{"id":3199,"date":"2019-12-31T10:20:21","date_gmt":"2019-12-31T09:20:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3199"},"modified":"2021-07-13T15:08:59","modified_gmt":"2021-07-13T14:08:59","slug":"laffray-jean-1897","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2019\/12\/31\/laffray-jean-1897\/","title":{"rendered":"Laffray, Jean (1897- ?)"},"content":{"rendered":"<p>1.\tLe t\u00e9moin<br \/>\nJean Laffray, n\u00e9 \u00e0 Beaugency (Loiret) en 1897, se pr\u00e9sente comme publiciste au moment de son engagement volontaire en 1916. Artilleur au 82e RA en janvier 1916, il sert ensuite au 282e RAL \u00e0 Verdun. Apr\u00e8s avoir obtenu son transfert comme \u00e9l\u00e8ve pilote \u00e0 Chartres en ao\u00fbt 1917, il se forme \u00e0 la chasse \u00e0 Pau puis int\u00e8gre la Spa 103, une des 4 escadrilles du groupe de chasse Les Cigognes, en d\u00e9cembre 1917. Mar\u00e9chal des Logis en juillet 1918, il est d\u00e9mobilis\u00e9 en janvier 1919. Fondateur de la revue et des \u00e9ditions La Griffe, Jean Laffray m\u00e8ne une carri\u00e8re de journaliste dans l\u2019entre-deux guerres. En 1941 et 1942, il est critique cin\u00e9matographique \u00e0 la publication collaborationniste \u00ab l\u2019\u0152uvre \u00bb. Apr\u00e8s-guerre, il \u00e9voque les r\u00e9unions festives (banquets de l\u2019A\u00e9ro-Club de France) qui r\u00e9unissent les anciens de toutes les escadrilles de chasse.<br \/>\n2. \tLe t\u00e9moignage<br \/>\n<em>Pilote de chasse aux Cigognes<\/em> (Fayard, 1968, 209 pages) est le r\u00e9cit de la guerre de Jean Laffray, centr\u00e9 sur son exp\u00e9rience dans l\u2019aviation \u00e0 partir de 1917, mais l\u2019ouvrage comprend aussi une longue introduction faite de diverses consid\u00e9rations sur l\u2019aviation fran\u00e7aise en 1940. L\u2019ouvrage est illustr\u00e9 de 8 pages de reproductions photographiques, avec en fin de volume des annexes de type documentaire.<br \/>\n3.\tAnalyse<br \/>\nCe t\u00e9moignage est inscrit dans son temps, la fin des ann\u00e9es soixante, et l\u2019auteur \u00e9crit probablement ce qu\u2019il croit que les amateurs d\u2019aviation ont envie de lire. Au lieu de se cantonner \u00e0 ce qu\u2019il a vu comme jeune pilote, il \u00e9voque beaucoup l\u2019aviation en g\u00e9n\u00e9ral, celle popularis\u00e9e par J. Mortane, avec des anecdotes sur J. V\u00e9drine, C. Guynemer R. Garros et surtout R. Fonck, avec qui il a vol\u00e9 en formation. Avoir appartenu aux Cigognes passe avant tout semble-t-il, mais le livre produit un t\u00e9moignage int\u00e9ressant quand l\u2019auteur s\u2019en tient \u00e0 sa propre exp\u00e9rience.<br \/>\nLes premiers chapitres racontent le cursus de s\u00e9lection et de formation des pilotes, ils insistent sur le danger de la formation pour la chasse, \u00e0 Pau. Ces p\u00e9rils sont illustr\u00e9s par  la premi\u00e8re semaine de stage, en g\u00e9n\u00e9ral occup\u00e9e par la corv\u00e9e d\u2019enterrement, il faut accompagner \u00e0 la gare de Pau la famille d\u2019un camarade disparu, et rendre un dernier hommage officiel \u00e0 sa d\u00e9pouille (p. 44). L\u2019auteur souligne que ces \u00e9motions leur \u00e9taient impos\u00e9es de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 par leurs chefs, pour \u00e9prouver leur moral. Du reste, le jour de sa \u00ab premi\u00e8re vrille en solo \u00bb, l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui le pr\u00e9c\u00e8de n\u2019arrive pas \u00e0 rattraper et se tue devant lui. Il indique aussi qu\u2019il \u00e9tait loisible \u00e0 tout moment de se \u00ab d\u00e9gonfler \u00bb et de demander \u00e0 passer dans une \u00e9cole de bombardement ou d\u2019observation, o\u00f9 l\u2019acrobatie n\u2019\u00e9tait pas exig\u00e9e.<br \/>\nLe chapitre \u00ab un geste chevaleresque \u00bb (p. 96) \u00e9voque un paquet lanc\u00e9 en 1918 par un Allemand au-dessus du terrain de la Spa 103, envoi qui contient les papiers personnels du sergent Baux, tomb\u00e9 la veille chez l\u2019ennemi. Dans ce paquet il y a son portefeuille, ses papiers, sa m\u00e9daille militaire, son insigne de pilote\u2026 Le pilote fran\u00e7ais Drouilh va alors \u00e0 son tour lancer une couronne sur la tombe de son camarade, rep\u00e9rable par un tumulus qu\u2019il peut apercevoir et viser car les ennemis au sol n\u2019ont pas tir\u00e9. L\u2019escadre de chasse allemande qui s\u2019honorait par ce geste avait pour commandant Hermann Goering. L\u2019anecdote laisse dubitatif, puisqu\u2019il est dit aussi que Goering \u00e9tait le successeur de von Richtofen, qui \u00ab venait d\u2019\u00eatre descendu par Fonck \u00bb, ce qui est faux. On a par ailleurs du mal \u00e0 imaginer, connaissant la soif de troph\u00e9es des aviateurs, un pilote prendre des risques de ce type en juin 1918, pour rendre une m\u00e9daille ou un insigne: peut-\u00eatre est-ce ce type d\u2019histoire que go\u00fbte particuli\u00e8rement le public.<br \/>\nPlus myst\u00e9rieux encore est le chapitre \u00ab Le grand Cirque \u00bb (p. 116), qui \u00e9voque une tr\u00eave dans le ciel au-dessus de Montdidier. La p\u00e9riode, non pr\u00e9cis\u00e9e, peut se situer de mars \u00e0 ao\u00fbt 1918, dans ce secteur tr\u00e8s disput\u00e9 du front occidental. A la fin d\u2019un jour \u00e9puisant de bataille, toutes les escadrilles des Cigognes (103, 3, 26, et 73) sont encore en vol. Montdidier en feu se consume, une longue colonne de fum\u00e9e monte au-dessus de la ville \u00ab droite, immense. \u00bb Quelques-uns des avions fran\u00e7ais se mettent alors \u00e0 tournoyer, en larges spirales, autour de ce gigantesque ob\u00e9lisque de fum\u00e9e, bient\u00f4t rejoints par tous les autres (p. 117) \u00abAiles dans ailes, inclin\u00e9s \u00e0 la verticale. Au passage des gestes amicaux s\u2019\u00e9changent entre les pilotes. C\u2019est un ballet de grand cirque. \u00bb Puis des avions allemands arrivent, des fokkers \u00e0 damiers, et les rangs s\u2019augmentent par l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019adversaire \u00ab qui veut entrer dans le cercle et prendre part \u00e0 ce divertissement pacifique et sportif. \u00bb L\u2019auteur d\u00e9crit l\u2019\u00e9volution c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te des Spads et des Fokkers, dans une m\u00eame sarabande \u00ab sans qu\u2019aucune mitrailleuse ne cr\u00e9pite\u00bb, puis chacun se s\u00e9pare et rentre de son c\u00f4t\u00e9, sans rompre la tr\u00eave. Quelques jours plus tard, sur le terrain d\u2019H\u00e9romesnil, un groupe de sous-officiers d\u2019un r\u00e9giment d\u2019infanterie voisin vient leur rendre visite, et ces fantassins t\u00e9moignent de leur saisissement : \u00abAu sol, tout s\u2019arr\u00eata subitement devant ce spectacle. Nous, nous n\u2019oublierons jamais. C\u2019\u00e9tait si beau dans les feux du couchant ! \u00bb L\u2019auteur conclut que ce soir-l\u00e0, un souffle de fraternit\u00e9 passa. L\u2019aspect \u00ab Conte moderne de la guerre \u00bb interroge, la prudence est ici requise, comme du reste dans un certain nombre de pages de ce r\u00e9cit, mais cet \u00e9pisode de tr\u00eave a\u00e9rienne spontan\u00e9e n\u2019est pas forc\u00e9ment imaginaire, esp\u00e9rons que la mise en lumi\u00e8re future d\u2019autres sources permettra de confirmer cet \u00e9pisode.<\/p>\n<p>Vincent Suard\t\tnovembre 2019<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Jean Laffray, n\u00e9 \u00e0 Beaugency (Loiret) en 1897, se pr\u00e9sente comme publiciste au moment de son engagement volontaire en 1916. Artilleur au 82e RA en janvier 1916, il sert ensuite au 282e RAL \u00e0 Verdun. 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