{"id":3187,"date":"2019-10-22T19:46:25","date_gmt":"2019-10-22T18:46:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3187"},"modified":"2021-07-13T15:10:54","modified_gmt":"2021-07-13T14:10:54","slug":"cellier-aimee-1854-1927","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2019\/10\/22\/cellier-aimee-1854-1927\/","title":{"rendered":"Cellier, Aim\u00e9e (1854-1927)"},"content":{"rendered":"<p>Journal d\u2019une habitante de Valenciennes pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale<br \/>\n\u00ab Tous ces Balkans ne me disent rien qui vaille \u00bb (septembre 1916)<br \/>\n1.\tLe t\u00e9moin<br \/>\nAim\u00e9e Cellier, veuve de F\u00e9nelon Saint-Quentin, appartient \u00e0 une famille de la bourgeoisie de Valenciennes, son mari \u00e9tait avocat et conseiller municipal. Elle a trois enfants et ses deux fils Jean et Louis sont aussi avocats. Elle reste seule avec sa m\u00e8re \u00e0 Valenciennes durant l\u2019occupation, Jean est bloqu\u00e9 \u00e0 Lille, Louis est lieutenant puis capitaine d\u2019infanterie sur le front et ses petits-enfants sont en France non occup\u00e9e. Elle passe la guerre dans sa grande maison, et doit loger des officiers allemands de passage. Elle est d\u00e9port\u00e9e comme notable au camp d\u2019Holzminden de novembre 1916 \u00e0 avril 1917  (repr\u00e9sailles allemandes dans le conflit sur le sort des fonctionnaires imp\u00e9riaux alsaciens intern\u00e9s par la France). Revenue chez elle, elle est finalement \u00e9vacu\u00e9e en  octobre 1918 dans la r\u00e9gion bruxelloise.<br \/>\n2.\tLe t\u00e9moignage<br \/>\nLe journal d\u2019Aim\u00e9e Cellier est disponible en version num\u00e9rique sur le site Calam\u00e9o, il a \u00e9t\u00e9 rendu consultable par la biblioth\u00e8que de Valenciennes en 2018. La retranscription dactylographi\u00e9e (244 pages) est accompagn\u00e9e d\u2019un appareil explicatif et de notes de qualit\u00e9, r\u00e9alis\u00e9es par trois arri\u00e8re-petits-enfants d\u2019A. Cellier, Christian Chauliac, Alain Cosson et Jacques Warin. Le manuscrit, red\u00e9couvert par la famille en 2010, se pr\u00e9sente sous la forme de notes, souvent \u00e9crites le dimanche, et m\u00eale relation des \u00e9v\u00e9nements, de conversations ou consid\u00e9rations personnelles. Le journal h\u00e9las s\u2019interrompt pendant la d\u00e9portation \u00e0 Holzminden.<br \/>\n3.\tAnalyse<br \/>\nNouvelles et on-dit<br \/>\nUne grande place est accord\u00e9e aux nouvelles, dans une ville occup\u00e9e pr\u00e9cocement et dans laquelle on est priv\u00e9 d\u2019informations fiables. Ainsi, par exemple le 22 octobre 1914 est annonc\u00e9e la pr\u00e9sence des Fran\u00e7ais \u00e0 Baden, le 26 une victoire \u00e0 Metz, ou en d\u00e9cembre une grande bataille entre Saint-Amand et Courtrai. D\u00e8s septembre, A. Cellier note combien il faut se d\u00e9fendre des on-dit, elle fait preuve de jugement critique, recoupe les faits, mais la t\u00e2che est ardue  (avril 1915, p. 53) : \u00ab Je ne sais plus que dire et qu\u2019\u00e9crire. Ce qu\u2019on apprend un jour devrait \u00eatre contredit le lendemain. \u00bb Elle est inform\u00e9e par le communiqu\u00e9 allemand, mais c\u2019est surtout la presse en fran\u00e7ais, contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019occupant, qui lui donne des nouvelles (<em>Bruxellois<\/em>, <em>Gazette des Ardennes<\/em>). La lecture en est ardue (\u00ab le <em>Bruxellois<\/em> est atrocement r\u00e9dig\u00e9 (\u2026) on deviendrait enrag\u00e9 si on le lisait tous les jours. \u00bb p. 102), mais on n\u2019a pas le choix si on veut essayer de savoir (p. 194) : \u00ab Je viens de m\u2019abonner \u00e0 la <em>Gazette des Ardennes<\/em>. Mauvais journal que je lis en pensant le contraire de ce qu\u2019il \u00e9nonce. \u00bb<br \/>\nLes Allemands<br \/>\nValenciennes est occup\u00e9e tr\u00e8s t\u00f4t (25 ao\u00fbt), et A. Cellier attribue \u00e0 la prudence du maire le calme relatif de la ville; elle n\u2019a rien vu \u00ab de toutes les atrocit\u00e9s que l\u2019on raconte \u00bb, elle r\u00e9sume la situation en d\u00e9crivant les Allemands comme cruels l\u00e0 o\u00f9 on tire pour les accueillir et \u00ab ailleurs, ils sont polis (p. 9). \u00bb Oblig\u00e9e de c\u00f4toyer de pr\u00e8s les officiers et leurs ordonnances, elle les supporte sans les appr\u00e9cier. Indemnis\u00e9e par le montant de ce qu\u2019elle nomme \u00ab une journ\u00e9e d\u2019Allemand \u00bb, elle note en septembre 1915 qu\u2019elle en est \u00e0 son trenti\u00e8me Allemand et une remarque de f\u00e9vrier 1916 r\u00e9sume bien, semble-t-il, son attitude par rapport \u00e0 l\u2019occupant (p. 123) : \u00abUn de mes Allemands trouve qu\u2019on ne me voit pas, que je ne cause pas. Est-ce qu\u2019ils s\u2019imaginent que ce serait un plaisir pour moi d\u2019entendre leurs menteries : non, je suis correcte, rien de plus. \u00bb<br \/>\nLe patriotisme<br \/>\nA. Cellier se r\u00e9jouit lorsque les nouvelles du front sont mauvaises pour les Allemands, se d\u00e9solant ailleurs de son immobilit\u00e9 et du retard de leur d\u00e9livrance ; \u00e0 certains moments, elle est d\u00e9courag\u00e9e par la perspective d\u2019\u00eatre annex\u00e9e comme les Alsaciens en 1871 (juin 1915, p.65) : \u00ab Mauvaise journ\u00e9e pour moi. (\u2026) elle se termine avec la perspective de devenir allemand et de manquer de pain. Malgr\u00e9 ce qu\u2019il y a de p\u00e9nible \u00e0 avoir faim, je pr\u00e9f\u00e8re cela \u00e0 devenir allemand. Quelle horreur, quel cauchemar. \u00bb Sa seule consolation si elle est devient allemande sera l\u2019autorisation d\u2019\u00e9crire \u00e0 sa famille, \u00abune consolation mais quelle d\u00e9ch\u00e9ance. \u00bb. Lors de la crise du travail forc\u00e9 de juillet 1915, celle de l\u2019obligation de la confection de sacs destin\u00e9s \u00e0 prot\u00e9ger les tranch\u00e9es allemandes, elle n\u2019\u00e9voque pas la r\u00e9sistance contrainte par la brutalit\u00e9 (Lille), m\u00eame si elle juge au d\u00e9but avec des nuances (\u00ab comment r\u00e9sister \u00e0 ces brigands ? \u00bb). Elle m\u00e9prise celles qu\u2019elle appelle les \u00ab femmes \u00e0 sac\u00bb, et \u00e0 son comit\u00e9 d\u2019entraide, elle refuse d\u2019abord de les aider (septembre 1915) : \u00ab On ne leur donnera rien. Elles ont gagn\u00e9 de l\u2019argent \u00e0 profusion, aussi ne donnera-t-on qu\u2019aux mis\u00e9reux. \u00bb Cette attitude rigide toutefois n\u2019est pas respect\u00e9e dans les faits \u00e0 No\u00ebl 1915 (p. 114) : \u00ab Malgr\u00e9 les pr\u00e9cautions prises, les femmes \u00e0 sac re\u00e7oivent un paquet. Ayons les id\u00e9es larges. Un peu tout le monde travaille ici pour les ennemis qui,  bien nourris, iront tuer les n\u00f4tres.\u00bb Elle est \u00e9galement assez critique avec certaines notabilit\u00e9s valenciennoises. Ainsi Ren\u00e9 Delame, par ailleurs diariste de l\u2019occupation, incarc\u00e9r\u00e9 un temps par les occupants, est jug\u00e9 s\u00e9v\u00e8rement (p. 202) : \u00ab Je ne le plains pas trop car je sais quelques petites choses ; sues par beaucoup de monde, je crois. \u00bb Il s\u2019agit peut-\u00eatre de soup\u00e7ons d\u2019enrichissement personnel sur des ventes de mouchoirs de batistes, dentelles go\u00fbt\u00e9es par les officiers allemands comme cadeaux pour leurs proches. De m\u00eame, elle condamne \u00ab un certain B. ami des Allemands \u00bb, il s\u2019agit avec une quasi-certitude de Maurice Bauchon (cf sa notice CRID), elle le d\u00e9crit comme outrepassant ses droits et conclut (p. 191) : \u00ab Je crois que tout le monde comprend le patriotisme \u00e0 sa mani\u00e8re.\u00bb Elle ne d\u00e9crit pas son s\u00e9jour en Allemagne, mais son moral est alt\u00e9r\u00e9 par la mort de sa m\u00e8re pendant son absence ; ce s\u00e9jour en camp semble avoir \u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re mais supportable, elle en parle ensuite avec distance (\u00e9t\u00e9 1917, p. 184) \u00ab chaque fois que je rencontre un otage on \u00e9change des souvenirs. Que c\u2019est bizarre, ils n\u2019ont jamais rien de triste. Pourtant nous n\u2019\u00e9tions pas heureux. \u00bb<br \/>\nSolitude et besoin des petits-enfants<br \/>\nAim\u00e9e Cellier, 59 ans au d\u00e9but de la guerre, souffre pendant toute l\u2019occupation  de la s\u00e9paration des siens. Son journal est scand\u00e9 des t\u00e9moignages de sa souffrance morale devant sa solitude (No\u00ebl, anniversaires) et l\u2019impossibilit\u00e9 de c\u00e2liner ses petites-filles, Odette et Janine. Le d\u00e9but du conflit est aussi le plus terrible pour elle car il n\u2019y a pas de correspondance, ainsi \u00e0 No\u00ebl 1914, le \u00ab fond de son c\u0153ur est broy\u00e9 \u00bb, ou en avril 1915 \u00ab Ne vivre que pour ses enfants et ne plus les voir, ni conna\u00eetre ce qu\u2019ils font, est ce qu\u2019il y a de plus d\u00e9chirant\u00bb. Vers la fin du conflit la plaie reste ouverte (janvier 1918) : \u00ab Odette a eu 6 ans le 15, ne pouvoir l\u2019embrasser, l\u2019admirer, en jouir comme cela devrait \u00eatre me rend fort triste. Combien je regrette ces 3 ann\u00e9es pass\u00e9es loin des miens. Jamais elles ne reviendront, \u00e0 mon \u00e2ge, c\u2019est perdu pour toujours. \u00bb Ce manque maternel, li\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re infranchissable avec la France non-occup\u00e9e, est rarement montr\u00e9 de cette mani\u00e8re par les sources. Le journal a une fonction th\u00e9rapeutique, l\u2019auteure y inscrit ses plaintes, ses inqui\u00e9tudes, et souvent se redresse et reprend courage en fin de paragraphe, ainsi, en ao\u00fbt 1916 : \u00abc\u2019est un soulagement. Il me semble que je vous cause, mes enfants, et la s\u00e9paration me para\u00eet moins \u00e9norme. \u00bb, et plus loin : \u00ab Il faut lutter, lutter toujours, se remonter et garder son grand courage. Je suis rest\u00e9e pour tout conserver aux enfants. Donc pas d\u2019abattement. \u00bb<br \/>\nEvacuer ?<br \/>\nD\u00e8s le printemps 1915, des \u00e9vacuations vers la France non-occup\u00e9e sont organis\u00e9es par les Allemands ; elles concernent d\u2019abord les n\u00e9cessiteux, vieillards, femmes avec jeunes enfants, ou femmes seules et \u00e0 la r\u00e9putation douteuse ; mais en consignant le d\u00e9part de 159 familles en mars, A. Cellier parle de mesures incompr\u00e9hensibles (p. 45) : \u00ab ceux qui vont partir ne sont pas des indigents, ce sont des familles ais\u00e9es qui vont rejoindre les p\u00e8res. \u00bb Il semble qu\u2019elle ait la possibilit\u00e9 de partir \u00e0 plusieurs reprises, et elle invoque comme raison l\u2019obligation de rester avec sa m\u00e8re (No\u00ebl 1915, p. 113), \u00ab je n\u2019ai pu \u00e9vacuer \u00e0 cause de maman \u00bb, puis apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de celle-ci, la maison \u00e0 garder pour la pr\u00e9server ; a contrario, elle dit qu\u2019en 1917 les notables ne sont pas \u00e9vacuables. L\u2019aspect mat\u00e9riel est important, pour elle, sauver ce qui peut l\u2019\u00eatre de sa maison est un devoir \u00e0 affronter avec courage pour les siens (juin 1917, p. 177) : \u00ab A Berne, une dame Isler me r\u00e9clamait de la part des enfants. J\u2019\u00e9tais ravie de leur id\u00e9e, mais apr\u00e8s r\u00e9flexion, j\u2019ai donn\u00e9 une r\u00e9ponse n\u00e9gative (\u2026) une partie de ma maison sera mise au pillage par les occupants. Je pr\u00e9f\u00e8re prendre encore patience puisque voil\u00e0 trois ans que \u00e7a dure, ce n\u2019est pas quelques mois qui me font peur. Malgr\u00e9 ses efforts, elle est chass\u00e9e de son logement en avril 1918, doit se r\u00e9installer dans une autre maison et s\u2019en d\u00e9sole \u00ab Avoir tout fait pour leur sauver des souvenirs [\u00e0 ses enfants] et arriver \u00e0 un pareil r\u00e9sultat ! Je ne sais plus que penser. Ce que c\u2019est qu\u2019une veuve. \u00bb. Mais plus tard, elle trouve encore des raisons de se f\u00e9liciter de n\u2019avoir pas \u00e9vacu\u00e9 via la Suisse (p. 218) \u00abJ\u2019ai encore sauv\u00e9 beaucoup de choses que les bonnes n\u2019auraient pu emporter si on les avait chass\u00e9es en mon absence. \u00bb Derni\u00e8re disgr\u00e2ce: avec l\u2019augmentation des bombardements a\u00e9riens et surtout l\u2019arriv\u00e9e du front en octobre 1918, elle est \u00e9vacu\u00e9e vers la Belgique; en terminant son journal le 15 novembre \u00e0 Zuen, elle en con\u00e7oit une derni\u00e8re amertume (p. 229): \u00ab je n\u2019ai qu\u2019un d\u00e9sir : rentrer dans ma ville d\u2019o\u00f9 je n\u2019aurais pas d\u00fb partir. J\u2019ai revu des amis, tous furieux apr\u00e8s le conseil municipal qui est rest\u00e9 et qui a pu soigner ses maisons.\u00bb<br \/>\nM\u00e9moire familiale du t\u00e9moignage<br \/>\nCe manuscrit est longtemps rest\u00e9 inexploit\u00e9 car sa petite-fille Janine Saint-Quentin, (1914 \u2013 2010), qui en avait la possession, \u00e9tait d\u00e9\u00e7ue par sa teneur. Aim\u00e9e avait laiss\u00e9 le souvenir d\u2019une personne \u00e9nergique et enjou\u00e9e, et Janine, qui l\u2019aimait beaucoup, \u00e9tait d\u00e9\u00e7ue par le journal dans lequel elle ne voyait qu\u2019une longue lamentation. Ce n\u2019est pas aujourd\u2019hui l\u2019avis des arri\u00e8res-petits enfants, ni le n\u00f4tre; l\u2019\u00e9criture ici joue un r\u00f4le d\u2019exutoire, elle sert \u00e0 conforter le courage ; si la forme peut amener \u00e0 ce contresens (avril 1918 p. 220 \u00ab Quand donc ce supplice se terminera-t-il ? Je n\u2019ai plus que des lamentations \u00e0 transcrire. \u00bb), le fonds est celui d\u2019un outil de r\u00e9sistance intime (ao\u00fbt 1916, p. 155 \u00ab mon cahier, mon cher cahier, seul t\u00e9moin de mes tristesses \u00bb), il lui permet de s\u2019\u00e9pancher, pas de se complaire. La rigueur du jugement de sa petite-fille s\u2019explique aussi par d\u2019autres raisons, biographiques et sociales : le mari de Janine a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en 1940, et elle s\u2019est retrouv\u00e9e jeune veuve, avec un b\u00e9b\u00e9 de 3 mois, oblig\u00e9e de pourvoir \u00e0 leur existence. De ce fait, elle trouvait que sa grand-m\u00e8re, une bourgeoise ais\u00e9e, avait exag\u00e9r\u00e9 ses souffrances, en regard des siennes-propres. On peut \u00e0 cet \u00e9gard mentionner une tradition familiale fiable, qui souligne qu\u2019Aim\u00e9e \u00e9tait  accompagn\u00e9e par sa petite bonne Juliette pendant son internement \u00e0 Holzminden. Aucune source, autre que familiale, ne confirme ce fait, mais sa permanence indique une forme de relativisation de la souffrance d\u2019Aim\u00e9e. C\u2019est en tout cas un document riche, et original en ce qu\u2019\u00e0 travers \u2013 entre autres &#8211; cette formulation du manque charnel des petits-enfants, il incarne bien une des formes de souffrances possibles li\u00e9es \u00e0 l\u2019occupation.<\/p>\n<p>Vincent Suard\t\tjuin 2019<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal d\u2019une habitante de Valenciennes pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00ab Tous ces Balkans ne me disent rien qui vaille \u00bb (septembre 1916) 1. Le t\u00e9moin Aim\u00e9e Cellier, veuve de F\u00e9nelon Saint-Quentin, appartient \u00e0 une famille de la bourgeoisie de Valenciennes, son mari \u00e9tait avocat et conseiller municipal. 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