u00e9l\u00e9phone pour en faire des collets. Les nations chapardaient du territoire ou des march\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait surtout le bois qui \u00e9tait chapard\u00e9. (&#8230; ) Dans les houblonni\u00e8res belges, l&rsquo;arm\u00e9e britannique aurait d\u00e9truit \u00e0 elle seule un million de perches. Qui peut leur en vouloir ? Un soldat doit-il, en plus du reste, mourir de froid ?<br \/>\nLa rapine peut quant \u00e0 elle \u00eatre clairement assimil\u00e9e au vol. Il s&rsquo;agissait de l&rsquo;art d&rsquo;obtenir ce sur quoi nous n\u2019avions aucun droit, et ceci pour le simple plaisir de la possession. Les officiers et les soldats qui commettaient instinctivement ces actes n&rsquo;en discutaient jamais ouvertement. Si on les avait tax\u00e9s d&rsquo;immoralit\u00e9, ils auraient s\u00fbrement r\u00e9pondu pour se d\u00e9fendre : \u00ab\u00a0L&rsquo;Angleterre avait besoin de nous et nous sommes venus. L&rsquo;Angleterre a g\u00e2ch\u00e9 notre jeunesse; nous sommes morts ou nous avons surv\u00e9cu. L&rsquo;Angleterre nous laisse ici pour on ne sait combien d&rsquo;ann\u00e9es et nous demande de nous d\u00e9brouiller. Eh bien, nous nous d\u00e9brouillons !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Francis Grembert, novembre 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin \u00c9lev\u00e9 dans une famille de confession unitarienne, Ralph Mottram vit une enfance prot\u00e9g\u00e9e entre un p\u00e8re rigide et une m\u00e8re attentionn\u00e9e, soucieuse d&rsquo;apporter \u00e0 ses enfants la meilleure \u00e9ducation possible. 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