{"id":3254,"date":"2020-08-10T17:30:13","date_gmt":"2020-08-10T16:30:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3254"},"modified":"2021-07-13T15:03:30","modified_gmt":"2021-07-13T14:03:30","slug":"cabos-victor-1873-1946","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/08\/10\/cabos-victor-1873-1946\/","title":{"rendered":"Cabos, Victor (1873-1946)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Bassoues (Gers) le 2 novembre 1873, fils de Jean-Jacques, cultivateur. Cultivateur lui-m\u00eame. Sa campagne contre l\u2019Allemagne va du 14 ao\u00fbt 1914 au 9 janvier 1919, d\u2019abord au 88e RI. Il passe au 90e Territorial en octobre 1917. On a de lui 14 lettres adress\u00e9es \u00e0 son cousin Fris Cabos (voir ce nom) entre le 26 juillet 1917 et le 18 janvier 1919.<br \/>\n&#8211; Le 26 juillet1917, Victor se trouve \u00e0 15 km de Verdun. Son unit\u00e9 territoriale construit des routes pour l\u2019artillerie, \u00ab un travail de p\u00e9p\u00e8res bien supportable \u00bb. Il d\u00e9crit la campagne, bois, jardins, r\u00e9coltes : \u00ab Cela ne sent pas la mort et la d\u00e9vastation comme \u00e0 Verdun. \u00bb Il ajoute : \u00ab Je comprends tr\u00e8s bien, \u00e0 ce que tu me dis sur ta derni\u00e8re, que nos avis sur le m\u00e9tier militaire sont en parfait accord. C\u2019est toujours la m\u00eame caste, tant dans le m\u00e9tier civil que militaire, qui tient \u00e0 nous asservir sous son esprit de domination. Ce n\u2019est pas que nous ne gardions pas toujours un espoir d\u2019affranchissement, mais nos l\u00e9gions ouvri\u00e8res ou agricoles vivent tellement dans un cadre d\u2019ignorance et de confusion qu\u2019une revanche piquante ne sera jamais notre lot. Il y a chez nous trop de jalousie, trop de rivalit\u00e9 pour en arriver \u00e0 obtenir un r\u00e9sultat sinon complet au moins sensible. \u00bb<br \/>\n&#8211; La lettre du 7 septembre 1917 fait des allusions peu claires \u00e0 une autre de Fris Cabos qui pourrait avoir \u00e9t\u00e9 subversive puisque la seule mention explicite est : \u00ab Mais, comme tu dis, la mis\u00e9rable censure a tout engouffr\u00e9 dans son silence. \u00bb<br \/>\n&#8211; Le 12 octobre, la lettre au crayon est difficile \u00e0 lire : \u00ab Tu me dis que tu as retrouv\u00e9 ton cafard en arrivant [de permission]. Je puis t\u2019en dire de m\u00eame. Mais quoique je l\u2019aie retrouv\u00e9 je n\u2019en suis pas plus charg\u00e9 pour cela car je l\u2019ai \u00e9chang\u00e9 contre mon patriotisme. Tu ne me verras plus faire emplette de prisonniers comme \u00e0 [illisible]. J\u2019ai reconnu que c\u2019\u00e9tait brutal de [illisible] de force celui qui ne m\u2019a rien fait. Qu\u2019en dis-tu ? Je suis tout heureux de te dire que toi, le premier, tu marchais sur la bonne route. Ton humeur pacifique est aujourd\u2019hui de mon go\u00fbt. Je te f\u00e9licite de ta sagesse. \u00bb Victor regrette le temps de sa permission et les chasses aux cailles, perdreaux et li\u00e8vres. \u00ab J\u2019ai failli tuer un gros sanglier qui venait \u00e0 mon ma\u00efs. Mais il m\u2019a flair\u00e9, l\u2019animal. \u00bb L\u2019hiver arrive ; la prochaine permission est lointaine. \u00ab En attendant, il faudra taper de la semelle et souffler sur les ongles. \u00bb<br \/>\n&#8211; Le 24 novembre, Victor dit avoir une planque et il ne s\u2019en plaint pas. Une permission viendra bient\u00f4t : \u00ab Cela sera encore mieux. Revenir encore une fois de plus mordre dans la cuisse d\u2019un perdreau ou tremper un bout de pain dans la sauce d\u2019un li\u00e8vre. \u00bb<br \/>\n&#8211; 8 janvier 1918, apr\u00e8s une permission : \u00ab Et me voil\u00e0 revenu \u00e0 mon ancienne vie d\u2019esclavage. \u00c0 quand la fin ? \u00bb<br \/>\n&#8211; 19 janvier, Victor \u00e9voque ses cheveux gris et son appartenance \u00e0 la Territoriale. Il lui rappelle sa lettre dans laquelle Fris \u00e9crit que \u00e7a ne peut plus durer : \u00ab Je vois bien un peu comme toi que tous les nerfs de la nation sont trop tendus pour qu\u2019ils ne puissent r\u00e9sister plus longtemps \u00e0 cette pression sans se rompre. L\u2019arri\u00e8re comme l\u2019avant se trouve au m\u00eame point sinon pire. Alors que peut-on en conclure ? La fin, comme tu dis. \u00c0 cet effet, je vois d\u00e9j\u00e0 la teinte rose de notre ancienne vie civile avec tous ses charmes. Plus de costume bleu horizon. Adieu les mitrailleuses et les crapouillots. Plus de sifflements lugubres. Plus d\u2019oiseaux de triste augure. Loin derri\u00e8re nous la guerre et tous les engins de mort ! Quel soupir de soulagement ! Oh ! que ce jour sera le bienvenu. Sans tenir compte de mes cheveux blanchis et de notre vie endommag\u00e9e, \u00e0 nous la libert\u00e9. Cela va venir\u2026 \u00c7a vient. \u00bb En attendant, \u00ab il y aura peut-\u00eatre encore un terrible coup de chien \u00bb. \u00ab Pour l\u2019instant, ta place n\u2019est pas des meilleures. Ah ! ce Mort-Homme. Je le vois encore de la c\u00f4te du Talon, de Champ-Neuville, de Samoigneux, de la cote 344. De tous les points j\u2019apercevais cette croupe comme un gibet entour\u00e9 d\u2019ossements, s\u2019appuyant de la gauche sur sa s\u0153ur ain\u00e9e, la cote 304. J\u2019en ai [un mot illisible] comme d\u2019une place criminelle que la mort a noircie et dont le souvenir te fait passer un frisson d\u2019effroi dans toutes les veines. Puisses-tu \u00e0 mes souhaits quitter ce secteur tout en esp\u00e9rant mieux. Moi je ne suis pas trop mal pour l\u2019instant. Quoique n\u2019\u00e9tant qu\u2019\u00e0 4 kilom\u00e8tres des Boches, en face Brimont, le secteur est assez tranquille. On n\u2019entend pas grand-chose comme canonnade. Contre avions seulement et c\u2019est presque tout. \u00bb<br \/>\n&#8211; 30 mars, Victor remercie Fris pour ses lettres qui lui remontent le moral.<br \/>\n&#8211; Le 28 juin 1918, Victor raconte comment il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 lors de l\u2019attaque allemande du 28 mai entre Brimont et Reims. Attaque surprise, le capitaine \u00ab prend la tangente \u00bb. Les hommes de la compagnie sont tu\u00e9s ou prisonniers. Un formidable coup sur son sac. C\u2019est une balle qui l\u2019a travers\u00e9 et s\u2019est log\u00e9e dans son \u00e9paule. Il doit abandonner sac et musettes et se cacher dans un bois. Il saute sur un caisson d\u2019artillerie en retraite et arrive \u00e0 un poste de secours o\u00f9 on lui fait un premier pansement. Puis sur un chariot jusqu\u2019\u00e0 Epernay, puis \u00e0 Troyes et enfin exp\u00e9di\u00e9 vers le Midi, \u00e0 B\u00e9ziers o\u00f9 \u00ab le secteur est plus tranquille \u00bb. Il faut se serrer la ceinture mais il y a du pinard \u00e0 volont\u00e9. Apr\u00e8s la convalescence, il faudra remonter. \u00ab Toutefois, en raison de la gravit\u00e9 de la blessure, je vais faire une demande pour changer d\u2019arme. Je ne sais pas si je r\u00e9ussirai. J\u2019en ai assez de l\u2019As de Carreau. \u00bb<br \/>\n&#8211; Le 27 juillet, Victor se demande s\u2019il a fait le bon choix. Il aurait pu se laisser capturer et diriger sur Berlin. \u00ab C\u2019eut \u00e9t\u00e9 la fin de la guerre pour moi tandis que dans quelques jours me voil\u00e0 pr\u00eat \u00e0 recommencer. \u00bb Mais le risque \u00e9tait de \u00ab faire ceinture \u00bb. En permission, il travaille aux foins et \u00e0 la moisson et fait la chasse aux lapins.<br \/>\n&#8211; 13 septembre, Victor a le cafard : \u00ab Les jours passent, les jours sombres se succ\u00e8dent, les ann\u00e9es viennent s\u2019enchev\u00eatrer les unes sur les autres. Les cheveux blanchissent et on est toujours l\u00e0. Quelle calamit\u00e9 tout de m\u00eame de voir durer cette guerre de la sorte sans que rien n\u2019en fasse pr\u00e9voir la fin. Triste vie tout de m\u00eame \u00e0 laquelle on ne peut rien changer. \u00bb<br \/>\n&#8211; 24 septembre : \u00ab Je crois qu\u2019on la tient, comme tu dis, ton avis est le mien. \u00bb Il souhaite avoir une permission en m\u00eame temps que Fris pour des parties de chasse.<br \/>\n&#8211; 18 janvier 1919 : \u00ab Enfin me voil\u00e0 rendu \u00e0 la vie civile\u2026 Libert\u00e9, libert\u00e9 ch\u00e9rie comme dit la romance. \u00c0 quel prix ne l\u2019avons-nous pas retrouv\u00e9e ! Je ris parfois comme un homme ivre en voyant derri\u00e8re moi l\u2019ab\u00eeme sans fond \u00e0 moiti\u00e9 combl\u00e9 de cadavres et dont je ne suis sorti que par miracle ! Si je n\u2019\u00e9tais pas trop vieux pour oser croire au bonheur, quelle perspective m\u2019offrirait l\u2019avenir ! Mais d\u00e9j\u00e0 meurtri par les souffrances de cette longue guerre je ne puis plus compter couler des jours heureux ou bien ils seront plut\u00f4t rares. \u00bb Il constate que les prisonniers sont revenus : \u00ab Ils n\u2019y ont pas engraiss\u00e9. \u00bb<br \/>\nVictor Cabos est mort \u00e0 Auch le 11 mai 1946.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, ao\u00fbt 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Bassoues (Gers) le 2 novembre 1873, fils de Jean-Jacques, cultivateur. Cultivateur lui-m\u00eame. Sa campagne contre l\u2019Allemagne va du 14 ao\u00fbt 1914 au 9 janvier 1919, d\u2019abord au 88e RI. Il passe au 90e Territorial en octobre 1917. 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