{"id":3196,"date":"2019-12-24T22:20:37","date_gmt":"2019-12-24T21:20:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3196"},"modified":"2021-07-13T15:09:33","modified_gmt":"2021-07-13T14:09:33","slug":"furnkranz-helene-1868-1936","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2019\/12\/24\/furnkranz-helene-1868-1936\/","title":{"rendered":"F\u00fcrnkranz, Helene (1868-1936)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9e \u00e0 Vienne en 1868 et morte en 1936 \u00e0 Mutters, non loin d\u2019Innsbruck, Helene F\u00fcrnkranz est une Austro-Irlandaise ais\u00e9e et instruite, \u00e0 qui la France tient lieu de patrie d\u2019\u00e9lection. Son p\u00e8re est issu d\u2019une famille de notables viennois et vit en rentier, sa m\u00e8re est la fille d\u2019un pasteur irlandais, le couple s\u2019est mari\u00e9 \u00e0 Paris en 1867. \u00c9lev\u00e9e entre l\u2019Autriche, l\u2019Irlande et la France, trilingue, Helene F\u00fcrnkranz se sent tr\u00e8s t\u00f4t citoyenne d\u2019Europe. Ses \u00e9crits t\u00e9moignent tout \u00e0 la fois de son cosmopolitisme et de la formation artistique dont elle a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, \u00e0 l\u2019instar de sa s\u0153ur chanteuse d\u2019op\u00e9ra.<br \/>\nSelon les souvenirs rapport\u00e9s par sa petite-fille, Linde Rachel, Helene F\u00fcrnkranz s\u2019unit \u00e0 son cousin germain Wilhelm dans le sud du Tyrol au tournant du si\u00e8cle. Elle part ensuite s\u2019installer \u00e0 Bois-Colombes en 1907, avec son \u00e9poux, son fils Wilson n\u00e9 hors-mariage \u00e0 Trieste en 1897, et Ir\u00e8ne, leur fille, n\u00e9e \u00e0 Merano dans le Haut-Trentin en 1904, Wilhelm F\u00fcrnkranz ayant quitt\u00e9 l\u2019arm\u00e9e austro-hongroise pour embrasser une carri\u00e8re d\u2019ing\u00e9nieur chez Westinghouse (soci\u00e9t\u00e9 internationale dont le si\u00e8ge se situe en banlieue parisienne). Une deuxi\u00e8me fille, \u00c8ve, na\u00eet \u00e0 Bois-Colombes en 1907, une troisi\u00e8me, Mireille, \u00e0 Aarau en Suisse en 1908. Charg\u00e9 de la planification pour les usines du groupe, leur p\u00e8re sillonne l\u2019Europe, ses absences sont fr\u00e9quentes. Helene F\u00fcrnkranz assume la direction du m\u00e9nage avec l\u2019aide de son propre p\u00e8re veuf qui l\u2019a suivie en France, celle d\u2019une bonne originaire du Tyrol et celle d\u2019une nourrice bretonne.<br \/>\nLes renseignements les plus pr\u00e9cis \u2013 factuels \u2013, dont on dispose au sujet de l\u2019auteure, sa vie et son environnement, sont relatifs \u00e0 la p\u00e9riode o\u00f9 elle est emprisonn\u00e9e \u00e0 Garaison, pour laquelle il est possible de croiser les documents conserv\u00e9s aux Archives d\u00e9partementales des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es (dossier 9_R_88) et les notes de son journal, In franz\u00f6sischer Kriegsgefangenschaft. Momentaufnahmen aus dem Leben einer Austro-Boche-Familie in Paris, Flers (Normandie), Garaison (Pyren\u00e4en) [Prisonni\u00e8re de guerre en France. Instantan\u00e9s de la vie d\u2019une famille austro-boche \u00e0 Paris, Flers (Normandie), Garaison (Pyr\u00e9n\u00e9es)]. Ce journal donne l\u2019image d\u2019une famille bien int\u00e9gr\u00e9e en France, au moment o\u00f9 \u00e9clate la guerre, ce qui ne la soustrait pas au destin partag\u00e9 par nombre de ressortissants des puissances ennemies : arr\u00eat\u00e9e, la famille est conduite au camp de Garaison en septembre 1914. \u00c2g\u00e9 de 72 ans, le p\u00e8re d\u2019Helene F\u00fcrnkranz est rapatri\u00e9 rapidement, le 3 novembre 1914. Helene F\u00fcrnkranz, qui aurait pu \u00eatre rapatri\u00e9e elle aussi avec ses filles, choisit de rester aupr\u00e8s de son mari et de son fils. Elle et ses filles seront rapatri\u00e9es dix mois apr\u00e8s leur arrestation, le 9 juin 1915. Son \u00e9poux et son fils, mobilisables, doivent demeurer \u00e0 Garaison, le p\u00e8re jusqu\u2019au 9 juin 1917 \u2013 pour le fils, la date exacte n\u2019est pas connue.<br \/>\n\u00c0 Aarau, apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, on suit encore quelque temps la trace d\u2019Helene F\u00fcrnkranz par le biais des requ\u00eates qu\u2019elle adresse \u00e0 la Croix Rouge, aux autorit\u00e9s suisses, fran\u00e7aises et autrichiennes. On a connaissance de d\u00e9marches qu\u2019elle entreprend \u00e0 Berne et \u00e0 Zurich pour diverses formalit\u00e9s, d\u2019une convocation au consulat d\u2019Allemagne de B\u00e2le sur ordre de Berlin, mais le restant de sa biographie demeure lacunaire. Elle pourvoit \u00e0 la subsistance de sa famille en donnant des cours de peinture et en jouant du piano, notamment lors de projections de films muets. On n\u2019en sait pas plus sur ses activit\u00e9s artistiques, et le recueil de contes irlandais qu\u2019\u00e9voque sa petite-fille s\u2019est perdu.<br \/>\nIntern\u00e9e au camp de Garaison dans les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, du 7 septembre 1914 au 9 juin 1915, Helene F\u00fcrnkranz est une figure exemplaire de ces \u00ab \u00e9critures du quotidien \u00bb qui sont, \u00e0 partir du XIXe si\u00e8cle, \u00ab bien souvent affaire de femmes \u00bb (I. Lacoue-Labarthe, S. Mouysset, <em>Clio. Femmes, Genre, Histoire<\/em>, n\u00b0 35, Toulouse, PUM, 2012). Or, la voix d\u2019Helene F\u00fcrnkranz est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019outre son journal relevant des \u00e9crits du for priv\u00e9, elle l\u00e8gue le texte d\u2019une op\u00e9rette publi\u00e9e \u00e0 Aarau en 1917 \u00e0 compte d\u2019auteur : Im Konzentrationslager \u2013 Operette in 3 Akten [Au camp de concentration \u2013 Op\u00e9rette en 3 actes]. Le titre renvoie \u00e0 la d\u00e9nomination officielle des camps d\u2019internement administratif durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale. M\u00eame si le terme de \u00ab concentration \u00bb doit y \u00eatre entendu au sens originel de regroupement, sans rapport avec les projets d\u2019extermination nazie, la r\u00e9alit\u00e9 que d\u00e9crit l\u2019op\u00e9rette est grave et d\u00e9ment l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agirait d\u2019un genre exclusivement l\u00e9ger. Sous couvert de fiction et de divertissement, Helene F\u00fcrnkranz s\u2019y autorise une critique plus acerbe que dans son journal. La raison en est sans doute qu\u2019elle fait para\u00eetre son texte depuis la Suisse \u00e0 une date o\u00f9 son mari, et probablement son fils aussi, viennent de la rejoindre : l\u2019auteure n\u2019a plus \u00e0 craindre de repr\u00e9sailles contre eux ; en rend compte sa libert\u00e9 de pens\u00e9e, de ton et d\u2019action qui ne faisait qu\u2019affleurer dans les images, prises sur le vif, de 1915.<br \/>\nIl nous manque malheureusement la partition pour appr\u00e9hender plus finement la filiation dans laquelle Helene F\u00fcrnkranz a plac\u00e9 son \u0153uvre, mais la lecture du livret fournit des \u00e9l\u00e9ments significatifs. Le principal tient \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 assum\u00e9e du genre dont la fonction premi\u00e8re demeure le divertissement. Si le cadre de l\u2019action est grave (d\u00e9but de la guerre et internement des civils austro-allemands, \u00e9vocation r\u00e9aliste des conditions de cet internement, rappelant celle qu\u2019on trouve dans le journal de l\u2019auteure), la pi\u00e8ce est \u00e9minemment comique et l\u2019argument fait la part belle aux intrigues amoureuses, juxtaposant \u00e0 l\u2019histoire des deux protagonistes Heidi et Victor, celle de l\u2019idylle entre le jeune Rolf et la pimpante Parisienne Lolotte, ainsi que les assauts s\u00e9ducteurs du commandant en charge du camp, tour \u00e0 tour \u00e0 l\u2019encontre de Lolotte et de Heidi.<br \/>\nLe jeu avec les \u00e9l\u00e9ments du Zauberst\u00fcck, pi\u00e8ce constell\u00e9e de merveilleux dont le chef d\u2019\u0153uvre de Mozart et Schikaneder, <em>La Fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em>, demeure la quintessence, laisse affleurer la dimension satirique, voire politique du texte d\u2019Helene F\u00fcrnkranz. Bien plus que le journal de captivit\u00e9, l\u2019op\u00e9rette permet de d\u00e9cocher quelques fl\u00e8ches qui sont autant d\u2019expressions d\u2019un patriotisme revendiqu\u00e9 comme boche. La beaut\u00e9 des Boches est ainsi lou\u00e9e (II, 7), de m\u00eame que la vertu du combat patriotique (III, 1) ; l\u2019ennemi fran\u00e7ais est caricatur\u00e9 en la personne du commandant s\u00e9ducteur qui abuse de son pouvoir et qui est l\u00e2che : de mani\u00e8re symbolique, il fait r\u00e9guli\u00e8rement son entr\u00e9e sur sc\u00e8ne \u00ab par l\u2019arri\u00e8re \u00bb (II, 7 et II, 9), etc.<br \/>\nTout en misant sur le divertissement et une grande l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, l\u2019op\u00e9rette d\u2019H\u00e9l\u00e8ne F\u00fcrnkranz n\u2019occulte nullement les probl\u00e9matiques s\u00e9rieuses, que l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une guerre longue de trois ans au moment o\u00f9 le texte est publi\u00e9, ne permet plus de taire. Et ce n\u2019est sans doute pas un hasard si l\u2019auteure, en d\u00e9pit de son parti pris f\u00e9ministe, laisse le dernier mot de la pi\u00e8ce au jeune Rolf qui exprime son d\u00e9sespoir : \u00ab Si jeune \u2015 amoureux \u2015 et intern\u00e9 ! \u00bb.<\/p>\n<p>Hilda Inderwildi, H\u00e9l\u00e8ne Leclerc<br \/>\n(Tir\u00e9 de \u00ab La Vie parisienne \u00e0 Garaison \u00bb, avant-propos, dans Helene F\u00fcrnkranz, <em>Une op\u00e9rette \u00e0 Garaison 1917<\/em>, texte traduit et pr\u00e9sent\u00e9 par H. Inderwildi &amp; H. Leclerc, Toulouse, Le P\u00e9r\u00e9grinateur \u00e9diteur, 2019)<\/p>\n<p>Finale<br \/>\nHeidi : \t\tLibert\u00e9, libert\u00e9 dor\u00e9e !<br \/>\nLibert\u00e9, sois salu\u00e9e !<br \/>\nSeul qui te perdit<br \/>\nSait quel est ton prix.<br \/>\nLibert\u00e9, libert\u00e9 dor\u00e9e !<br \/>\nDe tous mes v\u0153ux, je t\u2019ai appel\u00e9e<br \/>\nQuiconque a perdu son c\u0153ur pourtant,<br \/>\nPlus jamais ne sera libre vraiment.<br \/>\nLe commandant : \tLibert\u00e9, libert\u00e9 dor\u00e9e !<br \/>\nPuiss\u00e9-je de nouveau \u00eatre libre !<br \/>\nLibre d\u2019agir, libre d\u2019aimer !<br \/>\nLibre comme l\u2019oiseau de mai !<br \/>\nLolotte : \t\tLibert\u00e9, libert\u00e9 dor\u00e9e !<br \/>\nSi la mienne pouvait se terminer.<br \/>\nD\u2019\u00eatre encha\u00een\u00e9e je me languis<br \/>\nJe ne r\u00eave que d\u2019un mari.<br \/>\nRolf : \t\t\tLibert\u00e9, libert\u00e9 dor\u00e9e !<br \/>\nMoi, tu m\u2019as oubli\u00e9.<br \/>\nPourtant, moi seul connais ta port\u00e9e,<br \/>\nSi jeune \u2015 amoureux \u2015 et intern\u00e9 !<\/p>\n<p>Le rideau tombe.<br \/>\nFIN<\/p>\n<p>(Helene F\u00fcrnkranz, <em>Une op\u00e9rette \u00e0 Garaison 1917<\/em>, Toulouse, Le P\u00e9r\u00e9grinateur \u00e9diteur, 2019, p. 63-64)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9e \u00e0 Vienne en 1868 et morte en 1936 \u00e0 Mutters, non loin d\u2019Innsbruck, Helene F\u00fcrnkranz est une Austro-Irlandaise ais\u00e9e et instruite, \u00e0 qui la France tient lieu de patrie d\u2019\u00e9lection. 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