{"id":3088,"date":"2018-04-16T10:11:33","date_gmt":"2018-04-16T09:11:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3088"},"modified":"2018-04-16T10:11:33","modified_gmt":"2018-04-16T09:11:33","slug":"frisch-viktor-1876-1939","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2018\/04\/16\/frisch-viktor-1876-1939\/","title":{"rendered":"Frisch, Viktor (1876-1939)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Vienne dans une famille ais\u00e9e, Viktor Frisch est un dessinateur et sculpteur autrichien qui conna\u00eet la faveur du public comme des m\u00e9dias tout au long de son parcours intellectuel et artistique, tant en Autriche, qu\u2019en France ou aux \u00c9tats-Unis. Ce cosmopolite adopte t\u00f4t l\u2019orthographe fran\u00e7aise et anglaise de son pr\u00e9nom. \u00c9l\u00e8ve, assistant et ami d\u2019Auguste Rodin, il signe l\u2019une des premi\u00e8res biographies du sculpteur, qu\u2019il r\u00e9dige avec Joseph T. Shipley : <em>Auguste Rodin, a Biography<\/em> (New York, Frederick A. Stokes Company, 1939).<br \/>\nAu moment o\u00f9 \u00e9clate la Premi\u00e8re Guerre mondiale, il est install\u00e9 \u00e0 Neuilly-sur-Seine, avec sa femme et leurs deux filles, toutes trois de nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. La famille est conduite au camp d\u2019internement civil de Garaison, o\u00f9 seul le sculpteur est retenu. Sa famille loge chez l\u2019habitant \u00e0 Lannemezan. D\u00e8s leur arriv\u00e9e, en septembre 1914, les \u00e9poux Frisch adressent au pr\u00e9fet des demandes de r\u00e9sidence \u00e0 Tarbes, en insistant sur l\u2019ascendance polonaise de l\u2019artiste, sur ses liens d\u2019amiti\u00e9 avec Rodin et sur la pr\u00e9sence, dans son entourage proche, de valeureux combattants fran\u00e7ais. Les autorit\u00e9s de Garaison regardent le sculpteur, per\u00e7u comme francophile et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du comit\u00e9 de bienfaisance et de la section autrichienne du camp, avec une certaine bienveillance jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il soit accus\u00e9, en juillet 1916, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 complice d\u2019une \u00e9vasion. Il est alors transf\u00e9r\u00e9 au camp disciplinaire de Noirmoutier, dont il d\u00e9crit l\u2019enfer dans une lettre \u00e0 l\u2019Ambassade des \u00c9tats-Unis. Apr\u00e8s son retour \u00e0 Vienne, il participe \u00e0 la fondation, sous l\u2019\u00e9gide de Karl Anton de Rohan, du Kulturbund (Union culturelle), afin d\u2019\u0153uvrer au rapprochement des \u00e9lites nationales europ\u00e9ennes. Il part vivre aux \u00c9tats-Unis en 1926. On lui doit diff\u00e9rentes statues de Central Park.<br \/>\nOutre les informations tir\u00e9es de la presse autrichienne entre 1916 et 1922, on peut consulter le dossier de Victor Frisch aux Archives d\u00e9partementales des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es (dossier 9_R_105).<br \/>\nUne notice biographique est en cours de r\u00e9daction pour le dictionnaire-anthologie <em>Le Sud-Ouest de la France et les Pyr\u00e9n\u00e9es dans la m\u00e9moire des pays de langue allemande au XXe si\u00e8cle<\/em> (Le P\u00e9r\u00e9grinateur, 2018).<\/p>\n<p>Hilda Inderwildi, avril 2018<\/p>\n<p>La presse germanophone mentionne le sculpteur \u00e0 de nombreuses reprises tout au long de sa captivit\u00e9 et au-del\u00e0. \u00c0 la date du 1er f\u00e9vrier 1918, le <em>Neues Wiener Journal<\/em> publie un article intitul\u00e9 \u00ab Intimes von August Rodin. Aus den Erinnerungen seines Sch\u00fclers Viktor Frisch \u00bb [\u00ab Dans l\u2019intimit\u00e9 de Rodin. Souvenirs de son \u00e9l\u00e8ve Viktor Frisch \u00bb], qui \u00e9voque un texte d\u2019hommage paru initialement dans le <em>Deutsche Internierten-Zeitung <\/em>de Berne, lors du transit par la Suisse de Victor Frisch.<\/p>\n<p>Dans l\u2019intimit\u00e9 de Rodin<br \/>\nSouvenirs de son \u00e9l\u00e8ve Viktor Frisch<\/p>\n<p>Auguste Rodin, salu\u00e9 comme le sculpteur le plus important de notre \u00e9poque, a certes trouv\u00e9, \u00e0 la suite de son d\u00e9c\u00e8s survenu r\u00e9cemment, d\u2019innombrables n\u00e9crologues mais, s\u2019ils ont rendu hommage au grand artiste, ils ne se sont gu\u00e8re souci\u00e9s de l\u2019homme remarquable et plein d\u2019esprit qu\u2019il \u00e9tait. Les souvenirs du Ma\u00eetre que vient de faire para\u00eetre l\u2019un de ses \u00e9l\u00e8ves, le Viennois Viktor Frisch, dans le journal des intern\u00e9s \u00ab Internierten-Zeitung \u00bb, qu\u2019\u00e9ditent \u00e0 Berne les prisonniers de guerre allemands et autrichiens n\u2019en sont que plus dignes d\u2019attention. Le r\u00e9dacteur, Monsieur Frisch, vivait \u00e0 Paris quand d\u00e9buta la guerre. Il fut intern\u00e9 dans un camp de prisonniers fran\u00e7ais puis plus tard lib\u00e9r\u00e9 et rapatri\u00e9 vers la Suisse. Il y go\u00fbte \u00e0 l\u2019instar de nombreux compagnons d\u2019infortune l\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019un pays neutre. Notons \u00e0 cet \u00e9gard que Frisch a con\u00e7u les plans d\u2019un monument comm\u00e9moratif qui doit \u00eatre \u00e9rig\u00e9 \u00e0 Berne en t\u00e9moignage de la gratitude de ces prisonniers internationaux. Rodin n\u2019\u00e9tait pas un Fran\u00e7ais de pure souche, comme l\u2019observe Frisch, mais le fils de parents normands : quoique de plus petite taille, un authentique et pur descendant de l\u2019ancienne tribu germanique, qui arrivant sur le littoral du nord de la France en passant par la Su\u00e8de et la Norv\u00e8ge ne passa sous domination fran\u00e7aise qu\u2019\u00e0 la fin du r\u00e8gne de Charlemagne. Physiquement et intimement, c\u2019\u00e9tait une figure germanique dont l\u2019\u00e9volution fut toutefois form\u00e9e et conditionn\u00e9e par la grande culture romane.<br \/>\nSes attentes envers la vie demeur\u00e8rent modestes, m\u00eame au temps de la grande opulence qu\u2019il connut dans les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies de son existence. Malgr\u00e9 tout, ses d\u00e9penses annuelles d\u00e9passaient le million de francs. La plus grande part de cette somme servait \u00e0 l\u2019acquisition de merveilleux tr\u00e9sors artistiques et \u00e0 des actions charitables en faveur d\u2019enfants et de jeunes \u00e9l\u00e8ves pauvres dont il avait auparavant pris la peine de sonder les c\u0153urs et les reins, et surtout le cerveau.<br \/>\nLe mode de vie du Ma\u00eetre \u00e9tait tr\u00e8s r\u00e9gulier et toujours p\u00e9tri de travail. La simplicit\u00e9 de sa demeure contrastait avec les \u00e9normes rentr\u00e9es d\u2019argent de ses derni\u00e8res ann\u00e9es. Son seul luxe, c\u2019\u00e9tait ses collections, mais il savait diminuer ces d\u00e9penses-l\u00e0 en r\u00e9alisant de gros profits gr\u00e2ce \u00e0 la vente de toutes les pi\u00e8ces qui ne lui paraissaient pas en accord avec l\u2019esprit de sa collection d\u2019art, et pour lesquelles on lui offrait des sommes exorbitantes. Ses \u00e9l\u00e8ves aussi, il les faisait b\u00e9n\u00e9ficier, en plus de la sagesse de ses enseignements artistiques, d\u2019une formation commerciale au march\u00e9 de l\u2019art. En effet, selon Rodin, c\u2019\u00e9tait le seul moyen pour qu\u2019un jeune artiste inconnu puisse soustraire son art \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de gagner son pain. Et enfin, le n\u00e9goce d\u2019art n\u2019\u00e9tait-il pas plus l\u2019affaire de l\u2019artiste que celle du marchand d\u2019art qui n\u2019avait en g\u00e9n\u00e9ral rien fait d\u2019autre auparavant que jouer en Bourse et vendu de la bonneterie ou de la saucisse. Pour illustrer la mani\u00e8re dont Rodin s\u2019entendait \u00e0 conjuguer la plus haute simplicit\u00e9 et un luxe royal, Frisch d\u00e9peint les impressions collect\u00e9es \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une visite \u00e0 la petite villa du Ma\u00eetre qui l\u2019avait convi\u00e9 \u00e0 sa table. L\u2019am\u00e9nagement de la salle \u00e0 manger se r\u00e9duisait \u00e0 six maximum huit chaises de paille, dont le bois tendre n\u2019\u00e9tait pas m\u00eame peint, et \u00e0 deux tabourets de ma\u00e7on ou d\u2019architecte. Puis dans la chambre \u00e0 coucher : \u00ab Trois murs nus, dans un coin un lit de camp et une chaise en guise de table de nuit juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et, suspendu en face du lit au quatri\u00e8me mur, une gravure sur bois du XIVe si\u00e8cle, la plus belle qu\u2019il m\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de voir. \u00bb Un Christ en croix plus grand que nature, dans ses couleurs originales. Comme l\u2019\u0153uvre \u00e9tait trop grande pour la hauteur du mur, il avait tout simplement fait percer un trou dans le plafond de sa chambre, \u00e0 travers lequel l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la croix montait au second \u00e9tage. \u00ab \u00c9laguer la croix en aurait ruin\u00e9 la sym\u00e9trie. \u00bb Voil\u00e0 qu\u2019il pensait s\u00e9rieusement \u00e0 faire d\u00e9molir le mur o\u00f9 se trouvait son lit, et qui s\u00e9parait sa chambre d\u2019une autre chambre \u00e0 coucher, pour pouvoir admirer la grande \u0153uvre le matin au r\u00e9veil avec un plus grand recul, le recul n\u00e9cessaire. \u00ab Ce Christ, me confia-t-il plus tard, avait cout\u00e9 38 000 francs. Le mobilier de la chambre avec matelas et accessoires 32 francs. \u00bb<br \/>\nEt voici un petit exemple de la mani\u00e8re dont il traitait les oisifs flatteurs et les importuns l\u00e8che-bottes. Un jour, au beau milieu d\u2019un travail acharn\u00e9, on annon\u00e7a au Ma\u00eetre infatigable, travaillant autant qu\u2019un \u00ab jeune \u00bb, la visite d\u2019un \u00ab grand critique d\u2019art anglais \u00bb, Mr. H.<br \/>\nDes raisons d\u2019int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel for\u00e7aient alors Rodin \u00e0 ne pas \u00e9conduire de but en blanc de tels messieurs, mais quand Mr. H. le salua d\u2019un \u00e9pouvantable flot ininterrompu de creuses flagorneries et de banals dithyrambes \u00e0 n\u2019en plus finir, l\u2019artiste lui coupa soudain la parole en affichant son plus fin sourire de matois paysan et dit : \u00ab Vous me faites grand plaisir avec votre d\u00e9luge de belles paroles mais vous me causeriez un plaisir encore bien plus consid\u00e9rable et authentique si vous repartiez sur-le-champ. \u00bb Ainsi parla-t-il, de nouveau absorb\u00e9 par son travail, sans plus pr\u00eater la moindre attention au scribouillard anglais, plant\u00e9-l\u00e0, bouche b\u00e9e.<br \/>\nUne autre fois, c\u2019\u00e9tait une lady m\u2019as-tu-vue qui avait eu l\u2019\u00e9trange id\u00e9e de se faire assister par son valet de chambre \u00ab en livr\u00e9e \u00bb pour venir voir les \u0153uvres de Rodin. Aussit\u00f4t apparut \u00e0 la commissure des l\u00e8vres et au coin des yeux de l\u2019artiste un sourire goguenard. Avec la mine la plus na\u00efve du monde et le plus grand s\u00e9rieux, il se fit un devoir d\u2019expliquer au laquais anglais, les bras charg\u00e9s de la fourrure de sa ma\u00eetresse, \u00e0 la fois ses \u0153uvres et les id\u00e9es tant\u00f4t philosophiques tant\u00f4t po\u00e9tiques qui s\u2019exprimaient \u00e0 travers elles. Et la lady de devoir suivre comme une bonniche.<br \/>\nPour finir, Frisch raconte une petite histoire montrant bien la part de na\u00efvet\u00e9 chez l\u2019artiste qu\u2019\u00e9tait Rodin.<br \/>\nLorsque je le rencontrai t\u00f4t le matin au jardin, il me dit, le visage rayonnant de joie : \u00ab Descendez vite \u00e0 l\u2019\u00e9tang aux cygnes. J\u2019y ai plac\u00e9 une nouvelle statue merveilleuse que j\u2019ai re\u00e7ue hier de Gr\u00e8ce. \u00bb Je pus voir de loin la petite V\u00e9nus sur son socle de marbre \u00e0 gauche de l\u2019\u00e9tang, mais une ceinture rouge vif qui la coupait \u00e0 la taille me frappa \u00e9galement de loin, une ceinture qui, de pr\u00e8s, se r\u00e9v\u00e9la \u00eatre l\u2019un de ces affreux grands mouchoirs rouges de Normandie.  Puis Frisch dit au Ma\u00eetre : Splendide! Mais dites-moi, \u00e0 quoi sert votre mouchoir rouge ? \u2014 Rodin de r\u00e9pondre : Le ventre de la statue n\u2019est pas en proportion de son anatomie g\u00e9n\u00e9rale et il g\u00e2che tout ! Depuis lors, la statuette \u00e0 la sangle se dresse pr\u00e8s de l\u2019\u00e9tang aux cygnes de Meudon, la magnifique propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019artiste.<\/p>\n<p>Traduction in\u00e9dite par Margot Blavit-Zitte, Julie Bouchet, Marie Deltheil, Alessia Garofalo, Clara Hesseler, Aliz\u00e9e Humeau, Claire-Marine Marouby, \u00e9tudiantes \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Toulouse 2-Jean Jaur\u00e8s<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Vienne dans une famille ais\u00e9e, Viktor Frisch est un dessinateur et sculpteur autrichien qui conna\u00eet la faveur du public comme des m\u00e9dias tout au long de son parcours intellectuel et artistique, tant en Autriche, qu\u2019en France ou aux \u00c9tats-Unis. 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