{"id":3532,"date":"2021-03-21T11:08:56","date_gmt":"2021-03-21T10:08:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3532"},"modified":"2021-07-12T15:39:26","modified_gmt":"2021-07-12T14:39:26","slug":"riviere-jacques-1886-1925","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/03\/21\/riviere-jacques-1886-1925\/","title":{"rendered":"Rivi\u00e8re, Jacques (1886-1925)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">1. Le t\u00e9moin <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Jacques Rivi\u00e8re, d\u2019origine bordelaise, est en 1914 secr\u00e9taire de la <em>Nouvelle Revue Fran\u00e7aise<\/em>, publication litt\u00e9raire dirig\u00e9e par Jacques Copeau depuis 1912, qui poss\u00e8de aussi un d\u00e9partement d\u2019\u00e9dition dirig\u00e9 par Gaston Gallimard. L\u2019auteur est un intellectuel catholique, proche de Paul Claudel mais aussi d\u2019Andr\u00e9 Gide, et par ailleurs l\u2019ami intime d\u2019Henri Fournier (Alain-Fournier en litt\u00e9rature), dont il a \u00e9pous\u00e9 la s\u0153ur en 1909. Mobilis\u00e9 comme sergent au 220<sup>e<\/sup> RI de Mirande, il est rapidement fait prisonnier dans le secteur d\u2019\u00c9tain le 24 ao\u00fbt 1914. Sa captivit\u00e9 est marqu\u00e9e par une tentative d\u2019\u00e9vasion \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1915, et par la maladie qui le fait rapatrier en Suisse en juin 1917. Il regagne la France en juillet 1918, et \u00e0 partir de sa d\u00e9mobilisation en 1919, devient le dynamique directeur de la revue NRF jusqu\u2019\u00e0 sa mort \u00e0 38 ans, en 1925, de la typho\u00efde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Les <em>Carnets (1914-1917)<\/em> de Jacques Rivi\u00e8re sont une publication de 1974, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9e en 2001 (Fayard, 493 pages)&nbsp;; l\u2019ensemble pr\u00e9sente un caract\u00e8re composite&nbsp;: si la majorit\u00e9 du recueil est de la main de l\u2019auteur, l\u2019organisation du volume et le r\u00e9cit de son \u00e9vasion sont une reconstitution faite par sa femme Isabelle Rivi\u00e8re, et des extraits \u00ab&nbsp;spirituels&nbsp;\u00bb des carnets avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s par elle apr\u00e8s la mort de Jacques avec le pieux <em>\u00ab&nbsp;\u00c0 la trace de Dieu<\/em>&nbsp;\u00bb (1925). De l\u2019auteur-m\u00eame, on a donc un carnet de campagne et quatorze carnets de captivit\u00e9, qu\u2019il a lui-m\u00eame relus et parfois l\u00e9g\u00e8rement modifi\u00e9s. Son fils Alain Rivi\u00e8re pr\u00e9vient dans un avertissement (p. IX)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Est-t-il besoin de le dire&nbsp;? Ces carnets n\u2019\u00e9taient pas destin\u00e9s \u00e0 la publication. Lorsqu\u2019un homme formule silencieusement ses m\u00e9ditations dans la solitude, il ne parle pas pour \u00eatre entendu des autres.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Les carnets de Jacques Rivi\u00e8re, constitu\u00e9s de mentions courtes, hach\u00e9es, de lecture souvent ardue, ne d\u00e9crivent pas ce qu\u2019il voit mais ce qu\u2019il \u00e9prouve, pendant sa captivit\u00e9&nbsp;; en cela, il s\u2019agit surtout de pens\u00e9es, de notes sur sa vie int\u00e9rieure, avec souvent des consid\u00e9rations mystiques dans lesquelles Dieu est tr\u00e8s pr\u00e9sent. Le po\u00e8te Pierre Emmanuel pr\u00e9cise en introduction que ces mentions ne peuvent nous \u00eatre qu\u2019en partie intelligibles. On pourra aussi citer ce joli propos d\u2019Antoine Bourdelle, signal\u00e9 dans la biographie de qualit\u00e9 que Jean Lacouture \u00e0 consacr\u00e9 \u00e0 J. Rivi\u00e8re (<em>Une adolescence du si\u00e8cle<\/em>, Seuil, 1994): le sculpteur lui \u00e9crivait en 1910&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>vous \u00e9crivez comme on frissonne<\/em>&nbsp;\u00bb. Ainsi l\u2019auteur n\u2019est repr\u00e9sentatif ni de t\u00e9moins diaristes classiques, qui d\u00e9criraient m\u00e9thodiquement ce qui les entoure, ni, \u00e0 travers sa sensibilit\u00e9 d\u2019intellectuel mystique et tourment\u00e9, des repr\u00e9sentants de son groupe social, la petite et moyenne bourgeoisie mobilis\u00e9e. Ce corpus est donc surtout utilisable en histoire de la litt\u00e9rature, mais, malgr\u00e9 son aspect \u00e0 la fois discontinu et touffu, constitu\u00e9 de bribes \u00e9parses souvent cryptiques, on peut aussi y trouver un int\u00e9r\u00eat en histoire, ici celle de la captivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>L\u2019humiliation<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">C\u2019est un th\u00e8me obs\u00e9dant qui le ronge, omnipr\u00e9sent en 1914, et qui revient r\u00e9guli\u00e8rement le hanter jusqu\u2019\u00e0 1916. Il a honte d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 fait prisonnier, et si t\u00f4t (24 ao\u00fbt 1914). Il est \u00ab&nbsp;<em>submerg\u00e9 par le malheur<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 37). Il ne produit pas de description compr\u00e9hensible de la capture de sa section, ce n\u2019est pas ce qui l\u2019int\u00e9resse, mais il intellectualise de mani\u00e8re int\u00e9rieure sa situation; on peut \u00e0 cet \u00e9gard reproduire ici une remarque caract\u00e9ristique du style \u00ab&nbsp;Rivi\u00e8re-t\u00e9moin&nbsp;\u00bb&nbsp;: (21 septembre 1914) \u00ab&nbsp;<em>\u00c9videmment, c\u2019est une humiliation que j\u2019avais demand\u00e9 \u00e0 Dieu, comme par la force, comme pouss\u00e9 par une inspiration plus forte que mon propre d\u00e9sir.&nbsp;Mais non pas d\u2019une fa\u00e7on aussi nette, ni comme une r\u00e9ponse aussi pr\u00e9cise \u00e0 ma pri\u00e8re.&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 52). Par la suite, le moral est fluctuant, et aux phases de d\u00e9sespoir succ\u00e8dent de brefs moments d\u2019exaltation. L\u2019humiliation revient lorsqu\u2019il voit arriver au camp, au printemps 1916, des Fran\u00e7ais faits prisonniers \u00e0 Verdun. Il est suspendu au r\u00e9cit des combats, et mentionne&nbsp;par exemple: \u00ab&nbsp;<em>Et cet autre de Constant&nbsp;: son camarade, touch\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, se rendant tr\u00e8s bien compte qu\u2019il allait mourir. Comme Constant lui demandait s\u2019il voulait qu\u2019il \u00e9crive chez lui, qu\u2019il remette quelque chose&nbsp;: &#8211; \u00ab&nbsp;Oh! non, \u00e7a ne vaut pas la peine. Chez moi, on s\u2019en fout.<\/em>&nbsp;\u00bb (26 mai 1916, p. 311). Si la culpabilit\u00e9 s\u2019apaise avec la dur\u00e9e, et surtout avec l\u2019espoir d\u2019un transfert en Suisse, une mention tardive nous \u00e9claire sur l\u2019importance de sa capture dans son \u00e9volution psychologique globale <em>\u00ab&nbsp;j\u2019ai \u00e9t\u00e9 recr\u00e9\u00e9 par la honte. Tout ce que je peux trouver de bien dans l\u2019homme nouveau que je suis devenu, a sa source dans ce souvenir intol\u00e9rable.<\/em>&nbsp;\u00bb (27 f\u00e9vrier 1917, p. 401).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>La vie au camp<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">J. Rivi\u00e8re planifie et r\u00e9alise une courageuse tentative d\u2019\u00e9vasion \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1915. Utile pour ses ge\u00f4liers parce qu\u2019il parle l\u2019allemand, il avait auparavant obtenu de se faire transf\u00e9rer dans un camp moins \u00e9loign\u00e9 de la fronti\u00e8re n\u00e9erlandaise (de Koenigsbr\u00fcck, pr\u00e8s de Dresde, \u00e0 H\u00fclseberg, pr\u00e8s de Br\u00eame). Le r\u00e9cit est ici refait par Isabelle Rivi\u00e8re. Son mari, repris au bout de quatre jours, est sanctionn\u00e9 par un r\u00e9gime de cachot s\u00e9v\u00e8re, puis r\u00e9incarc\u00e9r\u00e9 en Saxe dans son ancien camp. Dans le quotidien de la d\u00e9tention, l\u2019auteur est \u00e0 la fois \u00e9crivain public, interpr\u00e8te pour ses camarades, et r\u00e9f\u00e9rent moral&nbsp;; son biographe Jean Lacouture (<em>Une adolescence\u2026<\/em>) a retrouv\u00e9 des t\u00e9moignages montrant qu\u2019il exer\u00e7ait un ascendant moral positif sur ses camarades. Il est aussi tr\u00e8s attir\u00e9 par les d\u00e9tenus russes (\u00ab&nbsp;<em>comme je les aimais&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb p. 118). En eux, il semble projeter un essentialisme mystique, fruit de ses lectures faites \u00e0 partir de traduction&nbsp;:&nbsp;il se met alors \u00e0 apprendre le russe. Responsable de la biblioth\u00e8que, il prononce quelques conf\u00e9rences, mais comme on l\u2019a dit, ses notes donnent surtout des sensations tr\u00e8s personnelles, y compris pour sa vie sentimentale compliqu\u00e9e. En 1916, les notations \u00e9voquent \u00ab&nbsp;l\u2019<em>Imitation<\/em>&nbsp;\u00bb, Saint-Augustin (en latin), les \u00ab&nbsp;<em>\u00c9vangiles&nbsp;\u00bb<\/em>, mais des allusions au \u00ab&nbsp;<em>M\u00e9morial<\/em>\u00bb ou \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>Illusions perdues<\/em>&nbsp;\u00bb viennent s\u2019intercaler entre ces mentions de lectures. La tenue de ses carnets a donc une importance vitale pour lui:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est lui <\/em>[son carnet]<em> qui m\u2019entretient l\u2019esprit, qui le recr\u00e9e, qui le ravive. (\u2026) le continuer, le peupler de tous mes biens aim\u00e9s afin que leur image ne s\u2019obscurcisse pas ni ne s\u2019engourdisse.<\/em>&nbsp;\u00bb (9 mars 1915, p.195).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>La lib\u00e9ration<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019auteur est d\u2019abord inscrit sur une liste de prisonniers \u00e9changeables, car il a pass\u00e9 pendant son service militaire son brevet de brancardier-infirmier. Une convention de rapatriement existe pour certains personnels sanitaires prisonniers, mais ce n\u2019est pas de droit et il faut \u00eatre en bonne position sur la liste&nbsp;: contrairement, par exemple, au chanteur de caf\u00e9-concert Maurice Chevalier, qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette mesure, ce sera un \u00e9chec pour J. Rivi\u00e8re. Sa femme continue de remuer ciel et terre en France, surtout dans le monde litt\u00e9raire, et si le transfert en Suisse est motiv\u00e9 par sa sant\u00e9 d\u00e9clinante, il semble bien que le succ\u00e8s final tienne beaucoup \u00e0 l\u2019entregent de Paul Claudel, via Philippe Berthelot au Quai d\u2019Orsay, associ\u00e9s dans cette d\u00e9marche \u00e0 des intellectuels suisses. J. Rivi\u00e8re arrive \u00e0 Z\u00fcrich en juin 1917 comme prisonnier de guerre intern\u00e9, il revoit sa femme, et donne des conf\u00e9rences litt\u00e9raires publiques \u00e0 Gen\u00e8ve, puis il peut rentrer en France en juillet 1918. Sa sant\u00e9 est alt\u00e9r\u00e9e, mais il se remet rapidement, et on peut observer que des milliers de prisonniers fran\u00e7ais, bien plus gravement touch\u00e9s que lui, n\u2019ont pu acc\u00e9der \u00e0 ce type de transfert&nbsp;: ici, au plus profond de la guerre, le r\u00e9seau relationnel compte encore, et \u00ab<em>selon que vous serez puissants ou mis\u00e9rables\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>L\u2019Allemand<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019auteur publie \u00e0 Paris en d\u00e9cembre 1918, aux \u00e9ditions de la NRF, <em>L\u2019Allemand, souvenirs et r\u00e9flexions d\u2019un prisonnier de guerre<\/em>, un livre qui a \u00e9t\u00e9 en partie \u00e9labor\u00e9 \u00e0 partir de remarques issues des <em>Carnets<\/em>. Cet ouvrage n\u2019est pas \u00e0 proprement parler un livre de t\u00e9moignage ou de souvenirs, mais c\u2019est une d\u00e9monstration, issue de son exp\u00e9rience, du caract\u00e8re inf\u00e9rieur de l\u2019Allemand&nbsp;: c\u2019est une description psychologique globalisante du caract\u00e8re born\u00e9 de l\u2019ennemi, qu\u2019il soit gardien de camp ou intellectuel \u00e9crivain. Si cette optique essentialiste, tr\u00e8s r\u00e9pandue \u00e0 l\u2019\u00e9poque, n\u2019a rien d\u2019original, des remarques de J. Lacouture et surtout un tr\u00e8s int\u00e9ressant article de Ya\u00ebl Dagan (\u00ab&nbsp;La \u00ab&nbsp;d\u00e9mobilisation&nbsp;\u00bb de Jacques Rivi\u00e8re, 1917-1925&nbsp;\u00bb, 2003), mettent en lumi\u00e8re un passionnant paradoxe. On peut consid\u00e9rer trois temps&nbsp;; d\u2019abord, \u00e0 la fin de 1917, en Suisse, l\u2019auteur r\u00e9fl\u00e9chit dans ses notes et ses lettres, \u00e0 un rapprochement avec l\u2019ennemi. Influenc\u00e9 par le \u00ab&nbsp;wilsonisme&nbsp;\u00bb, il souhaite tourner la page et aller vers l\u2019autre, dans une perspective nouvelle, celle de la S.D.N. Puis, avec les offensives \u00e0 l\u2019Ouest au printemps 1918, changement radical, les Allemands sont d\u00e9cid\u00e9ment des fourbes et \u00ab&nbsp;<em>des cochons<\/em>&nbsp;\u00bb, (\u2026), et \u00ab&nbsp;<em>ce que je m\u2019interdis d\u00e9sormais violemment, c\u2019est de contribuer, pour si peu que ce soit, \u00e0 l\u2019illusion qu\u2019il y a encore quelque chose \u00e0 faire avec les Boches<\/em>.\u00bb (Y. Dagan, art. cit., note 26). Rentr\u00e9 en France en 1918, l\u2019auteur r\u00e9dige donc son livre, qui est une description des tares \u00ab&nbsp;objectives&nbsp;\u00bb de la race intellectuelle teutonne. Il regrette toutefois la parution de son ouvrage d\u00e8s avant celle-ci, et c\u2019est le troisi\u00e8me temps. En effet \u00e0 l\u2019automne 1918, il est revenu \u00e0 des projets de concertation internationale et pacifique, il faut \u00ab&nbsp;<em>faire cesser la contrainte que la guerre exerce encore sur nos intelligences<\/em>\u00bb&nbsp;; contre la majorit\u00e9 des intellectuels fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque, et aussi contre l\u2019avis d\u2019une partie des proches de la NRF, il souhaite r\u00e9orienter la revue, l\u2019ouvrir \u00e0 une perspective europ\u00e9enne g\u00e9n\u00e9reuse et faire un pas vers les Allemands. Pourtant il ne peut alors d\u00e9savouer publiquement son livre haineux, et s\u2019il le critique en priv\u00e9, l\u2019ouvrage aura plusieurs tirages de son vivant et ce sera son seul succ\u00e8s de librairie. Alors duplicit\u00e9&nbsp;? Double langage? Ou plut\u00f4t sinc\u00e9rit\u00e9s successives, mais oppos\u00e9es&nbsp;? Ce qui est int\u00e9ressant ici, c\u2019est en fait la complexit\u00e9 du t\u00e9moignage, sa d\u00e9pendance au conjoncturel et \u00e0 l\u2019environnement imm\u00e9diat. Dans une pr\u00e9face \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition du livre en 1924, il critiquera sa propre production, mais les intellectuels allemands des ann\u00e9es vingt ne la lui pardonneront pas. Un extrait d\u2019une lettre \u00e0 sa femme, datant d\u2019avant l\u2019armistice, peut t\u00e9moigner pour finir du caract\u00e8re poignant de ce \u00ab&nbsp;dilemme du t\u00e9moignage&nbsp;\u00bb chez cet intellectuel humaniste (Y. Dagan, art. cit., note 38, dans <em>Bulletin de l\u2019AJRAF<\/em>, n\u00b052\/53, 1989, p.63)&nbsp;: \u00ab<em>C\u2019est mon pauvre livre (\u2026) Je le d\u00e9teste, je l\u2019ex\u00e8cre, si j\u2019avais seulement un tout petit peu de courage, j\u2019en arr\u00eaterais l\u2019impression, car je sais que sit\u00f4t qu\u2019il aura paru, je le regretterai et qu\u2019il sera un remord pour toute ma vie. Les scrupules que j\u2019avoue dans ma pr\u00e9face \u00e9taient l\u00e9gitimes, j\u2019aurais d\u00fb les \u00e9couter.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Vincent Suard, mars 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Jacques Rivi\u00e8re, d\u2019origine bordelaise, est en 1914 secr\u00e9taire de la Nouvelle Revue Fran\u00e7aise, publication litt\u00e9raire dirig\u00e9e par Jacques Copeau depuis 1912, qui poss\u00e8de aussi un d\u00e9partement d\u2019\u00e9dition dirig\u00e9 par Gaston Gallimard. 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