{"id":3536,"date":"2021-03-25T18:13:34","date_gmt":"2021-03-25T17:13:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3536"},"modified":"2021-08-27T21:21:25","modified_gmt":"2021-08-27T20:21:25","slug":"paul-tourigny-1898-apres-1976","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/03\/25\/paul-tourigny-1898-apres-1976\/","title":{"rendered":"Tourigny, Paul (1898- apr\u00e8s 1976)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le carnet de grand-p\u00e8re \u00e0 travers les deux guerres pour l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">1. Le t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Paul Tourigny (1898 \u2013 apr\u00e8s 1976) est n\u00e9 \u00e0 Missy-sur Aisne (Aisne), dans une famille pauvre de 9 enfants. Le jeune homme passe l\u2019automne 1914 dans les caves de Missy quotidiennement bombard\u00e9 car tr\u00e8s proche du front. Au d\u00e9but 1915, toute sa famille se r\u00e9fugie dans le Loir-et-Cher, puis il s\u2019engage \u00e0 dix-sept ans et demi en devan\u00e7ant sa classe. Il monte en ligne avec le 42<sup>e<\/sup> BCP et est bless\u00e9 en octobre 1917. Amput\u00e9 d\u2019un bras, il travaille apr\u00e8s la guerre aux usines Renault, puis il obtient, au d\u00e9but des ann\u00e9es trente, un emploi r\u00e9serv\u00e9 dans l\u2019administration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">\u00ab&nbsp;Le carnet de grand-p\u00e8re \u00e0 travers deux guerres pour l\u2019Europe&nbsp;\u00bb a paru aux \u00e9ditions \u00ab&nbsp;La Pens\u00e9e universelle&nbsp;\u00bb en 1976 (185 pages). En page de garde, P. Tourigny, mutil\u00e9 de guerre, pr\u00e9sente ses diff\u00e9rentes m\u00e9dailles (il y en a neuf), et la liste se termine par \u00ab&nbsp;<em>aucun dipl\u00f4me universitaire ni certificat d\u2019\u00e9tudes<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019auteur dit avoir, pendant le conflit, et \u00ab&nbsp;<em>chaque jour autant que possible<\/em>&nbsp;\u00bb, consign\u00e9 les faits qui l\u2019avaient marqu\u00e9 sur un petit carnet. Ces notes l\u2019ont aid\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger son t\u00e9moignage, soixante ans apr\u00e8s les faits.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019auteur explique s\u2019\u00eatre d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger ses m\u00e9moires de guerre en raison de demandes fr\u00e9quentes d\u2019enfants, qui l\u2019interrogeaient sur son bras manquant. Le r\u00e9cit \u00e9voque d\u2019abord son enfance pauvre, son placement dans des fermes, puis son apprentissage comme menuisier&nbsp;; au moment o\u00f9 sonne le tocsin d\u2019ao\u00fbt 1914, il a seize ans et demi et travaille au ch\u00e2teau de Soupir. Les Allemands en repli se fixent en septembre sur les coteaux nord de l\u2019Aisne, \u00e0 faible distance de Missy, et le r\u00e9cit pr\u00e9cis de Paul Tourigny d\u00e9crit alors quatre mois de sa vie dans les caves, dans un village tenu par les Anglais puis les Marocains, de septembre 1914 \u00e0 janvier 1915. Le r\u00e9cit est ici une chronique journali\u00e8re des faits militaires, des dommages caus\u00e9s aux maisons &#8211; identifi\u00e9es avec le nom des propri\u00e9taires &#8211; et des mentions de civils tu\u00e9s ou bless\u00e9s. &nbsp;En d\u00e9cembre, l\u2019auteur raconte une tr\u00eave de No\u00ebl, telle que pouvait la percevoir indirectement un civil. Il va ainsi porter du lait \u00e0 des habitants isol\u00e9s \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, et (p. 53) <em>\u00ab&nbsp;quelle ne fut pas ma surprise sur le chemin du retour d\u2019entendre parler \u00e0 haute voix dans les tranch\u00e9es du bois de la Guide. Effectivement, c\u2019\u00e9taient les deux camps qui parlementaient.<\/em>\u00bb&nbsp;Il mentionne qu\u2019il n\u2019arrivait pas \u00e0 comprendre ce qui se disait, mais qu\u2019on lui a racont\u00e9 ensuite que \u00ab&nbsp;<em>la tr\u00eave avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e pour le r\u00e9veillon<\/em>&nbsp;\u00bb. Il \u00e9voque un rendez-vous pour manger la soupe ensemble, sur les parapets, puis des Allemands et des Marocains, \u00e0 l\u2019heure convenue, qui \u00ab<em>en ch\u0153ur se mirent \u00e0 f\u00eater le r\u00e9veillon \u00e0 leur fa\u00e7on, \u00e9changeant entre eux pain, biscuits, chocolat, vin, caf\u00e9, jambon, saucisses, cigarettes journaux et autres&nbsp;<\/em>\u00bb. M\u00eame si le porc pose ici \u00e9videmment probl\u00e8me, c\u2019est un r\u00e9cit \u00ab&nbsp;\u00e0 distance&nbsp;\u00bb, et s\u2019il n\u2019y a pas de raison de douter de la r\u00e9alit\u00e9 de cette tr\u00eave, les modalit\u00e9s en ont peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 un peu diff\u00e9rentes. En janvier 1915, le succ\u00e8s allemand \u00e0 la bataille de Crouy voit ceux-ci descendre vers le sud et investir Missy. R\u00e9fugi\u00e9 dans le Loir-et-Cher, l\u2019auteur travaille dans des fermes, et \u00e0 la fin de 1915, l\u2019id\u00e9e de s\u2019engager \u00ab&nbsp;<em>m\u00fbrissait dans son esprit<\/em>&nbsp;\u00bb. Contre l\u2019avis de ses parents, il s\u2019engage \u00e0 17 ans et demi, avec une autorisation parentale falsifi\u00e9e, et il choisit les chasseurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Apr\u00e8s le r\u00e9cit de sa formation au 2<sup>e<\/sup> BCP, l\u2019auteur mentionne qu\u2019il ne retourne pas aupr\u00e8s de ses parents lors de sa premi\u00e8re permission, craignant leur d\u00e9sapprobation, surtout apr\u00e8s la mort de son fr\u00e8re Charles (403<sup>e<\/sup> RI), tu\u00e9 en Champagne en novembre 1915. Il intercale ensuite dans son r\u00e9cit une longue digression sur la bataille de Verdun, \u00e0 laquelle il n\u2019a pas particip\u00e9, mais la tentation \u00e9tait trop forte&nbsp;(p. 78 \u00e0 94)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Je vais m\u2019\u00e9carter quelque peu de l\u2019objet de mon sujet que je reprendrai quelques pages plus loin, car je ne peux r\u00e9sister \u00e0 l\u2019envie de parler de cette gigantesque bataille de Verdun.<\/em>&nbsp;\u00bb Montant au front avec le 42<sup>e<\/sup> BCP \u00e0 la fin de 1917, son r\u00e9cit mentionne ensuite, par exemple, un avion allemand descendu, et dont l\u2019\u00e9quipage a saut\u00e9 en parachute (Oise, d\u00e9cembre 1916, un peu t\u00f4t&nbsp;pour l\u2019usage du parachute?), ou les larmes d\u2019un camarade qui \u00ab&nbsp;<em>pleure comme un gosse<\/em>&nbsp;\u00bb, impressionn\u00e9 par une rel\u00e8ve sous le tir d\u2019une batterie de 75 (p. 102) \u00ab&nbsp;<em>ne m\u2019en voulez pas trop mon adjudant, je suis un pauvre gars de la classe 17 arriv\u00e9 en renfort cet apr\u00e8s-midi&nbsp;<\/em>\u00bb, ou encore un gendarme qui gardait le caf\u00e9 consign\u00e9 de la gare d\u2019Attichy&nbsp;: celui-ci est pris \u00e0 partie par des permissionnaires (p. 108, d\u00e9but 1917)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>le gendarme qui s\u2019interposait a \u00e9t\u00e9 saisi et le malheureux a \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 par-dessus le pont dans l\u2019Aisne. Il n\u2019a pu s\u2019en r\u00e9chapper. C\u2019\u00e9tait un p\u00e8re de famille<\/em>&nbsp;\u00bb. R\u00eavant \u00ab&nbsp;<em>d\u2019aventure et de voyage<\/em>&nbsp;\u00bb, l\u2019auteur se porte aussi volontaire, en juillet 1917, pour l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Orient&nbsp;: accept\u00e9, il est r\u00e9\u00e9quip\u00e9 \u00e0 Grenoble, mais une circulaire qui intervient entre temps le fait exclure, car trop jeune. R\u00e9int\u00e9gr\u00e9 au 42<sup>e<\/sup> BCP, il est d\u2019ao\u00fbt \u00e0 octobre 1917 en Alsace dans le secteur d\u2019Aspach \u2013 Michelbach, dans une zone qui s\u2019anime souvent de coups de mains et de bombardements violents. D\u00e9tach\u00e9 dans une position avanc\u00e9e, il est touch\u00e9 au bras par un \u00e9clat (octobre 1917). Le r\u00e9cit de la blessure est un des plus int\u00e9ressants du r\u00e9cit, car l\u2019auteur revit avec pr\u00e9cision, soixante ans apr\u00e8s, chaque heure du jour de sa blessure, ainsi que celles qui suivent, \u00e0 l\u2019ambulance. Il raconte son amputation du bras droit, puis sa longue et douloureuse r\u00e9\u00e9ducation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019int\u00e9r\u00eat du r\u00e9cit repose aussi dans la description de la trajectoire d\u2019apr\u00e8s-guerre d\u2019un mutil\u00e9 tr\u00e8s jeune; il se forme, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u0153uvre \u00ab&nbsp;L\u2019Atelier&nbsp;\u00bb, comme vernisseur de carrosserie automobile, et r\u00e9ussit \u00e0 se faire embaucher chez Renault. Il se marie avec une vernisseuse de la m\u00eame usine, et apr\u00e8s presque dix ans comme ouvrier-vernisseur, il se r\u00e9oriente vers les professions \u00ab&nbsp;r\u00e9serv\u00e9es&nbsp;\u00bb, apr\u00e8s concours, aux mutil\u00e9s de guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vers 1929, sentant les difficult\u00e9s dont j\u2019allais \u00eatre victime avec l\u2019apparition du travail \u00e0 la cha\u00eene aux usines Renault, je me mis \u00e0 \u00e9tudier d\u2019arrache-pied pour essayer d\u2019obtenir un emploi pr\u00e9serv\u00e9 de 3<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> cat\u00e9gorie dans l\u2019administration.&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 164).&nbsp;&nbsp;Le titre du t\u00e9moignage (<em>Le carnet de grand-p\u00e8re \u00e0 travers deux guerres pour l\u2019Europe<\/em>) est trompeur&nbsp;: si le r\u00e9cit du jeune soldat, puis du jeune mutil\u00e9, est un t\u00e9moignage utile, le livre contient aussi beaucoup de digressions &#8211; \u00ab&nbsp;<em>Je me sentirais quelque peu coupable si je ne parlais pas un peu de cette deuxi\u00e8me Guerre Mondiale&nbsp;<\/em>\u00bb &#8211; appuy\u00e9es essentiellement sur des r\u00e9cits ou des extraits de discours, \u00e9manant de p\u00e9riodiques d\u2019anciens combattants, avec aussi des appels \u00e0 la paix, \u00e0 la coop\u00e9ration franco-allemande, ou au projet europ\u00e9en dans les ann\u00e9es soixante-dix&nbsp;: ces exhortations, fort estimables, n\u2019apportent rien au t\u00e9moignage mais elles expliquent son titre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Vincent Suard mars 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le carnet de grand-p\u00e8re \u00e0 travers les deux guerres pour l\u2019Europe. 1. Le t\u00e9moin Paul Tourigny (1898 \u2013 apr\u00e8s 1976) est n\u00e9 \u00e0 Missy-sur Aisne (Aisne), dans une famille pauvre de 9 enfants. Le jeune homme passe l\u2019automne 1914 dans les caves de Missy quotidiennement bombard\u00e9 car tr\u00e8s proche du front. Au d\u00e9but 1915, toute &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/03\/25\/paul-tourigny-1898-apres-1976\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Tourigny, Paul (1898- apr\u00e8s 1976)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,693,3],"tags":[],"class_list":["post-3536","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1966-1980","category-2e-bcp","category-carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3536","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3536"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3536\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3661,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3536\/revisions\/3661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3536"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3536"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3536"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}