{"id":3282,"date":"2020-09-27T13:06:46","date_gmt":"2020-09-27T12:06:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3282"},"modified":"2020-09-30T17:12:05","modified_gmt":"2020-09-30T16:12:05","slug":"herse-h-pendant-la-guerre-recits-d%e2%80%99un-grand-pere-a-ses-petits-enfants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/09\/27\/herse-h-pendant-la-guerre-recits-d%e2%80%99un-grand-pere-a-ses-petits-enfants\/","title":{"rendered":"Herse H. Pendant la guerre. R\u00e9cits d\u2019un Grand-P\u00e8re \u00e0 ses Petits-Enfants."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify\">1)\t<strong>Le t\u00e9moin.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Comme l\u2019indique le titre du t\u00e9moignage, il s\u2019agit d\u2019un \u00e9crit qui semble avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 partir des souvenirs d\u2019un t\u00e9moin, H. Herse, publi\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, ou par lui ou par sa famille. Il est adress\u00e9 \u00e0 ses petits-enfants qui sont \u00e0 l\u2019\u00e9vidence de jeunes enfants. L\u2019homme semble \u00e2g\u00e9 puisqu\u2019il n\u2019est pas mobilis\u00e9. Il est agriculteur et cultive de la vigne et du bl\u00e9, sans que nous puissions conna\u00eetre l\u2019\u00e9tendue de ses terres ni son degr\u00e9 de richesse. Il poss\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e9vidence une sensibilit\u00e9 de gauche et d\u00e9fend tout au long de son r\u00e9cit  des th\u00e8ses pacifistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">G\u00e9ographiquement, il habite un village du Soissonnais non localis\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment : il n\u2019est jamais question dans le t\u00e9moignage que d\u2019un \u00ab village \u00bb ou d\u2019un \u00ab patelin \u00bb pour mentionner cette localit\u00e9. Son \u00e9crit mentionne qu\u2019avant son \u00e9vacuation, il se rend r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Soissons en utilisant dans un premier temps le C.B.R. (chemin de fer de la banlieue de Reims) avant que ce dernier ne s\u2019arr\u00eate pour cause de guerre. Il s\u2019agit donc tr\u00e8s probablement d\u2019un village situ\u00e9 \u00e0 l\u2019est de Soissons, dans cette partie de la vall\u00e9e de l\u2019Aisne desservie par ce moyen de transport local. Cette localisation est \u00e9galement confirm\u00e9e par le premier point de ralliement mentionn\u00e9 lors de l\u2019\u00e9vacuation de la famille du t\u00e9moin, \u00e0 savoir  Nanteuil-La-Fosse, un village de l\u2019Aisne proche du Chemin des Dames. Le second volume du t\u00e9moignage d&rsquo;H. Herse (voir sa fiche sur ce site) donne \u00e0 la page 5 un passage avec suffisamment d&rsquo;indices pour penser qu&rsquo;il s&rsquo;agit de la commune de Cond\u00e9-sur-Aisne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">2)\t<strong>Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Herse H.,  <em>Pendant la guerre. R\u00e9cits d\u2019un Grand-P\u00e8re \u00e0 ses Petits-Enfants<\/em>, Soissons, Imprimerie A. Laguerre, 1932, 111 p.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Il semble que la narration du grand-p\u00e8re ait \u00e9t\u00e9 retranscrite, dans une premi\u00e8re partie intitul\u00e9e \u00ab Pendant la guerre \u00bb par le t\u00e9moin m\u00eame. Toutefois, elle n\u2019est pas sign\u00e9e comme les autres. Elle est en tout cas adress\u00e9e aux petits-enfants du t\u00e9moin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La seconde partie du t\u00e9moignage, curieusement intitul\u00e9e \u00ab Apr\u00e8s la guerre \u00bb alors qu\u2019elle ne mentionne que des faits se d\u00e9roulant durant le conflit (pp. 55-90), est sign\u00e9e des initiales H. H. On peut donc raisonnablement penser que cette partie a pu \u00eatre r\u00e9dig\u00e9e tout ou partie par le t\u00e9moin lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une troisi\u00e8me partie intitul\u00e9e \u00ab Encore quelques feuillets \u00bb (pp. 91-105) se termine par les initiales H. H.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage (pp. 107-111), H. Herse \u00e9crit et signe une postface intitul\u00e9e \u00ab Treize ans apr\u00e8s \u00bb dat\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment du 20 avril 1932.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Toutes ces parties respectent chacune un m\u00eame d\u00e9roulement chronologique, ajoutant des r\u00e9cits ou des d\u00e9tails qui se compl\u00e8tent les uns les autres, avec, de ce fait, des effets de redondance d\u2019une partie \u00e0 l\u2019autre. Toutes les parties s\u2019adressent \u00e0 \u00ab mes chers petits \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire aux petits-enfants du t\u00e9moin dont l\u2019\u00e2ge semble peu avanc\u00e9 au moment de la r\u00e9daction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce volume, probablement tir\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur, est suivi d\u2019un second portant, quant \u00e0 lui, sur l\u2018apr\u00e8s-guerre et localis\u00e9 dans ce m\u00eame \u00ab patelin \u00bb. Il fera \u00e9galement l\u2019objet d\u2019une analyse ult\u00e9rieure dans dictionnaire des t\u00e9moignages de ce site.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #808080\"><em>\u00ab Pendant la guerre \u00bb (pp. 3-54)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le r\u00e9cit des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9marre au 14 juillet 1914, avec une br\u00e8ve description de la f\u00eate nationale \u00e0 Soissons. Le 1er ao\u00fbt, alors qu\u2019il cultive son jardin, l\u2019homme entend \u00ab battre la g\u00e9n\u00e9rale et sonner le tocsin \u00bb. Effervescence dans le village et venue du d\u00e9put\u00e9 pour \u00ab nous entretenir de la guerre \u00bb.  Chacun sait que ce village va \u00eatre affect\u00e9 par le conflit. \u00ab On entendait le canon qui grondait \u00e0 la fronti\u00e8re du Nord. Bient\u00f4t apr\u00e8s, le bruit se r\u00e9pandit que l\u2019ennemi entrait dans le d\u00e9partement de l\u2019Aisne et bombardait Hirson. C\u2019est \u00e0 partir de ces jours-l\u00e0 que l\u2019on vit l\u2019\u00e9migration des riches \u00bb. Se rendant \u00e0 Soissons, notre t\u00e9moin constate une \u00ab panique \u00bb : d\u00e9but de l\u2019exode pour les plus ais\u00e9s et dissimulation des biens pour ceux qui restent sur place. La panique s\u2019amplifie : \u00ab On n\u2019\u00e9tait plus tranquille. On commen\u00e7ait \u00e0 aller et venir sans savoir au juste ce que l\u2019on faisait \u00bb. L\u2019espionnite s\u2019installe : un soldat anglais en fait les frais. Les rumeurs se r\u00e9pandent et les ponts de l\u2019Aisne sautent \u00e0 l\u2019approche de l\u2019ennemi. Le 2 septembre, la ville est occup\u00e9e par les Allemands qui y causent des d\u00e9g\u00e2ts et des exactions dont le village du t\u00e9moin est \u00e9galement victime. Ils ne font cependant que passer pour se rendre sur le champ de bataille de la Marne puis c\u2019est le reflux, provoquant des exactions et r\u00e9quisitions encore plus importantes. \u00ab Il n\u2019y a plus aucune autorit\u00e9 dans le pays \u00bb. Le cur\u00e9 est d\u00e9sign\u00e9 par les Allemands pour mener les r\u00e9quisitions. Les vivres commencent \u00e0 manquer : \u00ab C\u2019est la famine en perspective \u00bb. Des civils sont bless\u00e9s voire tu\u00e9s par les combats. Les Allemands menacent des otages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">A partir du 13 octobre, la population du village, proche des combats, est \u00e9vacu\u00e9e de force : \u00ab A la nuit tombante, une quinzaine d\u2019Allemands entrent partout pour avertir qu\u2019on ait \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager imm\u00e9diatement. Ce fut un instant de stupeur \u00bb. Les \u00e9vacu\u00e9s sont dirig\u00e9s vers Nanteuil-la-Fosse o\u00f9 ils sont provisoirement log\u00e9s puis dirig\u00e9s vers la gare de Pinon. Etape \u00e0 Chauny avec logement dans l\u2019\u00e9glise. Derni\u00e8re \u00e9tape \u00e0 La F\u00e8re puis dispersion des r\u00e9fugi\u00e9s dans les villages environnants o\u00f9 ils sont pris en charge de bonne gr\u00e2ce par la population locale. Apr\u00e8s janvier 1915, ils sont amen\u00e9s au Luxembourg et dirig\u00e9s vers l\u2019Allemagne. De l\u00e0, ils transitent par la Suisse o\u00f9 la population les accueille favorablement. Ils repassent la fronti\u00e8re fran\u00e7aise pour la Sa\u00f4ne-et-Loire. Nombreuses familles se sont dispers\u00e9es et se sont perdues dans ce long p\u00e9riple. La famille du t\u00e9moin se recompose en Normandie en mai. C\u2019est en y croisant des bless\u00e9s en convalescence qu\u2019elle d\u00e9couvre les horreurs de la guerre, d\u2019autres r\u00e9fugi\u00e9s soissonnais mais aussi les premi\u00e8res difficult\u00e9s pour s\u2019alimenter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #808080\"><em>\u00ab Apr\u00e8s la guerre \u00bb (pp. 55-105)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour \u00e9viter les redondances inh\u00e9rentes au r\u00e9cit, nous ne ferons figurer dans la suite de cette analyse que les citations mentionnant des d\u00e9tails int\u00e9ressants, compl\u00e9tant et pr\u00e9cisant la narration faite ci-dessus. Ces citations sont dat\u00e9es par ann\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Oui, ils ont l\u2019air r\u00e9solu, nos soldats, mais la gravit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements n\u2019\u00e9chappe \u00e0 personne. Le peuple n\u2019aime pas la guerre qui fait tant de veuves et de petits orphelins.<br \/>\nC\u2019est pourquoi, \u00e0 vrai dire, il y avait beaucoup de r\u00e9signation. \u00bb (1914, p. 57)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Malgr\u00e9 l\u2019ordre qui veut y pr\u00e9sider, c\u2019est un trouble que le d\u00e9placement de tant d\u2019hommes et de tant de choses.<br \/>\nIci, chez nous, on avait pu y parer, et c\u2019\u00e9tait r\u00e9confortant de voir les bourgeois du pays donnant leur personnel aux cultivateurs pour les aider aux travaux de moisson. Mieux, deux artistes peintres habitant le pays se firent man\u0153uvres, sans crainte d\u2019ampoules. \u00bb (1914, pp. 57-58)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Le lendemain, j\u2019allais chez ma fille a\u00een\u00e9e. Aussit\u00f4t arriv\u00e9 et sans perdre un instant, nous cachions.<br \/>\nCacher, toujours cacher.<br \/>\nC\u2019est vrai que \u00e7a me connaissait ; n\u2019ai-je pas fait ce m\u00e9tier en 1870 ? \u00bb (1914, p. 61)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab D\u2019Allemands, il n\u2019y en avait pas encore ; mais \u00e0 cet instant, beaucoup de soldats fran\u00e7ais de toutes armes descendaient de la montagne. Quelques-uns pass\u00e8rent devant ma porte. J\u2019interrogeais un sergent du 67e de ligne qui avait casern\u00e9 ici : O\u00f9 allez-vous ? \u2013 Ah ! Nous n\u2019en savons rien, m\u2019a-t-il r\u00e9pondu, c\u2019est une d\u00e9bandade compl\u00e8te.<br \/>\nJe demeurais stup\u00e9fait de cette r\u00e9ponse, d\u2019autant plus qu\u2019un officier entendit cet aveu de d\u00e9sarroi sans sourciller.<br \/>\n&#8211; Oui, ajouta le sergent, tel que vous me voyez, de deux cents que nous \u00e9tions, je suis le seul survivant, et c\u2019est sous les cadavres de camarades que je me suis retrouv\u00e9. \u00bb (1914, p. 62)<br \/>\n\u00ab Les Allemands vont nous conduire dans les pays exclusivement occup\u00e9s par eux. C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019\u00e9vacuation.<br \/>\nPour nous, cet acte \u00e9tait un forfait et  nous maudissons cette fa\u00e7on avec laquelle l\u2019ennemi se d\u00e9barrassait des populations. Mais, \u00e0 quelque temps de l\u00e0, nous avons vu combien c\u2019\u00e9tait plus humain que ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 dans notre chef-lieu de canton. L\u00e0, pas d\u2019\u00e9vacuation ; la population terroris\u00e9e sous le bombardement de la ville. Des tu\u00e9s, des bless\u00e9s dans l\u2019horreur d\u2019une nuit. \u00bb (1914, pp. 72-73)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #808080\"><em>\u00ab Encore quelques feuillets \u00bb (pp. 91-105)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab L\u2019arrachement de milliers de familles de leurs foyers, c\u2019est ce qu\u2019on n\u2018avait pas encore vu depuis l\u2019Antiquit\u00e9 ; et pour vous d\u00e9peindre tous les \u00e9pisodes, il faudrait des volumes.<br \/>\nNe vous \u00e9tonnez donc pas, mes chers petits, si j\u2019ajoute toujours quelques pages \u00e0 ce r\u00e9cit.<br \/>\nVous verrez, il en restera \u00e0 raconter apr\u00e8s moi.<br \/>\nToutefois, il y a une chose qu\u2019on peut dire en peu de mots. C\u2019est que la guerre, cette rage des rages, para\u00eet \u00eatre une maladie incurable. Voil\u00e0 pourquoi on n\u2019en dira jamais assez de mal et qu\u2019on ne mettra jamais assez de barres dans les roues. \u00bb  (p. 91)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab 16 avril 1917, Berry-au-Bac, Craonne.<br \/>\nOn ne verra donc jamais la fin de ces combats, des carnages, des mille maux invent\u00e9s par les hommes. Rien ne s\u2019am\u00e9liorera donc ?<br \/>\nPeut-\u00eatre ! Pourquoi pas !<br \/>\nL\u2019Homme n\u2019est pas si m\u00e9chant.<br \/>\nMais alors pourquoi ces massacres qui nous submergent comme un oc\u00e9an ?<br \/>\nEst-ce un secret ?<br \/>\nNon.<br \/>\nSavoir \u00e0 qui profite, tout est l\u00e0.<br \/>\nCe n\u2019est pas vous, mes enfants, qui trouverez, vous \u00eates trop jeunes. D\u2019autres savent\u2026 mais n\u2019accusons pas l\u2019Homme, il est innocent ; bien plus, il est l\u2019inconsciente victime\u2026 celle qu\u2019on sacrifie tous les jours\u2026<br \/>\nN\u2019oublions pas, n\u2019oublions rien. \u00bb (1917, p. 92)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Oui, qui jamais pourra d\u00e9peindre aussi path\u00e9tiquement qu\u2019il convient et aussi splendidement qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 grandes, les tortures inou\u00efes de ces millions de combattants aux cents origines diverses ensevelis dans leur inutile et sanglant sacrifice. Un Barbusse ? C\u2019est possible.<br \/>\nRetenez ce nom, mes petits. \u00bb (1917, pp. 93-94)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab 1914, 1915, 1916 sont \u00e9coul\u00e9s et 1917 est sur son d\u00e9clin.<br \/>\nOh ! Comme c\u2019est long, comme c\u2019est long !<br \/>\nAussi notre situation de r\u00e9fugi\u00e9s, jointe quelque fois \u00e0 notre oisivet\u00e9 forc\u00e9e, sont des \u00e9l\u00e9ments qui aggravent  l\u2019immanquable nostalgie.<br \/>\nComme palliatif, je vais travailler chez des voisins. Je taille des arbustes, je b\u00eache, j\u2019ensemence. Tout cela ne remplit pas les heures comme quand je travaillais \u00e0 ma vigne. \u00bb (1917, p. 94)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Aussi le r\u00e9tablissement de la paix devient le v\u0153u de beaucoup de monde.<br \/>\nLes gouvernements semblent en \u00eatre un peu d\u00e9sempar\u00e9s. Auraient-ils peur que le mouvement ne les emporte. A leurs yeux, \u00eatre pour la paix, c\u2019est \u00eatre d\u00e9faitiste.<br \/>\nCroyez-vous ?<br \/>\nD\u00e9fense de parler, d\u00e9fense d\u2019\u00e9crire. Cependant, est-ce si criminel ?<br \/>\nSans cesse dans mes r\u00e9cits, j\u2019essaie de faire ha\u00efr les haines qui sont l\u2019aliment des guerres, et je crois travailler au bonheur de tous ? \u00bb (1917, p. 96)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Mai-Juin 1917, comme l\u2019ennemi vient de reculer au-del\u00e0 du Chemin des Dames, beaucoup de nos compatriotes sont au \u00ab pays \u00bb. Non pour l\u2019habiter, il est devenu inhabitable, mais pour se rendre compte du d\u00e9sastre [\u2026] \u00bb (1917, pp. 97-98)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Les socialistes, les communistes, enfin tous ceux qui veulent vaincre le mal, n\u2019ont pas d\u2019autre r\u00e9putation [que d\u2019\u00eatre des utopistes]. C\u2019est les b\u00eates noires.<br \/>\n[\u2026] D\u2019ailleurs, la situation mondiale actuelle en a besoin de ces intr\u00e9pides pionniers, titans de la pens\u00e9e.<br \/>\nEt voyez-vous quel essai fait, para\u00eet-il, L\u00e9nine en ce moment, si ce n\u2019est qu\u2019il va changer cent millions de va-nu-pieds en hommes dignes de ce nom. \u00bb (1918, pp. 102-103)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><span style=\"color: #808080\">\u00ab Treize ans apr\u00e8s \u00bb (pp. 107-111)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab On avait fait de si beaux r\u00eaves !<br \/>\nLe Monde allait se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer, et des guerres, c\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re.<br \/>\nH\u00e9las ! que voyons-nous. Partout le d\u00e9saccord, le d\u00e9sordre, les crimes\u2026 on fait fausse route. \u00bb (1932, p. 107)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab Rajuster les si\u00e8cles aux besoins nouveaux, tout est l\u00e0.<br \/>\nLa Russie le fait en ce moment.<br \/>\nC\u2019est dans cette voie que nous travaillons \u00e0 renouveler les consciences, de concert avec la Libre-Pens\u00e9e.<br \/>\nCette philosophie aidera \u00e0 mettre un frein aux injustices sociales, aux suggestions malsaines de batailles et de victoires qui font tant de mis\u00e8res et cr\u00e9ent tant de maux sans cesse accrus. \u00bb (1932, pp. 108-109)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab La mentalit\u00e9 neuve qu\u2019exigeait l\u2019apr\u00e8s-guerre, on ne l\u2019a pas voulu. Rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait de ce qui aurait d\u00fb \u00eatre fait. Et, maintenant, comme r\u00e9sultat, une Europe troubl\u00e9e, un Monde ruin\u00e9 et toujours bataillant. \u00bb (1932, p. 109)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab A Versailles, on a d\u00e9coup\u00e9 en petits morceaux : empires et royaumes, n\u2019aurait-il pas \u00e9t\u00e9 plus sage, plus pratique de les unir et de tous, grands et petits, n\u2019en faire qu\u2019un seul ? \u00bb (1932, p. 109)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">3<strong>)\tAnalyse<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce t\u00e9moignage a-t-il \u00e9t\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s la guerre ? Il nous est impossible de r\u00e9pondre objectivement \u00e0 cette question. S\u2019appuie-t-il sur des notes prises durant le conflit ? L\u00e0 encore impossible de r\u00e9pondre \u00e0 cette interrogation. Du fait de sa date de publication tardive, le d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, on ne peut que demeurer dans le doute sur ces points pr\u00e9cis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Rien n\u2019indique objectivement non plus  dans le r\u00e9cit que ces souvenirs aient \u00e9t\u00e9 \u00e9crits \u00e0 partir d\u2019un document original, genre journal ou carnet de route. Sa valeur est donc potentiellement att\u00e9nu\u00e9e par le prisme du souvenir et de la m\u00e9moire. Il est \u00e9maill\u00e9 de r\u00e9flexions, de jugements moraux d\u2019un grand-p\u00e8re pacifiste, de sensibilit\u00e9 de gauche, parfois anticl\u00e9rical, qui entend transmettre \u00e0 sa descendance tous les le\u00e7ons apprises et v\u00e9cues sur les m\u00e9faits de la guerre. Propos sur lesquels nous ne nous sommes pas \u00e9tendus ici, hormis dans le choix de certains passages cit\u00e9s dans les trois derni\u00e8res parties dont nous avons rendu compte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce t\u00e9moignage nous renseigne cependant sur le v\u00e9cu et le ressenti de la guerre par des civils \u00e9vacu\u00e9s de la r\u00e9gion soissonnaise d\u00e8s les premiers combats de septembre 1914. Le deuxi\u00e8me volume de ce diptyque abordera la question du retour de ces agriculteurs r\u00e9fugi\u00e9s dans les r\u00e9gions d\u00e9vast\u00e9es du Soissonnais (voir sa notice \u00e0 venir).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">JFJ, septembre 2020<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin. Comme l\u2019indique le titre du t\u00e9moignage, il s\u2019agit d\u2019un \u00e9crit qui semble avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 partir des souvenirs d\u2019un t\u00e9moin, H. Herse, publi\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930, ou par lui ou par sa famille. Il est adress\u00e9 \u00e0 ses petits-enfants qui sont \u00e0 l\u2019\u00e9vidence de jeunes enfants. L\u2019homme semble \u00e2g\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/09\/27\/herse-h-pendant-la-guerre-recits-d%e2%80%99un-grand-pere-a-ses-petits-enfants\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Herse H. Pendant la guerre. R\u00e9cits d\u2019un Grand-P\u00e8re \u00e0 ses Petits-Enfants.<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":9,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[98,12,21],"tags":[1122,338,256],"class_list":["post-3282","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1931-1945","category-civil","category-souvenirs","tag-evacuation-civils","tag-occupation","tag-travaux-agricoles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3282","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/9"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3282"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3282\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3282"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3282"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3282"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}