{"id":3066,"date":"2018-01-10T15:17:08","date_gmt":"2018-01-10T14:17:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3066"},"modified":"2018-01-10T15:17:08","modified_gmt":"2018-01-10T14:17:08","slug":"witte-friedrich-johann-1874-1940","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2018\/01\/10\/witte-friedrich-johann-1874-1940\/","title":{"rendered":"Witte, Friedrich Johann (1874-1940)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Bielefeld en Rh\u00e9nanie-Westphalie, l\u2019Allemand Friedrich Johann Witte, dit Fr\u00e9d\u00e9ric Witte ou Witt\u00e9, travaille comme interpr\u00e8te \u00e0 l\u2019accueil d\u2019un h\u00f4tel de luxe parisien, quand \u00e9clate la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Avec sa compagne, Louise Toulliou, originaire de Quimperl\u00e9 dans le Finist\u00e8re Sud, il habite successivement Paris, Courbevoie puis Colombes. Ces \u00e9poux sont un exemple du douloureux destin ordinaire des couples franco-allemands durant la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Ils n\u2019ont pas eux-m\u00eames livr\u00e9 de t\u00e9moignages formels. C\u2019est Mich\u00e8le Witt\u00e9, petite-fille de Fr\u00e9d\u00e9ric et fille de Fran\u00e7ois Witt\u00e9, qui se d\u00e9die \u00e0 reconstituer l\u2019histoire de cette famille entre la France et l\u2019Allemagne.<br \/>\nDe l\u2019union libre de Louise et Fr\u00e9d\u00e9ric naissent trois premiers enfants, Fr\u00e9d\u00e9ric Jean (1903), Rodolphe (1908) et Simone (1912). Fr\u00e9d\u00e9ric Witte arrive le 7 septembre 1914 au camp de Garaison par Monl\u00e9on-Magnoac, dans les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es. Install\u00e9 dans les locaux vacants d\u2019un coll\u00e8ge religieux, ce camp \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00ab accueille \u00bb depuis le jour de son ouverture jusqu\u2019en 1919 quelque 2130 intern\u00e9s : Allemands, Autrichiens, Ottomans, mais aussi Alsaciens-Lorrains, Polonais ou Tch\u00e8ques, ressortissants des puissances alors en guerre contre la France \u2013 parmi eux le docteur Albert Schweitzer et son \u00e9pouse. L\u2019objectif consiste principalement \u00e0 retenir les hommes mobilisables, susceptibles de grossir les rangs des arm\u00e9es ennemies si on leur permettait de rentrer dans leur pays. Tel est le cas de Fr\u00e9d\u00e9ric Witte (40 ans).<br \/>\nSa famille est rest\u00e9e en r\u00e9gion parisienne. Priv\u00e9e de ressources apr\u00e8s le d\u00e9part forc\u00e9 de son compagnon, Louise d\u00e9cide de rejoindre le p\u00e8re de ses enfants et de se faire admettre au camp, o\u00f9 elle se pr\u00e9sente le 7 ao\u00fbt 1915. Le pr\u00e9fet acc\u00e8de \u00e0 sa requ\u00eate trois jours plus tard au vu de sa situation pr\u00e9caire. Toutefois l\u2019ain\u00e9 des enfants, Fr\u00e9d\u00e9ric (Fritz\/Jean, 12 ans) demande tr\u00e8s vite \u00e0 quitter le camp pour pouvoir vivre chez sa tante Jeanne. Celle-ci r\u00e9side alors \u00e0 Montlu\u00e7on et son mari, le capitaine Fran\u00e7ois Mercier, ainsi que son fils Patrice, combattent au front. Fritz \u00e9crit \u00e0 son cousin, dans une lettre dat\u00e9e du 15 octobre 2015 qu\u2019il souffre d\u2019\u00eatre \u00ab intern\u00e9 \u00e0 Garaison comme boche ! \u00bb Le capitaine Mercier s\u2019\u00e9tant engag\u00e9 \u00e0 \u00e9lever son neveu \u00ab avec des sentiments fran\u00e7ais, qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 \u00bb, Fritz est autoris\u00e9 \u00e0 quitter le camp le 18 d\u00e9cembre 1915, mais il devra y revenir apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de son cousin qui survient le 15 mai 1917. Dans l\u2019intervalle, la vie continue pour les intern\u00e9s, adoucie par les mandats qu\u2019envoie r\u00e9guli\u00e8rement la tante. Un gar\u00e7on na\u00eet \u00e0 Garaison le 7 juillet 1916, Fran\u00e7ois Patrice vivra ses premi\u00e8res ann\u00e9es au camp. Les parents se marient le 17 septembre 1917 \u00e0 la mairie de Monl\u00e9on-Magnoac. La demande de rapatriement que d\u00e9pose la famille en vertu des accords concernant les \u00e9changes de prisonniers ne peut aboutir. En cons\u00e9quence, les Witte demeurent \u00e0 Garaison jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre. Dans une note confidentielle du directeur du camp, on peut lire \u00e0 propos de Fr\u00e9d\u00e9ric Witte : \u00ab tr\u00e8s correct, mais il a gard\u00e9 quelque chose de son origine \u2013 nous ne le croyons pas de c\u0153ur avec nous \u00bb. \u00c0 sa lib\u00e9ration, celui-ci veut retourner dans son pays natal, pour \u00e9chapper \u00e0 la France qui l\u2019a maltrait\u00e9. Apr\u00e8s avoir confi\u00e9 leurs trois a\u00een\u00e9s \u00e0 Jeanne, les \u00e9poux Witte partent en Allemagne avec le petit dernier. Ils n\u2019y sont pas les bienvenus : Fr\u00e9deric est regard\u00e9 comme un paria ayant fui l\u2019Allemagne, mari\u00e9 \u00e0 une Fran\u00e7aise, de surcro\u00eet. Un cinqui\u00e8me enfant, Richard, na\u00eet \u00e0 Essen en 1920, puis les Witte font l\u2019acquisition d\u2019un \u00ab bar-tabac \u00bb dans les locaux de la gare de Bad Godesberg. En 1930, Fran\u00e7ois vient \u00e0 son tour vivre chez sa tante \u00e0 Lorient. Les Witte, qui regrettent la vie parisienne et s\u2019inqui\u00e8tent de la mont\u00e9e du  nazisme, songent \u00e0 rentrer en France. Ils se r\u00e9installent \u00e0 Paris en 1934. Leurs a\u00een\u00e9s ont entre-temps fait carri\u00e8re dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise. Jean deviendra colonel, son fr\u00e8re Richard, capitaine. L\u2019ancien intern\u00e9 de Garaison, naturalis\u00e9 fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019automne 1937, ne le saura pas : il meurt \u00e0 Paris le 4 f\u00e9vrier 1940.<br \/>\nLes formulations entre guillemets renvoient au dossier de Fr\u00e9d\u00e9ric Witte (9_R_139) aux Archives d\u00e9partementales des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es.<br \/>\nLe t\u00e9moignage de Mich\u00e8le Witte est \u00e0 para\u00eetre en allemand (\u00e9galement consultable en fran\u00e7ais) sur le site web du programme de recherche toulousain\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab <em>Nomadenerbt\u00fcmer<\/em> \u00bb [\u00ab Patrimoines nomades \u00bb].<\/p>\n<p>Hilda Inderwildi, janvier 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Bielefeld en Rh\u00e9nanie-Westphalie, l\u2019Allemand Friedrich Johann Witte, dit Fr\u00e9d\u00e9ric Witte ou Witt\u00e9, travaille comme interpr\u00e8te \u00e0 l\u2019accueil d\u2019un h\u00f4tel de luxe parisien, quand \u00e9clate la Premi\u00e8re Guerre mondiale. 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