{"id":3061,"date":"2017-12-30T20:47:57","date_gmt":"2017-12-30T19:47:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3061"},"modified":"2017-12-30T20:47:57","modified_gmt":"2017-12-30T19:47:57","slug":"vanier-raymond-1895-1965","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/12\/30\/vanier-raymond-1895-1965\/","title":{"rendered":"Vanier, Raymond (1895-1965)"},"content":{"rendered":"<p>1.\tLe t\u00e9moin<br \/>\nRaymond Vanier est n\u00e9 \u00e0 Orl\u00e9ans. En septembre 1914, ce jeune employ\u00e9 de commerce de 19 ans devance l\u2019appel, mais \u00e9choue \u00e0 entrer dans  l\u2019aviation : il est affect\u00e9 dans l\u2019artillerie, au 13e RA jusqu\u2019en octobre 1915 puis au 40e RA jusqu\u2019en mars 1917; il int\u00e8gre ensuite l\u2019aviation jusqu\u2019\u00e0 la fin du conflit. Artilleur, il sert en Artois, en Champagne, \u00e0 Verdun et dans la Somme. D\u00e9tach\u00e9 pour sa formation de pilote en mars 1917, il int\u00e8gre la chasse \u00e0 l\u2019escadrille N 57 au bout de cinq mois d\u2019\u00e9cole de pilotage. La N 57 (pour Nieuport) devient la Spa 57 (pour Spad) en janvier 1918, et R. Vanier y remporte quatre victoires homologu\u00e9es. Lorsqu\u2019il est d\u00e9mobilis\u00e9 en septembre 1919, il convoie d\u00e9j\u00e0 des Breguet XIV pour Pierre-Georges  Lat\u00e9co\u00e8re: il sera un des pionniers de l\u2019A\u00e9ropostale, pilotant pour les lignes Lat\u00e9co\u00e8re puis pour Air France. Il prend sa retraite en 1959 apr\u00e8s avoir fond\u00e9 et dirig\u00e9 le d\u00e9partement postal d\u2019Air France.<br \/>\n2.\tLe t\u00e9moignage<br \/>\nRaymond Vanier, <em>Journal d\u2019un pilote de guerre (1914 \u2013 1918), <\/em>\u00e9dition dirig\u00e9e par Fran\u00e7ois Bordes, a paru aux \u00e9ditions Loubati\u00e8res (Carbonne, 2017, 256 pages). Il s\u2019agit de la transcription des notes de guerre journali\u00e8res de R. Vanier, du 16 septembre 1914 au 8 avril 1919, un texte \u00e9tabli d\u2019apr\u00e8s l\u2019original par  F. Bordes, conservateur g\u00e9n\u00e9ral du patrimoine, qui a \u00e9galement r\u00e9dig\u00e9 la pr\u00e9sentation. On ne sait pas si l\u2019original des notes est un premier jet ou s\u2019il a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9. Le livre est illustr\u00e9 d\u2019une vingtaine de photographies issues des archives de l\u2019auteur.<br \/>\n3.\tAnalyse<br \/>\nLe journal de Raymond Vanier, pour la p\u00e9riode de l\u2019artillerie comme pour celle de l\u2019aviation, est un compte rendu fid\u00e8le des op\u00e9rations et missions qu\u2019il effectue. Son r\u00e9cit montre en d\u00e9tail le travail des servants d\u2019artillerie de tranch\u00e9e, en secteur ou en offensive, avec le danger qui accompagne ces canonniers proches de la premi\u00e8re ligne. On le voit pointeur, ravitailleur, en liaison, mais le plus souvent il est t\u00e9l\u00e9phoniste, et toujours avec une activit\u00e9 \u00e9puisante puisqu\u2019il faut en permanence r\u00e9tablir les liaisons boulevers\u00e9es par le bombardement. Son r\u00e9cit est surtout factuel et \u00e9voque rarement des \u00e9tats d\u2019\u00e2me, m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas insensible aux drames dont il est t\u00e9moin; bless\u00e9 et \u00e9vacu\u00e9, il ne dit par exemple rien de son cas (octobre 1915, offensive de Champagne) :<br \/>\n\u00ab 7 octobre. Bombardement continu et formidable \u00bb<br \/>\n\u00ab 8 octobre. Je suis bless\u00e9. Premi\u00e8re citation. \u00bb<br \/>\n\u00ab 9 octobre. Je retourne \u00e0 la tranch\u00e9e chercher mes affaires \u00bb   (p. 31)<br \/>\nRiche pour d\u00e9crire le combat d\u2019artillerie, son propos ne donne pas d\u2019opinion sur la guerre, sur les Allemands, il ne parle pas de la mort, ni de victoire ou de lassitude, de courage ou de peur. Rien sur la famille ou l\u2019intime, mais outre la tristesse ressentie lors du d\u00e9c\u00e8s de soldats connus, l\u2019importance de la camaraderie, surtout dans l\u2019aviation, est r\u00e9guli\u00e8rement rapport\u00e9e. Un exemple pris le 28 d\u00e9cembre 1915 en Champagne peut montrer la qualit\u00e9 factuelle du r\u00e9cit : \u00ab il doit y avoir bombardement g\u00e9n\u00e9ral et intense de toute l\u2019artillerie de notre secteur sur les tranch\u00e9es boches ; nous montons en courant une ligne qui nous relie au poste du commandant et \u00e0 deux heures exactement nous commen\u00e7ons le bombardement ; il y a, \u00e0 la demi-batterie, six pi\u00e8ces que commande aussi notre lieutenant ; il y a aussi 12 pi\u00e8ces de 58, d\u2019une autre batterie, une batterie de 240 et une batterie de 58. A trois heures, toutes les pi\u00e8ces cessent de tirer et les fantassins tirent chacun vingt-six cartouches; les boches croient \u00e0 une attaque et se pr\u00e9parent \u00e0 nous recevoir; ils sont tous mass\u00e9s dans leurs tranch\u00e9es, lorsqu\u2019\u00e0 trois heures vingt le bombardement recommence plus intense encore de notre part, et je crois que ce jour-l\u00e0 pour les boches ce fut une h\u00e9catombe. \u00bb (p. 33)<br \/>\nIl est nomm\u00e9 brigadier en d\u00e9cembre 1915 puis mar\u00e9chal des logis \u00e0 Verdun en juin 1916. Lorsqu\u2019il quitte le front et rejoint sa formation d\u2019aviateur (on ne sait rien de ses d\u00e9marches pour obtenir sa mutation), la narration garde ses qualit\u00e9s descriptives et factuelles, avec des d\u00e9tails sur sa formation, ses instructeurs, la m\u00e9t\u00e9o\u2026 C\u2019est un r\u00e9cit qui, de journal de marche (artillerie) devient carnet de vol, avec une description pr\u00e9cise de tous ses vols, ce qui en fait un t\u00e9moignage technique pr\u00e9cieux pour appr\u00e9hender ce qu\u2019est le quotidien en service de l\u2019arme a\u00e9rienne.<br \/>\nIl ressort du texte l\u2019impression d\u2019un mat\u00e9riel (l\u2019avion) extr\u00eamement fragile et dangereux, le journal \u00e9tant parcouru de mentions de chutes fatales et d\u2019enterrements, lors d\u2019exercices et de vols d\u2019entra\u00eenement, comme par exemple  p. 136 \u00ab J\u2019assiste \u00e0 l\u2019enterrement du moniteur Franck \u00e0 Ermenonville pendant que quelques camarades vont survoler la Fert\u00e9-sous-Jouarre au moment des obs\u00e8ques d\u2019un pilote de Farman qui s\u2019est tu\u00e9 aussi il y a 2 ou 3 jours. \u00bb Au terrain, les \u00e9l\u00e8ves consomment beaucoup d\u2019appareils: (au camp d\u2019Avord, 26 juin 1917, p. 130) \u00ab le soir au tableau, il y a 14 zincs de bousill\u00e9s, rien que chez Nieuport \u00bb. Affect\u00e9 \u00e0 l\u2019escadrille N 57 dans laquelle vole l\u2019as Jean Chaput, dans les Flandres puis dans l\u2019Aisne, R. Vanier d\u00e9crit les patrouilles, leurs subtilit\u00e9s tactiques: patrouille haute, basse, double, volontaire, d\u2019escorte\u2026 L\u00e0 aussi, les descriptions de missions de combat et d\u2019engagement avec l\u2019ennemi, fid\u00e8les et sobres, frappent par le caract\u00e8re hasardeux du fonctionnement des machines : il y a peu de vols, au moins en 1917,  sans la survenue d\u2019une panne plus ou moins grave, et peu d\u2019engagements sans enrayage de mitrailleuse. Souvent la journ\u00e9e se passe sans vol \u00e0 cause du temps couvert, et beaucoup de missions, m\u00e9lange d\u2019initiative, de prudence et d\u2019impuissance, ne d\u00e9bouchent sur aucun combat. Le 10 d\u00e9cembre 1917, par exemple, donne une bonne illustration de ce quotidien: \u00ab Je suis de patrouille \u00e0 onze heures et demi avec six autres camarades ; nous faisons deux groupes et nous dirigeons vers les lignes ; nous arrivons \u00e0 3500 m\u00e8tres environ sur le fort de Brimont (\u2026) juste au-dessus de nous passe un biplan boche longeant les lignes ; nous essayons de monter mais ne pouvons le rattraper avant qu\u2019il soit loin chez lui. Quelques minutes plus tard, un second biplace passe tr\u00e8s pr\u00e8s ; nous l\u2019attaquons et le poursuivons \u00e0 deux pendant quelques kilom\u00e8tres mais il r\u00e9ussit \u00e0 rentrer chez lui ; plus rien pour le reste de la patrouille (\u2026) je vois plusieurs boches loin dans leurs lignes, mais ma pression ne tient pas et mon moteur refroidit vite ; je n\u2019ai plus gu\u00e8re d\u2019essence ; je rentre au terrain. \u00bb (p. 168)<br \/>\nR. Vanier est promu adjudant en mars 1918, et le printemps 1918 \u00e0 la Spa 57 est marqu\u00e9 par l\u2019\u00e9volution du front et la reprise de la guerre de mouvement: les escadrilles doivent souvent changer de terrain pour suivre l\u2019\u00e9volution des combats. Un autre fait nouveau est la fr\u00e9quence des bombardements a\u00e9riens, bombardements allemands sur les gares, d\u00e9p\u00f4ts de munitions et terrains d\u2019aviation, et bombardements fran\u00e7ais qui requi\u00e8rent escorte de Spad. Pourtant, \u00e0 deux reprises dans le r\u00e9cit, c\u2019est un incident qui met le feu au baraquement o\u00f9 logent les pilotes : pas de victimes mais certains perdent tout, notamment leurs co\u00fbteuses \u00ab bottes de pilote\u00bb (p. 172) : \u00ab certains poss\u00e9daient des objets de valeur, appareils photographiques, livres, bottes, dont le montant atteignait plus de 2500 francs. \u00bb Lors du r\u00e9cit de ses victoires a\u00e9riennes, l\u2019auteur, s\u2019il d\u00e9crit minutieusement le combat, insiste aussi beaucoup sur ses suites imm\u00e9diates : atterrir pr\u00e8s de l\u2019\u00e9pave, recueillir des troph\u00e9es, emp\u00eacher qu\u2019elle ne soit d\u00e9soss\u00e9e en quelques heures par les fantassins, aller voir l\u2019\u00e9quipage allemand \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou aller voir les corps des victimes, revenir surveiller le transport de l\u2019appareil ennemi: la journ\u00e9e qui suit une victoire est occup\u00e9e par cette activit\u00e9 fr\u00e9n\u00e9tique et peut se compliquer lorsque d\u2019autres pilotes revendiquent pour eux cette victoire. Curieusement, c\u2019est dans ce r\u00e9cit que l\u2019auteur quitte son attitude pos\u00e9e,  et que ressort un enthousiasme qui fait penser \u00e0 l\u2019enfance:  (il vient de forcer un appareil ennemi \u00e0 se poser chez les Am\u00e9ricains)  \u00ab Je vais essayer de repartir ; j\u2019emporte la veste du boche, la magn\u00e9to de d\u00e9part et la montre, puis un cache-nez que je d\u00e9ploierai en faisant un tour au-dessus du terrain \u00e0 la mani\u00e8re de Chaput. \u00bb p. 228<br \/>\nLe journal de Raymond Vanier, qui \u00e9crira plus tard ses m\u00e9moires (<em>Tout pour la ligne<\/em>, 1960 ), allie donc ici la qualit\u00e9 de la pr\u00e9cision \u00e0 celle de la sobri\u00e9t\u00e9, un trait particuli\u00e8rement appr\u00e9ciable dans les t\u00e9moignages sur la guerre a\u00e9rienne.<br \/>\nVincent Suard, d\u00e9cembre 2017<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Raymond Vanier est n\u00e9 \u00e0 Orl\u00e9ans. En septembre 1914, ce jeune employ\u00e9 de commerce de 19 ans devance l\u2019appel, mais \u00e9choue \u00e0 entrer dans l\u2019aviation : il est affect\u00e9 dans l\u2019artillerie, au 13e RA jusqu\u2019en octobre 1915 puis au 40e RA jusqu\u2019en mars 1917; il int\u00e8gre ensuite l\u2019aviation jusqu\u2019\u00e0 la fin du &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2017\/12\/30\/vanier-raymond-1895-1965\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Vanier, Raymond (1895-1965)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[536,202,1061,133,3,11],"tags":[469,1062],"class_list":["post-3061","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-13e-rac","category-202","category-40e-rac","category-aviateur","category-carnet","category-combattant-artillerie","tag-bombardement","tag-guerre-aerienne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3061"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3061\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}