{"id":3052,"date":"2017-10-16T10:32:31","date_gmt":"2017-10-16T09:32:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3052"},"modified":"2017-10-16T10:32:31","modified_gmt":"2017-10-16T09:32:31","slug":"rieulle-clotaire-1884-apres-1984","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/10\/16\/rieulle-clotaire-1884-apres-1984\/","title":{"rendered":"Rieulle, Clotaire (1884-apr\u00e8s 1984)"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin<br \/>\nClotaire Rieulle, qui a servi de 1902 \u00e0 1907 comme engag\u00e9 volontaire dans les \u00e9quipages de la Flotte, est mobilis\u00e9 en 1914 dans l\u2019infanterie. \u00c0 aucun moment, dans ses souvenirs, il n\u2019indique le num\u00e9ro de son unit\u00e9, mais  les \u00e9tapes de son r\u00e9giment en 1915, son d\u00e9part en Orient et le torpillage du transport de troupes \u00ab Amiral Magon \u00bb font franchement opter pour le 40\u00e8me RI de N\u00eemes. Sous-officier pendant toute la guerre, il est d\u00e9mobilis\u00e9 en mars 1919 et travaille ensuite comme employ\u00e9 de banque \u00e0 Paris.<br \/>\nLe t\u00e9moignage<br \/>\nLes <em>Souvenirs et pens\u00e9es d\u2019un sous-officier d\u2019infanterie <\/em>ont \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9es \u00e0 compte d\u2019auteur en 1978 (d\u00e9p\u00f4t l\u00e9gal n\u00b078001, 105 p.). L\u2019ouvrage est illustr\u00e9 d\u2019un certain nombre de reproductions photographiques sans cr\u00e9dits, iconographie semblant provenir essentiellement de l\u2019hebdomadaire <em>L\u2019Illustration<\/em>. Sur notre exemplaire, une d\u00e9dicace r\u00e9dig\u00e9e d\u2019une \u00e9criture h\u00e9sitante et dat\u00e9e de 1985 am\u00e8ne \u00e0 penser que l\u2019auteur est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 centenaire.<br \/>\nAnalyse<br \/>\nClotaire Rieulle, arriv\u00e9 au soir de sa vie, souhaite laisser un r\u00e9cit de son exp\u00e9rience de la guerre. Il d\u00e9crit d\u2019abord sa p\u00e9riode de tranch\u00e9es en France (1914-1916), avec les combats de la r\u00e9gion de Verdun en septembre-octobre 1914, puis \u00e0 Saint-Mihiel ou en Champagne. Le r\u00e9cit, souvent anecdotique, \u00e9voque l\u2019\u00e9tablissement des tranch\u00e9es continues, un assaut infructueux sous Montfaucon, des combats de petits postes et les patrouilles de nuit, avec par exemple la mention h\u00e9las commune d\u2019un agonisant entre les lignes appelant \u00ab venez me chercher \u00bb pendant toute une nuit et toute une journ\u00e9e alors que les Allemands emp\u00eachent tout mouvement, \u00ab ses appels nous d\u00e9chiraient le c\u0153ur \u00bb (p. 21). Il \u00e9voque aussi, dans la r\u00e9gion de Saint-Mihiel, des attaques et contre-attaques allemandes \u00e0 l\u2019occasion desquelles il assiste \u00e0 la mort d\u2019un camarade qui avait re\u00e7u des \u00e9clats d\u2019obus dans le ventre  (p. 23) : \u00ab Pendant de longues heures, il pronon\u00e7a toutes sortes d\u2019injures contre l\u2019Arm\u00e9e, contre le Pays, contre Dieu et le Monde (\u2026) les brancardiers attendaient un arr\u00eat des bombardements pour le transporter mais aucun soin ne pouvait le sauver. J\u2019avais h\u00e2te de ne plus l\u2019entendre prof\u00e9rer des paroles atroces, orduri\u00e8res, m\u00e9chantes qui lui passaient dans la t\u00eate. \u00bb L\u2019auteur s\u2019endurcit apr\u00e8s cet incident : \u00ab Sa mort augmenta ma confiance en moi, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, je n\u2019avais pas \u00e9prouv\u00e9 de telles \u00e9motions. \u00bb<br \/>\nC. Rieulle, sergent-chef, \u00e9voque ses responsabilit\u00e9s, avec un grade non sollicit\u00e9 qui lui a apport\u00e9 de f\u00e2cheux ennuis au cours de la guerre (p. 42), \u00ab faire ex\u00e9cuter des ordres par des hommes fatigu\u00e9s par la longueur de la guerre n\u2019\u00e9tait pas chose facile. \u00bb Il raconte que, d\u00e9sign\u00e9 pour la d\u00e9gradation solennelle d\u2019un condamn\u00e9 aux bataillons d\u2019Afrique (p. 41), il va la veille \u00e0 la prison pour pr\u00e9parer les boutons de l\u2019uniforme du d\u00e9tenu, l\u2019\u00e9cusson de son k\u00e9pi et le num\u00e9ro de son r\u00e9giment, \u00ab afin qu\u2019ils soient plus faciles \u00e0 arracher. \u00bb Le t\u00e9moignage se poursuit avec des anecdotes vari\u00e9es, comme par exemple son refus de charger un caporal, \u00ab rude Aveyronnais et homme de montagne \u00bb, qui l\u2019avait insult\u00e9 et risquait le conseil de guerre (p. 29), ou l\u2019empoisonnement et le d\u00e9c\u00e8s de deux hommes \u00e0 Souain en Champagne par ingestion de champignons : \u00ab Ces deux hommes \u00e9taient originaires des C\u00e9vennes, pays r\u00e9put\u00e9 pour les champignons, ils pr\u00e9tendaient les conna\u00eetre (\u2026) la mort de mes deux hommes intoxiqu\u00e9s fut apprise dans le r\u00e9giment avec \u00e9motion \u00bb (p. 33).<br \/>\nL\u2019unit\u00e9 de C. Rieulle est transf\u00e9r\u00e9e \u00e0 Toulouse \u00e0 l\u2019automne 1916, pour \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 un transport vers le front d\u2019Orient. Il apprend ce transfert avec un immense soulagement (p. 42) : \u00abJe consid\u00e9rais mon \u00e9loignement du front fran\u00e7ais pour celui de Salonique comme si la guerre \u00e9tait termin\u00e9e pour moi. J\u2019exag\u00e9rais certainement car j\u2019ignorais compl\u00e8tement les dangers que je rencontrerais. N\u2019importe, j\u2019\u00e9tais optimiste. (\u2026) Ne plus revoir le front fran\u00e7ais et tout ce que j\u2019avais souffert \u00e9tait ce que je pouvais le mieux d\u00e9sirer. \u00bb Il \u00e9voque ensuite le torpillage du transport de troupe \u00ab Amiral Magon \u00bb le 25 janvier 1917, qui fait plus de 160 morts,  essentiellement du 40\u00e8me RI, et auquel il \u00e9chappe car, rest\u00e9 \u00e0 Toulouse, il attendait la livraison d\u2019un canon de 37. L\u2019auteur fait partie des troupes transf\u00e9r\u00e9es \u00e0 Ath\u00e8nes en juin 1917 pour pousser le roi Constantin \u00e0 l\u2019abdication, et il est d\u00e9sign\u00e9 pour \u00ab occuper l\u2019Acropole \u00bb (p. 61) avec un petit canon de montagne. Le correspondant de guerre de <em>L\u2019Illustration<\/em> l\u2019y photographie, lui et ses hommes, en position de tir, face \u00e0 la ville. Le clich\u00e9, reproduit p. 76, est relativement connu et popularis\u00e9 ensuite par \u00ab l\u2019Album de la guerre de l\u2019Illustration \u00bb: C. Rieulle est le personnage de gauche, en casque colonial, appuy\u00e9 debout contre le mur d\u2019enceinte (Google Image [\u00ab acropole canon mitrailleuse\u00bb]). L\u2019auteur raconte ensuite (p. 67 \u00e0 p. 82) un \u00e9pisode sentimental et platonique avec une femme francophile d\u2019Ath\u00e8nes, s\u00e9par\u00e9e de son mari grec et dont le fils est engag\u00e9 volontaire en France. Il d\u00e9crit leur idylle et ses tourments moraux, car il est mari\u00e9 en France. Ils vont au spectacle, ils discutent litt\u00e9rature (p. 75) : \u00ab de nos \u00e9crivains, elle appr\u00e9cie leurs \u0153uvres, de Balzac, de Paul Bourget, du roman d\u2019analyse, d\u2019Henri Bordeaux, de Pierre Loti, de Melchior de Vog\u00fc\u00e9\u2026 \u00bb. Son unit\u00e9 fait mouvement vers Monastir (ao\u00fbt 1917) puis il revient \u00e0 Salonique en avril 1918.  Il \u00e9voque les marraines de guerres, des jeunes filles qui envoient des colis avec des tricots,  laissant au fond d\u2019une chaussette leur nom et adresse, dans l\u2019espoir de conna\u00eetre le nom du soldat destinataire. Cette correspondance se d\u00e9veloppe toutefois avec difficult\u00e9, car aucun des hommes de C. Rieulle ne veut \u00e9crire \u00e0 ces jeunes filles de Paris, \u00ab de peur d\u2019\u00eatre critiqu\u00e9s sur leur \u00e9criture ou sur leur mani\u00e8re de s\u2019exprimer. \u00bb (p. 90). C\u2019est leur sup\u00e9rieur qu\u2019ils chargent d\u2019entrer en relation avec ces \u00ab charmantes exp\u00e9ditrices \u00bb, mais apr\u00e8s deux \u00e9changes, tout s\u2019arr\u00eate. Il est frapp\u00e9 de paludisme en 1918 et, inquiet sur l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de sa femme en France (grippe espagnole), il r\u00e9ussit \u00e0 se faire rapatrier en d\u00e9cembre 1918 en d\u00e9laissant son amie ath\u00e9nienne avec qui il \u00e9tait rest\u00e9 en relation : \u00ab Mon aventure sentimentale devait se terminer avec la guerre. C\u2019\u00e9tait elle la coupable qui avait cr\u00e9\u00e9 ces circonstances et fait na\u00eetre le hasard de ma rencontre. \u00bb<br \/>\nClotaire Rieulle, tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 au moment de la r\u00e9daction de ses souvenirs, pr\u00e9sente un t\u00e9moignage succinct, discontinu et parfois marqu\u00e9 par une sorte de sentimentalisme, mais la description de la dure condition de la tranch\u00e9e au d\u00e9but du conflit est pr\u00e9cieuse. Pour lui c\u2019est l\u2019exp\u00e9rience la plus douloureuse, et il conclut en 1919 (p. 103) : \u00ab Me voil\u00e0 lib\u00e9r\u00e9 de cette abominable guerre\u00bb.<\/p>\n<p>Vincent Suard   octobre 2017<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Clotaire Rieulle, qui a servi de 1902 \u00e0 1907 comme engag\u00e9 volontaire dans les \u00e9quipages de la Flotte, est mobilis\u00e9 en 1914 dans l\u2019infanterie. \u00c0 aucun moment, dans ses souvenirs, il n\u2019indique le num\u00e9ro de son unit\u00e9, mais les \u00e9tapes de son r\u00e9giment en 1915, son d\u00e9part en Orient et le torpillage du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/10\/16\/rieulle-clotaire-1884-apres-1984\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Rieulle, Clotaire (1884-apr\u00e8s 1984)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,120,10,21],"tags":[1058,854,1057,1059,330],"class_list":["post-3052","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1966-1980","category-40e-ri","category-combattant-infanterie","category-souvenirs","tag-athenes","tag-blesses","tag-degradation","tag-marraines-de-guerre","tag-mort"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3052"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3052\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}