{"id":32,"date":"2008-02-09T19:11:35","date_gmt":"2008-02-09T18:11:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/09\/faure-elie-1873-1937\/"},"modified":"2021-09-09T17:01:51","modified_gmt":"2021-09-09T16:01:51","slug":"faure-elie-1873-1937","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/09\/faure-elie-1873-1937\/","title":{"rendered":"Faure, Elie (1873-1937)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nN\u00e9 le 4 avril 1873 dans une famille protestante de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), il \u00e9tait fils de Pierre Faure, clerc de notaire, et de Z\u00e9line Reclus, fille de pasteur dissident, et le neveu d\u2019Elis\u00e9e Reclus. Etudes au coll\u00e8ge de Sainte-Foy, puis au lyc\u00e9e Henri IV \u00e0 Paris. Devenu m\u00e9decin. Mari\u00e9, p\u00e8re de deux gar\u00e7ons, il a 41 ans en 1914. Il avait \u00e9crit une lettre de soutien \u00e0 Zola apr\u00e8s \u00ab J\u2019accuse \u00bb en 1898, il donna des cours d\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 populaire \u00ab La Fraternelle \u00bb en 1903. Dans l\u2019entre-deux-guerres, il adh\u00e9ra au Comit\u00e9 de Vigilance des Intellectuels antifascistes, et milita en faveur de l\u2019Espagne r\u00e9publicaine contre Franco. Il mourut le 29 octobre 1937. Il est surtout connu comme auteur d\u2019une <em>Histoire de l\u2019Art<\/em> en plusieurs volumes.<\/p>\n<p><strong><br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nElie Faure, <em>La Sainte Face<\/em>, \u00e9dition pr\u00e9fac\u00e9e par Carine Trevisan, Paris, Bartillat, 2005, 423 p. L\u2019initiative de Carine Trevisan rend facilement accessible un texte publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en 1918 et dont Jean Norton Cru avait fait la critique dans <em>T\u00e9moins<\/em>\u2026, p. 430-432. L\u2019\u00e9dition 2005 est compl\u00e9t\u00e9e par une s\u00e9rie de lettres d\u2019Elie Faure \u00e0 sa femme et \u00e0 des amis, par une biographie chronologique d\u00e9taill\u00e9e, et par un index des noms de personnes.Elie Faure affirmait ne pas \u00e9crire ses \u00ab souvenirs \u00bb sur la guerre, mais des \u00ab id\u00e9es suscit\u00e9es en [lui] par la guerre \u00bb. Les descriptions directes sont cependant bien repr\u00e9sent\u00e9es. La 1\u00e8re partie, \u00ab Pr\u00e8s du feu \u00bb, \u00e9crite entre mai et juillet 1916, rend compte de la p\u00e9riode d\u2019ao\u00fbt 14 \u00e0 ao\u00fbt 15 au cours de laquelle il est m\u00e9decin en arri\u00e8re des lignes. La 2e, \u00ab Loin du feu \u00bb, \u00e9voque sa convalescence, apr\u00e8s son \u00e9vacuation pour neurasth\u00e9nie, \u00e0 Paris et sur la C\u00f4te d\u2019Azur avec une visite \u00e0 C\u00e9zanne (p. 184-187). La 3e, \u00ab Sous le feu \u00bb, est r\u00e9dig\u00e9e dans la Somme entre ao\u00fbt et d\u00e9cembre 1916. Le titre g\u00e9n\u00e9ral, <em>La Sainte Face<\/em>, d\u00e9signerait \u00ab la face de la France \u00bb, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur lui-m\u00eame, ou encore \u00ab la face grave et triste \u00bb des combattants. Son go\u00fbt du paradoxe lui fit envisager de choisir La Sainte Farce, mais il y renon\u00e7a par \u00e9gard pour les souffrances produites par la guerre.<\/p>\n<p><strong> 3. Analyse<\/strong><br \/>\nDes pages d\u2019anthologie :<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage contient de nombreux passages qui sont des descriptions pr\u00e9cises de moments, de situations, qui pourraient faire partie d\u2019une anthologie de textes de t\u00e9moins de la Grande Guerre comme celles \u00e9tablies par Jean Norton Cru et par Andr\u00e9 Ducasse :<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019embarquement de bless\u00e9s en gare de Dammartin, d\u00e9but septembre 14 (p. 63) ;<\/p>\n<p>&#8211; le champ de bataille de la Marne apr\u00e8s le recul allemand (66, 68) ;<\/p>\n<p>&#8211; le tir du canon de 75 (94) ;<\/p>\n<p>&#8211; les tranch\u00e9es en d\u00e9cembre 1914 (114) ;<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019arri\u00e8re front, entre Paris et la Picardie (194), puis le front (195), le retour \u00e0 la nature et aux activit\u00e9s primitives (196), la cagna (197), l\u2019artillerie (200) ;<\/p>\n<p>&#8211; les pr\u00e9paratifs d\u2019attaque (208), la peur sous le bombardement (228) ;<\/p>\n<p>&#8211; un camp de prisonniers allemands (277).<\/p>\n<p>Des remarques judicieuses :<\/p>\n<p>Plus brefs, certains passages recoupent le t\u00e9moignage de bien d\u2019autres acteurs, avec une touche sp\u00e9cifique :- le besoin de se donner des illusions (38) ;- les d\u00e9placements sans conna\u00eetre la destination, les rumeurs (55) ;- les bless\u00e9s joyeux d\u2019avoir \u00e9chapp\u00e9 au carnage (62) ;- un bless\u00e9 fran\u00e7ais ne voulant pas se s\u00e9parer d\u2019un bless\u00e9 allemand (70) ;- le courage sous le regard de l\u2019autre (72) ;- le paysan qui maudit la guerre (125) ;- la t\u00e9nacit\u00e9 de ceux de l\u2019arri\u00e8re qui \u00ab ont fait le sacrifice de la vie de ceux de l\u2019avant \u00bb (141) ;- la guerre, un spectacle pour un Dieu qui y prend du plaisir (157) ;- une int\u00e9ressante d\u00e9finition du soi-disant patriote (158) : \u00ab personnage religieusement attach\u00e9 en temps de paix \u00e0 tromper l\u2019\u00e9tranger et en temps de guerre \u00e0 tromper le compatriote sur le compte de la patrie \u00bb ;- \u00ab la ronde \u00e9chevel\u00e9e des vaudevillistes et des acad\u00e9miciens proposant \u00e0 la client\u00e8le leur orthop\u00e9die patriotique et morale \u00bb (189) ;- la question \u00e0 poser \u00e0 Barbusse : \u00ab Veux-tu qu\u2019il n\u2019y ait pas eu la guerre, et n\u2019avoir pas \u00e9crit <em>Le Feu<\/em> ? \u00bb (190) ;- \u00ab les journalistes trouvent tr\u00e8s bon le moral des poilus, mais les poilus trouvent trop bon le moral des journalistes \u00bb (193) ;- lors d\u2019un bombardement par l\u2019artillerie fran\u00e7aise : que se passe-t-il l\u00e0 o\u00f9 tombe ce fer ? (201) ;- l\u2019all\u00e9gresse lorsqu\u2019on peut enlever le masque \u00e0 gaz (206) ;- la jubilation des prisonniers allemands, la camaraderie avec les poilus (210, 213) ;- \u00ab la solitude accro\u00eet l\u2019\u00e9pouvante car, \u00e0 plusieurs, on se pr\u00eate l\u2019appui mutuel du mensonge qu\u2019on fait aux autres pour se rassurer soi-m\u00eame (227) ;- le bourrage de cr\u00e2ne (242, 323) ;- la \u00ab zone b\u00e2tarde \u00bb entre l\u2019arri\u00e8re et l\u2019avant (271).<\/p>\n<p>La tendance au paradoxe :<\/p>\n<p>Romain Rolland avait not\u00e9 \u00e0 propos de <em>La Sainte Face<\/em> : \u00ab Tendance au paradoxe par orgueil de penser autrement que les autres \u00bb. Il est vrai que les pages et les paragraphes valoris\u00e9s ci-dessus sont \u00e0 cueillir au milieu d\u2019autres pages qui t\u00e9moignent plus sur la personnalit\u00e9 de l\u2019auteur que sur la guerre. N\u2019avait-il pas lui-m\u00eame \u00e9crit qu\u2019il cherchait \u00e0 ramasser dans son livre \u00ab la plus grande masse possible d\u2019enivrement intellectuel \u00bb ? On ne mentionnera pas tous les effets de style aga\u00e7ants ou p\u00e9nibles. Retenons cependant la d\u00e9dicace : \u00ab Aux soldats qui ont v\u00e9cu sous le fer, respir\u00e9 le feu, march\u00e9 dans le sang, dormi dans l\u2019eau, je donne ce livre cruel, pour qu\u2019ils le br\u00fblent. \u00bbPlusieurs de ces effets, si on les prenait au pied de la lettre, aboutiraient \u00e0 une sorte de justification de la guerre comme manifestation de vitalit\u00e9 des peuples jeunes. Ainsi les militaristes seraient plus r\u00e9volutionnaires que les socialistes ; les actes de vandalisme attireraient la sympathie (\u00ab Ils sont jeunes. Ils cassent leurs jouets \u00bb) ; les g\u00e9n\u00e9raux fran\u00e7ais auraient \u00e9conomis\u00e9 trop de vies humaines\u2026 On s\u2019en tiendra l\u00e0.<\/p>\n<p>St\u00e9r\u00e9otypes nationaux et r\u00e9gionaux :<\/p>\n<p>Il est \u00e9galement surprenant qu\u2019un homme d\u2019une telle stature intellectuelle en vienne \u00e0 des st\u00e9r\u00e9otypes infantiles : l\u2019Anglais sportif et flegmatique, l\u2019Allemand solide et m\u00e9canique, le Fran\u00e7ais nuanc\u00e9 et subtil (p. 252) ; la Gascogne sceptique et le Languedoc fanatique, le Dauphin\u00e9 recueilli, la gouailleuse Champagne (167). Et les constantes dans le temps : Paris est toujours identique depuis Lut\u00e8ce (135) ; \u00ab on retrouve le Gaulois de C\u00e9sar sous la capote du biffin \u00bb (276)\u2026 Le tout au premier degr\u00e9. De m\u00eame que l\u2019\u00e9vocation des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais (104) ou cette page \u00e0 glisser dans l\u2019anthologie des \u00ab bienfaits de la colonisation \u00bb (105-106) dont je n\u2019ose pas reproduire la conclusion. Plus utile est la description d\u2019un antim\u00e9ridionalisme tr\u00e8s fort en 1914 : \u00ab de gros infirmiers bien nourris lancent des brocards virulents aux petits montagnards [Ari\u00e9geois d\u2019un r\u00e9giment r\u00e9duit de moiti\u00e9 par les combats] qui sont rest\u00e9s toute une nuit sous le feu, \u00e0 la m\u00eame place, tandis qu\u2019eux-m\u00eames ronflaient dans leur paille fra\u00eeche, \u00e0 l\u2019abri. \u00bb (52)<\/p>\n<p>P\u00e8re et fils :<\/p>\n<p>Enfin, il faut remarquer chez cet homme, qui voit dans la guerre l\u2019expression de la vitalit\u00e9 d\u2019un peuple jeune, le souci d\u2019en pr\u00e9server son fils n\u00e9 en 1897. Il est \u00ab inutile \u00bb qu\u2019il s\u2019engage, \u00e9crit-il \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 sa femme. Si on ne peut l\u2019emp\u00eacher, qu\u2019il attende la fin de la campagne d\u2019hiver. Il faudrait trouver une situation \u00ab o\u00f9 il pourrait rendre le maximum de service avec le minimum de risques \u00bb, cavalerie, artillerie\u2026 Alors, Elie Faure \u00e9tait-il un \u00eatre humain, avec ses contradictions et ses faiblesses ? Sans doute. Et ce n\u2019est pas d\u00e9valorisant de le dire. Mais, alors, c\u2019est un peu fort d\u2019\u00e9crire : \u00ab La guerre est une admirable \u00e9cole d\u2019\u00e9nergie et de fatalisme et j\u2019esp\u00e8re que la France enti\u00e8re en profitera. Moi, je n\u2019en ai pas besoin. Je suis celui dont Dosto\u00efevski a dit : \u2018Il viendra un homme nouveau, heureux et fier. Celui \u00e0 qui il sera \u00e9gal de vivre ou de mourir, celui-l\u00e0 sera l\u2019homme nouveau.\u2019 \u00bb<\/p>\n<p><strong> 4. Autres informations<\/strong><br \/>\n&#8211; Notice dans Jean Norton Cru, <em>T\u00e9moins\u2026<\/em>, p. 430-432.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 4 avril 1873 dans une famille protestante de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), il \u00e9tait fils de Pierre Faure, clerc de notaire, et de Z\u00e9line Reclus, fille de pasteur dissident, et le neveu d\u2019Elis\u00e9e Reclus. Etudes au coll\u00e8ge de Sainte-Foy, puis au lyc\u00e9e Henri IV \u00e0 Paris. Devenu m\u00e9decin. 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