{"id":3104,"date":"2018-07-12T10:10:48","date_gmt":"2018-07-12T09:10:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3104"},"modified":"2018-07-12T10:10:48","modified_gmt":"2018-07-12T09:10:48","slug":"dondeyne-alton-1886-1957","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2018\/07\/12\/dondeyne-alton-1886-1957\/","title":{"rendered":"Dondeyne, Alton (1886-1957)"},"content":{"rendered":"<p>1.\tLe t\u00e9moin<br \/>\nAlton Dondeyne est n\u00e9 \u00e0 Armenti\u00e8res (Nord). Il tient \u00e0 la mobilisation un magasin de cycles \u00e0 Billy-Montigny (Pas-de-Calais), et commence la guerre au 362e RI. Bless\u00e9 lors de la bataille des fronti\u00e8res, il est renvoy\u00e9, en octobre 1914, en Belgique sur l\u2019Yser, avec un bataillon du 162e RI. Evacu\u00e9 pour \u00ab dissempterie \u00bb fin d\u00e9cembre, il rejoint le front avec le 413e RI en mars 1915 et participe \u00e0 l\u2019offensive d\u2019Artois de septembre 1915. A Verdun en avril 1916, il est fait prisonnier en ao\u00fbt, et il termine la guerre en travaillant dans une usine en Allemagne. Rapatri\u00e9 en d\u00e9cembre 1918, il est ensuite employ\u00e9 aux mines de Li\u00e9vin et devient vice-pr\u00e9sident de l\u2019Union Nationale des Combattants de Li\u00e9vin (Pas-de-Calais).<br \/>\n2. \tLe t\u00e9moignage<br \/>\nLes carnets de guerre d\u2019Alton Dondeyne, communiqu\u00e9s par son petit-fils G\u00e9rard Dondeyne aux Archives D\u00e9partementales du Pas-de-Calais, ont \u00e9t\u00e9 num\u00e9ris\u00e9s, puis, gr\u00e2ce au protocole Wikisource \u2013 A.D.62, mis en ligne sur internet. Ce protocole (voir aussi A. Labb\u00e9 pour les aspects techniques et juridiques) permet une retranscription satisfaisante (dactylographie) de l\u2019original manuscrit, les deux documents restant consultables en regard, et donc comparables, par l\u2019usager. Les 184 pages num\u00e9ris\u00e9es reproduisent un cahier manuscrit, \u00e0 l\u2019\u00e9criture suivie, ce qui fait penser \u00e0 la reprise, r\u00e9alis\u00e9e dans les ann\u00e9es trente,  d\u2019un ou plusieurs carnets d\u2019origine ; le r\u00e9cit de guerre compte 130 pages, le reste \u00e9tant constitu\u00e9 de citations, po\u00e8mes, chansons, puis de discours. G\u00e9rard Dondeyne a confi\u00e9 les m\u00eames documents pour num\u00e9risation au site Europeana  14 \u2013 18.<br \/>\n3.\tAnalyse<br \/>\nLe t\u00e9moignage d\u2019Alton Dondeyne, \u00e0 l\u2019orthographe approximative, est souvent plus \u00ab litt\u00e9raire \u00bb que sobrement descriptif, l\u2019\u00e9vocation des combats v\u00e9cus \u00e9tant tr\u00e8s marqu\u00e9e par l\u2019\u00e9motion. L\u2019emphase n\u2019emp\u00eache pas un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat historique, d\u2019abord parce que ce style, marqu\u00e9 par des points d\u2019exclamation syst\u00e9matiques, n\u2019est pas rare dans les retranscriptions des exp\u00e9riences v\u00e9cues, et d\u2019autre part parce que les apports factuels sont r\u00e9els. Par exemple, il \u00e9voque pendant les combats de l\u2019Yser, un obus qui tue quatre hommes au milieu d\u2019un rassemblement lors de la rel\u00e8ve (novembre 1914, p. 16) : [sic orthographe et suite] \u00ab nous ne restions plus que vingt-six et dans quel \u00e9tat, p\u00e2le, terreux, d\u00e9faits, d\u00e9moralis\u00e9, bris\u00e9 de fatigue, des yeux ou une lueur de mort avait pass\u00e9 (\u2026) Spontan\u00e9ment, nous nous embrass\u00e2mes a tour de r\u00f4le, c\u2019\u00e9tait \u00e9motionnant et sublime ! Je ne puis en parler sans verser des pleurs. Ce sont des journ\u00e9es qu\u2019on oublie pas !!&#8230; \u00bb .<br \/>\nEvacu\u00e9 en d\u00e9cembre 1914, il revient au front avec le 413e RI en avril 1915, et participe en septembre \u00e0 l\u2019offensive d\u2019Artois \u00e0 Souchez. Le r\u00e9cit est court et insiste surtout sur la tenue tr\u00e8s meurtri\u00e8re d\u2019une position de cr\u00eate visible de tous c\u00f4t\u00e9s par l\u2019ennemi (Givenchy, cote 142), puis sur l\u2019\u00e9pisode de l\u2019\u00e9croulement d\u2019un abri qui emmure plus de 25 hommes (p. 30) \u00ab Une torpille tombe sur un abri, le d\u00e9moli et bouche l\u2019entr\u00e9e, trente hommes sont l\u00e0 dedans impossible de les sauver, pour toute oraison fun\u00e8bre, on met une croix \u00e0 l\u2019entr\u00e9e et s\u2019est fini. \u00bb Sur le site Europeana, on trouve un document disjoint du cahier principal et non visible sur Wikisource, c\u2019est un brouillon de lettre destin\u00e9 \u00e0 Jacques P\u00e9ricard ; A. Dondeyne pensait que l\u2019auteur de \u00ab Verdun \u00bb pr\u00e9parait un ouvrage sur la bataille d\u2019Artois, et il lui raconte en huit pages ce qu\u2019il \u00e9voquait en 3 dans son journal (on ne sait pas si la lettre a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e) ; si on reprend le m\u00eame \u00e9pisode dramatique, il est plus pr\u00e9cis tout en restant fid\u00e8le: \u00abun 210 bouche l\u2019entr\u00e9e de la 2\u00e8me cagna contenant 27 ou 28 hommes, les feux de barrage s\u2019en m\u00eale, et les maudits 77 autrichien qui vous frisent les cheveux en tirant a ras de terre, avec une rapidit\u00e9 d\u00e9concertante et une \u00e9preuve terrible pour les nerfs. Ce marmitage dura combien 1 H \u00bd 2 heures ? (\u2026) et pendant ce temps, nos camarades de la 2\u00e8me cagnas sont enterr\u00e9s vivants. Quel mort horrible toute tentative de d\u00e9gagement ne pouvait que risquer des vies inutiles, et d\u2019ailleurs, l\u2019ordre fut donner de ne toucher a rien, ne pas se montrer le jour \u00e9tant venu puisque je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit plus haut nous \u00e9tions vu de partout et pour toute oraison, il ne reste plus qu\u2019\u00e0 placer deux bout de bois en croix. \u00bb<br \/>\nLa famille de l\u2019auteur est rest\u00e9e dans les territoires envahis, il n\u2019a aucune nouvelle et se ronge les sangs (p. 36, mars 1916) : \u00ab Voila donc ma permission termin\u00e9e, et elle n\u2019a pas \u00e9tait rose. Quel malheur ! de ne pouvoir voir les siens ! je suis navr\u00e9, d\u00e9gout\u00e9e, j\u2019en arrive a souhaiter qu\u2019une balle bien plac\u00e9e, me d\u00e9livre de cette existence malheureuse, et d\u2019autre part je me raccroche d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la vie (\u2026) \u00bb Il imagine ensuite, car il n\u2019a toujours pas eu de nouvelles pr\u00e9cises, que sa famille est d\u00e9port\u00e9e, probablement vers l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Allemagne (p. 54, mai 1916) : \u00ab Voila : que j\u2019apprends que les Allemands ont fait \u00e9vacuer les habitants de mon pays, donc ma femme serait partis aussi , ! (\u2026) voila donc ma petite famille errante, sans feu ni lieu, sans asile, et peut-\u00eatre sans pain ! Triste, triste, ce sera donc toujours les m\u00eames qui souffre et qui pleure\u2026 !! \u00bb<br \/>\nFait prisonnier \u00e0 Verdun dans le secteur du Bois-Fumin le 1er ao\u00fbt 1916, il est gard\u00e9 d\u2019abord \u00e0 Landre (Moselle) puis rapidement mis au travail sur les arri\u00e8res du front en Argonne. Il \u00e9voque un viol commis en 1914, sur la fille d\u2019un couple d\u2019instituteurs (p.86) : [la fille] \u00ab qui fut devant eux violenter par neuf de ces br\u00fbtes, leurs passions bestiales et criminelles assouvis les boches barricad\u00e8rent toutes les issues, et tent\u00e8rent de mettre le feu a la maison. C\u2019est a force de soins que ces gens ont pu sauver leur enfant, qui fut malade 6 mois durant. Nous la voyons le matin, nous apportais soit du lait ou du caf\u00e9, ne se doutant pas que nous sommes au courant par sa m\u00e8re du crime odieux qu\u2019elle a subi. \u00bb Les faits cit\u00e9s sont peut-\u00eatre exacts, mais il y a un s\u00e9rieux doute sur  le caf\u00e9, en zone allemande, \u00e0 cette \u00e9poque du conflit. L\u2019auteur arrive au camp de Giessen fin novembre 1916 et dit que c\u2019est la premi\u00e8re fois depuis qu\u2019il est prisonnier qu\u2019il a pu manger \u00e0 sa faim. Employ\u00e9 ensuite dans un kommando qui travaille dans une usine m\u00e9tallurgique, il d\u00e9crit des femmes allemandes au travail (p. 105) au d\u00e9but 1918 \u00ab les femmes sont habill\u00e9s en homme, ceux qui travaillent aux gares et aux usines portent tous le v\u00eatement masculin complet avec casquettes, moleti\u00e8res, etc : Hum !&#8230; Si la situation ne serait pas si triste, on serait port\u00e9 \u00e0 rire, c\u2019est plutot libertin, \u00e7a rappelle les maisons closes, et les \u00ab Claudine \u00bb de Willy ! Cela ne dit rien de bon pour la morale, de plus j\u2019ai deja remarquer que beaucoup sont \u00e9th\u00e9romane (\u2026).<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019au d\u00e9but janvier 1917 qu\u2019il re\u00e7oit des nouvelles de sa famille, il n\u2019en avait pas eu depuis l\u2019\u00e9poque de la mobilisation en ao\u00fbt 1914, soit 2 ans et 4 mois. Il apprend plus tard avec satisfaction, en mai 1918, que les siens ont pu passer en France non occup\u00e9e. Dans le courant 1917, il signale aussi que la situation alimentaire devient de plus en plus difficile pour l\u2019ennemi, les prisonniers b\u00e9n\u00e9ficiant eux d\u2019une aide de la Croix-Rouge et parfois de colis venant des familles (p. 109, mars 1917) : \u00ab La mis\u00e8re devient de plus en plus grande, au point que les civils, en sont devenus a mendier aux prisonniers, c\u2019est le renversement des r\u00f4les. \u00bb<br \/>\nLa fin du cahier (pages 131 \u00e0 184) contient des discours prononc\u00e9s par l\u2019auteur, comme vice-pr\u00e9sident de la section de l\u2019U. N. C. de Li\u00e9vin,  et les faits de politique int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure p\u00e8sent sur les th\u00e9matiques \u00e9voqu\u00e9es : en 1937, l\u2019orateur renouvelle son appel \u00e0 l\u2019unit\u00e9 devant l\u2019axe Berlin-Rome et en 1938, il \u00e9voque les risques de guerre, cette \u00ab hideuse calamit\u00e9 qui s\u2019acharne en Espagne et Extr\u00eame Orient \u00bb. Lors de ce discours du 11 novembre, il incrimine p\u00eale-m\u00eale le personnel politique de la III\u00e8me R\u00e9publique et les communistes, peut-\u00eatre ici les anciens combattants de l\u2019A.R.A.C. (p. 161) : \u00ab C\u2019est nous qui avons sauv\u00e9 le pays, et non les Politiciens de l\u2019arri\u00e8re, et de tout acabit, qui trouvent encore le moyen vingts apr\u00e8s [sic], de nous laisser dans l\u2019p\u00e9trin. Et l\u2019on ne verrait pas comme dans certaine commune que vous connaissez bien, les combattants subir les man\u0153uvres de la Dictature rouge, pour les faire d\u00e9filer derri\u00e8re les Drapeaux r\u00e9volutionnaires ! \u00bb La p\u00e9roraison m\u00e9lange les th\u00e8mes guerriers et pacifiques : \u00ab formons le dernier carr\u00e9 ! et coude \u00e0 coude, pour faire entendre notre voix, et celle de nos morts !<br \/>\nArri\u00e8re la Guerre ! Arri\u00e8re la Guerre ! ce fl\u00e9au de l\u2019humanit\u00e9<br \/>\nPour qui les yeux des M\u00e8res\t\tNe devraient plus jamais pleurer \u00bb.<br \/>\nVincent Suard,\t\tjuin 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Alton Dondeyne est n\u00e9 \u00e0 Armenti\u00e8res (Nord). Il tient \u00e0 la mobilisation un magasin de cycles \u00e0 Billy-Montigny (Pas-de-Calais), et commence la guerre au 362e RI. Bless\u00e9 lors de la bataille des fronti\u00e8res, il est renvoy\u00e9, en octobre 1914, en Belgique sur l\u2019Yser, avec un bataillon du 162e RI. 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