{"id":3379,"date":"2021-01-10T16:20:26","date_gmt":"2021-01-10T15:20:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3379"},"modified":"2021-07-13T14:54:43","modified_gmt":"2021-07-13T13:54:43","slug":"marie-reine-de-roumanie-1875-1938","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/01\/10\/marie-reine-de-roumanie-1875-1938\/","title":{"rendered":"Marie, reine de Roumanie (1875-1938)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">1. Le t\u00e9moin<br>La reine Marie de Roumanie est n\u00e9e en Angleterre, petite-fille de la reine Victoria (1837-1901). Son p\u00e8re, Alfred Ernest Albert, duc de Saxe-Cobourg et de Gotha, \u00e9tait le deuxi\u00e8me fils de la reine Victoria, et sa m\u00e8re, Maria Alexandrovna, \u00e9tait la fille du tsar de Russie Alexandre II. Marie est arriv\u00e9e en Roumanie en 1892 apr\u00e8s son mariage avec Ferdinand de Habsbourg, prince h\u00e9ritier de la couronne de Roumanie. Six enfants na\u00eetront de ce mariage. La reine Marie avait, semble-t-il, une vie amoureuse parall\u00e8le&nbsp;; il y a une s\u00e9rie de t\u00e9moignages sur ses liens avec le prince Barbu Stirbei ou avec l\u2019officier canadien Joe Boyle. En septembre 1914, apr\u00e8s la mort du roi Carol Ier, Marie et Ferdinand furent couronn\u00e9s rois de Roumanie.<br>Bien que la Roumanie ait secr\u00e8tement adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019alliance des Puissances Centrales en 1883 (pour deux raisons : la peur de la politique agressive de l\u2019Empire russe et la parent\u00e9 du roi Carol Ier avec les Hohenzollern), la Roumanie est rest\u00e9e neutre pendant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, et la reine Marie a \u00e9t\u00e9 un acteur cl\u00e9 dans la d\u00e9cision de 1916 de faire entrer la Roumanie dans la guerre avec l\u2019Entente.<br>Pendant la guerre, la reine Marie s\u2019affirme par sa foi in\u00e9branlable dans la victoire de l\u2019Entente, par ses gestes et ses campagnes caritatives dans les h\u00f4pitaux, les orphelinats et les asiles, et par ses nombreuses visites sur la ligne de front o\u00f9 elle encourage constamment les soldats. Gr\u00e2ce \u00e0 ces faits, sa popularit\u00e9 et celle de la monarchie ont atteint un sommet en Roumanie. En 1919, la reine Marie s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre la meilleure ambassadrice du pays, visitant Paris et Londres pour obtenir la reconnaissance des fronti\u00e8res de la Roumanie et la volont\u00e9 des Roumains de Bessarabie, Transylvanie et Bucovine de faire partie de la Roumanie.<br>Apr\u00e8s la guerre, Marie a initi\u00e9 le culte des h\u00e9ros tomb\u00e9s au combat dans les ann\u00e9es 1916-1919, encourageant l\u2019\u00e9rection de monuments dans tous les villages du pays. Son r\u00f4le dans la vie publique diminue avec la mort de son mari en 1927. Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, son fils, le roi Carol II, la r\u00e9prouve parce qu\u2019il l\u2019a toujours bl\u00e2m\u00e9e pour sa vie scandaleuse. La reine Marie passe ses derni\u00e8res ann\u00e9es dans les ch\u00e2teaux de Balchik (en Bulgarie aujourd\u2019hui), Bran ou Sinaia.<br>Elle eut des fun\u00e9railles nationales \u00e0 la n\u00e9cropole royale de Curtea de Arges. Apr\u00e8s la chute du communisme, elle est devenue l\u2019une des personnalit\u00e9s les plus populaires de l\u2019histoire roumaine du 20e si\u00e8cle, et le centenaire de la Premi\u00e8re Guerre mondiale et de la Grande Union a \u00e9t\u00e9 un vecteur important de cette popularit\u00e9. Beaucoup de monographies ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites, des romans, des films ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s avec elle comme personnage principal.<br><br>2. Le t\u00e9moignage&nbsp;: \u00ab L\u2019histoire de ma vie \u00bb<br>Les ann\u00e9es 1914-1919 repr\u00e9sentent des parties importantes du journal de la reine Marie \u00e9crit tout au long de sa vie. Bien s\u00fbr, comme son r\u00e9cit a paru pendant la vie de la reine, quand de nombreux personnages des \u00e9v\u00e9nements \u00e9taient encore vivants, l\u2019auteur a att\u00e9nu\u00e9 et \u00e9dulcor\u00e9 certains des faits. L\u2019histoire de ma vie a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en anglais \u00e0 Londres et \u00e0 New York en 1934, donc pendant la vie de la reine, et le texte du manuscrit est \u00e9crit dans la langue maternelle de la reine \u2013 l\u2019anglais. Il a \u00e9t\u00e9 traduit par Margarita Miller-Verghy et publi\u00e9 en Roumanie avant que le r\u00e9gime communiste ne soit \u00e9tabli, puis il a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019index et interdit. Apr\u00e8s 1989, il y a eu une s\u00e9rie de r\u00e9\u00e9ditions, la premi\u00e8re en 1991 et la plus r\u00e9cente en 2011 (3 volumes publi\u00e9s par la maison d\u2019\u00e9dition RAO que nous avons utilis\u00e9s dans cette pr\u00e9sentation). En 2014, sous l\u2019impulsion du centenaire, la maison d\u2019\u00e9dition Humanitas a publi\u00e9 en deux volumes l\u2019\u00e9dition int\u00e9grale des manuscrits de la reine conserv\u00e9s sous forme de carnets aux Archives Nationales de Roumanie dans le fonds de la Maison Royale. La traduction \u00e0 partir de l\u2019anglais a \u00e9t\u00e9 faite par Anca Barbulescu, et celui qui a pris soin de cette \u00e9dition \u00e9tait l\u2019historien Lucian Boia.<br> <br>3. Analyse du livre<br>L\u2019\u00e9dition utilis\u00e9e par nous (L\u2019histoire de ma vie, RAO, 2011) touche \u00e0 travers les volumes II et III la p\u00e9riode la plus difficile, en m\u00eame temps ridicule et sublime de l\u2019histoire de la participation de la Roumanie \u00e0 la Premi\u00e8re Guerre mondiale. C\u2019est une histoire racont\u00e9e par une personnalit\u00e9 ayant acc\u00e8s \u00e0 des informations de premier rang et, \u00e9videmment, fait int\u00e9ressant, c\u2019est une histoire f\u00e9minine de la guerre. Il faut aussi pr\u00e9ciser que le style de l\u2019\u0153uvre est en quelque sorte sirupeux, h\u00e9ro\u00efque et mythique, car il a \u00e9t\u00e9 la \u00ab marque \u00bb de la personnalit\u00e9 de la Reine, tant dans sa vie que dans sa post\u00e9rit\u00e9.<br> Du point de vue chronologique, la reine Marie a racont\u00e9 ses impressions d\u2019ao\u00fbt 1916 \u00e0 mai 1918, et le lecteur est frapp\u00e9 par l\u2019optimisme constant de la reine, qui se glisse \u00e0 travers tant de trag\u00e9dies, personnelle (mort de son dernier-n\u00e9, le prince Mircea le 2 novembre 1916), et nationale qui a culmin\u00e9 avec l\u2019entr\u00e9e victorieuse \u00e0 Bucarest des troupes allemandes men\u00e9es par le mar\u00e9chal Mackensen le 6 d\u00e9cembre 1916 et le refuge de l\u2019arm\u00e9e, de la maison royale, du gouvernement et de l\u2019administration en Moldavie. La reine est \u00e9tablie \u00e0 Iasi, la capitale historique de la Moldavie, devenu capitale de l\u2019espoir national et de la renaissance de la Roumanie. <br>\u00ab&nbsp;Je suis entr\u00e9e dans l\u2019inconnu. O\u00f9 vais-je ? Combien de temps ? Et pourquoi ?&nbsp;\u00bb se demande la reine, mais bient\u00f4t les r\u00e9alit\u00e9s quotidiennes du refuge prennent le dessus. Elle prend des notes bri\u00e8vement dans la soir\u00e9e, apr\u00e8s une journ\u00e9e \u00e9puisante au cours de laquelle elle est prise d\u2019assaut par toutes sortes de demandes de r\u00e9fugi\u00e9s qui ont besoin d\u2019aide. Le jour de No\u00ebl 1916 est un jour triste dans la ville o\u00f9 les gens n\u2019ont pas de nourriture, et l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de typhus exanth\u00e9matique fait des centaines de morts par jour. Chaque jour, la reine tient des audiences, puis appelle les autorit\u00e9s au pays ou \u00e0 l\u2019\u00e9tranger \u00e0 collecter de la nourriture et des v\u00eatements pour les soldats ou les civils. Puis commencent les visites sans fin dans les h\u00f4pitaux o\u00f9, avec les soldats bless\u00e9s, il y a des civils et des soldats malades du typhus. \u00ab&nbsp;L\u2019un des spectacles les plus terribles que j\u2019aie jamais vus est le triage dans la station. C\u2019\u00e9tait une sorte de caserne transform\u00e9e en h\u00f4pital. Dante n\u2019a jamais invent\u00e9 un enfer plus terrible&#8230;&nbsp;\u00bb, \u00e9crit la reine dans son journal.<br> Bient\u00f4t, son nom devient un slogan, celui de la solidarit\u00e9, du courage et de la r\u00e9sistance. \u00ab&nbsp;Je la trouve trop difficile, trop dure, trop lourde, \u00e9crit-elle, accabl\u00e9e, mais je vais tout endurer, je me suis jur\u00e9 d\u2019endurer leur amertume jusqu\u2019\u00e0 la fin. Je crois toujours au fond de mon c\u0153ur que cette fin sera brillante, bien que je doive admettre que rien en ce moment ne justifie cet optimisme.&nbsp;\u00bb<br> Le r\u00e9cit de la reine Marie est rare car il montre au lecteur l\u2019histoire d\u2019une t\u00eate couronn\u00e9e qui se manifeste sur plusieurs niveaux. Diplomatiquement&nbsp;: elle entretient des relations avec les membres de la Mission Militaire Fran\u00e7aise, avec celles des Britanniques et des Am\u00e9ricains, et puis avec ses proches \u00e0 la cour imp\u00e9riale russe. Politiquement&nbsp;: elle soutient et conseille le gouvernement dans ses d\u00e9cisions. Sans oublier le domaine charitable parce qu&rsquo;elle a visit\u00e9 tous les h\u00f4pitaux du pays, aid\u00e9 les pauvres. Elle est une m\u00e8re \u00e0 la fois pour ses enfants et pour les soldats qu\u2019elle encourage en leur rendant visite sur le front. M\u00eame si le journal de la reine est subjectif, son attitude au cours de la Premi\u00e8re Guerre mondiale reste remarquable, et ce fait a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 par le commentateur et le m\u00e9morialiste le plus incisif et malveillant de la vie roumaine dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, Constantin Argetoianu qui a \u00e9crit \u00e0 ce sujet : \u00ab&nbsp;Peu importe combien d\u2019erreurs la reine Marie peut avoir commises, avant et apr\u00e8s la guerre, la guerre reste sa page, la page qui la caract\u00e9rise, et la page qui sera plac\u00e9e dans l\u2019histoire comme un lieu  d\u2019honneur. On la trouve dans les tranch\u00e9es parmi les combattants dans les rangs avanc\u00e9s, on la trouve dans les h\u00f4pitaux et dans tous les \u00e9tablissements de sant\u00e9 parmi les bless\u00e9s et les malades. Nous l\u2019avons trouv\u00e9e dans toutes les r\u00e9unions qui essayaient de faire un peu de bien. Elle ne connaissait pas la peur des balles et des bombes, car elle ne connaissait ni la peur ni l\u2019absence de douceur ni l\u2019impatience pour des efforts si souvent inutiles, caus\u00e9e par son d\u00e9sir de mieux faire. La reine Marie a accompli son devoir sur tous les fronts de ses activit\u00e9s, mais surtout celui d\u2019encourager et de relever le moral de ceux qui l\u2019entouraient et qui devaient d\u00e9cider, dans les moments les plus tragiques, du sort du pays et de son peuple. On peut dire que, au temps de notre r\u00e9sistance en Moldavie, la reine Marie a incarn\u00e9 les plus hautes aspirations de la conscience roumaine.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Dorin Stanescu, janvier 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moinLa reine Marie de Roumanie est n\u00e9e en Angleterre, petite-fille de la reine Victoria (1837-1901). 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