{"id":3181,"date":"2019-06-19T10:24:14","date_gmt":"2019-06-19T09:24:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3181"},"modified":"2021-07-13T15:11:33","modified_gmt":"2021-07-13T14:11:33","slug":"agard-alban-1876-1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2019\/06\/19\/agard-alban-1876-1942\/","title":{"rendered":"Agard, Alban (1876-1942)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nAlban Agard, originaire de Cestas (Gironde), exerce le m\u00e9tier d\u2019instituteur \u00e0 Bordeaux au moment de sa mobilisation au 140e  RIT. Il rejoint en d\u00e9cembre 1914 le 360e RI et sert en Artois toute l\u2019ann\u00e9e 1915. Pass\u00e9 caporal en f\u00e9vrier 1916, il combat \u00e0 Verdun du 20 au 30 mars, date \u00e0 laquelle il est bless\u00e9 et \u00e9vacu\u00e9. Apr\u00e8s 6 mois d\u2019hospitalisation, il est r\u00e9form\u00e9 et reprend ses fonctions d\u2019instituteur. Il finit sa carri\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole de gar\u00e7ons de la rue Paul Bert \u00e0 Bordeaux en 1936.<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nLe journal de guerre d\u2019Alban Agard se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un recueil dactylographi\u00e9 de 50 pages, avec 6 pages d\u2019annexes. Le document est accompagn\u00e9 d\u2019une note explicative (p. 47) r\u00e9dig\u00e9e par le fils d\u2019Alban, Andr\u00e9 Agard, \u00ab en vue d\u2019expliciter quelques indications fournies par le journal. \u00bb Un ajout de Jean-Louis Agard, petit-fils d\u2019Alban, signale que l\u2019original se pr\u00e9sente sous la forme de deux carnets toil\u00e9s mesurant 9&#215;14 cm. En annexe sont reproduites en fac simile les pages du carnet qui concernent l\u2019attaque du 9 mai 1915.<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat du document r\u00e9side dans la description des conditions d\u2019existence des soldats dans les tranch\u00e9es de diff\u00e9rents secteurs de l\u2019Artois, pendant l\u2019ann\u00e9e 1915 : c\u2019est l\u2019\u00e9vocation r\u00e9currente de boyaux sommaires, de tranch\u00e9es expos\u00e9es au danger (tirs, marmites, mines\u2026) avec une humidit\u00e9 omnipr\u00e9sente. En d\u00e9cembre 1914, par exemple, les tranch\u00e9es sont (p. 4) : \u00ab de v\u00e9ritables mares, les pieds sont toujours mouill\u00e9s, c\u2019est d\u2019une tristesse profonde, (\u2026) nous n\u2019avons pas la force de manger, on ne ferait que boire de l\u2019alcool, si on en avait suffisamment. \u00bb. En f\u00e9vrier 1915, il \u00e9voque \u00e0 titre d\u2019exemple une pr\u00e9tendue position de r\u00e9serve, mais qui consiste \u00e0 aller \u00e0 \u00ab 40 m\u00e8tres des boches \u00bb  (p.8) : \u00ab Tranch\u00e9e sans abri. La nuit la pluie commence \u00e0 tomber. Je dors sur le c\u00f4t\u00e9 de la tranch\u00e9e, sous la pluie. Jamais nous n\u2019avons \u00e9t\u00e9 si mal. Les balles pleuvent et l\u2019endroit est assez dangereux. \u00bb Il d\u00e9crit aussi le repos \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, la vie \u00e0 Barlin ou Hersin-Coupigny, les corons de mineurs; il fait des remarques \u00ab ethnographiques \u00bb, ainsi il loge dans un coron o\u00f9 se trouve une famille de r\u00e9fugi\u00e9s, avec quatre enfants dont l\u2019un, \u00e0 huit ans, fume une cigarette devant sa m\u00e8re (p. 13) : \u00ab Il para\u00eet que c\u2019est la mode chez les mineurs. Jolie mode ! \u00bb La description de sa participation \u00e0 l\u2019offensive du 9 mai 1915 (p. 18) est pr\u00e9cise, lui et ses camarades \u00e9tant d\u2019abord d\u00e9\u00e7us que leur compagnie (17e) doive attaquer la premi\u00e8re, mais le sang-froid revient ensuite car \u00abnotre r\u00f4le sera peut-\u00eatre moins rude que celui des autres compagnies qui doivent continuer l\u2019offensive sur les tranch\u00e9es de 2\u00e8me et 3\u00e8me ligne. \u00bb  Son r\u00e9cit peut \u00eatre mis en relation avec celui de R. Cadot (18e Cie \u2013 cf sa notice CRID). La poursuite des combats \u00e0 Carency au d\u00e9but de juin provoque chez lui une immense fatigue physique et psychologique, ces combats le laissent \u00ab tr\u00e8s abattu \u00bb (p. 24). A cet \u00e9gard, la c\u00e9r\u00e9monie de remise de la m\u00e9daille militaire \u00e0  Marcel Dambrine, le 8 juin, ne lui remonte gu\u00e8re  le moral. L\u2019adjudant Dambrine est un chansonnier, engag\u00e9 volontaire, c\u00e9l\u00e8bre au r\u00e9giment pour avoir compos\u00e9 la chanson du 360e Les vieux poilus. L\u2019encadrement encourage la diffusion de ce chant entra\u00eenant et viril, qui   popularise le \u00ab patriotisme du num\u00e9ro\u00bb (R. Cadot). D\u00e9j\u00e0 avant l\u2019attaque, A. Agard note (7 mai) qu\u2019 \u00ab\u00e0 6h30 Dambrine vient nous chanter la chanson du 360e \u00bb. Bless\u00e9 fin mai, le chansonnier est d\u00e9cor\u00e9 le 8 juin sur sa civi\u00e8re en pr\u00e9sence du r\u00e9giment (dossier photographique Gallica \u00ab chanson du 360 \u00bb). La description qu\u2019en restitue notre auteur est int\u00e9ressante (p.24) : \u00ab V\u00e9ritable parade de com\u00e9die, \u00e9tant donn\u00e9 surtout le temp\u00e9rament du d\u00e9cor\u00e9. Les photographes ne manquent pas ; aussi, cette c\u00e9r\u00e9monie ajoute encore \u00e0 mon d\u00e9couragement. Les motifs invoqu\u00e9s disent que bless\u00e9, il a continu\u00e9 \u00e0 chanter. Il a bien chant\u00e9, mais c\u2019\u00e9tait par l\u2019autre bouche et dans ses pantalons. \u00bb En juillet, l\u2019auteur r\u00e9ussit \u00e0 trouver une place de cuisinier (p. 28) et s\u2019il estime que la t\u00e2che sera plus dure au cantonnement, celle-ci sera beaucoup moins p\u00e9rilleuse pour les tranch\u00e9es.<br \/>\nA. Agard \u00e9voque pr\u00e9cis\u00e9ment les fraternisations de d\u00e9cembre 1915 (bien d\u00e9crites par le caporal Barthas), ici dans le secteur de Mont-Saint-Eloi. Ces tr\u00eaves sont d\u2019abord provoqu\u00e9es par la pluie continue qui transforme les tranch\u00e9es en v\u00e9ritables mares (p. 38) : \u00ab Vu l\u2019\u00e9tat des tranch\u00e9es, Boches et Fran\u00e7ais fraternisent. Ils montent sur le parapet et \u00e9changent leurs impressions. Les uns comme les autres ont assez de la guerre et d\u00e9clarent ne plus vouloir tirer sur des fantassins. (\u2026) au rapport on a condamn\u00e9 ces gestes de fraternit\u00e9 (\u2026) les rel\u00e8ves se font en plein jour et \u00e0 d\u00e9couvert sans que des coups de feu ne soient tir\u00e9s. Si ces faits sont seulement une cons\u00e9quence de l\u2019obstruction des boyaux, je souhaite qu\u2019ils restent pleins de boue jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre, mais je crois qu\u2019il y a aussi de part et d\u2019autre une lassitude g\u00e9n\u00e9rale. \u00bb<br \/>\nEn f\u00e9vrier 1916, l\u2019auteur perd sa place de cuisinier et est nomm\u00e9 caporal, contre son gr\u00e9 (p. 41) : \u00ab tout embuscage m\u2019est donc interdit maintenant.\u00bb Il attribue cette brimade au lieutenant Jasson, qui commande la compagnie, lui reprochant de s\u2019acharner apr\u00e8s lui \u00abJe vois l\u00e0-dessous une cons\u00e9quence de ses id\u00e9es politiques car je ne suis pas le seul vis\u00e9 comme instituteur. \u00bb  Le journal se cl\u00f4t enfin par l\u2019\u00e9pisode de Verdun ;  ils passent d\u2019abord quelques jours en ville o\u00f9 ils attendent anxieusement l\u2019ordre de monter en premi\u00e8re ligne. C\u2019est le 25 mars 1916 qu\u2019ils se mettent en route, mais le rassemblement des hommes lui sugg\u00e8re une description bien am\u00e8re (p. 45) : \u00ab Nos officiers sont brillants, commandant en t\u00eate. Ils sont ivres \u00e0 tomber, surtout Jasson. C\u2019est un spectacle \u00e9coeurant. \u00bb Ils tiennent ensuite une position  en face du Fort de Douaumont, il en estime la distance \u00e0 150 m\u00e8tres environ, et le 30 mars il est touch\u00e9: \u00ab Vers 11 heures, je re\u00e7ois un \u00e9clat qui traverse mon genou gauche. Abandonnant tout, je cours vers le poste de secours. \u00bb (p. 46). Il raconte ensuite sa difficile \u00e9vacuation, les voitures m\u00e9dicales ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9molies par les obus. Lui et des bless\u00e9s doivent attendre 24 heures de plus, et malgr\u00e9 leurs protestations le deuxi\u00e8me soir la situation se reproduit \u00ab nous sommes l\u00e0 de nombreux bless\u00e9s qui souffrons de ce service. Nous avons beau protester, rien n\u2019y fait.\u00bb Pour lui, il y aura 48 heures de d\u00e9lai entre sa blessure, de moyenne gravit\u00e9, et son arriv\u00e9e dans une caserne-h\u00f4pital \u00e0 Verdun. C\u2019est avec cette arriv\u00e9e sur le lit 17, salle 8, que se termine cet  int\u00e9ressant document.<\/p>\n<p>Vincent Suard\t\tjuin 2019<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Alban Agard, originaire de Cestas (Gironde), exerce le m\u00e9tier d\u2019instituteur \u00e0 Bordeaux au moment de sa mobilisation au 140e RIT. Il rejoint en d\u00e9cembre 1914 le 360e RI et sert en Artois toute l\u2019ann\u00e9e 1915. Pass\u00e9 caporal en f\u00e9vrier 1916, il combat \u00e0 Verdun du 20 au 30 mars, date \u00e0 laquelle &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2019\/06\/19\/agard-alban-1876-1942\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Agard, Alban (1876-1942)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1003,867,3,10,104],"tags":[1106,495,427],"class_list":["post-3181","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-140e-rit","category-360e-ri","category-carnet","category-combattant-infanterie","category-non-publie","tag-fraternisations","tag-instituteur","tag-tranchees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3181","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3181"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3181\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3638,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3181\/revisions\/3638"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}