{"id":3464,"date":"2021-02-22T16:53:07","date_gmt":"2021-02-22T15:53:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3464"},"modified":"2021-07-12T15:42:32","modified_gmt":"2021-07-12T14:42:32","slug":"bascoul-paul-1893-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/02\/22\/bascoul-paul-1893-1915\/","title":{"rendered":"Bascoul, Paul (1893-1915)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">T\u00e9moignage disponible aux archives d\u00e9partementales de l\u2019H\u00e9rault. Original : <em>ADH <\/em><a href=\"https:\/\/archives-pierresvives.herault.fr\/ark:\/37279\/vta89c9f6e582f6146f\/daogrp\/0\/layout:linear\/idsearch:RECH_e2ffd7f751e927e5e6fe6e86c3a847bb\"><em>1 J 1719<\/em><\/a> (archives personnelles et familiales) et <em><a href=\"https:\/\/archives-pierresvives.herault.fr\/ark:\/37279\/vta4dd3606c0342ece6\/daogrp\/0\/layout:linear\/idsearch:RECH_64e228bf9456a2aaadc946807cf6612b\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/archives-pierresvives.herault.fr\/ark:\/37279\/vta4dd3606c0342ece6\/daogrp\/0\/layout:linear\/idsearch:RECH_64e228bf9456a2aaadc946807cf6612b\">1 J 1720<\/a> <\/em>(correspondance) consultables en ligne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Etudiant en math\u00e9matiques, soldat puis caporal dans le 122e RI.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">1. Le t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Paul Benjamin Charles Bascoul est n\u00e9 le 16 janvier 1893 \u00e0 B\u00e9ziers de Benjamin Bascoul, n\u00e9gociant en bois et charbon, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un cancer de la bouche, et de Marcelle Cros, institutrice. Il est le second d\u2019une fratrie de quatre enfants. Interne au coll\u00e8ge d\u2019Agde, bachelier de l\u2019enseignement secondaire en 1910, il poursuit des \u00e9tudes en classe pr\u00e9paratoire scientifique au Lyc\u00e9e Joffre de Montpellier, et r\u00e9ussit le concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 Polytechnique. En juillet 1914, il est re\u00e7u aux certificats de licence de math\u00e9matiques \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de sciences de Montpellier. Il est \u00e9galement ma\u00eetre-r\u00e9p\u00e9titeur au coll\u00e8ge de Clermont-l\u2019H\u00e9rault. Classe matricule 1404 au centre de recrutement de B\u00e9ziers, Paul est d\u2019abord \u00ab&nbsp;sursitaire 21&nbsp;\u00bb, puis incorpor\u00e9 le 11 ao\u00fbt 1914 dans le 122e r\u00e9giment d\u2019infanterie de Rodez qui fait partie de la 31<sup>e<\/sup> DI et du 16<sup>e<\/sup> corps d\u2019arm\u00e9e. Soldat, il passe caporal fin novembre 1914. Il est tu\u00e9 \u00e0 Beaus\u00e9jour en Champagne le 17 mars 1915.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Il fait partie des centaines de documents et t\u00e9moignages mis en ligne par les archives d\u00e9partementales de l\u2019H\u00e9rault \u2013 entr\u00e9e 14-18, mot clef \u00ab&nbsp;Paul Bascoul&nbsp;\u00bb &#8211; \u00e0 l\u2019occasion du Centenaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le lot est constitu\u00e9 d\u2019une centaine de souvent longues lettres et de cartes quasi quotidiennes, adress\u00e9es entre le 12 ao\u00fbt 1914 et le 15 mars 1915 par Paul \u00e0 sa m\u00e8re surtout, mais aussi \u00e0 sa s\u0153ur ain\u00e9e Juliette, surnomm\u00e9e \u00ab&nbsp;Youyou&nbsp;\u00bb,n\u00e9e en 1890, institutrice \u00e0 Murviel-les-B\u00e9ziers \u00e0 ses deux fr\u00e8res, Etienne et Henri, \u00e0 des parents et amis dont particuli\u00e8rement Emile Rouvi\u00e8re, m\u00e9decin, et Marguerite Triolle. Les deux premi\u00e8res lettres sont dat\u00e9es des mercredi 12 et jeudi 13 juillet mais ces chiffres correspondent en r\u00e9alit\u00e9 aux jours du mois d\u2019ao\u00fbt. Le lot comprend encore un cahier des transcriptions de la correspondance de son fils effectu\u00e9es par Marcelle Bascoul, de quatre lettres revenues du Front avec la mention \u00ab\u00a0le destinataire n&rsquo;a pu \u00eatre atteint\u00a0\u00bb (16 mars &#8211; 3 avril 1915). S\u2019y trouvent \u00e9galement des lettres de condol\u00e9ances re\u00e7ues de parents, de proches et de relations ainsi qu\u2019un portrait photographique de Paul, son dipl\u00f4me de baccalaur\u00e9at et enfin des coupures de presse annon\u00e7ant son d\u00e9c\u00e8s (16 avril &#8211; 9 juillet 1915)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Sous leur form\u00e9 num\u00e9ris\u00e9e, les lettres sont pr\u00e9sent\u00e9es dans leur int\u00e9gralit\u00e9 et le parcours militaire de Paul a \u00e9t\u00e9 retrac\u00e9 en annexe par les agents des archives. Le t\u00e9moignage a travers\u00e9 le si\u00e8cle par le biais de sa s\u0153ur puis du fils adoptif de celle-ci. Les lettres crois\u00e9es ouvrent de larges fen\u00eatres sur l\u2019importance des envois entre les fronts, la pression sociale et affective exerc\u00e9e en toute bonne fois de l\u2019arri\u00e8re, la violence des premi\u00e8res batailles, le rythme sp\u00e9cifique de la guerre sur le front mais aussi sur les premiers \u00e9mois amoureux d\u2019un jeune homme, fils et fr\u00e8re aimant, bon \u00e9l\u00e8ve ob\u00e9issant, enserr\u00e9 progressivement dans une somme d\u2019injonctions contradictoires sous la violence des tirs d\u2019artillerie dans les Flandres et la Marne. Il appartient par bien des \u00e9l\u00e9ments \u00e0 cette cat\u00e9gorie d\u2019intellectuels qui sont au c\u0153ur du corpus des \u00ab&nbsp;42&nbsp;\u00bb de Nicolas Mariot. La confrontation entre les imaginaires de la guerre et sa r\u00e9alit\u00e9 s\u2019av\u00e8re sans surprise douloureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">3. L\u2019itin\u00e9raire militaire<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la caserne de Rodez le 12 ao\u00fbt douche rapidement son enthousiasme&nbsp;; il met 17 heures de train pour relier B\u00e9ziers \u00e0 Rodez et \u00e0 son arriv\u00e9e on lui refuse \u00ab&nbsp;neuf fois&nbsp;\u00bb l\u2019entr\u00e9e faute de place, attendant \u00ab&nbsp;(\u2026) le d\u00e9part du 322<sup>e<\/sup> RI dans 9 jours. Chaque jour, il arrive des hommes, la caserne en contient deux fois comme elle ne peut en contenir&nbsp;(\u2026)\u00bb et conclut par cette sentence le 15 ao\u00fbt \u00ab&nbsp;(\u2026) en v\u00e9rit\u00e9 en v\u00e9rit\u00e9 je vous le dis, l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge c\u2019est l\u2019anarchie (\u2026)&nbsp;\u00bb H\u00e9berg\u00e9 en ville, il reste optimiste&nbsp;; \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;J\u2019ai rencontr\u00e9 des \u00e9tudiants dans mon cas avec lesquels je passerai du bon temps je crois&nbsp;\u00bb mais rapidement \u00e0 cours d\u2019argent, il insiste pour coucher \u00e0 la caserne y compris sur la paille. Finalement, une fois encasern\u00e9 et habill\u00e9, la rencontre avec les autres soldats, des territoriaux, est difficile&nbsp;; \u00ab (\u2026)&nbsp;J\u2019ai essay\u00e9 de lire un peu ce soir. Impossible. Les odeurs de pieds de mon voisin m\u2019incommodaient \u00e0 tel point que j\u2019ai du fuir \u00e0 travers les salles et y vadrouiller sans but comme le juif errant (\u2026)&nbsp;\u00bb. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 a ses exigences&nbsp;;&nbsp;il a du mal avec \u00ab&nbsp;ces vieux grognards fraichement descendus de la montagne et qui sentent l\u2019\u00e9curie \u00e0 plein nez&nbsp;\u00bb. Le 24 ao\u00fbt il envoie \u00e0 Juliette une r\u00e9ponse lyrique qui r\u00e9v\u00e8le son exaltation ;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;Tu me dis bien heureux de ne pas \u00eatre comme les camarades du m\u00eame \u00e2ge \u00e0 la fronti\u00e8re&nbsp;? Tu me connais mal. Je pr\u00e9f\u00e8rerais le sacrifice utile du sommeil et de ma subsistance aux privations que je subissais ici inutilement \u00e0 cause du d\u00e9sordre qui r\u00e9gnait. Je pr\u00e9f\u00e8rerais les fatigues de la marche forc\u00e9e \u00e0 la rencontre de l\u2019ennemi, les affres des nuits pass\u00e9es \u00e0 la belle \u00e9toile sous la menace des boches l\u2019allemand que l\u2019inaction o\u00f9 je suis r\u00e9duit ici et la vie oisive et inutile que je m\u00e8ne \u00e0 la caserne.&nbsp;Il m\u2019est pour moi tr\u00e8s p\u00e9nible de songer justement que tandis que tous les jeunes de ma g\u00e9n\u00e9ration se battent, moi je reste en arri\u00e8re inutile. Je brule du d\u00e9sir de faire la campagne \u00e0 leurs cot\u00e9s. Et maintenant qu\u2019\u00e0 l\u2019habit militaire je me suis fait, maintenant qu\u2019aupr\u00e8s de vous aucun sentimentalisme ne me retient plus, maintenant que je sais maman gu\u00e9rie et que j\u2019ai l\u2019esprit plus tranquille, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 partir avec les premiers partants. Mais rassurez-vous ce ne sera pas encore&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Les premiers portraits de grad\u00e9s ne sont pas flatteurs&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;(\u2026) La vie de caserne va commencer pour nous dans toute son horreur sous l\u2019autorit\u00e9 paternelle de notre commandant Souligne dit \u00ab&nbsp;Soubise&nbsp;\u00bb une brute alcoolique et bougonne, jurant et temp\u00eatant comme un officier prussien. Un effet de sa tendre sollicitude a \u00e9t\u00e9 de nous supprimer la libert\u00e9 de 11 heures \u00e0 3 heures. Ca va barder comme nous disons&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Marc Souligne, commandant major au 122<sup>e<\/sup> RI est tu\u00e9 \u00e0 Beaus\u00e9jour lui aussi le 2 avril 1915. Il est pr\u00e9sent dans le t\u00e9moignage de Pierre Bellet (CRID, 96<sup>e<\/sup> RI). Mais finalement, Paul fait \u00e9tat de sa surprise face \u00e0 l\u2019absence d\u2019encadrement et de formation militaire&nbsp;; \u00ab (\u2026)&nbsp;\u00e0 peine un lieutenant durant 10 minutes (\u2026)&nbsp;\u00bb. A ce moment-l\u00e0, il pense qu\u2019il va rester trois ans \u00e0 la caserne pour y \u00eatre form\u00e9. Il continue de toucher son traitement de 30 francs par mois comme ma\u00eetre-r\u00e9p\u00e9titeur mais demande assez r\u00e9guli\u00e8rement de l\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le 20 septembre, c\u2019est le d\u00e9part, soit un mois \u00e0 peine apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 la caserne, et le 22 septembre, il envoie sa premi\u00e8re carte du front de Lorraine (Toul). Le choc est rapide, le ton tente pourtant d\u2019\u00eatre rassurant&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;(\u2026) Imm\u00e9diatement apr\u00e8s la descente du train nous nous sommes mis en marche vers la ligne de feu. Nous y arrivons ce soir apr\u00e8s 20 kms de marche. Notre r\u00e9giment se bat \u00e0 200 m\u00e8tres en avant. Tout ce soir nous avons entendu rouler la canonnade. Elle vient \u00e0 peine de cesser \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit. Demain nous irons peut-\u00eatre au feu. Je ne peux vous donner beaucoup de d\u00e9tails ma carte serait retenue. Sachez seulement que tout va bien. Je me porte \u00e0 merveille. Je ne suis nullement fatigu\u00e9 du voyage ni de la marche que nous avons faites. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">Le 24&nbsp;; \u00ab&nbsp;(\u2026) La canonnade est furieuse J\u2019ai fait mes d\u00e9buts dans une tranch\u00e9e. Nous n\u2019avons pas tir\u00e9 un seul coup de fusil (\u2026) \u00bb. Le 26, il \u00e9crit sa premi\u00e8re carte \u00e0 son ami Emile Rouvi\u00e8re mobilis\u00e9 comme m\u00e9decin dans le 5<sup>e<\/sup> DEF&nbsp;; \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;(\u2026) les obus pleuvent mais ils n\u2019ont fait aucun mal dans nos rangs. Le seul casque \u00e0 pointe que j\u2019ai encore vu est celui qu\u2019une de nos patrouilles a trouv\u00e9 hier dans une tranch\u00e9e&nbsp;(\u2026) \u00bb. Mais d\u00e8s le 28, il \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;; \u00ab&nbsp;Il me tarde que la guerre soit finie. La canonnade est furieuse&nbsp;; nous n\u2019avons pas encore tir\u00e9 un coup de fusil&nbsp;; nous assistons \u00e0 un duel d\u2019artillerie ou nous sommes vraisemblablement sup\u00e9rieurs car nous avan\u00e7ons. Je supporte tr\u00e8s bien les fatigues de la campagne&nbsp;(\u2026) \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">A partir du 3 octobre, il est au repos \u00e0 Nancy. Dans ses longues lettres, il se plaint de l\u2019absence de courrier, explique le roulement des compagnies en ligne. Il demande un colis \u00ab&nbsp;de chocolat, de saucisson, des cartes g\u00e9ographiques, des cigarettes, des gants fourr\u00e9s et des cale\u00e7ons&nbsp;\u00bb. Les premi\u00e8res lettres lui parviennent au bout de 3 semaines, tandis que lui manque r\u00e9guli\u00e8rement de papier. Le 12 octobre, il pr\u00e9cise d\u00e9j\u00e0 qu\u2019 \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e0 peine quelques obus tombant sur les vitrages o\u00f9 nous sommes cantonn\u00e9s ont-ils tu\u00e9 quelques hommes. A l\u2019abattement des premiers jours a succ\u00e9d\u00e9 une r\u00e9signation sereine qui raffermit l\u2019espoir de vous revoir&nbsp;\u00bb. Ses demandes soulignent qu\u2019il n\u2019envisage pas une guerre longue&nbsp;; \u00ab&nbsp;Tu pourrais m\u2019envoyer une centaine de francs j\u2019en aurais assez jusqu\u2019\u00e0 la fin de la campagne&nbsp;\u00bb (20 octobre). Les exercices militaires se succ\u00e8dent \u00e0 l\u2019abri \u00ab&nbsp;(\u2026) Jeudi 22 octobre&nbsp;: il y a longtemps que nous nous sommes battus nous effectuons de bonnes marches le long du front je suis content de voir que je tombe les kilom\u00e8tres sans plus de fatigue que les plus endurcis des troupiers. La marche de 35 kilom\u00e8tres n\u2019a pas entam\u00e9 ma belle humeur. (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Dans les Flandres belges<\/em> : Fin octobre, c\u2019est l\u2019arriv\u00e9e dans les Flandres belges dans la terrible bataille d\u2019Ypres&nbsp;; \u00ab&nbsp;(\u2026) 27 octobre nous approchons du front maintenant. Ici la guerre d\u00e9ploie tout son art meurtrier et toute sa formidable industrie. Engins de toute sorte, Anglais, Boers et Belges des Hindous, des prisonniers allemands d\u00e9moralis\u00e9s&nbsp;(\u2026) \u00bb. La correspondance devient une puissante \u00e9l\u00e9gie, les pieds dans la boue et la t\u00eate sous les obus. Il envisage sa propre disparition et s\u2019en ouvre \u00e0 plusieurs reprises, d\u2019abord \u00e0 sa s\u0153ur&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;(\u2026) Ah ma ch\u00e9rie&nbsp;! on sent mieux le prix l\u2019affection lorsqu\u2019on risque de la perdre. Le plus grand sacrifice que je ferai \u00e0 la Patrie, si je dois tomber, sera celui de votre amour. Mais il ne faut pas penser \u00e0 cela. Il y a pr\u00e8s de 20 jours que je ne suis pas all\u00e9 au feu. Et si par hasard je ne devais pas revenir, il ne faudrait ni me plaindre ni me pleurer (\u2026)&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Rapidement il fait \u00e9tat de son \u00e9tat d\u2019esprit d\u00e9sabus\u00e9&nbsp; : <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;(\u2026) J\u2019ai trouv\u00e9 cette nuit dans une tranch\u00e9e abandonn\u00e9e une carte o\u00f9 un boche disait \u00e0 un combattant de sa nationalit\u00e9 \u00ab&nbsp; C\u2019est dommage que tu ne sois pas encore \u00e0 Paris. Vise bien pour qu\u2019il en soit bient\u00f4t fini de tous ces pantalons rouges&nbsp;\u00bb Je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher de me rappeler le mot d\u2019Henri \u00ab&nbsp; Zigouille le plus de boches que tu pourras et gare-toi&nbsp;\u00bb. Tout \u00e7a c\u2019est pas facile \u00e0 faire&nbsp;(\u2026) \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Apr\u00e8s sa s\u0153ur, il pr\u00e9pare sa m\u00e8re \u00e0 sa disparition (Marcelle a soulign\u00e9 les derni\u00e8res volont\u00e9s sur son cahier)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;(\u2026) Tu dois te r\u00e9signer \u00e0 mon absence maman ch\u00e9rie et si je ne revenais par hasard, ne me pleure pas, que mon souvenir te soit l\u00e9ger, aimable, et souriant. Ne me plains pas&nbsp;; j\u2019accepte le sacrifice et je serai content de faire mon devoir. Je t\u2019embrasse maman ch\u00e9rie aussi tendrement que je t\u2019aime. Ton Paul ch\u00e9ri&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Dans les tranch\u00e9es, Paul exprime un sentiment de d\u00e9shumanisation de fa\u00e7on r\u00e9currente \u00e0 partir du 4 novembre&nbsp;; \u00ab<strong>&nbsp;<\/strong>Le temps dans les tranch\u00e9es se passe \u00e0 se terrer comme les lapins dans des trous que nous creusons pour se mettre \u00e0 l\u2019abri des obus&nbsp;\u00bb. Souffrant de solitude, il se rapproche d\u2019un camarade biterrois avec lequel les relations sont parfois difficiles&nbsp;dont le portrait n\u2019est pas toujours flatteur ; \u00ab(\u2026) L\u2019ami Cl\u00e9ment a \u00e9t\u00e9 ce bless\u00e9 ce matin \u00e0 l\u2019\u00e9paule droite tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement. La gravit\u00e9 est celle d\u2019un rhume de cerveau (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Fin novembre il \u00e9crit \u00e0 sa s\u0153ur&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;Je ne voudrais pas que vous ayez trop de foi en mon retour, Certes nous devons le souhaiter et pour ma part je le d\u00e9sire ardemment, mais ma ch\u00e9rie vous devez vous pr\u00e9parer \u00e0 la pire fatalit\u00e9. Si je ne reviens pas ma volont\u00e9 est que vous ne fassiez pas rechercher mon corps comme j\u2019ai vu certaines familles le faire, je voudrais que mon souvenir vous soit l\u00e9ger agr\u00e9able et non pas obs\u00e9dant et triste. Aussi je voudrais que ma m\u00e9moire ne vous soit pas une obsession douloureuse mais un souvenir souriant o\u00f9 se m\u00ealera votre fiert\u00e9 de m\u00e8re et de s\u0153ur de me savoir tomb\u00e9 au champ d\u2019honneur en faisant mon devoir. H\u00e9las le champ d\u2019honneur&nbsp;! n\u2019est souvent qu\u2019un champ de betteraves, morne et froid o\u00f9 la mort est lente et dure. Peu importe vous ne devez penser qu\u2019\u00e0 l\u2019aur\u00e9ole dont s\u2019entoure la m\u00e9moire des h\u00e9ros et qui doit rejaillir sur vous. Malgr\u00e9 tout ce que je peux dire j\u2019esp\u00e8re bien vous revoir. Vous pouvez \u00eatre assur\u00e9es que je serai prudent je prends de plus en plus l\u2019exp\u00e9rience de la guerre, je ne serai ni t\u00e9m\u00e9raire, ni fanfaron (\u2026)&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">A partir du 7 d\u00e9cembre, nouveau r\u00e9pit&nbsp;; il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une formation en arri\u00e8re du front dans le seul quartier d\u2019Ypres qui ne soit pas encore bombard\u00e9, pour apprendre \u00e0 construire des tranch\u00e9es mod\u00e8les, il est finalement \u00e0 l\u2019abri durant presque un mois. A son retour, le nombre \u00e9lev\u00e9 de camarades morts pendant son absence le laisse tr\u00e8s d\u00e9prim\u00e9 et il fait le r\u00e9cit \u00e0 sa m\u00e8re de l\u2019extr\u00eame violence aux tranch\u00e9es&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp;Dans tous les cas il est possible qu\u2019un grand nombre de nous restera sur le champ. La guerre prend un caract\u00e8re de sauvagerie outr\u00e9e. En divers points les boches ont achev\u00e9 dans les tranch\u00e9es les bless\u00e9s tomb\u00e9s entre leurs lignes. Quand ils montent \u00e0 l\u2019assaut, ils ont coutume de pousser devant eux les prisonniers en criant de ne pas tirer. Aussi la consigne est de ne pas faire de prisonniers et de tirer sur tout homme qui se rend&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Ces \u00e9crits rejoignent les r\u00e9cits de Benjamin Simonet ou Pierre Bellet qui appartiennent \u00e0 la m\u00eame D.I. Nostalgie de la famille, du pays se lisent le 6 janvier 1915 lorsqu\u2019il re\u00e7oit un paquet de sa s\u0153ur qui le rend lyrique&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab<strong>&nbsp;<\/strong>Quelle touchante id\u00e9e ma ch\u00e8re petite s\u0153ur de m\u2019envoyer des raisins, des fruits par excellence de mon pays, ma terre de pr\u00e9dilection. Chaque grain tenait enferm\u00e9 un peu du soleil de l\u00e0-bas qui brille si joyeux et dont je suis ici si priv\u00e9. Que le ciel est triste sur ce coin d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 de la terre. Il semble que le ciel se soit voil\u00e9 devant les horreurs commises par les hommes et que derri\u00e8re son voile humide, il pleuvra une pesante larme avec chaque goutte de pluie. Au dessus des hommes qui ont l\u2019air d\u2019\u00eatre des jouets, Je fais mon devoir sans haine aveugl\u00e9ment le c\u0153ur ulc\u00e9r\u00e9 des souffrances que je fais na\u00eetre mais sans laisser faiblir mon bras. Je ne vis que pour vous qui pansez les plaies.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le 7 janvier, d\u00e8s son retour en 1ere ligne il a du enterrer son meilleur ami sous les balles, se retrouve t\u00e2ch\u00e9 de sang et c\u2019est une ballade allemande qui lui vient sur les l\u00e8vres&nbsp;;\u00ab&nbsp; Oh comme les morts vont vite&nbsp;! Oh comme les morts sont lourds&nbsp;!&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9pisode est relat\u00e9 plusieurs fois dans les lettres de diverses fa\u00e7ons selon la ou le destinataire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Sur l\u2019arri\u00e8re front, avant la Champagne, il retrouve un peu d\u2019\u00e9nergie&nbsp;pour f\u00e9liciter son fr\u00e8re \u00c9tienne de sa blessure \u00e0 la bouche \u00ab&nbsp;tu peux \u00eatre fier de ta glorieuse cicatrice qui t\u2019a laiss\u00e9 la lumi\u00e8re&nbsp;\u00bb. M\u00eame s\u2019il se plaint&nbsp;; \u00ab&nbsp;Depuis que nous avons quitt\u00e9 la tranch\u00e9e on nous ennuie de toutes les fa\u00e7ons. Ou bien nous faisons des marches, des exercices&nbsp;\u00bb Il peut dormir dans un lit, faire deux repas, se laver, se reposer, \u00e9crire, lire, autant de compensations essentielles \u00e0 sa t\u00e9nacit\u00e9. Il entame encore le 26 janvier&nbsp;avec Marguerite Triolle, un d\u00e9but d\u2019un flirt \u00e9pistolaire et \u00e9change sur la musique classique et la po\u00e9sie en usant largement de son capital symbolique&nbsp;pour user de rh\u00e9torique convenue :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp; Nous autres, les petits soldats de la belle France si nous sommes contents de nous battre pour nos foyers, pour nos maman, pour nos s\u0153urs, nous sommes fiers aussi de savoir que les yeux des belles filles nous regardent. Mais combien contraire \u00e0 notre temp\u00e9rament, combien r\u00e9pugnante \u00e0 notre esprit cette guerre de tranch\u00e9es que no6us impose le Teuton&nbsp;! et que ne donnerait-on pas pour rencontrer une fois pour toute le boche en rase campagne&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Mais, au m\u00eame moment, \u00e0 son fr\u00e8re&nbsp;\u00c9tienne mobilis\u00e9 comme lui, il envoie son testament; \u00ab&nbsp;L\u2019un de nous ne peut esp\u00e9rer revenir&nbsp;\u00bb et lui demande de consoler sa m\u00e8re, de payer ses dettes (100 francs \u00e0 4 camarades) de devenir le chef de famille et lui l\u00e8gue sa montre en or. La philosophie devient un ressource mentale&nbsp;qu\u2019il exprime \u00e0 sa m\u00e8re ;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:14px\">\u00ab&nbsp; Nous sommes partis des enfants nous vous reviendrons des hommes. Pendant les longues heures d\u2019angoisse dans la tranch\u00e9e, heures pendant lesquelles s\u2019ajoute la pens\u00e9e tortur\u00e9e, on revoit le pass\u00e9, le c\u0153ur gonfl\u00e9 de toutes les larmes qu\u2019on ne pleure pas. Pour avoir \u00e9tanch\u00e9 le sang, pans\u00e9 les plaies, on se sent plus compatissant&nbsp;; pour avoir vu la haine aveugle meurtrir injustement, on devient plus tol\u00e9rant et plus conciliant. On se sent grandi par toutes les souffrances. Rien ne nous rend si grand qu\u2019une grande douleur. Ceux qui reviendront seront de doux philosophes, ils auront appris \u00e0 aimer la vie en c\u00f4toyant la mort&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Sur le front de Beaus\u00e9jour, les lettres quotidiennes sont tr\u00e8s br\u00e8ves&nbsp;:<strong> <\/strong>15 mars 1915, \u00ab&nbsp;4<sup>e<\/sup> jour sur le front&nbsp;\u00bb. Son r\u00e9giment combat en premi\u00e8re ligne dans la commune de Minaucourt (Marne), au fortin de Beaus\u00e9jour, th\u00e9\u00e2tre de violents affrontements (f\u00e9vrier &#8211; mars 1915). Le 17 mars 1915, il est tu\u00e9. Commence pour la famille un long travail de deuil sans corps, jamais identifi\u00e9, ni retrouv\u00e9. Aucun de ces fr\u00e8res et s\u0153ur n\u2019aura d\u2019enfant. Seule Juliette adopte tardivement un petit gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Christine Delpous \u2013 f\u00e9vrier 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignage disponible aux archives d\u00e9partementales de l\u2019H\u00e9rault. Original : ADH 1 J 1719 (archives personnelles et familiales) et 1 J 1720 (correspondance) consultables en ligne. Etudiant en math\u00e9matiques, soldat puis caporal dans le 122e RI. 1. Le t\u00e9moin Paul Benjamin Charles Bascoul est n\u00e9 le 16 janvier 1893 \u00e0 B\u00e9ziers de Benjamin Bascoul, n\u00e9gociant en &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/02\/22\/bascoul-paul-1893-1915\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Bascoul, Paul (1893-1915)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[317,10,6,104],"tags":[708,330,1054],"class_list":["post-3464","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-122e-ri","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","category-non-publie","tag-angoisse","tag-mort","tag-officiers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3464"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3479,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3464\/revisions\/3479"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}