{"id":3055,"date":"2017-10-16T10:55:10","date_gmt":"2017-10-16T09:55:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3055"},"modified":"2017-10-16T10:55:10","modified_gmt":"2017-10-16T09:55:10","slug":"moulin-albert-1894-1937","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/10\/16\/moulin-albert-1894-1937\/","title":{"rendered":"Moulin, Albert (1894-1937)"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin<br \/>\nAlbert Moulin, fils d\u2019un n\u00e9gociant en bois de Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne), est charpentier \u00e0 Lagny \u00e0 la mobilisation. Il passe avec succ\u00e8s fin juillet 1914 son brevet d\u2019aptitude militaire pour pouvoir int\u00e9grer le G\u00e9nie. Appel\u00e9 en septembre, il int\u00e8gre le 9\u00e8me R\u00e9giment du G\u00e9nie aux Ponts-de-C\u00e9 en octobre et arrive sur le front belge en novembre (Compagnie 6\/3, 42\u00e8me DI). Bless\u00e9 une premi\u00e8re fois l\u00e9g\u00e8rement le 18 d\u00e9cembre, il retrouve le front en Argonne et est alors bless\u00e9 par balle le 14 mai 1915. Hospitalis\u00e9 jusqu\u2019en juillet \u00e0 Agen, il est class\u00e9 service auxiliaire en d\u00e9cembre 1915 ; d\u00e9mobilis\u00e9 en mai 1919, il reprend  l\u2019entreprise de son p\u00e8re; il meurt en 1937 des suites d\u2019un accident de ski.<br \/>\nLe t\u00e9moignage<br \/>\nL\u2019\u00e9dition de <em>Ma guerre de la Belgique \u00e0 l\u2019Argonne Villeneuve le Comte, mon village de Brie 1913 \u2013 1919<\/em>, Editions Fiacre, Montceaux-les-Meaux, 2008, 291 pages, est \u00e9tablie d\u2019apr\u00e8s un texte manuscrit, r\u00e9dig\u00e9 sur plusieurs supports et formats (cahiers d\u2019\u00e9cole et registres), qui repr\u00e9sentent 347 pages.  L\u2019auteur raconte sa campagne et ses convalescences, mais tient aussi une chronique pr\u00e9cise de son village dans les six premi\u00e8res semaines de la guerre, en y ajoutant un condens\u00e9 des informations lues dans les journaux. Son r\u00e9cit militaire s\u2019arr\u00eate d\u00e9but 1916, et des notes personnelles \u00e9parses, sur sa situation ou sur son village, compl\u00e8tent l\u2019ouvrage pour 1918 et 1919.<br \/>\nAnalyse<br \/>\nLe journal d\u2019Albert Moulin se partage en deux parties in\u00e9gales, qui montrent d\u2019une part son parcours militaire, relativement court (5 mois de front au total) et d\u2019autre part la guerre d\u00e9crite \u00e0 Villeneuve-le-Comte. Appel\u00e9 en septembre 1914, il d\u00e9crit \u00ab ao\u00fbt 14 \u00bb dans un village de la Brie, avec la mobilisation, les noms de ceux qui partent (p.17) : \u00ab L\u2019impression qui se d\u00e9gageait de tous ces d\u00e9parts subits \u00e9tait triste \u00e0 voir. \u00bb Il \u00e9voque d\u00e8s le 10 ao\u00fbt la distribution de soupe et bons de pains pour certaines femmes de mobilis\u00e9s, \u00ab il y a environ 74 portions \u00e0 distribuer pour la commune \u00bb, ou les Anglais qui passent au bourg. Il recopie chaque jour une synth\u00e8se des nouvelles, largement positives: cette s\u00e9lection d\u2019informations nous donne un bon aper\u00e7u, malgr\u00e9 son caract\u00e8re outrancier ou fantaisiste, de la fa\u00e7on dont la situation \u00e9tait per\u00e7ue au jour le jour.<br \/>\nApr\u00e8s dix-sept jours dans le secteur d\u2019Ypres, il est souffl\u00e9 par une marmite allemande qui le laisse fortement contusionn\u00e9. \u00c9vacu\u00e9, il d\u00e9crit l\u2019h\u00f4pital 101 de Rennes et, apr\u00e8s une convalescence, il r\u00e9int\u00e8gre la compagnie 6\/3 fin janvier 1915 \u00e0 Bagatelle, en Argonne (Vienne-le-Ch\u00e2teau). Ses quatre mois en ligne n\u2019occupent qu\u2019une vingtaine de pages (p. 109 \u00e0 127), on peut \u00e9voquer la description plaisante de deux cadres (p. 111) : \u00abL\u2019adjudant Roland est un ex-colonial, du Dahomey, S\u00e9n\u00e9gal, etc., plut\u00f4t \u00ab gueulard \u00bb et se piquant tr\u00e8s souvent le nez. Son gourbi rec\u00e8le des bouteilles de gnole et de vin, de quoi r\u00e9galer toute une section ; pas tr\u00e8s cal\u00e9 au point de vue boulot, s\u2019en tirant quand m\u00eame, notre section ne faisant pas de travaux bien compliqu\u00e9s. Just, le sergent de notre demi-section, cr\u00e2neur au d\u00e9p\u00f4t mais depuis son arriv\u00e9e au front tr\u00e8s doux et gentil (\u2026), un peu trop tatillonnant, habitude de gratte-papier, vous prodiguant des\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab comment dirais-je \u00bb \u00e0 profusion et surnomm\u00e9 ainsi. \u00bb Il \u00e9voque aussi l\u2019arriv\u00e9e de la classe 15 (p. 120) \u00ab Les jeunes ardents les premiers jours se calm\u00e8rent vite et firent comme les copains : leur besogne normale et rien de plus. \u00bb<br \/>\n\u00ab Cette journ\u00e9e qui fut sanglante et qui ne s\u2019effacera jamais de ma m\u00e9moire. \u00bb p. 114 : A. Moulin fait partie de ces poilus qui n\u2019ont particip\u00e9 qu\u2019\u00e0 un seul\u00a0\u00a0coup dur, et qui en ont d\u2019autant plus \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s. Il participe \u00e0 un assaut dans l\u2019Argonne (Fontaine-Madame), apr\u00e8s explosion de trois mines (17 f\u00e9vrier 1915) : sa section du g\u00e9nie attaque avec le 151\u00e8me RI et le 16\u00e8me chasseur, il est charg\u00e9 d\u2019am\u00e9nager un boyau entre l\u2019entonnoir et la tranch\u00e9e allemande conquise; il travaille jusqu\u2019au milieu de l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00ab\u00e0 ma place une dizaine de boches sont \u00e9tendus dans la tranch\u00e9e \u00ab empil\u00e9s \u00bb l\u2019un sur l\u2019autre (\u2026) Je barbote un porte-monnaie contenant deux marks en argent, des pfenings et du papier monnaie ; un chasseur du 16\u00e8me qui monte la garde en fumant sa pipe sur les cadavres, a eu la main heureuse, est maintenant propri\u00e9taire d\u2019une lampe \u00e9lectrique et d\u2019un bidon de gn\u00f4le. \u00bb Puis la contre-attaque allemande se d\u00e9clenche \u00e0 15 heures  \u00ab Puis voil\u00e0 une fusillade infernale et, enfin, les boches s\u2019\u00e9lancent \u00e0 l\u2019assaut en poussant des gueulements effroyables. (\u2026) Par-dessus le parapet, au jug\u00e9, nous attendions les boches la ba\u00efonnette lev\u00e9e, mais ils descendirent dans la tranch\u00e9e vingt m\u00e8tres plus loin et commenc\u00e8rent \u00e0 nous refouler avec des grenades et p\u00e9tards, bo\u00eete de singe, etc. \u00bb C\u2019est un mouvement g\u00e9n\u00e9ral de fuite pour \u00e9vacuer les possessions de la matin\u00e9e. \u00abMais marche mortelle, les bombes pleuvent drues sur ce troupeau humain. On se baisse \u00e0 chaque fois au \u00ab encore une \u00bb. D\u2019autres profitant de ce tapis de dos courb\u00e9s marchent dessus \u00e0 quatre pattes pour avancer plus vite. \u00bb  (\u2026) Tant de monde tu\u00e9 pour aboutir \u00e0 aucune avance, puisque l\u2019ennemi r\u00e9occupa le soir la majeure partie de la tranch\u00e9e.\u00bb p. 118<br \/>\nAu travail \u00e0 installer un gabion, la terre qu\u2019il rejette le fait rep\u00e9rer et il re\u00e7oit par ricochet dans la tranch\u00e9e une balle dans le dos. In\u00e9vacuable et op\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance de La Haraz\u00e9e le 15 mai 1915, il d\u00e9crit la douleur des suites de l\u2019op\u00e9ration p. 127 \u00ab Meurtri par la douleur, je comptais les heures (\u2026) Combien moururent, de mes compagnons que le hasard avait fait voisins de souffrance. Tous les jours il en d\u00e9c\u00e9dait un , crevait serait plus juste, car on ne fait pas plus cas d\u2019une b\u00eate que d\u2019un homme. H\u00e9las, c\u2019est la guerre, c\u2019est la boucherie qui dure depuis neuf mois, qui nous a endurci le c\u0153ur \u00e0 ce point. L\u2019indiff\u00e9rence est ma\u00eetresse (\u2026) La douleur vous fait perdre les qualit\u00e9s humaines de charit\u00e9 et de compassion. \u00bb Transf\u00e9r\u00e9 dans les services auxiliaires en d\u00e9cembre 1915, le r\u00e9cit suivi s\u2019ach\u00e8ve \u00e0 cette date : la suite du recueil contient des retours chronologiques (\u00ab Villeneuve-le-Comte mon village de Brie \u00bb 1913-1919) et des consid\u00e9rations sur la fin du conflit. L\u2019auteur \u00e9voque notamment son activit\u00e9 avant-guerre aux Jeunesses r\u00e9publicaines de Coulommiers; il s\u2019agissait de regrouper des jeunes gens, dans un but de r\u00e9publicanisme, pour les soustraire \u00e0 l\u2019attirance des Soci\u00e9t\u00e9s catholiques. Les notes \u00e9parses d\u00e9crivent aussi en d\u00e9tail son conseil de r\u00e9vision et les festivit\u00e9s qui l\u2019accompagnent, deux jours minutieusement d\u00e9crits p. 224 \u00e0 228 &#8211; aucune mention \u00ab des filles \u00bb -, \u00e9l\u00e9ments \u00e0 joindre \u00e0 une anthropologie du Conseil de r\u00e9vision qui compl\u00e8tera utilement les pages de Jules Maurin.<br \/>\nLes notes reprennent en 1918 et l\u2019auteur d\u00e9crit ses d\u00e9marches aupr\u00e8s de la tombe de son fr\u00e8re Henri (12\u00e8me Cuirassiers), tu\u00e9 au fort de la Pompelle en juillet 1917. Du 28 au 30 novembre 1918, il se rend d\u2019abord avec sa m\u00e8re \u00e0 Puisieux  sur la tombe de son fr\u00e8re, puis le 27 mars 1919, revenu seul, il fait proc\u00e9der \u00e0 l\u2019exhumation et reconna\u00eet le corps (p. 253, \u00ab reconnu facilement le corps d\u00e9compos\u00e9 de ce pauvre grand \u00e0 des signes distinctifs. Maman me fit d\u2019amers reproches le dimanche 30 quand je lui annon\u00e7ais cette op\u00e9ration, pr\u00e9textant qu\u2019elle m\u2019en voudrait toujours. \u00bb). Il le fait placer dans un cercueil de zinc mis dans un cercueil de ch\u00eane, le tout dans une caisse de sapin puis r\u00e9-inhumer sur des bastaings en travers dans la fosse, \u00ab pour pouvoir l\u2019enlever quand l\u2019exhumation sera permise. \u00bb Ces d\u00e9tails fun\u00e9raires, avec pr\u00e9sence d\u2019une facture d\u00e9taill\u00e9e, sont int\u00e9ressants parce qu\u2019assez rares, pour une situation qui a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue par beaucoup de familles en 1919.<br \/>\nDes consid\u00e9rations sur la situation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la fin de 1919 terminent l\u2019ouvrage. Albert Moulin vient de reprendre l\u2019entreprise de commerce de bois de son p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, et son ton critique et d\u00e9sabus\u00e9 le range sans nuances du c\u00f4t\u00e9 de la r\u00e9action patronale (p. 264 et 265) : \u00ab  &#8211; vote, par l\u2019ancienne chambre en juin 1919, de la loi de huit heures, loi de paresse, qui a surpris tout autant l\u2019ouvrier qui ne le demandait nullement, \u00e0 part quelques exalt\u00e9s, que le patronat. Vot\u00e9e avec une rapidit\u00e9 surprenante. (\u2026) La fi\u00e8vre du plaisir, les m\u0153urs nouvelles, d\u00e9clinent la journ\u00e9e de 24 heures en trois p\u00e9riodes suivantes : huit heures de travail, huit heures de sommeil et huit heures d\u2019amusement, les cin\u00e9mas se multiplient avec une rapidit\u00e9 croissante progressive \u00e0 leur prix, de plus en plus \u00e9lev\u00e9. Enfin, le plus grave, paralysant toute l\u2019action productrice et \u00e9conomique d\u2019une nation : des gr\u00e8ves. Jamais ann\u00e9e ne connut plus d\u2019arr\u00eats dans la cessation du travail ; l\u2019une \u00e9tant termin\u00e9e l\u2019autre reprenant aussit\u00f4t. \u00bb<\/p>\n<p>Vincent Suard   octobre 2017<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Albert Moulin, fils d\u2019un n\u00e9gociant en bois de Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne), est charpentier \u00e0 Lagny \u00e0 la mobilisation. Il passe avec succ\u00e8s fin juillet 1914 son brevet d\u2019aptitude militaire pour pouvoir int\u00e9grer le G\u00e9nie. 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