{"id":3079,"date":"2018-03-28T08:54:52","date_gmt":"2018-03-28T07:54:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3079"},"modified":"2020-10-16T16:12:44","modified_gmt":"2020-10-16T15:12:44","slug":"de-bock-georgette-1901","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2018\/03\/28\/de-bock-georgette-1901\/","title":{"rendered":"De Bock, Georgette (1901-?)"},"content":{"rendered":"<p>1. le t\u00e9moin<br \/>\nN\u00e9e en 1901 \u00e0 Onnaing (Nord), Georgette De Bock est la fille d\u2019un repr\u00e9sentant-livreur d\u2019une maison de gros en articles de m\u00e9nage \u00e0 Denain (Nord). En ao\u00fbt 1914, \u00e0 treize ans, elle fuit devant l\u2019avance allemande; rattrap\u00e9e \u00e0 Denain, elle et sa famille vont ensuite \u00e0 Lille, o\u00f9 ils assistent au bombardement d\u2019octobre, puis ils reviennent \u00e0 la campagne, dans le Hainaut occup\u00e9. Le p\u00e8re r\u00e9ussit \u00e0 quitter la r\u00e9gion avec des mobilisables. La m\u00e8re et la fille sont rapatri\u00e9es par la Suisse \u00e0 la fin de 1915, et passent le reste de la guerre \u00e0 Boulogne-sur-Mer aupr\u00e8s du p\u00e8re, mobilis\u00e9 aupr\u00e8s des Anglais. Georgette a plus tard exerc\u00e9 les m\u00e9tiers de modiste, de commer\u00e7ante, puis a travaill\u00e9 dans le secteur de la blanchisserie.<br \/>\n2. le t\u00e9moignage<br \/>\n<em>Le Nord de mon enfance<\/em>, r\u00e9cit auto-\u00e9dit\u00e9 de Georgette De Bock, publi\u00e9 en 1977 (176 p.), contient les souvenirs de jeunesse de l\u2019auteure, depuis sa petite enfance jusqu\u2019au mois de d\u00e9cembre 1915, le r\u00e9cit s\u2019arr\u00eatant lorsque l\u2019adolescente et sa m\u00e8re sont rapatri\u00e9es en France non-occup\u00e9e. Elle indique qu\u2019elle a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire au d\u00e9but de 1916, alors qu\u2019elle avait quatorze ans et demi, sur des cahiers d\u2019\u00e9coli\u00e8re. Le r\u00e9cit de la guerre occupe les pages 85 \u00e0 176, Georgette a alors de douze \u00e0 quatorze ans.<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nCe r\u00e9cit attachant, partag\u00e9 entre la ville mini\u00e8re et industrielle de Denain et Onnaing, le village de ses grands-parents, \u00e9voque d\u2019abord la petite enfance, avec par exemple le souvenir vivace des dragons, qu\u2019elle observe de sa fen\u00eatre, rang\u00e9s sur la place lors des gr\u00e8ves de 1906. Dans une \u00e9vocation vivante de ce que pouvait \u00eatre la vie \u00e0 la campagne entre Valenciennes-Denain et la Belgique du Borinage vers 1914, l\u2019auteure cite par exemple ses tantes, pour qui \u00ab elle \u00e9tait la seule enfant de la famille \u00bb, et pour qui, quittant rarement leur village \u00abelle \u00e9tait la ga\u00eet\u00e9, les histoires de la ville, les nouvelles chansons et surtout l\u2019enfant qui savait parler fran\u00e7ais et que l\u2019on aimait pr\u00e9senter aux amies. \u00bb (p. 79). A partir du 20 ao\u00fbt 1914, elle d\u00e9crit l\u2019exode des Belges et la panique qui s\u2019empare de la famille \u00e0 Onnaing, parce qu\u2019une femme belge a racont\u00e9 \u00e0 la grand-m\u00e8re que plusieurs jeunes filles avaient \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es et malmen\u00e9es par des soldats. La famille fuit vers Denain, sur une charrette, avec les tantes qui ont rev\u00eatu leur lourd costume du dimanche (24 ao\u00fbt\u2026), et deux grands sacs de poules et de lapins vivants, qui mourront tous d\u2019asphyxie pendant le trajet. Les Allemands les rattrapent \u00e0 Denain le lendemain 25, et elle t\u00e9moigne de sa fen\u00eatre \u00ab Moi j\u2019\u00e9tais m\u00e9dus\u00e9e : je me repr\u00e9sentais les Allemands d\u2019apr\u00e8s les images du livre de \u00ab Hansi \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ronds comme des barriques, et je les trouvais plut\u00f4t normaux. \u00bb (p. 98).<br \/>\nSon p\u00e8re, qui depuis d\u00e9but-ao\u00fbt gardait une petite gare avec des territoriaux, a r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9chapper aux Allemands qui l\u2019ont d\u00e9pass\u00e9 (uhlans et compagnies cyclistes) ; il essaie de revenir \u00e0 Denain, d\u00e9guis\u00e9 en ouvrier agricole. Sa fuite vire au calvaire \u00e0 Douchy-les-Mines : il rencontre un groupe de cavaliers allemands qui, le prenant pour un domestique de ferme, le forcent \u00e0 pomper \u00e0 l\u2019abreuvoir pour une file de chevaux toujours renouvel\u00e9e. Avec la peur d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert, la fatigue et la chaleur, il manque de s\u2019\u00e9vanouir ; il r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019\u00e9clipser dans un b\u00e2timent avec le fermier propri\u00e9taire, c\u2019est-alors qu\u2019ils entendent des cris dans la rue. Georgette retranscrit le r\u00e9cit de son p\u00e8re : \u00abla femme de mon compagnon, qui \u00e9tait sur le seuil, crie quelque chose \u00e0 son mari, mais en pleurant si fort que je n\u2019ai rien compris\u2026 Son mari me prend par le bras en m\u2019entra\u00eenant vers la cour et me crie \u00ab Sauve qui peut ! \u00bb \u00bb (p.104). Le p\u00e8re de l\u2019auteure s\u2019enfuit, finit par s\u2019aplatir dans un champ de luzerne, au bout duquel il y a un chemin de terre qui conduit \u00e0 un ancien four \u00e0 chaux. \u00ab Les cris et les pleurs allaient en s\u2019amplifiant, je me demandais ce que cela pouvait signifier quand, sur le chemin au bout de mon champ, je vis passer un groupe d\u2019une douzaine de personnes dont beaucoup \u00e9taient de tout jeunes gens, presque des gamins, encadr\u00e9s par des Allemands en armes. Je ne r\u00e9alisais ce qui se passait qu\u2019entendant la salve d\u2019ex\u00e9cution suivie d\u2019un grand silence\u2026Prostr\u00e9, je perdis la notion du temps et je ne repris conscience qu\u2019en fin d\u2019apr\u00e8s-midi. \u00bb (p. 104). E. Carlier (1920), qui a une notice au CRID, et F. R\u00e9my (2014), ont montr\u00e9 que ces civils sortis de leurs habitations (dix en fait, six ont 36 ans et plus, mais trois ont 17, 18 et 19 ans, ont \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9s par les Allemands en repr\u00e9sailles \u00e0 un tir, sur leurs arri\u00e8res, de territoriaux garde-voie en train de se replier.<br \/>\nLe p\u00e8re part vers l\u2019ouest pour se faire r\u00e9incorporer, et r\u00e9fugi\u00e9es \u00e0 La Madeleine, un faubourg de Lille, Georgette et sa m\u00e8re assistent au bombardement de la ville qui pr\u00e9c\u00e8de sa reddition (12 octobre ici dat\u00e9 par erreur 25 octobre). \u00ab Certains [des rares passants] disaient que c\u2019\u00e9tait tout le centre commercial qui br\u00fblait\u2026. D\u2019autres d\u2019un grand geste disaient \u00ab tout br\u00fble \u00bb et tante Maria se d\u00e9solait en pensant \u00e0 sa s\u0153ur Sidonie. La jeune dame disait son chapelet et Maman lui r\u00e9pondait. \u00bb (p. 123). Lorsque les Allemands occupent durablement le centre du d\u00e9partement, la famille repart \u00e0 Onnaing, et le r\u00e9cit se poursuit avec les difficult\u00e9s de ravitaillement, et les d\u00e9sagr\u00e9ments li\u00e9s au logement forc\u00e9 de soldat allemands. Mention est faite de l\u2019\u00e2pret\u00e9 des occupants, qui contr\u00f4lent tous les aspects de l\u2019\u00e9conomie agricole : \u00ab des r\u00e9servistes d\u2019origine paysanne, venus d\u2019Allemagne, \u00e9taient nomm\u00e9s chefs de culture, et surveillaient tout\u2026 \u00bb (p. 141).<br \/>\nLa fin du recueil de souvenirs \u00e9voque le rapatriement vers la France \u00e0 travers la Suisse, et l\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9side dans un r\u00e9cit documentaire, r\u00e9alis\u00e9 avec le souci du d\u00e9tail, pour une aventure v\u00e9cue par de nombreuses femmes et enfants de la zone occup\u00e9e. Sont \u00e9voqu\u00e9s d\u2019abord le fait que les premiers \u00e9vacu\u00e9s, souvent les plus mis\u00e9rables, sans ressources et donc des bouches inutiles pour les Allemands, appr\u00e9hendaient beaucoup le d\u00e9placement, eux qui n\u2019avaient jamais voyag\u00e9 : \u00ab il serait superflu de raconter les drames que l\u2019arrachement brutal de ces personnes tir\u00e9es de leur milieu d\u2019origine provoqu\u00e8rent. \u00bb (p. 143). D\u2019abord craint, le transfert devient peu \u00e0 peu d\u00e9sir\u00e9, mais Georgette et sa m\u00e8re sont plusieurs fois ray\u00e9es des listes, n\u2019\u00e9tant ni de famille nombreuse, ni inscrites au bureau de bienfaisance. Elles finissent, contre d\u00e9dommagement financier, par se faire inscrire \u00e0 la place d\u2019une famille pauvre et sont alors assaillies par des connaissances, qui leur donnent des adresses, pour transmettre de leurs nouvelles \u00e0 des proches de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 : c\u2019est \u00e9videment strictement interdit, et la fouille au corps dans la zone de quarantaine est particuli\u00e8rement minutieuse (chignons particuli\u00e8rement examin\u00e9s). L\u2019auteure met les adresses \u00ab dans sa t\u00eate \u00bb: \u00ab C\u2019est de cette fa\u00e7on que j\u2019ai appris 22 adresses par c\u0153ur, et chaque jour, Yvonne me faisait r\u00e9citer ce que nous appelions \u00ab la litanie des Saints \u00bb. (p. 147). La quarantaine avant le transfert, v\u00e9cue dans une \u00e9cole de Denain, dure une quinzaine de jours, et Georgette se lie avec une jeune femme: \u00ab A la d\u00e9claration de guerre, elle \u00e9tait jeune mari\u00e9e, mais sachant que son mari, boiseur aux mines, \u00e9tait sapeur au front, elle voulait aller le retrouver pour ne pas qu\u2019il l\u2019oublie. \u00bb (p. 151). Vient ensuite un voyage p\u00e9nible en train qui dure trois jours et l\u2019accueil des infirmi\u00e8res suisses leur donne l\u2019impression d\u2019arriver dans un pays de cocagne : \u00ab l\u00e0 aussi, ce qui eut le plus de succ\u00e8s, ce fut le savon de toilette. Il \u00e9tait si rare dans le Nord. \u00bb (p. 161). Ayant eu ensuite l\u2019autorisation de rejoindre Boulogne-sur-Mer, elles se retrouvent isol\u00e9es toute une nuit \u00e0 Paris, dehors dans le quartier de la gare du Nord, et se font voler par un faux-logeur, semble-t-il sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019escroquerie des r\u00e9fugi\u00e9s isol\u00e9s. La r\u00e9union de la famille finit par avoir lieu et le p\u00e8re cl\u00f4t le r\u00e9cit : \u00ab la guerre est une chose horrible, dit mon p\u00e8re, que Dieu fasse qu\u2019il n\u2019y en ait plus jamais. \u00bb<br \/>\nVincent Suard\t\tmars 2018<\/p>\n<p>Il existe un tome 2 pour le journal de guerre de Georgette De Bock, avec pour titre <em>\u00ab\u00a0Le Pays de ma jeunesse <\/em>\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur en 1979 (163 pages). Ce volume raconte la suite chronologique du \u00ab\u00a0<em>Nord de mon enfance<\/em> \u00bb, apr\u00e8s que, par la Suisse, la famille ait rejoint le p\u00e8re qui avait un poste de r\u00e9gulateur \u00e0 la gare de Boulogne-sur-Mer. Le r\u00e9cit, toujours agr\u00e9able \u00e0 lire, est moins int\u00e9ressant en ce qui concerne le t\u00e9moignage sur le conflit. Pour la p\u00e9riode 1916 \u2013 1918, il d\u00e9crit la vie \u00e0 Boulogne, l\u2019\u00e9cole (cours compl\u00e9mentaire \u00e0 quinze ans), les nombreux Anglais visibles dans la ville, et les bombardements a\u00e9riens de plus en plus dangereux\u00a0: elle a deux amies de sa classe qui sont tu\u00e9es par une bombe en 1918. Elle \u00e9voque \u00e0 la fin de cette ann\u00e9e la visite de Denain, dans une maison sinistr\u00e9e, et les retrouvailles avec la famille \u00e0 Onnaing. Lorsqu\u2019elle revient pour un temps \u00e0 Boulogne (d\u00e9cembre 1918 &#8211; janvier 1919), elle \u00e9voque les prisonniers fran\u00e7ais rapatri\u00e9s qui ont pris la place des Anglais dans les camps\u00a0 (p. 119)\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ils d\u00e9barquent dans le port par pleins bateaux et ils doivent faire un stage sanitaire avant de regagner leur r\u00e9gion d\u2019origine, car affaiblis et malades, ils sont une proie facile pour une nouvelle \u00e9pid\u00e9mie appel\u00e9e \u00ab\u00a0grippe espagnole <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>V. S. octobre 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. le t\u00e9moin N\u00e9e en 1901 \u00e0 Onnaing (Nord), Georgette De Bock est la fille d\u2019un repr\u00e9sentant-livreur d\u2019une maison de gros en articles de m\u00e9nage \u00e0 Denain (Nord). En ao\u00fbt 1914, \u00e0 treize ans, elle fuit devant l\u2019avance allemande; rattrap\u00e9e \u00e0 Denain, elle et sa famille vont ensuite \u00e0 Lille, o\u00f9 ils assistent au bombardement &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2018\/03\/28\/de-bock-georgette-1901\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">De Bock, Georgette (1901-?)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,12,21],"tags":[1067,338,1068],"class_list":["post-3079","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1966-1980","category-civil","category-souvenirs","tag-invasion","tag-occupation","tag-rapatriement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3079","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3079"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3079\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3079"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3079"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3079"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}