{"id":3127,"date":"2018-12-06T21:57:15","date_gmt":"2018-12-06T20:57:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3127"},"modified":"2018-12-06T21:57:15","modified_gmt":"2018-12-06T20:57:15","slug":"astruc-rosa-epouse-roumiguieres-1889-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2018\/12\/06\/astruc-rosa-epouse-roumiguieres-1889-1972\/","title":{"rendered":"Astruc, Rosa, \u00e9pouse Roumigui\u00e8res (1889-1972)"},"content":{"rendered":"<p>Trois livres<br \/>\nDes extraits du tr\u00e8s important corpus de lettres \u00e9chang\u00e9es entre Rosa et Alfred Roumigui\u00e8res pendant la guerre de 1914-1918 ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans le livre de G\u00e9rard Baconnier, Andr\u00e9 Minet et Louis Soler, <em>La Plume au fusil, les poilus du Midi \u00e0 travers leur correspondance<\/em>, Toulouse, Privat, 1985. En 2013, la Soci\u00e9t\u00e9 culturelle du pays castrais \u00e9ditait un important volume, toujours au niveau des extraits (<em>Un instituteur tarnais dans la guerre 1914-1918 <\/em>; voir la notice Roumigui\u00e8res dans le pr\u00e9sent dictionnaire). Le m\u00eame \u00e9diteur et le m\u00eame pr\u00e9sentateur (Fran\u00e7ois Pioche) apportent un nouveau regard en donnant principalement la parole \u00e0 l\u2019\u00e9pouse, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, m\u00eame si le livre reprend des passages du mari, mobilis\u00e9 : <em>Cinquante-cinq mois d\u2019attente, une \u00e9pouse de soldat pendant la Grande Guerre<\/em>, 2018. La couverture est illustr\u00e9e d\u2019une photo de Rosa avec ses deux enfants, prise en d\u00e9cembre 1914 et envoy\u00e9e vers le front, vers celui qui ne les verra pas grandir. Ainsi Alfred \u00e9crit-il, le 20 janvier 1918 : \u00ab J\u2019aime bien que tu me racontes les petites sc\u00e8nes dont nos enfants sont les h\u00e9ros. Un de mes plus grands regrets que me donne la guerre, c\u2019est celui que j\u2019ai de ne pouvoir profiter de nos enfants tant qu\u2019ils sont petits. \u00bb<br \/>\nRosa Astruc est n\u00e9e le 23 mars 1889 \u00e0 Burlats, pr\u00e8s de Castres (Tarn) dans une famille de petits cultivateurs. \u00c9cole normale d\u2019Albi, mariage en 1910, deux enfants n\u00e9s en 1911 et 1913. Lors de la d\u00e9claration de guerre, Alfred et Rosa sont en poste \u00e0 l\u2019\u00e9cole publique de Sor\u00e8ze (Tarn). (Note : un colloque sur le th\u00e8me <em>Enseigner la Grande Guerre <\/em>a eu lieu \u00e0 Sor\u00e8ze en octobre 2017 et a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2018, sous la direction de R\u00e9my Cazals et Caroline Barrera.)<br \/>\nLe poilu<br \/>\nM\u00eame si ce n\u2019est pas le plus important, le nouveau livre fournit des pr\u00e9cisions ou des rappels sur la biographie et les sentiments du sergent, puis adjudant Roumigui\u00e8res. Par amour de la v\u00e9rit\u00e9 et de la justice, il est devenu socialiste et s\u2019est abonn\u00e9 \u00e0 <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> ; il remarque que les socialistes font leur devoir mieux que les bourgeois. Il \u00e9prouve une grande antipathie pour les bourgeois r\u00e9trogrades. Il regrette d\u2019avoir re\u00e7u une instruction insuffisante dans le domaine des \u00ab humanit\u00e9s \u00bb et il voudrait lire <em>L\u2019Iliade<\/em> et <em>L\u2019Odyss\u00e9e<\/em> (14\/8\/1917). En janvier 1917, il fait part d\u2019un \u00ab grand \u00e9v\u00e9nement \u00bb dans sa vie, son passage \u00e0 Paris ; lors d\u2019une nouvelle visite en ao\u00fbt, il tient \u00e0 voir le mur des F\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Son fr\u00e8re est tu\u00e9 sur le front ; sa s\u0153ur meurt de la grippe espagnole. Il \u00e9crit qu\u2019il a tu\u00e9 un Allemand (11\/11\/1914). Il est bless\u00e9 en octobre 1915 et constate qu\u2019\u00e0 l\u2019h\u00f4pital on ne trouve \u00e0 lire que des livres catholiques. Bless\u00e9 \u00e0 nouveau en juillet 1918. Ses lettres autour du 11 novembre 1918 sont cit\u00e9es dans R\u00e9my Cazals, <em>La fin du cauchemar, 11 novembre 1918 <\/em>(Toulouse, Privat, 2018).<br \/>\nComme tous les poilus, il n\u2019aime pas les embusqu\u00e9s patriotes et leur conseille de s\u2019engager (27\/10\/1914). Il donne des d\u00e9tails concrets : il p\u00e8se 68 kg, mais 93 kg en tenue de campagne ; il re\u00e7oit deux lettres par jour en moyenne, de sa femme et de correspondants divers ; il explique comment, dans l\u2019arm\u00e9e, on en vient \u00e0 devenir fumeur. Il note (30\/3\/1915) que beaucoup d\u2019hommes r\u00e9clament la paix ; que les soldats aiment rendre service aux paysans, ils ont plaisir \u00e0 manier la faux : il leur semble qu\u2019ils sont chez eux (5\/6\/1915). Il pense que les permissions ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9es en songeant \u00e0 la classe 35 (7\/7\/1915). Sur la nourriture et \u00ab la fa\u00e7on de manger \u00bb, il rejoint les griefs de Jules Puech : \u00ab Tu me vois assis par terre mangeant quelques pommes de terre ou quelques haricots br\u00fbl\u00e9s que nous fournit l\u2019ordinaire. Sans doute, je mange \u00e0 ma faim. La plupart du temps, j\u2019en ai m\u00eame de reste, mais c\u2019est la fa\u00e7on de manger qui n\u2019est pas toujours ce qu\u2019il y a de plus agr\u00e9able. \u00bb<br \/>\nRosa<br \/>\nLes lettres de Rosa contiennent rarement des expressions comme \u00ab ces maudits allemands \u00bb, \u00ab ce maudit Guillaume \u00bb. Le 4 juillet 1918, elle \u00e9crit : \u00ab Il me semble qu\u2019on ne peut pas \u00e9prouver de haine contre ces malheureux. Les soldats allemands doivent bien \u00eatre comme nous. Beaucoup aimeraient mieux \u00eatre chez eux qu\u2019\u00e0 la guerre, sans doute. \u00bb Elle est fi\u00e8re des d\u00e9corations de son mari, elle estime qu\u2019il doit faire son devoir, mais pas de z\u00e8le. Elle lui demande conseil pour placer de l\u2019argent et regrette qu\u2019il ne soit pas l\u00e0 pour lui apprendre \u00e0 monter \u00e0 bicyclette. Comme dit plus haut, elle lui d\u00e9crit la vie de ses enfants.<br \/>\nRosa expose des analyses int\u00e9ressantes sur la guerre, la diplomatie, la politique. Elle critique les r\u00e9actionnaires locaux, en particulier le maire de Sor\u00e8ze et les cl\u00e9ricaux qui veulent profiter des difficult\u00e9s pour retrouver leur puissance (3\/10\/1914). Le maire favorise l\u2019\u00e9cole catholique et n\u00e9glige l\u2019entretien de l\u2019\u00e9cole publique (27\/1\/1915). \u00ab On parle d\u2019une union sacr\u00e9e (24\/2\/1915), mais je crois que les r\u00e9actionnaires ne la veulent qu\u2019\u00e0 une condition, c\u2019est qu\u2019eux auront le droit de tout dire. \u00bb On peut citer encore ce passage de sa lettre du 17 octobre 1917 :  \u00ab Moi aussi, je suis de ton avis. Je trouve que la R\u00e9publique n\u2019a pas d\u00e9m\u00e9rit\u00e9 depuis la guerre. Mais par exemple, si j\u2019\u00e9tais quelque chose, je t\u2019assure que Daudet aurait perdu ou perdrait la fantaisie de parler \u00e0 tort et \u00e0 travers et que son <em>Action fran\u00e7aise <\/em>n\u2019actionnerait pas longtemps quelque chose. Je l\u2019ai toujours pens\u00e9 et dit. La formule <em>Union sacr\u00e9e <\/em>a servi qui ? Toujours les m\u00eames ces r\u00e9actionnaires. Ils veulent donner des le\u00e7ons de patriotisme aux autres et ils am\u00e8neraient un roi dans les fourgons de l\u2019\u00e9tranger comme autrefois. Quelle aberration ! \u00bb Et encore, sachant que Daudet fut un des principaux ennemis de Caillaux : \u00ab Moi, je ne suis pas comme toi. Je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019affaire Caillaux. Je reconnais qu\u2019il n\u2019est pas des n\u00f4tres, qu\u2019il a connu toutes les grandeurs comme tu dis. Mais peu importe. Il est homme et Fran\u00e7ais. Comme tel, il a droit \u00e0 la justice. Et je n\u2019admets pas que n\u2019importe qui puisse accuser n\u2019importe qui sans raison. Je souhaite donc et j\u2019attends impatiemment que toute la lumi\u00e8re se fasse. \u00bb<br \/>\nLes lettres de Rosa donnent de multiples informations sur la vie \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Ses grandes \u00e9l\u00e8ves tricotent pour les soldats. Elles participent aux \u00ab journ\u00e9es \u00bb, par exemple en faveur des orphelins de guerre, mais (27\/6\/1915) : \u00ab Comme les insignes repr\u00e9sentaient une nudit\u00e9, les archev\u00eaques avaient publi\u00e9 des lettres pastorales dans lesquelles ils disaient que toute personne chr\u00e9tienne ne devait pas porter ces insignes qui \u00e9taient une offense \u00e0 la pudeur. \u00bb Et cela se poursuit au niveau individuel. Marguerite, sa fille (4 ans en 1915) confie \u00e0 Rosa : \u00ab Maman, il te faut aller \u00e0 la messe pour aller au ciel, Fran\u00e7ounelle me l\u2019a dit, il faut faire la pri\u00e8re. Au ciel, on est bien : tu veux des g\u00e2teaux, tu en as. \u00bb<br \/>\nRosa signale le passage et les m\u00e9faits d\u2019un chien enrag\u00e9 (16\/10\/1915) ; l\u2019instauration des cartes de sucre (26\/2\/1917) ; la difficult\u00e9 et la longueur des voyages\u2026<br \/>\nUne certaine lassitude<br \/>\nComme l\u2019ont bien montr\u00e9 les notices publi\u00e9es dans <em>500 t\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, la s\u00e9paration a raviv\u00e9 les sentiments d\u2019amour conjugal. Le 8 mai 1915, Rosa \u00e9crit \u00e0 Alfred : \u00ab Je t\u2019aimais bien quand nous nous sommes mari\u00e9s, mais ce sentiment-l\u00e0 n\u2019est pas comparable \u00e0 celui que j\u2019\u00e9prouve maintenant. Les sentiments comme les \u00e2mes sont grandis et m\u00fbris par les \u00e9preuves. \u00bb Toutefois, la longueur de la guerre provoque quelques tensions et quelques incompr\u00e9hensions, \u00e0 partir de novembre 1916. Revenu en permission, Alfred parait distant parce qu\u2019il est obnubil\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9 de repartir (14\/12\/1916). Le 2 juillet suivant, il \u00e9crit : \u00ab Tu ne me f\u00e2ches pas en me disant que je suis devenu abruti. C\u2019est d\u2019ailleurs la v\u00e9rit\u00e9. Comprends un peu ma situation et tu ne t\u2019en \u00e9tonneras pas. D\u2019abord un abandon complet de toute id\u00e9e personnelle. Je ne fais que ce qu\u2019on me dit de faire, que je trouve bien ou idiot, je le fais de mon mieux par discipline. \u00bb Le 4 janvier 1918, il estime que<em> Le Feu <\/em>de Barbusse a une couleur \u00ab poilue \u00bb, mais que ce livre donne le cafard car il ne d\u00e9crit que les mauvais moments.<br \/>\nPour terminer<br \/>\nRosa (28\/1\/1917) a critiqu\u00e9 la r\u00e9action tardive du pr\u00e9sident am\u00e9ricain Wilson : \u00ab Son message au S\u00e9nat, il aurait d\u00fb l\u2019adresser au mois de juillet 1914. C\u2019est alors qu\u2019il aurait d\u00fb se poser en arbitre. \u00bb Le 8 juillet suivant, elle \u00e9crit : \u00ab Je crois que la guerre finira par une r\u00e9volution en Allemagne. Ce serait d\u2019ailleurs ce qu\u2019ils auraient de mieux \u00e0 faire dans leur int\u00e9r\u00eat. Balancer leur kaiser qui, somme toute, n\u2019est qu\u2019une personne. \u00bb Le 5 juillet 1918 : \u00ab Se peut-il qu\u2019au 20e si\u00e8cle, il y ait eu un homme, des hommes assez fous pour d\u00e9clencher cette tuerie ? Se peut-il que des millions d\u2019autres hommes n\u2019aient pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019un d\u2019eux, ni plus fort, ni plus intelligent, seulement parce qu\u2019il se nommait empereur ? Et on vante l\u2019intelligence et la raison humaines ! \u00bb<br \/>\nM\u00eame si le livre est avant tout celui de Rosa, je terminerai avec une phrase d\u2019Alfred, du 4 novembre 1918 : \u00ab A la r\u00e9flexion, c\u2019est tout de m\u00eame un temps merveilleux que nous vivons. Les tr\u00f4nes croulent comme des feuilles mortes et partout la r\u00e9publique s\u2019appr\u00eate \u00e0 remplacer les empereurs ou les rois imp\u00e9rialistes. Apr\u00e8s la r\u00e9publique russe, voil\u00e0 que nous allons avoir la r\u00e9publique bulgare et la r\u00e9publique autrichienne (tch\u00e8que, hongroise ou yougoslave ou peut-\u00eatre m\u00eame les trois). Comme Jaur\u00e8s avait raison lorsqu\u2019il nous d\u00e9montrait que l\u2019id\u00e9e d\u00e9mocratique \u00e9tait en progr\u00e8s en Europe ! Le jour n\u2019est pas loin o\u00f9 nous allons avoir la r\u00e9publique en Allemagne. Quel bouleversement tout de m\u00eame ! \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, d\u00e9cembre 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois livres Des extraits du tr\u00e8s important corpus de lettres \u00e9chang\u00e9es entre Rosa et Alfred Roumigui\u00e8res pendant la guerre de 1914-1918 ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans le livre de G\u00e9rard Baconnier, Andr\u00e9 Minet et Louis Soler, La Plume au fusil, les poilus du Midi \u00e0 travers leur correspondance, Toulouse, Privat, 1985. 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