{"id":3405,"date":"2021-02-12T10:17:07","date_gmt":"2021-02-12T09:17:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3405"},"modified":"2021-07-12T15:43:48","modified_gmt":"2021-07-12T14:43:48","slug":"ricadat-paul-1893-1987","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/02\/12\/ricadat-paul-1893-1987\/","title":{"rendered":"Ricadat, Paul (1893-1987)"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Paul_Ricadat.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Paul_Ricadat.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3440\" width=\"179\" height=\"245\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Paul_Ricadat.jpg 596w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Paul_Ricadat-219x300.jpg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 179px) 100vw, 179px\" \/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">1. Le t\u00e9moin <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Paul Ambroise Edmond Ricadat est n\u00e9 le 14 octobre 1893 \u00e0 Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) dans une famille originaire des Ardennes, \u00e0 Sedan. Apr\u00e8s des \u00e9tudes sup\u00e9rieures dans la capitale, il fait une carri\u00e8re \u00e0 la Bourse de Paris o\u00f9 il termine chef du service des op\u00e9rations \u00e0 terme. Il fait son service militaire \u00e0 Sedan en 1913 et termine la guerre comme aspirant, achevant finalement sa longue p\u00e9riode militaire de 6 ans lieutenant de r\u00e9serve. Bless\u00e9 deux fois et plusieurs fois m\u00e9daill\u00e9, il sera fait chevalier de la L\u00e9gion d\u2019Honneur. Il d\u00e9c\u00e8de le 27 f\u00e9vrier 1987 \u00e0 Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Ricadat, Paul, <em>Petits r\u00e9cits d\u2019un grand drame. (1914-1918). Histoire de mes vingt ans<\/em>. Paris, La Bruy\u00e8re, 1986, 233 pages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Sur sa d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture, r\u00e9alis\u00e9e en diff\u00e9rentes \u00e9tapes, Paul Ricadat indique lui-m\u00eame : \u00ab J\u2019avais eu l\u2019occasion de lire dans la presse, au d\u00e9but de 1966, une appr\u00e9ciation qui estimait que, pour les Anciens qui l\u2019avaient v\u00e9cue, la guerre de 1914-18 c\u2019\u00e9tait le bon temps&#8230; Je d\u00e9cidai, sur-le-champ, de relever le gant et j\u2019\u00e9crivis un r\u00e9cit intitul\u00e9 : \u00ab Le bon temps \u00bb, qui fut publi\u00e9 par le journal la Voix du Sancerrois. Ce r\u00e9cit fut retenu par un jury, pr\u00e9sid\u00e9 par Jules Romains de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise dans un livre, les Camarades, de Roger Boutefeu. Il y eut dix laur\u00e9ats de ce prix Verdun : six laur\u00e9ats fran\u00e7ais, dont je fis partie, et quatre laur\u00e9ats allemands. Voil\u00e0 l\u2019origine de ce titre, qui ne devait pas \u00eatre ignor\u00e9e du lecteur \u00bb (p. 207). Ces r\u00e9cits forment la base de ce livre, Paul Ricadat d\u00e9diant ses pages \u00e0 ses enfants, petits-enfants et \u00e0 son arri\u00e8re-petit-fils \u00ab en sa 93e ann\u00e9e \u00bb. Il pr\u00e9cise encore sur la r\u00e9daction de ses \u00ab vieux souvenirs \u00bb, d\u00e9but\u00e9 \u00e0 sa retraite, en 1956 : \u00ab Pour 1916 et 1917, je pus confronter ma m\u00e9moire avec les deux petits agendas de poche que j\u2019avais tenus alors au jour le jour. (&#8230;) Quant \u00e0 1914, \u00e9poque \u00e0 laquelle toute note \u00e9crite \u00e9tait interdite, je n\u2019avais besoin d\u2019aucune aide. Je me souviens de chaque jour, sinon de chaque heure, comme s\u2019ils dataient d\u2019hier \u00bb (pp. 230 \u00e0 232). Sur les conditions de son \u00e9criture, il nous renseigne un peu plus loin : \u00ab Il me faut dire ici que j\u2019eus une chance inou\u00efe. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ma blessure et \u00e0 mes pieds gel\u00e9s que je dois la vie sauve. Les longs mois d\u2019h\u00f4pitaux, suivis de s\u00e9jours prolong\u00e9s au d\u00e9p\u00f4t de mon r\u00e9giment, me maintinrent \u00e0 l\u2019abri au cours des ann\u00e9es 1915 et 1918. Mais aussi et surtout, cette survie, je la dois \u00e0 la protection efficace du Ciel, \u00e0 cette intervention continue, que je qualifie de miraculeuse, de la Divine Providence, \u00e9cartant sans cesse le danger au moment o\u00f9 il semblait devoir me frapper. J\u2019aurais d\u00fb mourir cent fois plut\u00f4t qu\u2019une, mais, en, chaque circonstance, le \u00ab coup de pouce \u00bb \u00e9tait donn\u00e9 qui faisait d\u00e9vier la balle ou l\u2019\u00e9clat d\u2019obus. Ma vie, depuis un demi-si\u00e8cle, est une action de gr\u00e2ce continue pour tant de bienfaits \u00bb. Poursuivant dans un ultime chapitre en forme de \u00ab conclusion (au soir de ma vie) \u00bb, il pense proph\u00e9tiser : \u00ab Les ann\u00e9es ont pass\u00e9. La g\u00e9n\u00e9ration de \u00ab Ceux de 14 \u00bb ainsi que l\u2019a d\u00e9fini Maurice Genevoix, ach\u00e8ve de dispara\u00eetre. Bient\u00f4t le linceul de l\u2019oubli ensevelira les \u00e9v\u00e9nements, les acteurs du drame et leurs souvenirs. Et les livres d\u2019Histoire ne mentionneront plus qu\u2019il y eut en 14-18 un conflit pas comme les autres \u00bb ! \u00bb (p. 232).<br>Paul Ricadat d\u00e9bute ses souvenirs en juin 1914 \u00e0 la caserne Macdonald du 147\u00e8me RI \u00e0 Sedan (il avait \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9 le 27 novembre 1913) alors que \u00ab les classes des contingents 1912 et 1913 \u00e9taient enfin termin\u00e9es. Elles venaient d\u2019\u00eatre couronn\u00e9es par les marches d\u2019\u00e9preuve dont la derni\u00e8re \u00e9tait l\u2019itin\u00e9raire Sedan-Charleville, aller et retour, avec le chargement de guerre. Au total 55 km, sous un soleil torride. L\u2019Etat-major local \u00e9tait parait-il satisfait, l\u2019entra\u00eenement intensif que nous avions subi avait port\u00e9 ses fruits \u00bb (p. 20). Suit la narration de sa guerre sous la forme de 20 tableaux comment\u00e9s de sa guerre, tour \u00e0 tour r\u00e9aliste et terrible, \u00e0 laquelle il finit par \u00e9chapper pour cause de pieds gel\u00e9s, \u00e0 la fin de 1917, alors qu\u2019il est pass\u00e9 au 33\u00e8me RI d\u2019Arras. <br><br>3. Analyse<br>Son r\u00e9cit est alors un m\u00e9lange de souvenirs et de r\u00e9flexions, souvent opportunes, le poilu r\u00e9fl\u00e9chissant sur son environnement comme sur son r\u00f4le au fur et \u00e0 mesure de ses fonctions. Il dit de l\u2019Arm\u00e9e : \u00ab j\u2019ai eu la possibilit\u00e9 de bien la conna\u00eetre parce que j\u2019ai souffert de toutes ses contradictions \u00bb (p. 94) ce qui rend son t\u00e9moignage r\u00e9flexif selon les tableaux qui r\u00e9sument les grands chapitres de sa guerre, en forme de r\u00e9cit chronologique. <br>Le premier tableau, Le\u00e7on d\u2019histoire, fait un rapide tour d\u2019horizon du ressenti de sa vie militaire. En guise de pr\u00e9liminaire, il pose la question : \u00ab Comment avez-vous pu tenir ? \u00bb, ce \u00e0 quoi il r\u00e9pond : \u00ab Nous n\u2019avons pas eu \u00e0 nous interroger sur ces questions du moins pendant les trois premi\u00e8res ann\u00e9es de guerre. La raison est que notre g\u00e9n\u00e9ration avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e sous le signe du devoir \u00bb. Il attribue au pangermanisme une autre r\u00e9ponse \u00e0 cette question. Il fustige ensuite ce qu\u2019il qualifie comme \u00e9tant les mensonges de son \u00e9poque, \u00ab journalistes partisans [\u00e9crivant] l\u2019Histoire \u00e0 leur fa\u00e7on \u00bb et de dire \u00ab qu\u2019ils attendent au moins que les acteurs du drame de 14-18 soient tous disparu \u00bb ! (p. 14). Il y rappelle l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit de la jeunesse d\u2019alors : \u00ab Non, les jeunes de 14 ne voulaient pas la guerre, tout au contraire, ils la redoutaient, sachant qu\u2019ils en seraient les premi\u00e8res victimes. Personnellement, j\u2019avais visit\u00e9, d\u00e8s que j\u2019eus l\u2019\u00e2ge de raison et plusieurs fois par la suite, l\u2019ossuaire de Bazeilles et ces pauvres restes de combattants de 1870 me laissaient une impression de terreur que rien que le mot \u00ab guerre \u00bb me faisait trembler \u00bb. Poursuivant ses questionnements, il dit : \u00ab On nous reproche aujourd\u2019hui d\u2019\u00eatre partis en chantant (&#8230;) et, qui plus est, avec la fleur au fusil, ce qui prouve soi-disant notre volont\u00e9 de guerre. Pauvres ignorants qui m\u00e9connaissent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019A B C de la psychologie des foules. Puisque le sort en \u00e9tait jet\u00e9 et que nous ne pouvions rien contre lui, nous consid\u00e9rions qu\u2019il valait mieux partir en chantant plut\u00f4t que les larmes aux yeux \u00bb (p. 16).<br>Dans Avant la bataille, il d\u00e9crit son d\u00e9part pour le front et la mont\u00e9e dans les wagons \u00e0 bestiaux \u00ab am\u00e9nag\u00e9s de bancs \u00e0 dossier et m\u00eame de r\u00e2teliers pour les fusils \u00bb (p. 24), les heures de marche qui agonisent les pieds. Sur ce point, il d\u00e9crit : \u00ab Ordre est donn\u00e9 de se d\u00e9chausser, de se laver les pieds avec un linge humide et de les exposer toute la journ\u00e9e. Ce fut un excellent cicatrisant, au point que le lundi 3 ao\u00fbt, nous p\u00fbmes remettre nos chaussures, les plaies \u00e9taient presque referm\u00e9es et la souffrance devenue supportable \u00bb (p. 26). A Marville, dans la Meuse, Ricadat dit : \u00ab Ce que nous ne savions pas, c\u2019est que notre d\u00e9part de Marville signifierait pour nous un point de rupture dans notre vie. C\u2019en \u00e9tait fini de notre jeunesse, de notre insouciance, de notre s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Une p\u00e9riode commen\u00e7ait qui durerait plus de quatre ans et pendant laquelle nous serions confront\u00e9s perp\u00e9tuellement avec la Mort. Les trois mille hommes qui pendant huit mois avaient v\u00e9cu une vie commune, allaient tomber les uns apr\u00e8s les autres, ne laissant subsister qu\u2019une poign\u00e9e de rescap\u00e9s. Pauvres gars ! \u00bb (pp. 28-29). Son r\u00e9giment, qui a quitt\u00e9 Sedan le 1er ao\u00fbt, reste stationn\u00e9 dans cette commun jusqu\u2019au 18 avant de se diriger vers le nord o\u00f9 il franchit la fronti\u00e8re belge : \u00ab Traversant les villages, nous trouvons devant les maisons, sur le bord de la route, de vastes r\u00e9cipients ou des baquets remplis de vin et d\u2019eau. Nous plongeons notre quart sans nous arr\u00eater et buvons en marchant. Les quarts suivants que nous pouvons remplir sont destin\u00e9s au bidon. Des enfants nous donnent leur tablette de chocolat, d\u2019autres nous mettent en main des paquets de cigarettes. Quelle fraternit\u00e9 ! \u00bb (p. 37). A \u00ab Robelmont, village belge \u00e9vacu\u00e9 par tous ses habitants. Pour \u00e9viter des d\u00e9g\u00e2ts, ils ont laiss\u00e9 les portes ouvertes. Nous sommes autoris\u00e9s \u00e0 entrer \u00e0 condition de tout respecter \u00bb (p. 38). C\u2019est dans ses environs qu\u2019il re\u00e7oit le bapt\u00eame du feu, sous les ordres d\u2019un adjudant (Simon) qui tient sa troupe, apeur\u00e9e, en distribuant des cigares ! (p. 40) alors qu\u2019heureusement \u00ab il fut admis que dans les premiers jours des hostilit\u00e9s, les Allemands tiraient trop haut \u00bb (p. 41) ! Tr\u00e8s descriptif et p\u00e9dagogue, l\u2019auteur continue de d\u00e9crire ses premi\u00e8res heures de combat : \u00ab Enveloppez les ba\u00efonnettes dans le pan de la capte pour en amortir le cliquetis et marchez sur la pointe des pieds \u00bb (p. 42). Il d\u00e9crit aussi les affres de la bataille des fronti\u00e8res, telle cette femme accouchant sur un chariot d\u2019exode (p. 44) ou ce soldat en sentinelle devenu fou en tuant son fr\u00e8re par erreur (p. 46). Il dit devant cette phase des combats d\u2019ao\u00fbt 14 : \u00ab Nous ne comprenons rien \u00e0 la situation. Au fond, n\u2019est-il pas pr\u00e9f\u00e9rable pour nous de ne rien comprendre \u00bb (p. 48). Ses descriptions virent parfois au cocasse pr\u00e8s de Stenay, quand il fait un plat-ventre dans une de ces \u00ab servitudes de notre fr\u00e8re le corps \u00bb en rappelant que \u00ab chacun sait ce que l\u2019on trouve souvent le long des haies ! \u00bb (p. 49), ou quand, faute de ravitaillement, chacun se rue sur des pommes, m\u00eames vertes, et qu\u2019ensuite, \u00ab il faut avoir vu ces milliers d\u2019hommes s\u2019\u00e9gailler dans les champs et poser culotte \u00e0 perte de vue pour imaginer cette souffrance \u00bb de la dysenterie (p. 54). Cette retraite pr\u00e9c\u00e9dant le sursaut de La Marne occasionne \u00e9galement de la fraternit\u00e9, certains portant le sac de ceux qui s\u2019appr\u00eatent \u00e0 flancher (p. 56). Le 21 septembre, devant le bois de la Gruerie, il s\u2019horrifie de la guerre en for\u00eat : \u00ab Je consid\u00e8re ces hautes futaies, ces arbres de vingt-cinq m\u00e8tres de haut, ils m\u2019\u00e9crasent et leur masse, qui se referme sur nous sans nous laisser voir le ciel, m\u2019\u00e9touffe. Petit \u00e0 petit, j\u2019en prends conscience, c\u2019est la peur qui m\u2019\u00e9treint. Je lutte contre elle, je voudrai pouvoir fuir, je n\u2019en ai pas le droit \u00bb (p. 65). Apr\u00e8s un accrochage ayant caus\u00e9 une vingtaine de morts dans le camp d\u2019en face, il fait cet \u00e9tonnant bilan : \u00ab Mais, faut-il l\u2019avouer, c\u2019est moins le nombre qui nous int\u00e9ressait que les provisions que nous pouvions trouver dans leurs sacs. Ils avaient en effet, ce que nous n\u2019avions plus depuis longtemps, des vivres de r\u00e9serve, biscuits et conserves, et nous avions faim. Ces r\u00e9cup\u00e9rations furent les bienvenues \u00bb (p. 69). Le 24 septembre, il rapporte l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un soldat du 147 et, fait rare, il fait partie du peloton d\u2019ex\u00e9cution. Toutefois, la base Guerre 1914-1918 ~ Les fusill\u00e9s de la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u2014 Geneawiki ne rel\u00e8ve pas d\u2019ex\u00e9cution ce jour l\u00e0 mais le m\u00eame jour un mois plus tard. A-t-il ex\u00e9cut\u00e9 Maurice David S\u00e9verin ce jour-l\u00e0 ? (pp. 70 et 71). Le lendemain Paul Ricadat est bless\u00e9 \u00e0 la tempe : \u00ab Je prends conscience que je vais mourir \u00bb (p. 74) ; il quitte la tranch\u00e9e pour un poste de secours. L\u00e0, il tombe alors sur un major fou (Guelton) qui menace d\u2019abord de le faire fusiller pour d\u00e9sertion, avant de le faire effectivement \u00e9vacuer devant la gravit\u00e9 de sa blessure dont il finit pas prendre conscience ! Sa vision de la cave d\u2019ambulance o\u00f9 il passe la nuit en attendant son \u00e9vacuation est \u00ab apocalyptique \u00bb, m\u00eame si elle est att\u00e9nu\u00e9e par les \u00ab gestes maternels \u00bb que se prodiguent les blesses entre eux. Toutefois, devant la d\u00e9sorganisation du service de sant\u00e9, et devant la, finalement, faible gravit\u00e9 de sa blessure, il finit par s\u2019\u00e9vacuer lui-m\u00eame et prendre un train sanitaire qui mettra 19 heures pour faire Sainte-Menehould\/Dijon (pp. 78-79). Il passe 4 mois \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de cette ville puis rejoint le d\u00e9p\u00f4t du 147\u00e8me RI \u00e0 Saint-Nazaire. Il y apprend alors avec stup\u00e9faction qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre de la Division \u00ab qui me donnait le droit au port de l\u2019\u00e9toile d\u2019argent sur ma croix de guerre \u00bb (p. 84). Dans le chapitre Le baiser, il indique que \u00ab ce n\u2019est pas le r\u00e9cit d\u2019un combat, mais celui d\u2019une \u00e9motion, associ\u00e9e \u00e0 la souffrance et provoqu\u00e9 par la bont\u00e9 \u00bb. Il d\u00e9crit l\u2019\u00e9tat des soldats apr\u00e8s la retraite de La Marne ; \u00ab nous n\u2019\u00e9tions plus des hommes, mais des loques \u00bb (p. 89). Retap\u00e9, son changement de r\u00e9giment lui donne le cafard et lui rappelle ses copains d\u00e9j\u00e0 morts, dont Eug\u00e8ne Pasquet qui avait le pressentiment funeste qu\u2019il \u00ab ne sortirai pas vivant de ce m\u00e9tier \u00bb, l\u2019invitant, lui, tr\u00e8s pieux, \u00e0 se pencher sur ce sentiment. Le 18 mars 1916, il quitte la cit\u00e9 portuaire pour revenir dans la Meuse, \u00e0 Longeville. Il est donc vers\u00e9 \u00e0 la 8\u00e8me escouade de la 2\u00e8me section de la 4\u00e8me compagnie du 33\u00e8me RI. Sur la route pour rejoindre le Chemin des Dames, au cours d\u2019une \u00e9tape, sa compagnie est rassembl\u00e9e par son capitaine qui d\u00e9clare : \u00ab Je vous ai rassembl\u00e9 afin de prendre contact avec les nouveaux venus. Je tiens \u00e0 ce qu\u2019ils sachent \u00e0 qui ils ont affaire et ce qui les attend. Nous sommes ici pour faire la guerre, c\u2019est dire qu\u2019il ne faut pas que vous conserviez le moindre espoir de rentrer un jour dans vos foyers ! Rompez les rangs et rentrez dans vos cantonnements \u00bb (p. 110). Le lendemain, il est au Village n\u00e8gre de Bourg-et-Comin et, prenant la ligne de feu sur le plateau, il rel\u00e8ve : \u00ab Les grad\u00e9s se passent les consignes, les hommes chuchotent \u00e0 voix basse. Nous apprenons qu\u2019il y a une entente tacite existe depuis des mois avec l\u2019ennemi. Aucune d\u00e9pense de munitions, pas de pertes d\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme de l\u2019autre, c\u2019est le secteur id\u00e9al. Oui, mais ce n\u2019est pas la guerre, et, \u00e0 ce train, elle pourrait durer cent ans. L\u2019\u00e9tat-major du corps d\u2019Arm\u00e9e est, parai-il, scandalis\u00e9 par un tel abandon de responsabilit\u00e9s et projette d\u2019y mettre fin \u00bb (p. 11). Le 2 mai, ayant appris que son p\u00e8re est mourant, il obtient in extremis une permission pour assister \u00e0 ses derniers instants, \u00e0 Fismes. Il quitte le Chemin le 17 juillet 1916 pour la Somme o\u00f9, jusqu\u2019au 7 ao\u00fbt, \u00ab nous conn\u00fbmes cette vie de camp pour laquelle nous n\u2019avions plus beaucoup d\u2019affinit\u00e9s \u00bb (p. 126). Celle-ci lui donne toutefois le temps de voir griller des Saucisses et leur observateur par un orage ou tirer un 380 de marine sur voie ferr\u00e9e. \u00ab Le 1er septembre marque notre entr\u00e9e dans la bataille de La Somme \u00bb, sur un autre plateau, celui de Maricourt (p. 128). Il y subit de terribles \u00e9preuves : \u00ab Nous restons ainsi quatre jours sans nourriture, souffrant encore plus de la soif que de la faim. Avec notre couteau nous arrachons des fibres de bois aux mat\u00e9riaux que nous trouvons et nous les m\u00e2chons pendant des heures pour tromper la faim \u00bb (pp. 135 et 136). Tr\u00e8s pieux, il est aux anges quand, sorti un temps de l\u2019enfer, \u00ab l\u2019abb\u00e9 Vitel d\u00e9cide une journ\u00e9e compl\u00e8te de spiritualit\u00e9. Nous en avions besoin apr\u00e8s ces trois semaines de vie purement bestiale \u00bb (p. 137). Apr\u00e8s la Somme, on le retrouve en Champagne, sur la butte du Mesnil ; il y conna\u00eet l\u2019angoisse d\u2019entendre sous ses pieds des bruits de creusement, qu\u2019il nous fait vivre heure par heure. La mine explose en m\u00eame temps qu\u2019il est attaqu\u00e9 et il s\u2019en sort miraculeusement. Il conclut ce chapitre, Agonie, en revenant sur sa blessure \u00e0 la tempe en septembre 1914, \u00ab la mort subite \u00bb, et sur son exp\u00e9rience de la guerre souterraine, \u00ab la mort lente \u00bb : \u00ab Ah ! qu\u2019il est donc facile de mourir \u00e0 vingt ans \u00bb. Le 12\u00e8me chapitre, Espions vrais et faux, revient ce qu\u2019il qualifie de \u00ab v\u00e9ritable \u00e9pid\u00e9mie \u00bb : \u00ab l\u2019espionnite \u00bb. Il en fait une analyse correcte en all\u00e9guant : \u00ab Ce fut le d\u00e9but d\u2019une suite d\u2019aventures et d\u2019erreurs qui, parfois, tourn\u00e8rent au comique, mais, trop souvent aussi, h\u00e9las, eurent une conclusion tragique \u00bb (p. 152). Toutefois, il rapporte cette anecdote d\u2019un vacher d\u00e9non\u00e7ant aux allemands l\u2019arriv\u00e9e du 33\u00e8me RI en faisant bouger ses b\u00eates dans le secteur de Vendresse-et-Troyon en avril 1916. Il dit \u00e9galement avoir rencontr\u00e9 un artilleur-espion dans la tranch\u00e9e le 22 mars suivant non loin de la ferme du Temple puis un autre encore plus tard, faux cette fois-ci. Et de conclure : \u00ab &#8230; je dois avouer que j\u2019ai jou\u00e9 de malchance dans mes d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec des espions. J\u2019ai laiss\u00e9 filer le vrai et j\u2019ai arr\u00eat\u00e9 le faux \u00bb ! (p. 159). Son 14\u00e8me chapitre est consacr\u00e9 aux mutineries. Sur ce point, il dit : \u00ab J\u2019eus la chance d\u2019appartenir \u00e0 un corps d\u2019arm\u00e9e, le 1er Corps, qui ne se laissa pas gagner par la contagion \u00bb (p. 171). Il est d\u00e9sign\u00e9 pour tenter, \u00e0 plusieurs reprises, de contenir les mouvements des hommes, isol\u00e9s manquant de pinard ou de permissionnaires excit\u00e9s, t\u00e2ches dont il s\u2019acquitte brillamment \u00e9videment. Il gardera de cette \u00e9poque une haute estime \u00e0 P\u00e9tain qu\u2019il qualifie de magicien. <br>Est-il un t\u00e9moin fiable ? L\u2019\u00e9pisode qu\u2019il rapporte, le 27 juillet 1917 semble le confirmer. Ce jour-l\u00e0, il assiste effectivement \u00e0 la mort \u00ab accidentelle non imputable au service \u00bb dans le canal des Glaises \u00e0 Wahrem (Nord) du soldat Camille Xavier Derrouch (cf. DERROUCH Camille Xavier, 02-02-1896 &#8211; Visionneuse &#8211; M\u00e9moire des Hommes (defense.gouv.fr)). Il en d\u00e9crit ensuite l\u2019inhumation (pp. 188-189). On pense donc pouvoir le croire quand quelques jours tard, il atteste qu\u2019un soldat a abattu un avion \u00e0 coup de fusil (p. 195). La guerre avan\u00e7ant renforce sa religiosit\u00e9&#8230; ou sa superstition. Pris dans un bombardement en octobre 1917, il dit : \u00ab La main dans la poche de ma capote, je r\u00e9cite mon chapelet, arme supr\u00eame quand les autres sont impuissantes \u00bb ou sur ce qu\u2019il qualifie de miracle du fait de la pri\u00e8re d\u2019un de ses soldats, pourtant ath\u00e9e (pp. 201 et 202). Mais rien n\u2019att\u00e9nue l\u2019horreur croissante de ses conditions en premi\u00e8re ligne sur l\u2019Yser. Il dit, \u00ab Depuis notre arriv\u00e9e ici, nous urinons sur place, sans bouger, augmentant ainsi la puanteur de ce cloaque \u00bb (p. 210). En novembre, apr\u00e8s quatre jours d\u2019enfer au fond d\u2019une tranch\u00e9e, il est relev\u00e9 mais, comme les deux tiers du bataillon en ligne, il a les pieds gel\u00e9s. Hospitalis\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Abbeville, sa guerre est termin\u00e9e. <br>20 octobre 1918, on retrouve Paul Ricadat \u00e0 Champigny-sur-Yonne (Yonne), \u00e0 la veille d\u2019\u00eatre inscrit \u00e0 suivre \u00e0 Issoudun un cours d\u2019\u00e9l\u00e8ve-aspirant. C\u2019est dans cette ville qu\u2019il vit le 11 novembre en une longue minute de silence avant qu\u2019\u00ab alors, c\u2019est une clameur, une ru\u00e9e, un d\u00e9cha\u00eenement comme je n\u2019en ai jamais connu \u00bb. R\u00e9flexion faite, il dit : \u00ab J\u2019ai toujours regrett\u00e9 de n\u2019avoir pas assist\u00e9 au \u00ab Cessez-le-feu \u00bb, au front, en premi\u00e8re ligne, minute inoubliable pour ceux qui l\u2019ont v\u00e9cue \u00bb. Et de conclure : \u00ab Qu\u2019\u00e9tions-nous, en fait, \u00e0 cette heure ? Des condamn\u00e9s \u00e0 mort qui, depuis quatre ans, attendaient chaque jours leur ex\u00e9cution et \u00e0 qui on venait dire : \u00ab\u00a0Vous \u00eates graci\u00e9s, partez, vous \u00eates libres\u00a0\u00bb (p. 224). \u00ab L\u2019armistice n\u2019est pas la paix \u00bb. En mars 1919, son stage se termine, compl\u00e9t\u00e9 par quinze jours \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019artillerie de Poitiers \u00e0 l\u2019issue desquels il devient instructeur \u00e0 Tours. Il est enfin d\u00e9mobilis\u00e9 le 1er septembre 1919, achevant sa vie militaire commenc\u00e9e le 27 novembre 1913.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\"><em>Bibliographie compl\u00e9mentaire \u00e0 consulter<\/em> : Boutefeu, Roger, <em>Les camarades. Soldats fran\u00e7ais et allemands au combat. 1914-1918<\/em>. Paris, Fayard, 1966, 457 pages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Yann Prouillet, f\u00e9vrier 2021<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Paul Ambroise Edmond Ricadat est n\u00e9 le 14 octobre 1893 \u00e0 Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) dans une famille originaire des Ardennes, \u00e0 Sedan. Apr\u00e8s des \u00e9tudes sup\u00e9rieures dans la capitale, il fait une carri\u00e8re \u00e0 la Bourse de Paris o\u00f9 il termine chef du service des op\u00e9rations \u00e0 terme. 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