{"id":3239,"date":"2020-06-16T15:56:14","date_gmt":"2020-06-16T14:56:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3239"},"modified":"2021-07-13T15:05:10","modified_gmt":"2021-07-13T14:05:10","slug":"renaux-clemence-1902-1983","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/06\/16\/renaux-clemence-1902-1983\/","title":{"rendered":"Renaux, Cl\u00e9mence (1902-1983)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nCl\u00e9mence Renaux, dont les parents sont tisserands, a douze ans au d\u00e9but du conflit et habite au centre-bourg \u00e0 Leers, petite ville situ\u00e9e entre Roubaix et la fronti\u00e8re belge. Apr\u00e8s la guerre, elle travaille comme visiteuse de pi\u00e8ce dans l\u2019industrie textile. Mari\u00e9e en 1930, elle a un fils (Robert Anselmet),  qui deviendra conseiller municipal de Leers, et qui a transmis ces notes d\u2019occupation \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire locale.<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nLe texte est situ\u00e9 dans le tome III des carnets de Flore Bourgois (Association Leersoise d\u2019\u00c9tudes Historiques et Folkloriques, 1998, voir notice CRID), et occupe les pages 122 \u00e0 167. Des deux ou trois cahiers originaux, il n\u2019en subsiste qu\u2019un, du type petit cahier d\u2019\u00e9colier, et il contient le t\u00e9moignage d\u2019une enfant de douze \u00e0 quatorze ans (ao\u00fbt 1914 \u2013 janvier 1917), sur les \u00e9v\u00e9nements survenus \u00e0 Leers. Son fils a expliqu\u00e9 au transcripteur Beno\u00eet Delvinquier (1998) que l\u2019auteure avait r\u00e9dig\u00e9 sa chronique selon l\u2019id\u00e9e de sa m\u00e8re, qui l\u2019a encourag\u00e9e au jour le jour. Dans la pr\u00e9face, le transcripteur indique avoir retravaill\u00e9 le texte initial tr\u00e8s d\u00e9faillant (style t\u00e9l\u00e9graphique, orthographe et syntaxe souvent faibles, dyslexie l\u00e9g\u00e8re\u2026) et pris des initiatives (organisation chronologique, p. 122) : \u00ab Garder les constructions grammaticales telles qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites, e\u00fbt \u00e9t\u00e9, certes, plus authentique, mais d\u2019une lecture tr\u00e8s vite lassante, sinon aga\u00e7ante, ce qui aurait retir\u00e9 tout l\u2019int\u00e9r\u00eat de la retranscription. \u00bb<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nLes mentions sont en g\u00e9n\u00e9ral factuelles et courtes (deux \u00e0 cinq lignes), et elles semblent suscit\u00e9es par la presse, le communiqu\u00e9 ou les bruits qui circulent. La mention qui porte sur l\u2019\u00e9vacuation tardive des hommes mobilisables, le 9 octobre 1914, am\u00e8ne \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteure de la r\u00e9daction (p. 125) : \u00ab Ordre d\u2019\u00e9vacuation de tous les hommes de 18 \u00e0 50 ans. Ordre arriv\u00e9 \u00e0 2 heures. D\u00e9part \u00e0 6 heures du soir pour Gravelines. Passage interdit \u00e0 Lille. Bataille d\u2019Haubourdin. Retour d\u2019un grand nombre, mais quelques voisins ne sont pas revenus. La nuit, passage de cavaliers allemands qui ont demand\u00e9 la route \u00e0 plusieurs maisons. \u00bb Une tr\u00e8s jeune fille de douze ans peut-elle produire cette qualit\u00e9 de synth\u00e8se ? On a souvent l\u2019impression d\u2019un texte \u00e9crit sous la dict\u00e9e, probablement de la m\u00e8re. Il serait int\u00e9ressant \u00e0 cet \u00e9gard de voir ce qu\u2019\u00e9tait la totalit\u00e9 de la version originale avant retranscription (un exemple \u00e0 la page 157). La cr\u00e9dibilit\u00e9 du t\u00e9moignage est toutefois largement \u00e9tablie en croisant les informations avec celles des r\u00e9cits de Flore Bourgois et de l\u2019abb\u00e9 Monteuuis (\u00e9galement notice CRID).<br \/>\nOn trouve dans ce journal les canards habituels du d\u00e9but du conflit, et il est difficile d\u2019en d\u00e9terminer l\u2019origine, avec par exemple (octobre 1914, p. 127) \u00ab De retour d\u2019Estaimpuis, j\u2019ai vu les Alboches qui gardaient les ponts et barri\u00e8res de la ligne de chemin de fer. Il passa deux trains allemands blind\u00e9s, avec ravitaillement et munitions, et un charg\u00e9 de morts. \u00bb Dans ces mentions, tout n\u2019est pas faux, mais il faut retrouver ce qui est exact, ainsi le 23 octobre 1914, on annonce \u00ab la reprise de Metz par les Fran\u00e7ais. Quelques a\u00e9roplanes ont lanc\u00e9 des d\u00e9p\u00eaches \u00e0 N\u00e9chin et \u00e0 Roubaix. (\u2026). Voil\u00e0 aujourd\u2019hui 15 jours que les r\u00e9fugi\u00e9s sont partis. Beaucoup sont faits prisonniers de guerre \u00e0 Douai. Ils sont au nombre d\u2019environ 20 000. Hier jeudi, un Allemand s\u2019est suicid\u00e9 \u00e0 Roubaix, et un, \u00e0 Tournai. \u00bb Typique de ce m\u00e9lange est aussi (29 octobre 1914, p. 129) : \u00ab On annonce la reprise de Douai et Valenciennes par les Fran\u00e7ais.  Ce soir, deux Allemands sont all\u00e9s au salut [v\u00eapres] et ont bien \u00f4t\u00e9 leur k\u00e9pi.\u00bb  Le carnet est rythm\u00e9 par la mention des r\u00e9quisitions de b\u00e9tail, de bl\u00e9 et d\u2019outillages, ainsi celle des saisies dans les usines. Les probl\u00e8mes de p\u00e9nurie alimentaire ou de charbon occupent une grande place dans les notations. On trouve aussi des descriptions des affiches de l\u2019occupant, des mentions des difficult\u00e9s li\u00e9es aux syst\u00e8mes de laissez-passer, des cartes d\u2019identit\u00e9\u2026 La description du \u00ab fon\u00e7age\u00bb (contrebande \u00e0 la fronti\u00e8re) est aussi pr\u00e9sente.<br \/>\nPour ce t\u00e9moignage assez concis, on citera encore deux notations ; pour la premi\u00e8re, fr\u00e9quente dans les journaux civils d\u2019occupation, il s\u2019agit de soldats finissant une p\u00e9riode de repos et devant rejoindre le front (30 janvier 1915, p. 145) : \u00ab Les Allemands sont partis au feu ce matin. Certains pleuraient et refusaient de marcher. \u00bb Surtout devant des civils fran\u00e7ais, la mention de ces larmes allemandes est significative. Un autre extrait plus long se situe au moment de la variante leersoise de \u00ab l\u2019affaire des sacs \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire du refus des fabriques et des ouvriers de travailler pour l\u2019effort de guerre allemand. \u00c0 titre de sanction, les habitants sont consign\u00e9s chez eux au d\u00e9but de l\u2019\u00e9t\u00e9 1915, et la diariste d\u00e9crit la condamnation au couvre-feu \u00e0 7 h du soir (22 juin) \u00ab alors qu\u2019il fait jour encore 2 heures. La circulation est interdite et on ne peut m\u00eame pas \u00eatre \u00e0 sa porte ! Les Allemand font la patrouille et prennent ceux qu\u2019ils rencontrent et leur font un proc\u00e8s. Rien de si triste le soir : on dirait qu\u2019il y a des morts partout. Il n\u2019y a plus que les chiens et les oiseaux qui sont dehors. (p. 155) \u00bb. Elle \u00e9voque ensuite la d\u00e9faite finale des ouvriers fran\u00e7ais (23 juillet, p. 156) \u00ab Ils sont tous au Casino-Palace, au pain et \u00e0 l\u2019eau et couchent sur un tas de chiffons. Au bout de 3 jours de ce r\u00e9gime-l\u00e0, ils les ont fait signer de reprendre le travail ou ils allaient bombarder le village et mettraient le feu aux quatre coins. Quand ils eurent sign\u00e9, ils les ramen\u00e8rent, toujours escort\u00e9s par la troupe, jusque l\u2019usine, qui recommence \u00e0 tourner \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui. \u00bb<br \/>\nDonc un t\u00e9moignage moins riche que celui des deux t\u00e9moins leersois cit\u00e9s plus haut, mais un compl\u00e9ment qui, par le croisement des informations qu\u2019il rend possible, peut parfois avoir son utilit\u00e9.<\/p>\n<p>Vincent Suard\t\tjuin 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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