{"id":3157,"date":"2019-01-22T17:51:21","date_gmt":"2019-01-22T16:51:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3157"},"modified":"2019-01-22T17:51:21","modified_gmt":"2019-01-22T16:51:21","slug":"meunier-henri-1869-1943","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2019\/01\/22\/meunier-henri-1869-1943\/","title":{"rendered":"Meunier, Henri (1869-1943)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nM\u00e9decin pneumologue \u00e0 Pau et p\u00e8re de famille, il a 45 ans \u00e0 la mobilisation et est charg\u00e9 de nombreuses responsabilit\u00e9s hospitali\u00e8res. Il garde en m\u00eame temps une activit\u00e9 de recherche et une petite client\u00e8le priv\u00e9e. Il vient de perdre en janvier 1914 sa femme Genevi\u00e8ve, cette \u00e9pouse disparue \u00e9tait une des s\u0153urs d\u2019Albert Deullin (voir cette notice).<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\n<em>L\u2019As et le Major<\/em>, \u00e9dition \u00e9tablie par Jacques R\u00e9sal et Pierre Allorant, \u00e9ditions Encrage, Amiens, 2017, 148 pages, avec une pr\u00e9face de Jean Garrigues, continue l\u2019ambitieuse entreprise \u00e9ditoriale qui exploite l\u2019important fonds d\u2019archives d\u2019une  famille bourgeoise (voir notices des fr\u00e8res R\u00e9sal), depuis le milieu du XIX\u00e8me si\u00e8cle et \u00e0 travers la Grande Guerre. Etablie sur la base du pr\u00eat des archives des familles Goursaud et Meunier, cette publication associe deux corpus diff\u00e9rents, d\u2019une part (p. 31 \u00e0 p. 83), les lettres envoy\u00e9es par A. Deullin \u00e0 sa s\u0153ur Elisabeth, et d\u2019autre part (p. 85 \u00e0 p. 143), celles envoy\u00e9es par H. Meunier \u00e0 son coll\u00e8gue et ami Henri Meige, un neurologue hospitalier r\u00e9put\u00e9. La juxtaposition de ces deux correspondances est un peu artificielle, la seule vraie rencontre cit\u00e9e entre les acteurs ayant lieu en septembre 1916 lorsque A. Deullin emm\u00e8ne son beau-fr\u00e8re faire un vol au-dessus du front de Champagne.<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nLe principal int\u00e9r\u00eat du t\u00e9moignage du docteur Meunier r\u00e9side dans la description de l\u2019\u00e9norme labeur qui lui \u00e9choit en ao\u00fbt et septembre 1914 en tant que responsable du d\u00e9p\u00f4t de Pau, alors qu\u2019il pensait faire partie, \u00e0 la mobilisation, \u00ab d\u2019une \u00e9quipe de vieux m\u00e9decins civils plus ou moins militaris\u00e9s qui seraient charg\u00e9s de surveiller quelques hommes laiss\u00e9s \u00e0 la caserne \u00bb (p. 90) ; il raconte \u00e0 son ami Henri Meige qu\u2019il cumule la responsabilit\u00e9 du service m\u00e9dical du d\u00e9p\u00f4t, de la surveillance des viandes (\u00ab j\u2019ai d\u00fb en trois jours m\u2019improviser v\u00e9t\u00e9rinaire \u00bb), de la surveillance de trois h\u00f4pitaux temporaires de la Croix-Rouge, du service de l\u2019h\u00f4pital militaire proprement-dit, de la r\u00e9daction d\u2019innombrables certificats et  examens \u00e0 produire, avec en plus l\u2019inspection individuelle d\u2019aptitude des 4800 hommes du d\u00e9p\u00f4t. Il n\u2019est aid\u00e9 que par trois confr\u00e8res civils, et parle de son \u00e9puisement devant cette t\u00e2che harassante. Il d\u00e9crit en d\u00e9cembre 1914 (p.97) une int\u00e9ressante journ\u00e9e-type \u00ab en attendant, voil\u00e0 ma vie quotidienne depuis des semaines \u00bb, et suivent, pour la journ\u00e9e, 18 rendez-vous\/horaires, qui commencent \u00e0 8 heures &#8211; \u00abc\u2019est tard je le reconnais, mais attends la fin \u00bb &#8211; et se finissent \u00e0 minuit (\u00ab rangement, tourn\u00e9e aux enfants, puis coucher et r\u00e9cr\u00e9ation en lisant le journal \u00bb). On peut simplement mentionner \u00e0 titre d\u2019exemple 14 h  : \u00ab A l\u2019infirmerie, incorporation de 160 \u00e0 180 hommes, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9fil\u00e9 de ces hommes nus comme des vers que je dois appr\u00e9cier le plus exactement possible au point de vue de l\u2019aptitude \u00e0 servir (\u2026) Pendant 15 jours cela a \u00e9t\u00e9 la classe 1892 (hommes de 42 ans), les 2\/3 invoquant une raison de ne pas servir. Depuis une semaine, c\u2019est la classe 1915 (hommes de 19 ans). C\u2019est mieux et \u00e7a veut marcher. Mais quand j\u2019arrive vers 17 h, je suis abruti, idiot et je commence \u00e0 ne plus savoir ce que je fais. \u00bb Suivent encore des rendez-vous vous, tourn\u00e9es et contre-visites, et \u00e0 20 heures : \u00ab D\u00eener, fatigu\u00e9, abruti, table silencieuse triste, les enfants n\u2019osent parler. \u00bb Et il conclut par \u00ab voil\u00e0 le cycle habituel. \u00bb Epuis\u00e9, il obtient un all\u00e8gement partiel de ses fonctions en mars 1915.<br \/>\nUn autre int\u00e9r\u00eat des lettres r\u00e9side dans l\u2019\u00e9vocation des pr\u00e9occupations morales du docteur, lorsqu\u2019il ausculte des individus pour des visites d\u2019aptitude au front, et c\u2019est un rare t\u00e9moignage \u00ab de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb, o\u00f9 il montre qu\u2019il a bien conscience de la port\u00e9e de ses d\u00e9cisions (f\u00e9vrier 1915, p. 99) :  \u00ab et cet examen, toujours grave, puisque, pour la plupart, il s\u2019agit de la vie ou de la mort, je m\u2019efforce de le faire avec toute mon intelligence et avec tout mon c\u0153ur. Que de psychologie, que de philosophie pr\u00e9side \u00e0 cette t\u00e2che journali\u00e8re ! \u00bb Il raconte \u00e0 son ami le rep\u00e9rage de simulateurs (ao\u00fbt 1915, p. 106) et les cons\u00e9quences impr\u00e9vues de ce signalement : \u00ab J\u2019ai eu deux cas \u00e9patants pour lesquels j\u2019ai men\u00e9 une enqu\u00eate digne de Sherlock Holmes (ict\u00e8re picrique). \u00bb  Il reprend son r\u00e9cit dans une lettre de novembre 1915 (p. 107) : \u00ab T\u2019ai-je dit que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner au tribunal et que j\u2019avais pass\u00e9 l\u00e0 deux sales heures en entendant le commissaire du gouvernement r\u00e9clamer pour mon bonhomme\u2026 le poteau !!! Je t\u2019avoue que j\u2019ai eu chaud et que, si jamais une pareille condamnation avait eu lieu, je n\u2019aurais plus, ni aucun major de France, examin\u00e9 un simulateur. Ma d\u00e9position, dans ces conditions, a \u00e9t\u00e9 tout miel et, les avocats aidant, le bonhomme (\u2026) s\u2019en est tir\u00e9 avec dix ans de travaux. \u00bb Sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 honore le m\u00e9decin, mais le nombre important av\u00e9r\u00e9 d\u2019ex\u00e9cutions apr\u00e8s expertise m\u00e9dicale (\u00ab Crise des mutilations volontaires \u00bb) am\u00e8ne \u00e9videmment \u00e0 relativiser la port\u00e9e de son propos.<br \/>\nDisposant au printemps 1915 d\u2019un emploi du temps plus raisonnable, il essaye de reprendre un peu de client\u00e8le priv\u00e9e, \u00ab c\u2019est que depuis neuf mois que j\u2019ai ferm\u00e9 les guichets des recettes, je m\u2019aper\u00e7ois que le gouffre se creuse\u00bb (p. 103). Il \u00e9voque aussi plusieurs fois son sort privil\u00e9gi\u00e9, et son regret de ne pouvoir servir directement sur le front. Cette g\u00eane morale est, dit-il, partag\u00e9e par quelques-uns de ses amis, mais \u00ab pas B\u00e9arnais \u00bb: en effet, il est tr\u00e8s critique vis-\u00e0-vis de l\u2019esprit d\u2019embuscade qu\u2019il constate \u00e0 Pau, et \u00e0 la fin de la guerre, en avril 1918, s\u2019il partage l\u2019\u00e9motion des Parisiens touch\u00e9s par les bombardements \u00ab gothiques et berthiques \u00bb, il regrette de tout c\u0153ur que Bertha ne puisse lancer quelques obus \u00e0 1000 km, \u00ab ce serait une excellent chose pour l\u2019\u00e9quilibration de la mentalit\u00e9 territoriale. \u00bb (p. 126)<br \/>\nVincent Suard\u00a0, d\u00e9cembre 2018<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin M\u00e9decin pneumologue \u00e0 Pau et p\u00e8re de famille, il a 45 ans \u00e0 la mobilisation et est charg\u00e9 de nombreuses responsabilit\u00e9s hospitali\u00e8res. 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