{"id":2964,"date":"2017-03-07T15:08:44","date_gmt":"2017-03-07T14:08:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2964"},"modified":"2017-03-09T11:46:45","modified_gmt":"2017-03-09T10:46:45","slug":"darnet-paul-1888-1973","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/03\/07\/darnet-paul-1888-1973\/","title":{"rendered":"Darnet, Paul (1888-1973)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p><figure id=\"attachment_2965\" aria-describedby=\"caption-attachment-2965\" style=\"width: 190px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Darnet-Paul-e1488894895345.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/Darnet-Paul-e1488894826969-190x300.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"300\" class=\"size-medium wp-image-2965\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2965\" class=\"wp-caption-text\">Paul Darnet et sa famille<\/figcaption><\/figure><br \/>\nPaul Darnet et sa famille<\/p>\n<p>Paul Auguste Darnet, n\u00e9 le 31 janvier 1888 \u00e0 Saint-Simon (Aisne), est sculpteur sur bois avant son service militaire, qu\u2019il effectue dans diverses unit\u00e9s d\u2019artillerie (6\u00e8me batterie du 18\u00e8me bataillon d\u2019artillerie \u00e0 pied, 3\u00e8me puis 6\u00e8me R\u00e9giment d\u2019Artillerie \u00e0 Pied au fort Saint-Michel \u00e0 Toul) du 8 octobre 1909 au 25 septembre 1911. De retour dans la vie civile, il entre chez Michelin et \u00e9pouse en 1912 une st\u00e9nodactylo, Berthe Richard, avec laquelle il aura une fille, Paulette, n\u00e9e \u00e0 la veille de la guerre et qui d\u00e9c\u00e8dera de la grippe espagnole 19 septembre 1918 (Paul n\u2019obtiendra d\u2019ailleurs une permission que 5 jours apr\u00e8s l\u2019enterrement). A la d\u00e9claration de guerre, il est remobilis\u00e9 au 6\u00e8me RAP (43\u00e8me batterie puis 27\u00e8me batterie) \u00e0 Toul puis au 3\u00e8me RAP en mars 1917. Il change de calibre le 1er ao\u00fbt suivant et passe au 73\u00e8me R\u00e9giment d\u2019ALGP. Il sera successivement brigadier puis mar\u00e9chal-des-logis (21 juin 1915) et y participera \u00e0 toutes les batailles de ces unit\u00e9s. Gaz\u00e9 deux fois (le 22 mai 1916 au ravin d\u2019Assevillers (Somme), ce qui l\u2019\u00e9loignera du front jusqu\u2019en octobre 1916, en ayant avou\u00e9 \u00e0 son \u00e9pouse une congestion pulmonaire, puis \u00e0 Verdun en 1917), commotionn\u00e9 (au ravin de Cuissy-et-G\u00e9ny sur le Chemin des Dames), il est d\u00e9mobilis\u00e9 le 20 juillet 1919. Ses derniers mois de guerre sont pass\u00e9s en Champagne et en Lorraine \u00e0 la r\u00e9fection de la voie ferr\u00e9e Laon-Reims et \u00e0 divers travaux d\u2019entretien. Demeurant Paris, et ayant exerc\u00e9 diff\u00e9rents m\u00e9tiers apr\u00e8s-guerre, dont celui de clerc de notaire, il aura finalement deux gar\u00e7ons et une fille. Il d\u00e9c\u00e8de quelques ann\u00e9es avant son \u00e9pouse, devenue aveugle, en 1973. C\u2019est sa petite-fille, de formation artistique, qui, ayant retrouv\u00e9 579 lettres et 169 cartes (de Paul uniquement, sauf une carte de Berthe \u00e9crite  le 25 f\u00e9vrier 1919) dans une bo\u00eete en carton (avec un manque toutefois de courriers \u00e9crits de janvier \u00e0 octobre 1917), qui en a d\u00e9cid\u00e9 la publication dans un ouvrage tr\u00e8s esth\u00e9tique, jouant avec la graphie de ce corpus pour en extraire la \u00ab palette des sentiments \u00bb qu\u2019il contient. <\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<figure id=\"attachment_2966\" aria-describedby=\"caption-attachment-2966\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/LivreDarnet.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/LivreDarnet-300x295.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"295\" class=\"size-medium wp-image-2966\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/LivreDarnet-300x295.jpg 300w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/LivreDarnet-1024x1008.jpg 1024w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/LivreDarnet.jpeg 1966w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-2966\" class=\"wp-caption-text\">Couverture de l&#039;ouvrage<\/figcaption><\/figure>\n<p>Boumendil, Sylvia, Ma petite femme ador\u00e9e. lettres de mon grand-p\u00e8re, 1914-1919. Paris, \u00e9ditions Alternatives, 2002, non pagin\u00e9, (174 pages).<\/p>\n<p>Paul Darnet rejoint son unit\u00e9 au fort de Villey-le-Sec (sud-est de Toul en Meurthe-et-Moselle) en partant de Paris, y laissant Berthe et Paulette, le 4 ao\u00fbt 1914. Il y construit de nouvelles batteries destin\u00e9es \u00e0 recevoir des pi\u00e8ces de si\u00e8ge. Ses premiers jours de guerre ne sont pas belliqueux ; il est bien log\u00e9, couche dans la paille et d\u00e9cr\u00e8te que \u00ab la chose essentielle c\u2019est de corriger l\u2019Allemagne, et ensuite je pense que nous vivrons tranquillement en paix \u00bb. Le 8 novembre, il estime toujours une guerre courte contre le \u00ab boche \u00bb. Le 1er janvier 1915, il est \u00ab d\u00e9sign\u00e9 pour former avec 175 hommes une batterie lourde mobile \u00bb \u00e0 Toul avec les nouvelles pi\u00e8ces de 105 mm. Il rassure son \u00e9pouse sur ce nouvel poste : \u00ab Tu vois qu\u2019il n\u2019est pas tr\u00e8s dangereux d\u2019\u00eatre artilleur, et d\u2019ailleurs, j\u2019ai toujours confiance en mon \u00e9toile qui a toujours su m\u2019\u00e9pargner, donc pas de mauvais sang pour cela \u00bb. C\u2019est pourtant avec cette formation qu\u2019il dit recevoir le bapt\u00eame du feu : \u00ab Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e9motionn\u00e9 plus que \u00e7a. Je t\u2019assure qu\u2019on se fait tr\u00e8s bien \u00e0 ce vacarme \u00bb. Pourtant il finit par l\u00e2cher, le 18 novembre 1916 : \u00ab Ce n\u2019est pas pour me faire plaindre mais je veux te dire la v\u00e9rit\u00e9 et je crois que l\u2019on ne peut reprocher le manque de courage ou autrement dit la l\u00e2chet\u00e9 \u00e0 un homme qui marche depuis le 3 ao\u00fbt 1914. En r\u00e9sum\u00e9, les cochons sont mieux trait\u00e9s dans une ferme \u00bb. Au sortir de Verdun, il t\u00e9moignage sa satisfaction d\u2019en \u00eatre sorti vivant : \u00ab Voici tout de m\u00eame un calvaire de franchi et j\u2019en suis soulag\u00e9. Sortir du ravin de la mort sans une \u00e9gratignure c\u2019est une satisfaction. Il est vrai que je n\u2019ai pas encore la croix de guerre, mais puisque je n\u2019ai pas la croix de bois, c\u2019est l\u2019essentiel \u00bb.  Il s\u2019\u00e9panche \u00e0 nouveau le 25 octobre 1917 : \u00ab \u2026 Aujourd\u2019hui, je me suis fait porter malade et je suis exempt de service pendant deux jours mais ce n\u2019est pas mon affaire et je voudrais \u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, j\u2019ai tant envie des vingt jours \u00e0 passer chez nous, seulement l\u2019ennui c\u2019est que je n\u2019ai pas de fi\u00e8vre, il me faudrait un petit 38,5\u00b0 et \u00e7a y serait. C\u2019est vraiment int\u00e9ressant quand on sait que l\u2019on a rien de grave. J\u2019en ai tellement par dessus la t\u00eate de ce m\u00e9tier. Je crois bien que j\u2019en suis d\u00e9go\u00fbt\u00e9 pour toujours puisque m\u00eame \u00e0 l\u2019arri\u00e8re je ne puis plus le souffrir. Oui, c\u2019est vrai que je m\u2019ennuie de ma n\u00e9nette. Quand je pense qu\u2019elle aura 4 ans dans un mois et que je l\u2019ai quitt\u00e9e \u00e0 8 mois, \u00e7a me r\u00e9volte\u2026 \u00bb Et enfin, le 7 f\u00e9vrier 1918 : \u00ab Mais il est certain en tous cas que cette fin est bien longue \u00e0 venir et que j\u2019ai un d\u00e9go\u00fbt de cette vie tellement grand que je demande la fin \u00e0 tout prix\u2026 \u00bb. Mais la guerre qui dure est n\u2019est pas seulement difficile pour l\u2019artilleur ; le 26 octobre 1918, il \u00e9crit : \u00ab C\u2019est vrai, ma B\u00e9zerbe, que le sort a \u00e9t\u00e9 trop cruel envers nous mais c\u2019est \u00eatre cruel envers moi que de te d\u00e9sesp\u00e9rer \u00e0 ce point et de penser un seul instant \u00e0 mourir et \u00e0 me laisser seul\u2026 \u00bb. A plusieurs reprises en effet, on sent aux r\u00e9ponses de Paul la tendance neurasth\u00e9nique de Berthe, bien entendu compr\u00e9hensible surtout apr\u00e8s la mort de sa fille. S\u2019il trouve quant \u00e0 lui un secours moral dans la religion catholique, il pr\u00e9cise toutefois \u00e0 sa femme, le 2 novembre 1918 : \u00ab Ne crois pas pour cela mon B\u00e9sicot que je sois tomb\u00e9 dans le mysticisme, non, mais je crois que dans la tristesse on sent toujours le besoin d\u2019entendre parler de choses spirituelles, de choses que l\u2019on ne se sent pas capable de d\u00e9finir, qui sortent du naturel\u2026 \u00bb. La paix retrouv\u00e9e ne change rien \u00e0 son \u00e9tat d\u2019esprit ; le 28 d\u00e9cembre, il dit : \u00ab Je voudrais bien \u00eatre plus vieux de huit jours. C\u2019est incroyable ce que l\u2019on demande \u00e0 vieillir, r\u00e9ellement, cette vie me d\u00e9go\u00fbte, peut-\u00eatre davantage encore depuis le 11 novembre. Quand on voit \u00e0 quoi l\u2019on est utile\u2026 \u00bb. En effet il temp\u00eate encore le 10 avril 1919 contre une lib\u00e9ration qui n\u2019arrive pas : \u00ab Ici, c\u2019est toujours la m\u00eame vie terne, il y a de quoi mourir d\u2019ennui et il faut se retenir \u00e0 quatre pour ne pas tout envoyer promener \u00bb. La derni\u00e8re lettre reproduite, le 17 juillet 1919, \u00e9crite au camp de Mailly (Aube), \u00e9voque la construction en cours de sa maison avec Berthe et son retour prochain ; la vie continue et Paul va reprendre sa place au foyer. <\/p>\n<p>3.Analyse <\/p>\n<p>Sylvia Boumendil, artiste, petite fille de Paul Darnet, a publi\u00e9 dans ce beau livre un ouvrage testimonial graphique. Aussi, ces extraits de la correspondance de Paul et de Berthe ne forment qu\u2019une effleure d\u2019un corpus de 748 correspondances d\u2019un artilleur, de formation ouvri\u00e8re, catholique, avec une culture politique manifeste et tr\u00e8s aimant de son \u00e9pouse. A la lecture de ces extraits finalement t\u00e9nus, l\u2019historien regrette imm\u00e9diatement le parti pris d\u2019un ouvrage certes \u00e0 haute valeur graphique ajout\u00e9e, mais qui le prive d\u2019une mati\u00e8re susceptible d\u2019enrichir la litt\u00e9rature testimoniale des artilleurs de forteresse (au d\u00e9but de la guerre, avec son inaction en pleine bataille des fronti\u00e8res), puis d\u2019un artilleur \u00e0 pied, et enfin d\u2019un artilleur de la \u00ab lourde \u00bb. Ce m\u00eame si elle appara\u00eet ne pas se d\u00e9marquer des codes de la correspondance de guerre, Paul Darnet pratiquant, comme quasi tous les poilus, l\u2019autocensure commune (cf. Wo\u00ebvre le 8 mars 1915 : \u00ab Il ne faut pas que Juliette se frappe autant, apr\u00e8s tout les tranch\u00e9es ne sont pas un enfer et la saison surtout est plut\u00f4t \u00e0 craindre que les boches \u00bb), y compris sur ses blessures (il d\u00e9nonce le 15 ao\u00fbt 1916 des \u00ab troubles cardio-r\u00e9naux sans fi\u00e8vre \u00bb puis le 3 septembre une \u00ab petite congestion pulmonaire \u00bb alors qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 gravement gaz\u00e9 puisqu\u2019absent pr\u00e8s de 6 mois de sa batterie), il donne toutefois quelques informations pratiques sur sa condition et son exp\u00e9rience de guerre. L\u2019ouvrage t\u00e9moigne aussi de l\u2019amour d\u2019un couple dans une correspondance tr\u00e8s affective et protectrice. Mais pas seulement ; une lettre du 13 octobre 1917 est \u00e9clairante sur le manque qui p\u00e8se : \u00ab Maintenant, au sujet de la permission pour Troyes, il est probable qu\u2019il te serait impossible d\u2019y aller la semaine. Tu peux donc \u00e9crire et retenir pour samedi 20 courant. Nous pourrons passer une bonne nuit et une bonne journ\u00e9e. J\u2019arriverai par un train passant par Troyes vers 10 h. Mais je crois qu\u2019il ne faudra pas s\u2019attendre sur le quai de la gare, le premier arriv\u00e9 se rendra au dodo tout de suite, dis ma petite ma\u00eetresse ch\u00e9rie ? \u00bb [soulign\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition]. D\u00e8s lors, par ces \u00ab \u00e9chantillons \u00bb de grand int\u00e9r\u00eat suppos\u00e9, il n\u2019est qu\u2019\u00e0 aspirer \u00e0 ce que l\u2019ensemble de ce mat\u00e9riau soit publi\u00e9. L\u2019ouvrage est abondamment illustr\u00e9, mais de traitements graphiques d\u2019\u00e9l\u00e9ments iconographiques des cartes de correspondance. A noter les diff\u00e9rents sobriquets affectueux donn\u00e9s par Paul \u00e0 Berthe (Loulou, poulet, B\u00e9sicot, Bello ou B\u00e9zerbe) et \u00e0 sa fille (Fanfine). Les extraits de cette correspondance choisis sur le seul crit\u00e8re da la diversit\u00e9 des sentiments, ne permettent en effet pas d\u2019en \u00e9valuer correctement la profondeur (par exemple la mort tragique de sa fille en septembre 1918, qui \u00e9claire l\u2019historien sur la question du deuil personnel au sein des deuils de guerre). De m\u00eame, l\u2019absence de pr\u00e9sentation des personnages cit\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0, comme son p\u00e8re par exemple, est pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019analyse du t\u00e9moin. L\u2019ouvrage est enrichi de documents annexes (extrait de sa fiche matricule, d\u00e9corations et une citation), qui finalement r\u00e9pondent au parcours militaire, quasi absent de la pr\u00e9sentation par Sylvia Boumendil, et un portrait de la famille en 1917.<\/p>\n<p>Yann Prouillet, mars 2017<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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