{"id":3362,"date":"2020-12-28T14:51:45","date_gmt":"2020-12-28T13:51:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3362"},"modified":"2021-07-13T14:59:01","modified_gmt":"2021-07-13T13:59:01","slug":"duvau-andre-1886-apres-1969","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/12\/28\/duvau-andre-1886-apres-1969\/","title":{"rendered":"Duvau, Andr\u00e9 (1886-apr\u00e8s 1969)"},"content":{"rendered":"\n<p>1. Le t\u00e9moin<br>Andr\u00e9 Duvau, propri\u00e9taire, est originaire d\u2019Ingrandes, pr\u00e8s de Ch\u00e2tellerault (Vienne). Jug\u00e9 inapte au service arm\u00e9, il finit par \u00eatre accept\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente ans comme navigant-mitrailleur (avril 1917). Passant par l\u2019\u00e9cole de tir de Cazaux, puis par le centre d\u2019entra\u00eenement du Plessis-Belleville, il est affect\u00e9 comme mitrailleur \u00e0 Luxeuil \u00e0 la So. 29 (sur Sopwith de bombardement), mais l\u2019obsolescence de cet appareil rend l\u2019unit\u00e9 peu op\u00e9rationnelle ; ayant re\u00e7u en f\u00e9vrier 1918 ses Br\u00e9guet XIV, l\u2019unit\u00e9 renomm\u00e9e d\u00e9sormais Br. 29 va emmener A. Duvau sur une s\u00e9rie de terrains, en suivant les \u00e9volutions du front au printemps et \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1918. Pass\u00e9 sergent en juin 1918, il est d\u00e9mobilis\u00e9 en mars 1919 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 cr\u00e9dit\u00e9 d\u2019une victoire a\u00e9rienne.<br>2. Le t\u00e9moignage<br>\u00ab Br. 29 \u00bb, Souvenirs d\u2019escadrille d\u2019Andr\u00e9 Duvau, Sergent mitrailleur, a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9  \u00e0 Vincennes par le Service Historique de l\u2019Arm\u00e9e de l\u2019air, dans une \u00e9dition \u00e9tablie par Pierre Debofle, archiviste-Pal\u00e9ographe (1976, avec carte, tableaux et photographies, 64 pages de texte). Le court document principal, les \u00ab M\u00e9moires de guerre \u00bb proprement-dites (38 pages), a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par l\u2019auteur en 1932 et vers\u00e9 au S.H.A.A. avec des lettres, tableaux et photographies en 1969. <br>3. Analyse<br>C\u2019est en 1932 qu\u2019Andr\u00e9 Duvau commence \u00e0 r\u00e9diger ses souvenirs d\u2019aviation, il signale vouloir fixer des traces par \u00e9crit, pour garder une m\u00e9moire qui commence alors \u00e0 s\u2019effacer, notamment pour les noms de ses camarades. Classe 1906, il est handicap\u00e9 (arthrose de la hanche) et r\u00e9form\u00e9 \u00e0 titre d\u00e9finitif. N\u2019acceptant pas cette humiliation, il obtient (1916) gr\u00e2ce \u00e0 une premi\u00e8re recommandation, la possibilit\u00e9 de monter en place arri\u00e8re dans une carlingue au Bourget, montrant ainsi qu\u2019il pouvait briguer l\u2019emploi de mitrailleur. L\u2019\u00e9tape de la visite m\u00e9dicale officielle est toutefois un \u00e9chec, le major de Dijon-Longvic refusant m\u00eame un examen complet, lui disant qu\u2019il risquait de se casser une jambe en avion (p. 6) : \u00ab Il me mit litt\u00e9ralement dehors, il \u00e9tait vrai que c\u2019\u00e9tait l\u2019heure de l\u2019ap\u00e9ritif et qu\u2019il paraissait avoir h\u00e2te de quitter le camp pour le caf\u00e9. \u00bb L\u2019auteur finit au d\u00e9but 1917 par obtenir gain de cause, gr\u00e2ce \u00e0 un ami de son p\u00e8re, qui connaissait bien le g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la t\u00eate des services a\u00e9ronautiques au minist\u00e8re. Outre l\u2019itin\u00e9raire de G. Guynemer, refus\u00e9 deux fois pour faiblesse de constitution, on pense surtout au fait qu\u2019\u00e0 partir de 1917, on voit de plus en plus de navigants bless\u00e9s et diminu\u00e9s continuer \u00e0 voler. On a besoin de ces personnels entra\u00een\u00e9s, alors qu\u2019ils auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9form\u00e9s dans d\u2019autres circonstances: le cas de R. Nungesser, plusieurs fois bless\u00e9, et port\u00e9 dans son avion par ses m\u00e9canos, reste le plus connu. L\u2019ensemble du t\u00e9moignage donne un bon aper\u00e7u de l\u2019itin\u00e9raire original de l\u2019auteur; \u00e0 32 ans en 1918, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un a\u00een\u00e9 pour ses camarades et le capitaine de V\u00e9zeau de Lavergne l\u2019appelle le \u00ab P\u00e8re Duvau \u00bb. Son r\u00e9cit, certes assez concis, comble un vide : si on dispose de r\u00e9cits de pilotes, et de quelques carnets d\u2019observateurs, ces derniers sont en g\u00e9n\u00e9ral des officiers, qui certes en cas d\u2019attaque manient la mitrailleuse, mais sont d\u2019abord des techniciens qualifi\u00e9s du r\u00e9glage d\u2019artillerie, A. Duvau n\u2019est lui que mitrailleur. L\u2019essentiel de l\u2019\u00e9vocation est centr\u00e9 sur l\u2019ann\u00e9e 1918, avec des Br\u00e9guet XIV, et des missions de bombardement toutes d\u00e9taill\u00e9es en annexe (47 bombardements avec 10 pilotes diff\u00e9rents), et il faut souligner la qualit\u00e9 scientifique de l\u2019\u00e9dition, li\u00e9e au travail d\u2019un archiviste du S. H. A. A., alors nouvellement dipl\u00f4m\u00e9 et effectuant son service militaire, un cas de figure appartenant d\u00e9sormais au si\u00e8cle dernier.<br>D\u00e8s la page 25, A. Duvau abandonne la narration chronologique et propose \u00ab un peu de tout comme \u00e7a me vient, en laissant courir le stylo \u00bb. Le souvenir global est largement positif, avec une bonne ambiance de camaraderie au sein de l\u2019escadrille et des missions int\u00e9ressantes bien que dangereuses. Son t\u00e9moignage montre, malgr\u00e9 sa fonction subalterne, une certaine libert\u00e9 de ton et il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 critiquer le niveau de pilotage de celui qui m\u00e8ne son avion, souvent un officier: il signale avoir demand\u00e9, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait que sergent, \u00e0 changer de pilote pour ce type d\u2019insuffisance \u2013 ce qui a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9-, et il laisse le nom du lieutenant en \u00e9vidence en 1969. Il insiste peu sur sa victoire a\u00e9rienne, dont il minimise l\u2019engagement (p. 24) : \u00ab Peut-on appeler \u00e7a un combat ? Plut\u00f4t un \u00e9change de balles. \u00bb. Il pr\u00e9cise que sa chance a surtout r\u00e9sid\u00e9 dans le fait qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 appuy\u00e9, pour l\u2019homologation, par un chef de mission influent. Dans le domaine de la vie quotidienne, il insiste sur le froid \u00e0 l\u2019occasion des missions en altitude, sur les nombreux incidents et accidents de vol, sur les fr\u00e9quents d\u00e9m\u00e9nagements de 1918 et l\u2019inconfort qui les accompagne. Il \u00e9voque ce nomadisme dans une lettre \u00e0 un camarade (p. 48) : \u00ab Nous, nous gazons. Dur et ferme. Quelques jours on se repose ; en vitesse l\u2019on emballe, l\u2019on part, l\u2019on arrive ; on en fiche un gros coup quelques jours sur un secteur d\u2019offensive ; retranquilit\u00e9 ; r\u00e9emballage, etc. \u00bb Par contre il \u00e9voque peu les exc\u00e8s et d\u00e9bordements suppos\u00e9s accompagner la vie en escadrille (la \u00ab bombe \u00bb, les femmes). La seule \u00e9vocation rep\u00e9r\u00e9e de l\u2019univers f\u00e9minin dans une lettre \u00e0 son p\u00e8re est discr\u00e8te (ao\u00fbt 1918, p. 46) : \u00ab Nous sommes tr\u00e8s bien install\u00e9s ici : la population est accueillante, et l\u2019accueil f\u00e9minin l\u2019est m\u00eame trop, para\u00eet-il, et pas sans inconv\u00e9nients. Enfin, on peut toujours regarder sans que \u00e7a vous fasse mal. \u00bb Si la camaraderie domine, l\u2019auteur signale aussi des inimiti\u00e9s, comme par exemple ici, dans un style assez plaisant (p. 28) : \u00ab Le lieutenant Mongin, ratant un atterrissage, avait, par suite du choc, \u00e9t\u00e9 embrasser le bord de fuite du plan sup\u00e9rieur de son avion. Nous ne l\u2019aimions pas du tout (\u2026) et il avait \u00e9t\u00e9 convenu entre nous que personne n\u2019irait le voir. Certains y \u00e9tant all\u00e9s, il fallut bien que moi aussi j\u2019y aille ; je trouvais notre lieutenant alit\u00e9, la t\u00eate compl\u00e8tement envelopp\u00e9e d\u2019ouate et de bande et au milieu de tout cela des yeux de lapin russe, tout inject\u00e9s de sang. Cette visite ne m\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9sagr\u00e9able, j\u2019eus l\u2019impression que nous ne le reverrions plus. \u00bb<br>Dans un ajout de 1968 A. Duvau \u00e9voque le grand d\u00e9fil\u00e9 a\u00e9rien de la lib\u00e9ration au-dessus de la ville de Metz en novembre 1918, regroupant un nombre in\u00e9dit d\u2019appareils (p. 30) : \u00ab Je partis donc avec mon pilote habituel. Apr\u00e8s un court temps de vol, celui-ci me dit : \u00ab La guerre est finie\u2026 Nous ne nous sommes pas fait casser la figure\u2026 Il sera bien b\u00eate de se la faire casser aujourd\u2019hui pour rien\u2026 Si on rentrait ? \u00bb J\u2019approuvai cette invitation pleine de bon sens, et nous sommes retourn\u00e9s directement au terrain, accusant le malheureux moteur qui n\u2019y \u00e9tait pour rien. Ce n\u2019est pas un fait d\u2019arme, ce n\u2019est qu\u2019un souvenir. \u00bb Lorsqu\u2019il \u00e9voque quarante ans apr\u00e8s son bilan de la guerre, celui-ci n\u2019est pas n\u00e9gatif, et cette nostalgie \u00e0 distance, bien plus rare dans l\u2019infanterie, appelle aussi la question m\u00e9morielle classique : aurait-il \u00e9tabli cette estimation de la m\u00eame mani\u00e8re en 1919 ? (p. 19) \u00ab Malgr\u00e9 des moments durs, quel beau temps que celui pass\u00e9 dans notre escadrille 29 ; certainement le plus beau temps de ma vie. Toutefois, je dois avouer que lorsque l\u2019armistice vint, ce fut un soulagement car j\u2019appr\u00e9hendais fortement la guerre en hiver telle que nous aurions eu \u00e0 la faire. \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><em>Vincent Suard &#8211; d\u00e9cembre 2020<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moinAndr\u00e9 Duvau, propri\u00e9taire, est originaire d\u2019Ingrandes, pr\u00e8s de Ch\u00e2tellerault (Vienne). Jug\u00e9 inapte au service arm\u00e9, il finit par \u00eatre accept\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trente ans comme navigant-mitrailleur (avril 1917). Passant par l\u2019\u00e9cole de tir de Cazaux, puis par le centre d\u2019entra\u00eenement du Plessis-Belleville, il est affect\u00e9 comme mitrailleur \u00e0 Luxeuil \u00e0 la So. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2020\/12\/28\/duvau-andre-1886-apres-1969\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Duvau, Andr\u00e9 (1886-apr\u00e8s 1969)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,133,21],"tags":[534,1139],"class_list":["post-3362","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1966-1980","category-aviateur","category-souvenirs","tag-aviation","tag-mitrailleur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3362","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3362"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3362\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3608,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3362\/revisions\/3608"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3362"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3362"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3362"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}