{"id":2987,"date":"2017-04-13T16:51:29","date_gmt":"2017-04-13T15:51:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=2987"},"modified":"2017-08-19T10:20:17","modified_gmt":"2017-08-19T09:20:17","slug":"collin-bernard-1881-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/04\/13\/collin-bernard-1881-1915\/","title":{"rendered":"Collin, Bernard (1881-1915)"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin<br \/>\nJoseph Alfred Bernard est n\u00e9 le 19 mars 1881 \u00e0 Selongey (C\u00f4te d\u2019Or) dans une famille de la bourgeoisie catholique cultiv\u00e9e. Il fait des \u00e9tudes de biologie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Montpellier et devient sp\u00e9cialiste des micro-organismes aquatiques \u00e0 la station zoologique de Cette (S\u00e8te) au bord de l\u2019\u00e9tang de Thau. Il a appris l\u2019allemand, ce qui lui sera utile pendant la guerre. Le 5 novembre 1909, il \u00e9pouse Magali Cuisinier (voir notice \u00e0 ce nom), petite-fille du g\u00e9ographe anarchiste \u00c9lis\u00e9e Reclus. Leur fille Jeannie nait en 1911. Sergent au 21e RI de Langres, il arrive sur le front le 7 novembre 1914, secteur de B\u00e9thune. Son r\u00e9giment combat notamment \u00e0 Notre-Dame-de-Lorette. Le sergent Collin est tu\u00e9 pr\u00e8s de Souchez, en Artois, le 27 septembre 1915 (voir la fiche de \u00ab mort pour la France \u00bb sur le site \u00ab M\u00e9moire des hommes \u00bb).<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage<br \/>\nSa petite-fille, Marion Geddes a conserv\u00e9 619 lettres ou cartes postales \u00e9chang\u00e9es entre le couple, ou adress\u00e9es par le soldat \u00e0 sa tr\u00e8s jeune fille. Ces derni\u00e8res sont souvent illustr\u00e9es de dessins de plantes, de petits animaux, du sac et des outils du combattant. Quelques vues des ruines d\u2019Arras. Bernard a pratiqu\u00e9 le codage. D\u00e9pos\u00e9s aux Archives municipales de S\u00e8te\u00a0dans le cadre de la Grande Collecte, ces documents sont la base d\u2019une exposition \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que Fran\u00e7ois Mitterrand de S\u00e8te du 2 au 16 septembre 2017. Une \u00e9dition d\u2019extraits est envisag\u00e9e \u00e0 cette occasion, ce qui est tr\u00e8s souhaitable.<\/p>\n<p>Contenu<br \/>\nLes extraits qui sont venus \u00e0 ma connaissance t\u00e9moignent d\u2019une r\u00e9flexion non conformiste tr\u00e8s int\u00e9ressante. La \u00ab guerre imb\u00e9cile \u00bb est pour lui une rupture brutale avec ses activit\u00e9s de recherches. Il demande :\u00a0\u00e0 quand le retour dans la Patrie \u00ab physique, intellectuelle et morale \u00bb qui serait un laboratoire o\u00f9 il pourrait vivre avec sa femme et sa fille. Dans les tranch\u00e9es, il continue \u00e0 observer rotif\u00e8res et orchid\u00e9es. Il lit Anatole France, Tolsto\u00ef, Goethe, Romain Rolland, la revue <em>La Paix par le Droit <\/em>(voir les notices Jules Puech et Marie-Louise Puech-Milhau). Les lettres de sa femme lui sont un soutien indispensable. Une fois de plus, cette correspondance r\u00e9v\u00e8le l\u2019amour conjugal au milieu de la violence de la guerre : le 13 mars 1915, un camarade est tu\u00e9 pr\u00e8s de lui et il re\u00e7oit sur sa capote les d\u00e9bris de sa cervelle.<br \/>\nBernard Collin est d\u00e9sol\u00e9 de voir des gosses mobilis\u00e9s, envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019abattoir \u00ab qu\u2019on appelle champ d\u2019honneur dans l\u2019argot officiel \u00bb. Des deux c\u00f4t\u00e9s, les charges \u00e0 la ba\u00efonnette sont stupides, \u00ab si brillantes dans les journaux, si inf\u00e9condes en r\u00e9sultats, sauf pour celui qu\u2019on charge \u00bb.<br \/>\nTr\u00e8s concr\u00e8tement, il montre l\u2019attente de la \u00ab bonne blessure \u00bb qui est le v\u0153u le plus cher de ses soldats (9 d\u00e9cembre 1914), et de lui-m\u00eame (28 mai 1915). Il montre la joie qui s\u2019installe dans le groupe qui vient d\u2019\u00eatre relev\u00e9. Il \u00e9voque avec indignation les parades qui transforment les hommes en pantins.<br \/>\nA No\u00ebl, il entend les cantiques allemands. Peu apr\u00e8s, un soldat lui apporte un lot de lettres qu\u2019il a prises sur un cadavre allemand dans le no man\u2019s land ; l\u2019une signale un d\u00e9part de soldats pour le front \u00ab et c\u2019\u00e9tait tellement triste que tout le monde pleurait \u00bb. En f\u00e9vrier, une conversation avec les Allemands est interrompue par l\u2019arriv\u00e9e d\u2019officiers sup\u00e9rieurs \u00ab qui voient toujours d\u2019un mauvais \u0153il ces rapprochements funestes pour le \u00ab\u00a0moral des troupes\u00a0\u00bb ; l\u2019illusion de l<em>\u2019ennemi<\/em> tomberait trop facilement si l\u2019on pouvait s\u2019apercevoir que l\u2019on a en face de soi des <em>hommes<\/em> et non pas seulement des cr\u00e9neaux garnis de fusils \u00e0 faire feu ; des hommes souffrant les m\u00eames choses de part et d\u2019autre, victimes des m\u00eames machinations sociales et dont on entretient et cultive l\u2019animosit\u00e9 r\u00e9ciproque, comme une fleur de serre chaude utile au luxe d\u2019un petit nombre. \u00bb En avril 1915, il a \u00ab le plaisir de contempler plus de visages heureux et rayonnants \u00bb qu\u2019il n\u2019en avait vus depuis ao\u00fbt pr\u00e9c\u00e9dent. Il s\u2019agit de prisonniers allemands : \u00ab Certains d\u00e9liraient et dansaient de joie, ils ne demandaient qu\u2019\u00e0 filer \u00e0 toute bride dans le boyau conduisant vers l\u2019arri\u00e8re, peu soucieux de courir, une fois sauv\u00e9s, de nouveaux risques de mort. \u00bb Un Badois, gri\u00e8vement bless\u00e9 par un \u00e9clat d\u2019obus, est pris en charge par les soldats fran\u00e7ais qui lui donnent du vin, du caf\u00e9, tandis que le sergent lui parle pour lui remonter le moral.<br \/>\nPlusieurs pages \u00e9voquent la haine en mai 1915. \u00ab O\u00f9 est-elle ? \u00bb demande-t-il. Elle n&rsquo;est pas chez les soldats fran\u00e7ais, vraisemblablement pas chez ceux d\u2019en face. \u00ab Mais o\u00f9 donc est la haine nationaliste contre l\u2019\u00e9tranger, telle que la pr\u00eachent Barr\u00e8s et autres ? Je ne la vois pas sur le front ailleurs que dans les journaux qui, d\u2019ailleurs, sont plut\u00f4t lus ici le sourire aux l\u00e8vres et trait\u00e9s par le troupier sceptique de simples \u00ab\u00a0bourreurs de cr\u00e2ne\u00a0\u00bb r\u00e9dig\u00e9s par des embusqu\u00e9s qui chantent bien haut, pour n\u2019\u00eatre pas venus y voir. \u00bb Sur le front, on en veut aux Allemands de n\u2019\u00eatre pas rest\u00e9s chez eux, ce qui oblige \u00e0 les chasser, et il faut les chasser, mais c\u2019est \u00ab mauvaise humeur bien plus que haine \u00bb. Comme l\u2019a expliqu\u00e9 Jean Norton Cru, la haine est un produit de l\u2019arri\u00e8re, \u00ab une drogue grisante pour civils \u00bb.<br \/>\nLes soldats vont \u00e0 la mort et s\u00e8ment la mort \u00ab au seul profit d\u2019une minorit\u00e9 qui ne risque g\u00e9n\u00e9ralement rien \u00bb. C\u2019est \u00e0 cause \u00ab de combinaisons louches \u00e9man\u00e9es de hautes sph\u00e8res capitalistes \u00bb que la guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e. Les soldats vont mourir \u00ab pour laisser une humanit\u00e9 un peu plus b\u00eate et m\u00e9chante qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait avant. C\u2019est tout ! \u00bb Il y a \u00ab de quoi se sentir d\u00e9go\u00fbt\u00e9 d\u2019\u00eatre homme \u00bb : Bernard Collin retrouve ici des accents jaur\u00e9siens. De m\u00eame lorsqu\u2019il estime qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des marchands de canons, les exploit\u00e9s aussi sont responsables \u00ab parce qu\u2019ils se laissent faire \u00bb.<br \/>\nQuelques jours avant sa mort, il \u00e9crit : \u00ab Si la France d\u2019apr\u00e8s la guerre est trop inhospitali\u00e8re et chauvine, peu propice \u00e0 la vie libre, ce que j\u2019ai de fortes raisons de craindre, nous irons planter notre tente \u00e0 Gen\u00e8ve, \u00e0 Naples ou Florence, au Br\u00e9sil ou \u00e0 Java, n\u2019importe o\u00f9 le vent nous portera. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, avril 2017<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9 : <em>Une famille dans la Grande Guerre, Correspondance de Bernard et Magali Collin, ao\u00fbt 1914-septembre 1915, avec les dessins de Bernard pour sa fille,<\/em> pr\u00e9sent\u00e9e par Marion Geddes, 2017, 376 p., chez l&rsquo;auteur Marion Geddes, 12 avenue de Limoux, 11300 La Digne d&rsquo;Amont, <a href=\"mailto:marion.geddes@wanadoo.fr\">marion.geddes@wanadoo.fr<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Joseph Alfred Bernard est n\u00e9 le 19 mars 1881 \u00e0 Selongey (C\u00f4te d\u2019Or) dans une famille de la bourgeoisie catholique cultiv\u00e9e. 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