{"id":294,"date":"2010-11-04T12:31:51","date_gmt":"2010-11-04T11:31:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=294"},"modified":"2021-09-12T19:25:13","modified_gmt":"2021-09-12T18:25:13","slug":"maufrais-louis-1889-1977","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/11\/04\/maufrais-louis-1889-1977\/","title":{"rendered":"Maufrais, Louis (1889-1977)"},"content":{"rendered":"<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 29 septembre 1889. Externe \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Saint-Louis, Louis Maufrais se trouve en vacances \u00e0 Dol-de-Bretagne au moment de la d\u00e9claration de la guerre. Il re\u00e7oit sa feuille de route le 3 ao\u00fbt et se rend \u00e0 la Caserne Bellevue (ao\u00fbt-d\u00e9cembre 1914). Nomm\u00e9 m\u00e9decin auxiliaire dans le service de sant\u00e9 il part pour le camp de Co\u00ebtquidan pour \u00eatre incorpor\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t du 94<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie le 8 janvier 1915. Il part pour l\u2019Argonne (f\u00e9vrier-mai 1915). Le 17 f\u00e9vrier, il se porte avec son r\u00e9giment en renfort du Corps d\u2019Arm\u00e9e, les Allemands attaquant \u00e0 Vauquois. D\u00e9but mars, il est dans le secteur de Blanloeil puis au saillant de Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u00e9but avril. Louis Maufrais re\u00e7oit une citation au mois de mai. Successivement dans les secteurs de Bagatelle et de Beaumanoir au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9, il quitte l\u2019Argonne le 17 juillet. Il part en Champagne, secteur du bois Vauban. Le 18 septembre, arrive l\u2019ordre de monter en premi\u00e8re ligne. \u00ab&nbsp;J\u2019avoue ne jamais avoir vu de sc\u00e8nes d\u2019enthousiasme, en pareille circonstance&nbsp;\u00bb remarque-t-il (p.142). Le 25 septembre, c\u2019est l\u2019offensive&nbsp;: Maufrais&nbsp;est dans son poste de secours de premi\u00e8re ligne, d\u00e9sempar\u00e9 face \u00e0 l\u2019afflux de bless\u00e9s et le manque de moyens. L\u2019ann\u00e9e suivante, il est \u00e0 Verdun (mars-avril 1916), dans les secteurs de la redoute de Thiaumont puis de Cumi\u00e8res en avril. Le 19 de ce mois, il est nomm\u00e9 m\u00e9decin du 1<sup>er<\/sup> bataillon, m\u00e9decin aide-major de 2<sup>e<\/sup> classe et officier. Il est au Mort-Homme en mai. Maufrais note le 17 mai&nbsp;une veill\u00e9e d\u2019armes&nbsp;morose&nbsp;: les hommes ont le cafard, plus que d\u2019habitude. Entre mai et septembre 1916, son r\u00e9giment est en Lorraine, plac\u00e9 en r\u00e9serve en juin. Maufrais est maintenant chef du service m\u00e9dical du 1<sup>er<\/sup> bataillon. Il retourne dans la Somme du 1<sup>er<\/sup> juillet au 18 novembre 1916. Souffrant de rhumatisme f\u00e9brile, il passe 15 jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Le moral est mauvais, ses amis de l\u2019Argonne et de la Champagne sont tomb\u00e9s et Maufrais d\u00e9cide de quitter l\u2019infanterie. On lui propose de devenir m\u00e9decin du 2<sup>e<\/sup> groupe du 40<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019artillerie&nbsp;: il accepte avec soulagement et rejoint son nouveau poste le 10 mars 1917. Dans l\u2019Aisne, son r\u00e9giment prend position en pr\u00e9paration de l\u2019attaque du 16 avril, au centre du dispositif, face \u00e0 ses objectifs&nbsp;: la cote 108 et le Mont Sapigneul. \u00ab&nbsp;Enfin arrive le 16 avril, jour fix\u00e9 de l\u2019attaque. Lever \u00e0 4 heures du matin. \u00c0 cinq heures, nous quittons les positions avec tout le mat\u00e9riel pour aller, en principe, nous poster derri\u00e8re l\u2019infanterie et l\u2019accompagner dans son avance&nbsp;\u00bb (p.269). Il voit l\u2019infanterie \u00e0 Berry-au-Bac et \u00e0 la ferme de Moscou et souhaite se placer au poste de secours du 94<sup>e<\/sup> RI, son ancien r\u00e9giment. Le 16 avril, c\u2019est l\u2019incompr\u00e9hension&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019attaque a \u00e9t\u00e9 ajourn\u00e9e. C\u2019est ce que me dit le commandant, en veine de confidences. La cote 108 et Sapigneul sont encore trop fortement occup\u00e9s par les Allemands, para\u00eet-il&nbsp;\u00bb (p.270). Son r\u00e9giment est en attente pendant une vingtaine de jours \u00e0 Hermonville, puis \u00e0 St Thierry et Merfy. En juillet, il re\u00e7oit l\u2019ordre de prendre la route pour le front de Verdun. Une grande offensive se pr\u00e9pare pour le 25 septembre. Maufrais est ensuite affect\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance 1\/10. \u00c0 peine arriv\u00e9, il doit passer 15 jours avec le 332<sup>e<\/sup> RI&nbsp;: tr\u00e8s las, il se dit d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 d\u2019\u00eatre toujours ramen\u00e9 \u00e0 l\u2019infanterie. \u00c0 l\u2019ambulance 1\/10, d\u2019avril \u00e0 novembre 1918, il fait fonction d\u2019aide-chirurgien. L\u2019ambulance part pour la Somme le 30 avril. Apr\u00e8s l\u2019armistice, il est d\u00e9tach\u00e9 de l\u2019ambulance 1\/10 et affect\u00e9 \u00e0 la mission fran\u00e7aise pr\u00e8s de la 3<sup>e<\/sup> arm\u00e9e britannique. Ses souvenirs se terminent sur l\u2019\u00e9vocation du d\u00e9fil\u00e9 sur les Champs Elys\u00e9es le 14 juillet 1919. Louis Maufrais soutient sa th\u00e8se en 1920 et devient m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste. Il d\u00e9c\u00e8de le 5 d\u00e9cembre 1977.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><em>J\u2019\u00e9tais m\u00e9decin dans les tranch\u00e9es, <\/em>Paris, Laffont, 2008.<\/p>\n<p>Dans ses vieux jours, devenu presque aveugle, Louis Maufrais entreprit de sauvegarder ses souvenirs de guerre en s\u2019enregistrant \u00e0 l\u2019aide d\u2019un magn\u00e9tophone. Dans l&rsquo;h\u00e9ritage qu&rsquo;il laisse \u00e0 ses enfants se trouvent quelques 600 photographies du front l\u00e9gend\u00e9es et une bo\u00eete \u00e0 chaussures contenant 16 cassettes de 90 minutes. Sa petite fille, Martine Veillet d\u00e9couvre ce pr\u00e9cieux h\u00e9ritage en 2001. Elle passe 4 ann\u00e9es \u00e0 la mise en \u00e9criture des souvenirs de son grand-p\u00e8re, proc\u00e9dant \u00e0 une&nbsp;retranscription du t\u00e9moignage et menant une enqu\u00eate appliqu\u00e9e, afin de v\u00e9rifier l\u2019exactitude des faits racont\u00e9s par son a\u00efeul (consultation des JMO, de quelques carnets personnels conserv\u00e9s par Louis Maufrais, de lettres adress\u00e9es par lui \u00e0 ses parents, du journal non publi\u00e9 d\u2019un camarade, etc.).<\/p>\n<p>Le t\u00e9moin se met une fois en sc\u00e8ne dans son travail d\u2019\u00e9criture&nbsp;: \u00ab&nbsp;La fatigue aurait d\u00fb me faire tomber de sommeil. Mais c\u2019est le contraire qui se produit. Toutes les \u00e9motions de la nuit me bourdonnent dans la t\u00eate. Alors je prends un carnet et j\u2019\u00e9cris. Je d\u00e9cris, je classe, j\u2019essaie d\u2019en tirer quelques r\u00e9flexions et enseignements pour les jours suivants&nbsp;\u00bb (p.75-76). La prise de notes aurait \u00e9t\u00e9 une sorte d\u2019exutoire, un travail intime, un besoin imp\u00e9rieux de laisser une trace, de ne pas oublier. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui le poussa \u00e0 s\u2019enregistrer peu de temps avant sa mort. Martine Veillet remarque dans sa pr\u00e9face que les raisons qui incit\u00e8rent son grand-p\u00e8re \u00e0 immortaliser ses souvenirs semblent avoir \u00e9volu\u00e9 au cours du temps&nbsp;: d\u2019abord soucieux de garder le souvenir d\u2019une exp\u00e9rience personnelle, Maufrais aurait pris conscience d\u2019\u00eatre le t\u00e9moin d\u2019une page d\u2019histoire exceptionnelle. Photographies et notes deviennent un reportage. Le souci de Maufrais \u00e9tait avant tout de d\u00e9crire ce dont il avait \u00e9t\u00e9 lui-m\u00eame t\u00e9moin. S\u2019il s\u2019autorise des passages moins subjectifs, dans le souci de poser le contexte, il ne manque jamais de rappeler ce que lui-m\u00eame pouvait voir ou entendre de son poste : \u00ab&nbsp;Cela, ce sont les rescap\u00e9s qui me le d\u00e9crivent au fur et \u00e0 mesure. Car je suis au travail, avec Parades, enterr\u00e9 dans le poste de secours, au milieu du vacarme assourdissant&nbsp;\u00bb (p.150). Ou encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Moi, je n\u2019avais rien vu. Ma seule ouverture sur l\u2019ext\u00e9rieur \u00e9tait un petit soupirail de dix centim\u00e8tres de haut sur vingt-cinq de large&nbsp;\u00bb (p.220).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>T\u00e9moignage d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat, autant pour la qualit\u00e9 du texte, la finesse des observations, que pour le tr\u00e8s riche corpus de photographies. Le texte mis au point par la petite-fille de Louis Maufrais laisse transpara\u00eetre un sens de l\u2019observation aiguis\u00e9, un esprit d\u2019analyse et un vrai souci de pr\u00e9cision.<\/p>\n<p>Martine Veillet remarque dans sa pr\u00e9face que Louis Maufrais ne s\u2019est jamais senti atteint dans sa virilit\u00e9 par le fait de ne pas porter les armes. Son devoir \u00e9tait de soigner. Cette r\u00e9flexion semble justifi\u00e9e&nbsp;: il est vrai que l\u2019on ne retrouve chez Maufrais aucune des mentions que l\u2019on peut trouver chez un Lucien Laby par exemple (<em>Les Carnets de l\u2019aspirant Laby, <\/em>Bayard, 2001), qui, quant \u00e0 lui, exprime un certain \u00ab&nbsp;complexe&nbsp;\u00bb \u00e0 ne pas participer \u00e0 l\u2019activit\u00e9 guerri\u00e8re au m\u00eame titre que ses camarades combattants : \u00ab&nbsp;Je serais tellement vex\u00e9 d\u2019arriver \u00e0 la fin de la guerre sans avoir tu\u00e9 un Prussien [\u2026] j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 fermement d\u2019aller passer vingt-quatre heures dans un petit poste avanc\u00e9, sans brassard, mais avec un Lebel \u00bb (Laby, p.75). Notons que Laby ne fait pas figure de belliqueuse exception. On retrouve aussi chez \u00c9douard Laval&nbsp;(<em>Souvenirs d\u2019un m\u00e9decin major, 1914-1917, <\/em>Paris, Payot, 1932, 237 p.) : \u00ab Combattants mes fr\u00e8res [\u2026] dans ces minutes extraordinaires, ceux que vous d\u00e9nommez non-combattants donneraient beaucoup pour \u00eatre \u00e0 votre place \u00bb (p.80). Le besoin de participer \u00e0 l\u2019action combattante n\u2019est pas, semble-t-il, une aspiration unanimement partag\u00e9e. Toutefois, on remarque dans le t\u00e9moignage de Maufrais d\u2019autres signes d\u2019un besoin de \u00ab&nbsp;conformisme&nbsp;\u00bb g\u00e9n\u00e9rationnel. Au-del\u00e0 de l\u2019exaltation d\u2019une identit\u00e9 virile, le besoin de participer \u00e0 l\u2019action collective s\u2019inscrit avant tout dans la revendication de l\u2019appartenance au groupe. La pression sociale est tr\u00e8s forte \u00e0 l\u2019entr\u00e9e en guerre. L\u2019exp\u00e9rience collective mise en sc\u00e8ne au moment du d\u00e9part tend \u00e0 rendre ill\u00e9gitime toute autre situation. Maufrais, partant pour l\u2019arm\u00e9e, exprime la satisfaction de ne plus se d\u00e9marquer. Il semble fier :<em> <\/em>\u00ab&nbsp;d\u00e9sormais comme les autres gar\u00e7ons de ma classe d\u2019\u00e2ge. Je pouvais enfin dire aux gens o\u00f9 j\u2019allais&nbsp;!&nbsp;\u00bb<em> <\/em>(p.28). Son s\u00e9jour \u00e0 la caserne s\u2019\u00e9ternisant, il manifeste la peur de ne pas avoir le temps de faire la guerre, ce qui le d\u00e9marquerait \u00e0 vie de sa g\u00e9n\u00e9ration&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me sentais mauvaise conscience. Je me disais&nbsp;: \u2018La guerre va se terminer au printemps, apr\u00e8s une offensive\u2019. J\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 une seconde bataille de la Marne er je me disais&nbsp;: \u2018Je n\u2019aurai pas fait la guerre. Je n\u2019aurai pas suivi le sort de ma g\u00e9n\u00e9ration. Et cela, ce sera une tache que je ne pourrai pas effacer\u2019&nbsp;\u00bb (p.45). Il \u00e9crit alors au d\u00e9put\u00e9, M. le H\u00e9riss\u00e9, pour demander son d\u00e9part.<\/p>\n<p>Louis Maufrais n\u2019est pas un sujet tr\u00e8s sensible \u00e0 la propagande patriotique. Patrie et ennemi sont presque absents de son r\u00e9cit. S\u2019il fait quelques r\u00e9flexions sur l\u2019ennemi, c\u2019est plut\u00f4t pour parler de l\u2019attitude du soldat \u00e0 son \u00e9gard. p.81, il note que les hommes urinent dans des bo\u00eetes de conserve pour les jeter aux Allemands quand ils n\u2019ont plus de munitions. Le commandant se sent oblig\u00e9 de lui dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;On ne peut pas tenir les hommes. Ils font \u00e7a malgr\u00e9 nous&nbsp;\u00bb. Il remarque aussi, lors de l\u2019interrogatoire d\u2019un prisonnier allemand, qu\u2019un homme est en train de couper des boutons de sa vareuse pour les r\u00e9cup\u00e9rer. Quel sentiment Maufrais \u00e9prouve-t-il face \u00e0 ces proc\u00e9d\u00e9s&nbsp;? On ne le sait gu\u00e8re. On peut lire un passage frappant, au moment o\u00f9 il se trouve au Mort-Homme, apr\u00e8s l\u2019attaque du 18 mai 1916. Maufrais d\u00e9crit une forme de cessez le feu entre les Fran\u00e7ais et les Allemands ahuris par la violence de la lutte&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Alors nous nous avan\u00e7ons. Nous trouvons des gars qui cherchent on ne sait quoi, l\u2019air hagard. Il y en a qui titubent. Un peu plus loin, qu\u2019est-ce que je vois&nbsp;? Des Allemands. Je dis \u00e0 Cousin&nbsp;: \u2013 \u00e7a y est mon vieux, nous sommes prisonniers. \u2013 Oh, me r\u00e9pond-il, ce n\u2019est pas possible, les Allemands n\u2019ont pas d\u2019armes.<\/p>\n<p>Eh bien oui. Aucun d\u2019eux n\u2019est \u00e9quip\u00e9, pas plus les Allemands que les Fran\u00e7ais. Les hommes se croisent, ils ne se parlent pas. Tous, ils sont bris\u00e9s. Plus bons \u00e0 rien. D\u00e9go\u00fbt\u00e9s de tout. De la guerre en particulier. Les Allemands comme les Fran\u00e7ais, ils sont \u00e0 chercher quelque chose, des bless\u00e9s, des morts, ou rien&nbsp;\u00bb (p.236).<\/p>\n<p>Soucieux des autres et plein de bonne volont\u00e9, Maufrais nous fait partager de nombreuses r\u00e9flexions sur la place du m\u00e9decin au sein de l\u2019unit\u00e9 combattante. On trouve par exemple une remarque int\u00e9ressante ayant trait \u00e0 son exp\u00e9rience du brassage social induit par l\u2019exp\u00e9rience militaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je trouve tout \u00e0 fait extraordinaire de pouvoir discuter amicalement avec des gens que je n\u2019aurais jamais eu l\u2019occasion de rencontrer dans la vie civile&nbsp;\u00bb (p.33).&nbsp;Maufrais est \u00e9tudiant en m\u00e9decine&nbsp;: tout naturellement, les m\u00e9decins militaires d\u2019active l\u2019intriguent. Il en a g\u00e9n\u00e9ralement une assez mauvaise impression : \u00ab&nbsp;Et voil\u00e0 comment, dans l\u2019arm\u00e9e, d\u2019anciens m\u00e9decins d\u2019active dont les connaissances m\u00e9dicales commencent \u00e0 faiblir s\u00e9rieusement s\u2019arrangent pour s\u2019adjoindre des gens de la r\u00e9serve tr\u00e8s \u00e0 la page de fa\u00e7on \u00e0 profiter de leurs le\u00e7ons en se piquant de faire des publications m\u00e9dicales sous la signature, associ\u00e9e \u00e0 la leur, d\u2019un gars qui connaissait son affaire&nbsp;\u00bb (p.57).<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de Maufrais est \u00e9videmment int\u00e9ressant pour une histoire des premiers soins. Il \u00e9voque ses pratiques de m\u00e9decin de tranch\u00e9es, dans les postes de secours de premi\u00e8re ligne, parfois d\u00e9crites dans le d\u00e9tail sans pour autant constituer un r\u00e9cit tr\u00e8s technique. Elles le d\u00e9solent. Il se livre d\u2019ailleurs sur cette peur qu\u2019ont pu avoir les jeunes \u00e9tudiants de m\u00e9decine d\u2019avoir tout oubli\u00e9 \u00e0 la fin de la guerre et d\u2019\u00eatre incapables d\u2019exercer la m\u00e9decine dans des conditions normales : \u00ab&nbsp;j\u2019\u00e9tais tortur\u00e9 par l\u2019id\u00e9e du temps qui passait. J\u2019\u00e9tais en train d\u2019oublier mes connaissances. Faute d\u2019exercices, la m\u00e9decine me devenait de plus en plus \u00e9trang\u00e8re&nbsp;\u00bb (p.279). S\u2019il observe les blessures, il est aussi t\u00e9moin des effets du stress et des bombardements sur les hommes, effets qu\u2019il peut \u00e9galement observer sur lui-m\u00eame : \u00ab&nbsp;Ca mart\u00e8le la t\u00eate, et tout notre syst\u00e8me nerveux en est \u00e9branl\u00e9. Je vois mes gars peu \u00e0 peu perdre connaissance. Devant moi, Vannier me regarde avec des yeux ronds sans me voir. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui, un infirmier dort d\u00e9j\u00e0\u2026&nbsp;\u00bb (p.234). Il se rappelle, entre autres, avoir vu un homme devenir fou furieux apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement d\u2019un obus (p.92). Maufrais ne cherche pas \u00e0 cacher sa peur. Comme ses camarades combattants, c\u2019est un sentiment avec lequel il doit vivre tous les jours&nbsp;: \u00ab&nbsp;On n\u2019a pas envie de manger, pas envie de rire. Par moments, il nous semble entendre deux pioches frapper presque en m\u00eame temps. J\u2019essaie de me rassurer. [\u2026] Puis, quand le bruit s\u2019arr\u00eate, l\u2019angoisse commence. Autour de moi, il n\u2019y a que des types courageux, mais ce danger-l\u00e0 n\u2019est pas comme les autres. On ne peut rien contre lui. Alors comment ne pas avoir peur&nbsp;? \u00bb (p.94).<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage de Louis Maufrais est \u00e9galement riche en observations sur le personnel de sant\u00e9, les brancardiers en premier lieu. Car sans brancardiers efficaces, le poste de secours est bien vite satur\u00e9 : \u00ab&nbsp;Je suis d\u00e9courag\u00e9. Par moments, il y a quinze \u00e0 vingt bless\u00e9s \u00e0 \u00e9vacuer. Je demande des renforts au r\u00e9giment et aux musiciens. Le chef de musique me fait r\u00e9pondre qu\u2019un saxophone vient d\u2019\u00eatre \u00e9vacu\u00e9 et que, s\u2019il donne encore des hommes, la musique cessera d\u2019exister. Alors, on fait appel aux brancardiers divisionnaires, qui font le service entre les postes de r\u00e9giments et les h\u00f4pitaux de l\u2019arri\u00e8re&nbsp;\u00bb (p.89). Sans porter de jugements tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res \u00e0 leur encontre, souvent indulgent m\u00eame, il note la difficult\u00e9 pour les brancardiers \u00e0 \u00eatre l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on souhaiterait qu\u2019ils soient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parmi les brancardiers b\u00e9n\u00e9voles et les convoyeurs volontaires qui effectuent les \u00e9vacuations, quelques-uns reviennent mais pas tous. Les autres pr\u00e9f\u00e8rent rester aux cuisines, en fin de compte. Faut-il leur en vouloir&nbsp;? Ils risquent leur vie \u00e0 chaque trajet. Au poste de secours, nous vivons dans l\u2019attente des brancardiers, qui arrivent souvent trop tard, pour les bless\u00e9s les plus graves&nbsp;\u00bb (p.122). Maufrais a conscience que le brancardier qui est sorti vivant de la fournaise a bien du mal \u00e0 revenir sur les lieux de combat. Il fait cette remarque : \u00ab&nbsp;Au tout d\u00e9but de la guerre, il \u00e9tait dans les habitudes des cadres de l\u2019arm\u00e9e de d\u00e9signer comme brancardier des hommes incapables de se battre. Mais ils comprirent rapidement que c\u2019\u00e9tait l\u2019inverse qu\u2019il fallait faire. Parce que ces gars-l\u00e0 agissaient en dehors de tout contr\u00f4le, que leur rendement \u00e9tait subordonn\u00e9 \u00e0 leur d\u00e9vouement, sans aucun repos ni de jour ni de nuit. Et les brancardiers furent alors s\u00e9lectionn\u00e9s parmi les meilleurs \u00e9l\u00e9ments \u2013 r\u00e9sistance physique et morale, esprit de devoir&nbsp;\u00bb (p.72). Cette part d\u2019autonomie, cette fa\u00e7on d\u2019agir \u00ab&nbsp;en dehors de tout contr\u00f4le&nbsp;\u00bb, le m\u00e9decin y est aussi confront\u00e9. Car, bien souvent dans le combat, il ne s\u2019agit pas tant pour lui d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 un ordre que d\u2019agir selon sa conscience. Le personnel de sant\u00e9 a la terrible responsabilit\u00e9 de faire des choix en permanence&nbsp;: le choix des bless\u00e9s transport\u00e9s et soign\u00e9s en priorit\u00e9, le choix du possible et de l\u2019impossible. Le m\u00e9decin de bataillon Maufrais \u00e9voque ce terrible doute, alors qu\u2019il est pris sous un tir de barrage et qu\u2019il ne peut que rester couch\u00e9 \u00e0 terre : \u00ab Que faire&nbsp;? Il remue une jambe. Peut-\u00eatre y a-t-il encore de l\u2019espoir&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;(p.120).<em> <\/em>Il ressort de l\u2019exp\u00e9rience du champ de bataille un douloureux sentiment d\u2019impuissance que les soignants doivent apprivoiser. S\u2019ils prennent trop de risques, ils s\u2019exposent \u00e0 mourir pour rien. Et Louis Maufrais reconna\u00eet qu\u2019un jeune m\u00e9decin est un capital pr\u00e9cieux en temps de guerre et il doit apprendre \u00e0 se pr\u00e9server pour le bien commun (p.267)<em>.<\/em> Mais s\u2019il estime une mission impossible ou un cas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, il s\u2019expose \u00e0 \u00eatre tax\u00e9 de l\u00e2chet\u00e9, ou tortur\u00e9 par sa conscience.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage du m\u00e9decin Louis Maufrais offre un point de vue int\u00e9ressant&nbsp;: n\u2019\u00e9tant pas combattant, il peut porter sur ses camarades soldats un regard plus ext\u00e9rieur, curieux et analytique, sans \u00eatre \u00e0 la fois juge et partie. Des d\u00e9tails int\u00e9ressants ressortent de son observation du fantassin. Par exemple, la r\u00e9pugnance des hommes face aux couteaux qui leur sont distribu\u00e9s&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Ils disposent de grenades un peu plus puissantes et de couteaux. Eh oui\u2026 des couteaux de cuisine&nbsp;! Ou plut\u00f4t des couteaux de boucher dont la lame est ins\u00e9r\u00e9e dans une gaine de toile, avec un manche en bois, mais d\u00e9pourvue de garde pour prot\u00e9ger les mains. Cette nouvelle arme n\u2019aura aucun succ\u00e8s aupr\u00e8s des troupes&nbsp;: apr\u00e8s l\u2019attaque, il n\u2019y aura qu\u2019\u00e0 se baisser pour en ramasser. Les hommes les avaient jet\u00e9s par terre\u2026&nbsp;\u00bb (p.141). Il remarque, le 29 avril 1915, que la proportion des bless\u00e9s par grenade est de plus en plus importante.&nbsp; Louis Maufrais se penche aussi sur la question des rapports des combattants avec le personnel soignant. Dans les premiers temps, l\u2019externe Maufrais doit se faire \u00e0 sa nouvelle condition de m\u00e9decin auxiliaire. Il se souvient du peu de consid\u00e9ration de certains grad\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9decins auxiliaires et \u00e9tudiants en m\u00e9decine (p.58-59). Le cas de Maufrais est celui d\u2019un m\u00e9decin de tranch\u00e9es, qui partage donc en bonne partie le quotidien des hommes, les souffrances, les risques, au m\u00eame titre qu\u2019un officier de tranch\u00e9es. Le r\u00e9cit de ses premi\u00e8res exp\u00e9riences ressemble, \u00e0 beaucoup d\u2019\u00e9gards, \u00e0 celui de n\u2019importe quel combattant. Le premier mort est un choc: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9v\u00e9nement me laisse d\u00e9courag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de la journ\u00e9e. Je viens de d\u00e9couvrir brutalement toute la b\u00eatise de la guerre&nbsp;\u00bb (p.64).&nbsp;Puis c\u2019est le bapt\u00eame du feu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une grande journ\u00e9e pour moi, celle de l\u2019initiation. J\u2019\u00e9prouve plus d\u2019appr\u00e9hension que d\u2019enthousiasme, je l\u2019avoue, \u00e0 l\u2019id\u00e9e de me trouver bient\u00f4t dans cet endroit dont on parle tous les jours dans les journaux depuis plus d\u2019un mois&nbsp;\u00bb (p.65). Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019arm\u00e9e plus tardivement que ses camarades, il remarque que le personnel de son poste de secours est d\u00e9j\u00e0 aguerri&nbsp;: \u00ab&nbsp;Malgr\u00e9 le bruit des balles, mes camarades de l\u2019infirmerie ont parfaitement dormi. C\u2019est tous des gars aguerris qui vivent ce m\u00e9tier-l\u00e0 depuis le d\u00e9but du mois d\u2019ao\u00fbt. Ils ont fait la retraite de la Marne, la bataille de la Marne, sont remont\u00e9s se battre \u00e0 S\u00e9zanne, puis finalement au fort de la Pompelle et, de l\u00e0&nbsp;; ils sont partis participer \u00e0 la guerre des Flandres. Rien ne les impressionne plus. Les bruits sont ceux de leur vie quotidienne. Leur sensibilit\u00e9 devant les atrocit\u00e9s s\u2019est \u00e9mouss\u00e9e. C\u2019est indispensable. Ils cherchent un d\u00e9rivatif \u00e0 leurs pens\u00e9es en remontant les mois, les ann\u00e9es pour retrouver des souvenirs de famille, de caserne, de femme\u2026 Voil\u00e0 comment je me trouve bient\u00f4t entra\u00een\u00e9 dans leur vie priv\u00e9e sans l\u2019avoir cherch\u00e9. Car, dans les tranch\u00e9es, on ne se cache rien entre copains&nbsp;\u00bb (p.69-70). Le mot est dit. \u00ab&nbsp;copains&nbsp;\u00bb. Maufrais fait l\u2019exp\u00e9rience de la solidarit\u00e9 et de l\u2019esprit de corps. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, on peut dire qu\u2019une profonde ambig\u00fcit\u00e9 caract\u00e9rise les rapports entre les soignants et les combattants, car l\u2019asym\u00e9trie de leurs statuts fait obstacle au processus de resserrement des liens qui est le fondement de la t\u00e9nacit\u00e9 au combat. Des sentiments tr\u00e8s variables se manifestent \u00e0 l\u2019\u00e9gard des brancardiers, infirmiers, m\u00e9decins, allant de la m\u00e9fiance la plus hargneuse \u00e0 la plus poignante reconnaissance. Trouvant peu \u00e0 peu sa place, on le voit plus s\u00fbr de lui, plus us\u00e9 \u00e9galement. Dans l\u2019Aisne en 1917, on le fait venir au secours d\u2019un bless\u00e9, sous le bombardement. Oblig\u00e9 de sauter de trou d\u2019obus en trou d\u2019obus pour ce faire, il aper\u00e7oit le commandant, hilare. Le m\u00e9decin n\u2019est pas exempt d\u2019une mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de son courage&nbsp;! Maufrais go\u00fbte peu la bonne humeur du chef&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Ces imb\u00e9ciles, ils ne se rendent pas compte du capital que repr\u00e9sente un jeune m\u00e9decin. Je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019humeur \u00e0 rire de la plaisanterie, mais je ne pouvais pas lui donner ma fa\u00e7on de penser&nbsp;\u00bb. Furieux, il lance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour que vous me fassiez sortir alors que tout le monde est planqu\u00e9, lui dis-je, je suppose que l\u2019affaire est grave&nbsp;\u00bb (p.267).<\/p>\n<p>Particularit\u00e9 du statut des soignants&nbsp;: la neutralit\u00e9. Les t\u00e9moins sont unanimes et Maufrais ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle&nbsp;: la Convention de Gen\u00e8ve n\u2019est pas toujours respect\u00e9e. Tous rapportent la n\u00e9gligence \u00e0 user du brassard et du drapeau \u00e0 croix rouge, soit par souci de ne pas se d\u00e9marquer des autres, soit parce que, il faut le dire, personne ne croit plus en l\u2019immunit\u00e9 du personnel de sant\u00e9. Tout d\u2019abord parce que les obus ne choisissent pas leurs cibles, et parce que peu de \u00ab&nbsp;tr\u00eaves des brancardiers&nbsp;\u00bb sont effectivement accord\u00e9es dans le combat. Le port des armes est \u00e9galement l\u2019une des infractions les plus constat\u00e9es. Le d\u00e9sir de s\u2019armer exprime souvent un sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame. On lit par exemple chez le musicien-brancardier L\u00e9opold Retailleau la formule <em>\u00ab&nbsp;Je prends un fusil et des cartouches pour vendre ch\u00e8rement ma vie&nbsp;\u00bb <\/em>(<em>Carnets de L\u00e9opold Retailleau, du 77<sup>e<\/sup> R.I. (1914-1918)<\/em>, Par\u00e7ay-sur-Vienne, Anovi, 2003, p.51). La non-observance r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la Convention, au-del\u00e0 de la mauvaise volont\u00e9 ou de la m\u00e9connaissance, proc\u00e8de \u00e9galement de la difficult\u00e9 \u00e0 les appliquer sur le terrain. Louis Maufrais y fait fr\u00e9quemment allusion. Voici deux exemples. Voyant passer des prisonniers allemands dans la tranch\u00e9e, il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils sont d\u00e9sarm\u00e9s et accompagn\u00e9s d\u2019un caporal qui a toutes les peines \u00e0 les suivre. C\u2019est tout de m\u00eame le moment de prendre quelques pr\u00e9cautions \u00e9l\u00e9mentaires&nbsp;: cacher les armes du poste de secours, d\u00e9chirer les lettres et mettre le brassard de la Croix-Rouge&nbsp;\u00bb&nbsp;(p.173). Puis plus loin&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Une chose nous ennuie, c\u2019est d\u2019avoir avec nous encore une vingtaine voire une trentaine d\u2019hommes arm\u00e9s de fusils. On n\u2019a pas le droit, dans un poste de secours, d\u2019avoir des soldats en armes, nos adversaires le savent fort bien. Alors nous convenons avec le chef du petit d\u00e9tachement que, si les Allemands arrivent, les hommes jetteront leurs armes dans les trous alentour&nbsp;\u00bb (p.208-209).<\/p>\n<p>Louis Maufrais ne fait aucun secret de sa progressive usure morale au fil des ann\u00e9es de guerre. Le contact permanent avec les bless\u00e9s&nbsp;est une exp\u00e9rience profond\u00e9ment anxiog\u00e8ne. Le manque de moyens, le sentiment d\u2019impuissance, la peur, la mort des copains, tout concourt \u00e0 \u00e9roder la r\u00e9sistance du jeune m\u00e9decin. Au cours de l\u2019ann\u00e9e 1916, dans une lettre \u00e0 ses parents, Louis s\u2019agace du bourrage de cr\u00e2ne orchestr\u00e9 par les communiqu\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il para\u00eet que les hommes r\u00e9clamaient \u00e0 nouveau l\u2019honneur de remonter en ligne. Que c\u2019\u00e9taient des h\u00e9ros\u2026 Bien s\u00fbr que c\u2019\u00e9taient des h\u00e9ros. Mais, \u00e0 la fin, ils en ont marre&nbsp;\u00bb (p.213-214). Il note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mes camarades ont chang\u00e9, eux aussi. Cathalan, Laguens et Raulic. Ils ont l\u2019air de sortir d\u2019un cauchemar, Raulic surtout. Ce philosophe jovial est devenu taciturne, amer, proche du d\u00e9sespoir. Il me confie qu\u2019il se sent physiquement et moralement incapable d\u2019affronter la m\u00eame \u00e9preuve dans dix jours \u00e0 peine. Je le comprends \u2013 moi aussi, pass\u00e9 les premiers moments de repos, je suis hant\u00e9 par les images de ces vingt et un jours d\u2019enfer, j\u2019ai sans cesse devant les yeux ce d\u00e9cor de trous et de boue, au pied de la redoute&nbsp;\u00bb (p.214). Louis Maufrais ne veut plus servir dans l\u2019infanterie. Apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1916, il a enfin la possibilit\u00e9 de quitter l\u2019infanterie pour l\u2019artillerie. Plus tard, il demande une affectation dans les ambulances de l\u2019arri\u00e8re-front. Les titres des deux derniers chapitres de cet ouvrage en disent long sur l\u2019usure morale de Louis Maufrais \u00e0 la fin de la guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le deuil de la victoire&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Les fant\u00f4mes du d\u00e9fil\u00e9&nbsp;\u00bb. Son t\u00e9moignage s\u2019ach\u00e8ve sur cette impression lugubre&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai la chance de survivre, mais aujourd\u2019hui, je me sens seul&nbsp;\u00bb (p.318).<\/p>\n<p>Doroth\u00e9e Malfoy-No\u00ebl, novembre 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 29 septembre 1889. Externe \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Saint-Louis, Louis Maufrais se trouve en vacances \u00e0 Dol-de-Bretagne au moment de la d\u00e9claration de la guerre. Il re\u00e7oit sa feuille de route le 3 ao\u00fbt et se rend \u00e0 la Caserne Bellevue (ao\u00fbt-d\u00e9cembre 1914). Nomm\u00e9 m\u00e9decin auxiliaire dans le service de sant\u00e9 il &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2010\/11\/04\/maufrais-louis-1889-1977\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Maufrais, Louis (1889-1977)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[103,188,189,135,13,21],"tags":[416,816,255,610,815],"class_list":["post-294","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-103","category-332e-ri","category-40e-ra","category-94e-ri","category-medecin-service-de-sante","category-souvenirs","tag-camaraderie","tag-couteaux","tag-marre-de-la-guerre","tag-photos-2","tag-role-du-medecin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/294","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=294"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/294\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3855,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/294\/revisions\/3855"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=294"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=294"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=294"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}