{"id":2904,"date":"2017-01-09T17:35:47","date_gmt":"2017-01-09T16:35:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2904"},"modified":"2017-01-09T17:35:47","modified_gmt":"2017-01-09T16:35:47","slug":"couvreur-henri-1895-1981","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/01\/09\/couvreur-henri-1895-1981\/","title":{"rendered":"Couvreur, Henri (1895-1981)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nHenri Couvreur, n\u00e9 \u00e0 Carvin (Pas-de-Calais) dans une famille dont le p\u00e8re dirige une petite tannerie, a \u00e9tudi\u00e9 au coll\u00e8ge Saint-Joseph \u00e0 Lille et obtenu la premi\u00e8re partie du baccalaur\u00e9at. En 1914, sa famille se r\u00e9fugie \u00e0 Bordeaux et il est incorpor\u00e9 (classe 15) \u00e0 Limoges. En juin 1915, il est vers\u00e9 au 127e RI (Valenciennes) o\u00f9 il servira toute la guerre: d\u2019abord en secteur en Champagne, il participe \u00e0 l\u2019offensive de septembre, puis passe l\u2019hiver 1915-1916 dans \u00ab un secteur p\u00e9p\u00e8re \u00bb (p. 45); engag\u00e9 \u00e0 Verdun de f\u00e9vrier \u00e0 avril 1916, il passe par Craonne puis participe \u00e0 la bataille de la Somme (ao\u00fbt \u2013 septembre 1916). Apr\u00e8s un stage d\u2019aspirant \u00e0 Saint-Cyr, lors de l\u2019attaque d\u2019avril 1917, il rejoint sur l\u2019Yser son unit\u00e9 engag\u00e9e en Flandre (ao\u00fbt \u2013 d\u00e9cembre 1917).  En 1918, il rejoint Craonnelle, Montdidier et puis recule avec son unit\u00e9 lors de la pouss\u00e9e allemande. Actif dans la guerre de mouvement de mai et juin, il participe \u00e0 l\u2019offensive alli\u00e9e (le 17 juillet) avec le grade de sous-lieutenant. Bless\u00e9 le 18, il est \u00e9vacu\u00e9 par Paris, B\u00e9ziers et Lamalou-les-Bains. Avec sa convalescence et un nouveau stage \u00e0 Saint-Cyr, il ne r\u00e9int\u00e8gre pas le front et est d\u00e9mobilis\u00e9 en 1919.<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nLa Soci\u00e9t\u00e9 de recherches historiques de Carvin a publi\u00e9 en 1998 les <em>M\u00e9moires de Guerre 1914 \u2013 1918<\/em> d\u2019Henri Couvreur (229 pages, ISBN 0398 2661). Le manuscrit a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 \u00e0 l\u2019association \u00e9rudite par deux enfants d\u2019Henri, et la publication, encourag\u00e9e par sa petite-fille Patricia Meurisse (qui a r\u00e9dig\u00e9 une biographie), a \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par le fait qu\u2019Henri Couvreur, historien amateur, avait fond\u00e9 ladite Soci\u00e9t\u00e9 dans les ann\u00e9es soixante.<br \/>\nLe manuscrit a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9 par les \u00e9diteurs (format, mise en page). L\u2019auteur avait r\u00e9dig\u00e9 une premi\u00e8re version en 1921, suivant des notes et des courriers conserv\u00e9s, puis a repris l\u2019ensemble en 1934 \u00ab en ne retenant que les faits int\u00e9ressants\u00bb (prologue). Un point final est apport\u00e9 (\u00ab termin\u00e9 le \u00bb) le 13 mars 1939. C\u2019est donc un texte m\u00fbri, r\u00e9\u00e9crit avec une distance de vingt ans, mais qui se tient \u00e0 une progression chronologique relativement pr\u00e9cise. La r\u00e9\u00e9criture post\u00e9rieure est souvent nette mais cela ne nuit pas, semble-t-il, au caract\u00e8re historique du document.<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nOffensive de Champagne, Verdun, la Somme, l\u2019Aisne en avril 1917\u2026 Le 127e RI d\u2019Henri Couvreur est une unit\u00e9 tr\u00e8s expos\u00e9e, et il a plusieurs fois, par hasard, la chance d\u2019\u00eatre de bataillon de r\u00e9serve ou d\u2019appui, ou d\u2019\u00eatre en stage, lors du moment le plus meurtrier des combats ; ainsi, entr\u00e9 aux tranch\u00e9es en juillet 1915, il n\u2019est bless\u00e9 que le 18 juillet 1918.<br \/>\nIl \u00e9voque la pr\u00e9paration de l\u2019attaque meurtri\u00e8re de septembre 1915 en Champagne, montrant que la volont\u00e9 des hommes est r\u00e9solue : \u00ab en finir, en finir\u2026 \u00bb (p. 33). Le discours d\u2019exhortation du lieutenant \u00e0 sa compagnie avant l\u2019attaque trouve des accents sp\u00e9cifiques (24 septembre, p. 33) : \u00ab Il nous a exhort\u00e9 \u00e0 accomplir totalement notre devoir. Il nous a rappel\u00e9 que nos parents, nos femmes, nos enfants dans le Nord, attendent depuis longtemps l\u2019heure de la d\u00e9livrance. \u00bb Son bataillon, unit\u00e9 d\u2019exploitation, n\u2019est finalement pas \u00e9prouv\u00e9, \u00e0 cause ou gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9chec de la rupture des lignes par le reste du 127e. Puis le t\u00e9moignage, relativement classique, \u00e9voque la vie en secteur et la bataille de Verdun, o\u00f9, bien qu\u2019engag\u00e9e plusieurs fois, du 26 f\u00e9vrier au 29 mars 1916, sa compagnie a des pertes relativement faibles. Son r\u00e9giment, appartenant \u00e0 la 1\u00e8re DI, est relev\u00e9 car (p. 69) \u00ab si le 127e a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9, le 1er Corps a pay\u00e9 son tribut \u00e0 Verdun. \u00bb<br \/>\nReprenant apr\u00e8s Verdun le secteur de Craonne, H. Couvreur participe \u00e0 la rel\u00e8ve d\u2019unit\u00e9s du 18e CA de Bordeaux, dans ces tranch\u00e9es depuis septembre 1914, et l\u2019auteur note am\u00e8rement que ce corps \u00ab ne s\u2019est jamais battu \u00bb, \u00ab qu\u2019il poss\u00e8de des accointances en haut-lieu\u00bb et qu\u2019il a encore tous ses cadres de la mobilisation. A la rel\u00e8ve (fin avril 1916), des incidents ont lieu avec l\u2019arriv\u00e9e des Lillois du 43e RI (ils appartiennent avec le 127 \u00e0 la 1\u00e8re DI). Le narrateur restitue une sc\u00e8ne d\u2019affrontement verbal, dans laquelle il est difficile de faire aujourd\u2019hui la part de la reconstruction, mais qui montre que l\u2019ambiance est ex\u00e9crable (p. 73, 23 ou 24 avril 1916, plateau de Craonne) :<br \/>\n\u00ab- Le bon temps est fini, tas de veinards\u2026 Allez-y, en route pour Verdun! C\u2019est bien votre tour\u2026<br \/>\n&#8211; T\u2019as pas su y venir, crev\u00e9\u2026 Nous on tient tout notre secteur\u2026 On va pas chercher les voisins\u2026<br \/>\n&#8211; Pas \u00e9tonnant, on faisait risette aux boches\u2026 Nous on n\u2019arr\u00eate pas de s\u2019battre\u2026 Vous n\u2019en foutez pas une rame, tas de fain\u00e9ants\u2026<br \/>\n&#8211; Ta gueule, Ch\u2019ti mi\u2026 C\u2019est pas \u00e0 nous de se faire crever la paillasse pour tes sales patelins pourris ! \u00bb<br \/>\nL\u2019auteur garde son sens critique avec \u00ab tous ces rapports plus ou moins exacts et amplifi\u00e9s au 43\u00bb et l\u2019encadrement a repris la main lors de la rel\u00e8ve par le 127e : le croisement des unit\u00e9s se fait en silence : (p. 74) \u00ab seuls nos yeux peuvent lancer \u00e0 l\u2019adresse de tous ces beaux gaillards d\u2019active, (\u2026) tranquilles comme Baptiste depuis dix-huit longs mois de guerre, les reflets de l\u2019injustice dont nos c\u0153urs sont pleins. \u00bb<br \/>\nIl est envoy\u00e9 ensuite sur la Somme pour la deuxi\u00e8me partie de l\u2019offensive ; de famille catholique fervente, il s\u2019engage dans la ligue du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 son arriv\u00e9e ; \u00e0 trois reprises il attaque \u00e0 Maurepas et Comble: ce sont des \u00e9checs partiels, les Allemands se montrant particuli\u00e8rement coriaces (p. 95, 3 septembre 1916) : \u00ab Apr\u00e8s le passage de nos troupes, des boches m\u00eame bless\u00e9s qui avaient fait \u00ab Kamarad \u00bb au passage de la vague d\u2019assaut reprirent leurs fusils et tirent dans le dos de ceux qui venaient de les \u00e9pargner. \u00bb Le moment le plus terrible de l\u2019exp\u00e9rience de guerre de Couvreur a lieu lors d\u2019une attaque (Ferme de Priez), lorsque, emp\u00each\u00e9 de progresser il doit plonger dans un trou d\u2019obus avec d\u2019autres. Ils s\u2019entassent \u00e0 six dans le m\u00eame creux, deux sont tu\u00e9s et expirent sur eux, quand un troisi\u00e8me va aussi \u00eatre touch\u00e9 ( p. 101, 25 septembre 1916) : \u00ab [je fais glisser le cadavre sur moi] quand je vois, horrible folie, l\u2019oncle Brenet se risquer au bord de son trou et faire signe \u00e0 son neveu Roche de le rejoindre. Je vois avec horreur le pauvre Roche se lever sur sa jambe valide. Il n\u2019est pas de sit\u00f4t debout qu\u2019une balle le frappe en pleine t\u00eate, et le fait plonger mort dans les bras de son oncle. \u00bb Pour les nordistes, on constate souvent que l\u2019exp\u00e9rience de la Somme est d\u00e9crite comme pire que celle de Verdun. Le souvenir reste absolument intact (p. 101) \u00ab Elle fut, cette fraction de seconde, d\u2019une intensit\u00e9 telle qu\u2019apr\u00e8s vingt-deux ans, nous sommes en d\u00e9cembre 1938, je revois encore ce tableau vivant fig\u00e9. \u00bb Il d\u00e9crit aussi le lugubre tableau, en revenant vers l\u2019arri\u00e8re, des trous d\u2019obus qui rec\u00e8lent chacun un ou deux cadavres qui se laissent d\u00e9couvrir progressivement. Lors de son d\u00e9part de la Somme, sa section a eu 5 tu\u00e9s et dix bless\u00e9s, la situation \u00e9tant pire dans les autres compagnies.<br \/>\nRevenu \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, il prend beaucoup de photographies des hommes et des officiers, et finit par organiser un petit commerce florissant  avec des photos de groupe (p. 111, octobre 1916) : \u00ab Le petit rouleau tir\u00e9 \u00e9tait exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 Saulieu o\u00f9 mes s\u0153urs le d\u00e9veloppaient et m\u2019adressaient quelques \u00e9preuves. Je les soumettais aux int\u00e9ress\u00e9s et passais les commandes par douzaines. \u00bb Un stage d\u2019aspirant lui permet ensuite d\u2019\u00e9chapper involontairement \u00e0 l\u2019offensive d\u2019avril 1917.<br \/>\nLe 127e RI, dont la division est alors command\u00e9e par l\u2019ancien ministre de la guerre Messimy, est ensuite envoy\u00e9, \u00e9quip\u00e9 de neuf, dans la r\u00e9gion parisienne pour une longue marche \u00ab publique \u00bb de plusieurs jours,  et arrive le 20 d\u00e9cembre 1917 \u00e0 Sarcelles pr\u00e8s d\u2019Ecouen, \u00ab cette marche a pour but de relever le moral des civils et de favoriser l\u2019emprunt en cours. Dans chaque ville, bourg ou bourgade, nous d\u00e9filons au pas cadenc\u00e9, drapeau d\u00e9ploy\u00e9. Nous sommes nipp\u00e9s de neuf et cela produit son effet. \u00bb (p. 121). Le g\u00e9n\u00e9ral Messimy soigne sa popularit\u00e9 et organise des revues monstres, des dames se trouvant incidemment sur le parcours et semant \u00ab des billets de 10, de 20, voire de 50 francs ! \u00bb<br \/>\nPromu aspirant apr\u00e8s son stage de Saint-Cyr, il a \u00e9vit\u00e9 du fait de sa formation non seulement l\u2019attaque sur le plateau de Craonne mais aussi \u00e0 l\u2019automne un combat dans les Flandres, \u00e0 la for\u00eat d\u2019Houdhust.<br \/>\nA partir de fin avril 1918, le r\u00e9cit est centr\u00e9 sur le difficile r\u00f4le de chef de section dans la guerre de mouvement qui reprend, alternant replis, formation d\u2019\u00eelots de r\u00e9sistance (mai-juin) puis reprise de la progression vers l\u2019avant (juillet). Les gaz sont omnipr\u00e9sents et ces combats dans le Soissonnais sont aussi durs pour les civils, quand les troupes fran\u00e7aises investissent des villages qu\u2019ils viennent d\u2019\u00e9vacuer: Pernant, 30 mai 1918, p. 139 \u00ab Quand nous en repartons quelques heures plus tard [du village de Pernant], tout a \u00e9t\u00e9 mis sens dessus dessous. Poules, lapins, provisions de toutes sortes sont mis \u00e0 profit ; rien ne r\u00e9siste \u00e0 nos estomacs vides. Les armoires sont pill\u00e9es de fond en comble (\u2026) nous passons en festin quelques bonnes heures, voulant surtout profiter de ces quelques instants de r\u00e9pit. \u00bb L\u2019auteur ralentit ensuite son r\u00e9cit pour \u00e9voquer l\u2019investissement progressif du village du Port, qui commande un pont de l\u2019Aisne, avec des Allemands qui tirent depuis des lucarnes et se cachent dans les caves. L\u2019affaire dure plusieurs jours et le r\u00e9cit s\u2019\u00e9tire de la page 140 \u00e0 183 pour 5 jours de combats tr\u00e8s sporadiques mais tr\u00e8s dangereux autour de ces quelques maisons. L\u2019ex\u00e9cution d\u2019un bless\u00e9 allemand est signal\u00e9e (p. 183) : \u00ab une des sentinelles d\u00e9tach\u00e9e dans le bois (\u2026) d\u00e9couvrit dans un fourr\u00e9 un boche bless\u00e9 abandonn\u00e9. Sans crier gare, notre homme lui colla une balle dans la t\u00eate (\u2026) Copieusement j\u2019eng\u2026uirlandais notre homme. Celui-ci laissa passer l\u2019orage et s\u00e8chement me dit ces simples mots : \u00ab &#8211; ils ont bien tu\u00e9 mon fr\u00e8re \u00bb; Je venais de lui signifier qu\u2019il serait traduit en conseil de guerre s\u2019il recommen\u00e7ait. \u00bb<br \/>\nPromu sous-lieutenant, H. Couvreur participe \u00e0 l\u2019attaque du 17 juillet et est bless\u00e9 au bras d\u2019un \u00e9clat de grenade d\u00e9fensive fran\u00e7aise (p. 207) \u00abbienheureuse blessure ! Maintenant qu\u2019officiellement je venais d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9 hors de combat, un autre homme s\u2019empare de moi. Je ne suis plus le guerrier acharn\u00e9 au combat et je me sens redevenir un homme. \u00bb Il est dirig\u00e9 sur Senlis dans un centre d\u2019\u00e9vacuation des bless\u00e9s. Il d\u00e9crit un grand baraquement avec des bancs o\u00f9 se regroupent sans ordre les bless\u00e9s (p. 208) \u00ab Il y avait de tout : des soldats, des sergents, caporaux, capitaines, des diables bleus, des bicots, des noirs, des bleus horizon, des kakis, des artilleurs, des fantassins, des aviateurs. \u00bb<br \/>\nL\u2019auteur ne remontera plus en ligne, et lorsqu\u2019\u00e0 l\u2019occasion d\u2019une permission dans Carvin lib\u00e9r\u00e9 (novembre 1918), il constate que la tannerie familiale n\u2019est plus que ruine, il conclut ses m\u00e9moires de guerre avec des consid\u00e9rations positives (nous avons la victoire) et volontaristes (le travail nous attend), et il conclut par un curieux \u00ab tout va bien ! \u00bb (p.212), suivi de \u00ab termin\u00e9 ce 13 mars 1939 \u00bb. A cette date effectivement, la tannerie a \u00e9t\u00e9 reconstruite et agrandie\u2026<\/p>\n<p>Vincent Suard, \t\td\u00e9cembre 2016<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Henri Couvreur, n\u00e9 \u00e0 Carvin (Pas-de-Calais) dans une famille dont le p\u00e8re dirige une petite tannerie, a \u00e9tudi\u00e9 au coll\u00e8ge Saint-Joseph \u00e0 Lille et obtenu la premi\u00e8re partie du baccalaur\u00e9at. En 1914, sa famille se r\u00e9fugie \u00e0 Bordeaux et il est incorpor\u00e9 (classe 15) \u00e0 Limoges. 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