{"id":2886,"date":"2016-11-12T21:37:40","date_gmt":"2016-11-12T20:37:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2886"},"modified":"2016-11-12T21:37:40","modified_gmt":"2016-11-12T20:37:40","slug":"couraly-pierre-1874-1937","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2016\/11\/12\/couraly-pierre-1874-1937\/","title":{"rendered":"Couraly, Pierre (1874-1937)"},"content":{"rendered":"<p>Pierre Couraly, <em>Ce que nous avons eu de souffrances, <\/em>Les \u00e9ditions de Paris,\u00a0 \t\t2014, \t\t78 pages.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moin<br \/>\nPierre Couraly est tuilier \u00e0 Varennes-sur-T\u00e8che (Allier) en 1914. Mari\u00e9, p\u00e8re de deux enfants, dont un d\u00e9j\u00e0 en apprentissage, il sert pendant tout le conflit dans des r\u00e9giments territoriaux : 104e RIT d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 septembre 1915 (\u00e0 Roanne), 300e (09\/1915 &#8211; 04\/1917), puis 309e et 145e RIT. Il alterne p\u00e9riodes de travaux et de pr\u00e9sence \u00e0 la tranch\u00e9e,  et passe la plus grande partie de la guerre autour de Reims, mais aussi dans l\u2019Aisne, \u00e0 Verdun et en Lorraine. En 1918, il se fait d\u00e9tacher dans une compagnie des camps et cantonnements, il participe alors \u00e0 la construction de baraquements pour les Am\u00e9ricains et de camps d\u2019aviation.<br \/>\nLe t\u00e9moignage<br \/>\nLe petit-fils de l\u2019auteur a d\u00e9couvert dans un tiroir un carnet 12x8cm, un journal de guerre (septembre 1915 \u2013 d\u00e9cembre 1918)  qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9 en 2014 sous le titre <em>Ce que nous avons eu de souffrances, carnet de la guerre 1914-1918<\/em>, Editions de Paris (pr\u00e9face de Serge Vancina, initiateur de la publication). Chaque t\u00eate de chapitre pr\u00e9sente en fac-simil\u00e9 la reproduction d\u2019une page de l\u2019original. L\u2019iconographie a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e par les \u00e9diteurs.<br \/>\nAnalyse<br \/>\nLe carnet, pr\u00e9cis sur les lieux et les activit\u00e9s de P. Couraly \u00e0 partir du 17 septembre 1915, est tr\u00e8s synth\u00e9tique : on y observe \u00ab les travaux et les jours \u00bb, avec le terrassement, l\u2019am\u00e9nagement de baraques, de voies ferr\u00e9es \u00e9troites, la garde de prisonniers\u2026 Par exemple, en juillet 1916 : \u00ab corv\u00e9e de vingt hommes pour aller travailler au g\u00e9nie et poser des c\u00e2bles \u00e9lectriques qui vont aux premi\u00e8res lignes et les r\u00e9seaux de fil de fer barbel\u00e9s. J\u2019y ai travaill\u00e9 pendant huit jours pour mon compte \u00bb p. 40. Comme le souligne la pr\u00e9face, le mot \u00ab travail \u00bb revient presque \u00e0 chaque page, une ou plusieurs fois. L\u2019auteur, qui peut aussi pr\u00e9tendre au statut de propri\u00e9taire cultivateur, obtient deux permissions agricoles qui se passent au travail : ao\u00fbt 1917 \u00ab Je pars en permission de 20 jours agricoles. J\u2019ai travaill\u00e9 chez moi et chez Pouillon fermier au domaine de Baranthon\u00bb p. 63. Il monte souvent en 1\u00e8re ligne en 1915 (tenue de cr\u00e9neau ou ravitaillement). La tranch\u00e9e peut \u00eatre aussi un lieu de punition : 8 mai 1916 \u00ab j\u2019ai attrap\u00e9 8 jours de prison c\u2019est-\u00e0-dire de 1\u00e8re ligne pour n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 planton au poste du Commandant (\u2026) J\u2019ai fait ma punition \u00e0 l\u2019ouvrage 500 en 1\u00e8re ligne \u00bb p. 34. \u00c0 partir de 1917 il ne fait plus que des travaux \u00e0 l\u2019arri\u00e8re (3e ligne, zone des \u00e9tapes). Il raconte de mani\u00e8re succincte des faits saillants, les bombardements\u2026. Il \u00e9voque par exemple de mani\u00e8re hostile, puis apais\u00e9e, des troupes indig\u00e8nes : ao\u00fbt 1916 \u00ab Command\u00e9 de corv\u00e9e pour le nettoyage des rues de Verzenay que ces sales moricauds de Marocains ont salies depuis 5 heures du matin jusqu\u2019\u00e0 4 heures du soir \u00bb p. 43, et 23 ao\u00fbt \u00ab Les Marocains sont aux cr\u00e9neaux avec nous. Ils voudraient tirer tout le temps sans s\u2019occuper de ce qu\u2019il y a devant eux. Ils tireraient aussi bien sur les Fran\u00e7ais que sur les Boches. Avec beaucoup, on a de la peine \u00e0 pouvoir se faire comprendre, mais \u00e0 force on y arrivera \u00bb p. 43. Les remarques \u00e0 propos de la qualit\u00e9 variable de la nourriture et du g\u00eete sont nombreuses : Juillet 1917  (cycliste de liaison) \u00abJe suis en subsistance \u00e0 la 3e Cie de man\u0153uvre du 309 o\u00f9 on est nourri comme des bourgeois et pas beaucoup de peine \u00bb p.62. D\u00e9pendant uniquement de l\u2019ordinaire, Couraly ne peut am\u00e9liorer de lui-m\u00eame sa situation : Juillet 1918  \u00ab En arrivant nous avons rest\u00e9 deux jours sans \u00eatre ravitaill\u00e9s (\u2026) Nous sommes tr\u00e8s mal nourris et tr\u00e8s mal couch\u00e9s et nous travaillons \u00e0 plein bras, cela ne peut durer longtemps. On a amen\u00e9 100 Boches qui sont mieux nourris que nous. Nous, nous couchons sur la planche et les Boches couchent sur la paille \u00bb p. 76. Pas de consid\u00e9rations politiques ou religieuses, ni sur les Allemands et presque rien sur la vie priv\u00e9e ; P. Couraly reste en g\u00e9n\u00e9ral d\u2019humeur \u00e9gale sauf \u00e0 un moment avec son fils : \u00ab J\u2019ai re\u00e7u une lettre que L\u00e9on est sorti de sa place [apprenti-plombier] mais je n\u2019avais toujours rien dedans [de l\u2019argent ?], aussi je n\u2019ai pas rendu de r\u00e9ponse tout de suite car j\u2019\u00e9tais d\u2019une col\u00e8re que je ne me connaissais pas \u00bbp. 26.<br \/>\nPour l\u2019auteur, l\u2019exp\u00e9rience de Verdun, en 1917, est la plus marquante de la guerre : \u00ab Jamais mes yeux n\u2019ont vu pareil spectacle de ruines et de d\u00e9solation, partout ce n\u2019est que cadavres moiti\u00e9 enterr\u00e9s et d\u2019autres pas du tout, les sacs, les fusils, les grenades, les obus, tout cela est p\u00eale-m\u00eale sur le champs de bataille avec les corps morts. Je ne crois pas que la nature puisse produire quelque chose de plus terrifiant (p. 59) et au ravin de la Dame : \u00ab En pleine nuit aussi, \u00e0 coups de pioche, nous ramenons \u00e0 jour une t\u00eate, un bras humain, un fusil, fran\u00e7ais ou boche. Il y a beaucoup de Boches, je crois davantage que de Fran\u00e7ais. Je puis vivre longtemps, je me rappellerai toujours le spectacle effrayant que c\u2019est \u00e0 voir. \u00bb Il d\u00e9crit ses nuits harassantes en juillet 1917 \u00ab C\u2019est bien dans ces carri\u00e8res [d\u2019Haudremont] que j\u2019ai le plus souffert depuis la guerre. (\u2026) Nous transportons de l\u2019eau potable, des fils de fer barbel\u00e9s en premi\u00e8re ligne, aux jeunes qui garantissent des Boches le terrain que nous venons de leur prendre au prix d\u2019\u00e9normes sacrifices. Nous avons des carri\u00e8res d\u2019Haudremont au ravin Navaud 8 km aller, nous les faisons deux fois par nuit sous une pluie d\u2019obus, de tir de barrages, de gaz asphyxiants, que lorsque je me trouve de rentrer la corv\u00e9e finie, \u00e0 3 heures et souvent \u00e0 5 heures du matin, je me demande comment cela se fait que nous sommes encore vivants. Beaucoup de mes camarades sont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s. Jusqu\u2019\u00e0 ce temps je n\u2019ai rien eu \u00bb (p. 64).<br \/>\nLe titre donn\u00e9 au carnet par les \u00e9diteurs s\u2019inspire des deux derni\u00e8res lignes, \u00e9crites en d\u00e9cembre 1918 : \u00ab Que celui qui lira ce petit calepin apr\u00e8s moi le conserve, il verra dessus ce que nous avons eu de souffrances \u00bb (p. 78).<\/p>\n<p>Vincent Suard,\t\tnovembre 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre Couraly, Ce que nous avons eu de souffrances, Les \u00e9ditions de Paris,\u00a0 2014, 78 pages. Le t\u00e9moin Pierre Couraly est tuilier \u00e0 Varennes-sur-T\u00e8che (Allier) en 1914. 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