{"id":3251,"date":"2020-08-10T17:20:36","date_gmt":"2020-08-10T16:20:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3251"},"modified":"2021-07-13T15:03:49","modified_gmt":"2021-07-13T14:03:49","slug":"cabos-fris-1892-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/08\/10\/cabos-fris-1892-1963\/","title":{"rendered":"Cabos, Fris (1892-1963)"},"content":{"rendered":"<p>Le fonds \u00ab Fris Cabos \u00bb m\u2019a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 par son petit-fils Alain Cabos, le 10 mai 2020. Il comprenait une chemise verte contenant la transcription dactylographique de l\u2019historique du 59e RI (on ignore qui l\u2019a faite), un fascicule de mobilisation et le carnet personnel de Fris pendant la guerre de 14-18 ; et une bo\u00eete en carton contenant une importante masse de papiers, principalement des lettres.<br \/>\nFris Jean Charles Cabos est n\u00e9 \u00e0 Bassoues (Gers), le 4 novembre 1892 dans une famille de cultivateurs. Son p\u00e8re, Jean-Marie, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en d\u00e9cembre 1899, et c\u2019est sa m\u00e8re \u00ab Maria Rolland veuve Cabos \u00bb qui a dirig\u00e9 l\u2019exploitation, comme elle le fera encore pendant le service militaire de Fris et pendant la guerre de 1914 \u00e0 1919. La ferme de Pichet, \u00e0 Bassoues, appartenait \u00e0 la famille Rolland depuis au moins 1821.<br \/>\nUne pr\u00e9cision doit \u00eatre apport\u00e9e concernant le pr\u00e9nom de Fris. D\u2019apr\u00e8s la l\u00e9gende locale, Saint-Fris ou Frix, appel\u00e9 ainsi parce qu\u2019il \u00e9tait originaire de Frise, \u00e9tait un neveu de Charles Martel. Il aurait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 au cours d\u2019un combat contre les Sarrazins en 732 et en serait mort \u00e0 Bassoues au lieu dit depuis \u00ab Pont du Chr\u00e9tien \u00bb sur la Guiroue. On trouve plusieurs statues le repr\u00e9sentant \u00e0 Bassoues m\u00eame (au moins trois) et dans d\u2019autres communes du Gers. La bonne amie de Fris Cabos, qu\u2019il \u00e9pousera apr\u00e8s la guerre, le 29 janvier 1920, se pr\u00e9nommait Frisia ou Frixia.<br \/>\nLe carnet personnel<br \/>\nAu d\u00e9but du carnet personnel de Fris Cabos, au moins 24 pages ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es. Il n\u2019en reste que des fragments de mots en d\u00e9buts de lignes, ce qui donne l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un r\u00e9cit, peut-\u00eatre le r\u00e9cit des \u00e9pisodes de 1914. Pourquoi avoir arrach\u00e9 ces pages ? Parce qu\u2019elles rappelaient de tr\u00e8s mauvais souvenirs ? Nous n\u2019avons pas la r\u00e9ponse. On sait par d\u2019autres sources que le 59e a subi de lourdes pertes le 22 ao\u00fbt en Belgique. Le r\u00e9giment a particip\u00e9 \u00e0 la poursuite apr\u00e8s la bataille de la Marne. Sur une page du carnet de Fris, laconique : \u00ab Entre en 1\u00e8re ligne de feu au village des Hurlus le 15 septembre. En r\u00e9serve \u00e0 Somme-Suippes le 19. \u00bb<br \/>\nUn r\u00e9cit suivi commence dans le carnet le 16 f\u00e9vrier 1915 : grande attaque, secteur d\u2019Arras, et nouvelle attaque le 1er mars.<br \/>\nAux tranch\u00e9es le 9 mai au matin. Attaque du 88e et du 1er bataillon du 59. \u00ab Refus de marcher pendant deux jours, perte de 7 officiers dont le commandant, le colonel \u00bb. L\u2019historique du r\u00e9giment signale les \u00ab co\u00fbteuses et sanglantes journ\u00e9es \u00bb du 9 au 13 mai 1915. Il n\u2019est \u00e9videmment pas question de refus de marcher. Au contraire, dit le texte frauduleux, \u00ab le moral reste \u00e9lev\u00e9 et l\u2019\u00e9nergie des hommes digne de tout \u00e9loge \u00bb.<br \/>\nLe 19, au ch\u00e2teau de Blanzy : \u00ab Les Boches sont \u00e0 quelques m\u00e8tres \u00e0 peine, position tr\u00e8s tranquille avec tous les agr\u00e9ments possibles, on faisait du piano toute la journ\u00e9e. \u00bb<br \/>\nEn juin, secteur d\u2019Arras o\u00f9 Fris a plaisir \u00e0 causer du pays avec des camarades du Gers . Le 22 juin, il note : \u00ab Le 75 tape dans nos lignes, bless\u00e9s. \u00bb L\u2019historique du r\u00e9giment n\u2019en dit rien, \u00e9videmment.<br \/>\nLe 7 juillet 1915, nouvelle sensationnelle : nous aurons des permissions de 8 jours. Et le 9 :<br \/>\n\u00ab reste en premi\u00e8re ligne, le c\u0153ur joyeux par l\u2019attente du prochain d\u00e9part pour le cher foyer natal \u00bb. En effet, le 14 juillet, premiers d\u00e9parts de permissionnaires. Fris devra attendre.<br \/>\nC\u2019est le moment o\u00f9 il \u00e9voque \u00ab la preuve de la plus tendre amiti\u00e9 \u00bb d\u2019une petite amie qui est Frisia.<br \/>\nD\u00e9but septembre : pluie d\u2019obus et de marmites. Le 7, de 16 \u00e0 18 heures, position intenable. Le 11, il est all\u00e9 aider des paysans \u00e0 rentrer de l\u2019avoine. Le 16, \u00ab la nouvelle attaque qui fait grand bruit me laisse tr\u00e8s perplexe sur mes esp\u00e9rances futures \u00bb. Le 24, sur la place du th\u00e9\u00e2tre d\u2019Arras, 9 bless\u00e9s par une grenade qui est tomb\u00e9e des mains d\u2019un soldat.<br \/>\nL\u2019attaque du 25 septembre est arr\u00eat\u00e9e par un feu violent de mitrailleuses ; pertes surtout en grad\u00e9s, le lieutenant de Montp\u00e9roux, l\u2019agent de liaison Idrac.<br \/>\nLa boue, il faut deux jours pour s\u2019en nettoyer. La pluie. Le 8 novembre, journ\u00e9e sans ravitaillement. Le 5 d\u00e9cembre, apr\u00e8s le retour de permission : \u00ab il m\u2019\u00e9pouvante de revenir en premi\u00e8re ligne \u00bb. Du 10 au 14, quatre jours dans un trou avec de l\u2019eau jusqu\u2019au ventre.<br \/>\n30 mars 1916, journ\u00e9e agit\u00e9e, bombardement, abri d\u00e9fonc\u00e9 par un 150 au gaz. \u00ab Nous avons subi ces transes jusqu\u2019au soir o\u00f9 dans le calme de la nuit nous avons chass\u00e9 les \u00e9motions de la journ\u00e9e. \u00bb \u00ab Le 31, journ\u00e9e relativement calme envers celle d\u2019hier. Il fait un soleil splendide et nous n\u2019avons pas eu d\u2019obus qui soit tomb\u00e9 pr\u00e8s. \u00bb<br \/>\n3 avril : \u00ab Le bruit de la prochaine attaque n\u2019est pas de bon augure et je ne sais comment elle se d\u00e9roulera. \u00bb Apr\u00e8s-midi du 6 avril, un 105 \u00e9clate au-dessus du trou qu\u2019il occupe avec quelques autres. Le chef et un t\u00e9l\u00e9phoniste sont gri\u00e8vement bless\u00e9s. \u00ab J\u2019ai \u00e9t\u00e9 surpris pendant mon sommeil et ne sais par quel miracle j\u2019y ai \u00e9chapp\u00e9. \u00bb<br \/>\n7 avril : \u00ab Le soir il a fallu aller occuper la parall\u00e8le de d\u00e9part compl\u00e8tement boulevers\u00e9e par les obus, aussi il n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait app\u00e9tissant d\u2019y aller et cela nous inqui\u00e9tait fortement. \u00bb<br \/>\nLe 11, rel\u00e8ve du 83e dans le r\u00e9duit du bois d\u2019Avocourt. La pluie tombe toute la nuit. \u00ab Ici on serait loin de se douter qu\u2019on est \u00e0 quelques cent m\u00e8tres de l\u2019ennemi car tout est du plus grand calme et dans la journ\u00e9e du 12 il n\u2019est pas tomb\u00e9 un obus dans les environs de notre emplacement. \u00bb \u00ab C\u2019est dommage qu\u2019il pleuve tout le temps, sans cela on pourrait se promener dans le bois qui, entre parenth\u00e8ses, est compl\u00e8tement hach\u00e9. Il n\u2019y a pas un arbre qui n\u2019ait sa blessure, et puis c\u2019est fantastique de voir ce qu\u2019il y a de d\u00e9bris d\u2019\u00e9quipements et armes de toute sorte. \u00bb<br \/>\n23 avril, jour de P\u00e2ques, rel\u00e8ve aux tranch\u00e9es. \u00ab En arrivant \u00e0 la tranch\u00e9e, nous avons \u00e9t\u00e9 bien re\u00e7us par les obus dont un qui nous a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 quelques m\u00e8tres. \u00c0 cause de la boue il a fallu passer \u00e0 d\u00e9couvert, aussi on faisait la gymnastique \u00e0 travers les trous d\u2019obus qui ne se voyaient pas \u00e0 cause de l\u2019obscurit\u00e9. \u00bb Le 24, des pionniers viennent aider \u00e0 consolider les abris. Toutes les nuits sont tr\u00e8s actives, les Boches ne cessent de tirer. Le 26, une rafale de fusants sur la tranch\u00e9e blesse trois hommes. \u00ab Nous avons eu de la veine qu\u2019un de nos avions, survolant les lignes ennemies, les batteries ont fait silence. \u00bb<br \/>\nAu repos du 1er au 5 mai, \u00ab un peu triste car nous ne trouvons rien \u00e0 acheter, aussi les jours paraissent interminables \u00bb. Le soir du 5, \u00ab un fort vent s\u2019\u00e9tant d\u00e9chain\u00e9, une partie de nos ballons captifs ont \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s \u00bb. Le 9 : \u00ab Le bruit se confirme pour l\u2019attaque, ce qui est loin d\u2019\u00e9gayer les esprits. \u00bb<br \/>\nLe r\u00e9cit suivi depuis f\u00e9vrier 1915 dans le carnet personnel s\u2019interrompt ici.<br \/>\nEn avril 1917, le r\u00e9giment se trouve \u00e0 l\u2019aile droite de l\u2019offensive Nivelle, au Mont Blond. Fris est cit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre de la brigade, le 5 mai 1917 : \u00ab A ravitaill\u00e9 en munitions les sections de la compagnie sous un feu violent de l\u2019ennemi au cours de la contre-attaque du 19 avril et contribu\u00e9 pour une large part \u00e0 enrayer la progression ennemie. \u00bb (D\u2019apr\u00e8s sa fiche matricule aux Archives d\u00e9partementales du Gers.)<br \/>\nVers la fin de la guerre, Fris Cabos \u00e9tait l\u2019ordonnance du capitaine Soulet. Apr\u00e8s l\u2019armistice, le r\u00e9giment  a stationn\u00e9 quelque temps pr\u00e8s de Paris.<br \/>\nLa correspondance<br \/>\nEn tout 329 lettres dont 47 de 1913 \u00e0 ao\u00fbt 14, lorsque Fris faisait le service militaire \u00e0 Pamiers au 59e RI. Lacune d\u2019ao\u00fbt 14 \u00e0 mars 16. Dans la partie 1916-1919, on compte 149 lettres de sa fianc\u00e9e, 35 de sa m\u00e8re, 24 de sa tante Caroline, 49 d\u2019autres soldats, 13 diverses et seulement 9 adress\u00e9es par Fris \u00e0 sa m\u00e8re et aucune \u00e0 Frisia, alors que les deux femmes \u00e9voquent le courrier re\u00e7u de leur soldat. Cette situation n\u2019est pas habituelle. La plupart du temps, les familles ont facilement gard\u00e9 les lettres venues du front dans le tiroir de quelque armoire, alors que le combattant qui devait les transporter dans son sac a souvent d\u00e9truit apr\u00e8s lecture celles qu\u2019il recevait. Ici c\u2019est exactement le contraire. Pourquoi les lettres de Fris auraient-elles \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites ? Qui les aurait d\u00e9truites ? D\u2019apr\u00e8s les r\u00e9ponses de Frisia, Fris lui envoyait aussi des cartes postales. O\u00f9 sont-elles pass\u00e9es ? Ces disparitions sont peut-\u00eatre \u00e0 mettre en rapport avec la destruction des premi\u00e8res pages du carnet personnel, mais rien n\u2019est s\u00fbr.<br \/>\nC\u2019est en creux, dans les lettres re\u00e7ues par Fris, que l\u2019on peut d\u00e9couvrir quelques-uns de ses sentiments. Pendant la p\u00e9riode du service militaire effectu\u00e9 \u00e0 Pamiers, il souhaitait se rapprocher de chez lui et se faire pistonner. Pendant la guerre, il a d\u00fb signaler \u00e0 Frisia sa lassitude, puis une \u00ab crise de tristesse \u00bb ; il a d\u00e9crit les conditions de vie difficile. Mais on n\u2019a pas de trace de r\u00e9volte ou d\u2019horreur : il n\u2019a pas voulu dire toute la v\u00e9rit\u00e9. \u00c0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1918, il a compris que la guerre allait se terminer et il a donn\u00e9 des nouvelles optimistes. Sa tante Caroline lui \u00e9crit, le 1er mai 1919 : \u00ab Je vois que tu en as assez de la vie militaire. \u00bb Mais c\u2019est surtout dans les 14 lettres de son cousin Victor Cabos, lui aussi combattant (voir ce nom), que l\u2019on comprend que Fris a pu exprimer des critiques des chefs et de la censure, des sentiments pacifistes.<br \/>\nFris Cabos a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mobilis\u00e9 le 24 juillet 1919. Il \u00e9tait sous les drapeaux depuis le 9 octobre 1913. Il a \u00e9pous\u00e9 Frisia le 29 janvier 1920. Le couple a eu deux fils et une fille. Fris a \u00e9t\u00e9 maire de la commune de Bassoues de 1925 \u00e0 1929 et de 1935 \u00e0 1944.<br \/>\nLe fonds Cabos sera d\u00e9pos\u00e9 aux Archives d\u00e9partementales du Gers.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, ao\u00fbt 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fonds \u00ab Fris Cabos \u00bb m\u2019a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 par son petit-fils Alain Cabos, le 10 mai 2020. 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