{"id":3569,"date":"2021-05-24T16:42:27","date_gmt":"2021-05-24T15:42:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3569"},"modified":"2021-05-24T16:42:28","modified_gmt":"2021-05-24T15:42:28","slug":"plantie-leon-1878-1917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/05\/24\/plantie-leon-1878-1917\/","title":{"rendered":"Planti\u00e9, L\u00e9on (1878-1917)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u00e9on Planti\u00e9 est n\u00e9 \u00e0 Fauguerolles (Lot-et-Garonne) le 23 d\u00e9cembre 1878 dans une famille de cultivateurs. Il est all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole jusqu\u2019au niveau du certificat d\u2019\u00e9tudes&nbsp;; il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait obtenu. Dans ses lettres il fait beaucoup de fautes d\u2019orthographe. Mais il sait \u00e9crire de belles pages sur le r\u00f4le du courrier (p. 122), sur la nature (p. 177), sur son arriv\u00e9e par surprise lors d\u2019une permission (p. 478). Il n\u2019est pas d\u00e9pourvu du sens de l\u2019humour. Il sait aussi parfaitement g\u00e9rer son exploitation&nbsp;: une toute petite propri\u00e9t\u00e9&nbsp;et une terre en fermage&nbsp;; la culture du tabac&nbsp;et l\u2019embouche de jeunes bovins\u2026 Service militaire \u00e0 Agen de 1899 \u00e0 1902&nbsp;; il reste 2<sup>e<\/sup> classe (photo p. 42). Le 28 juin 1909, il \u00e9pouse Madeleine, du m\u00eame milieu paysan, mais sur laquelle nous ne sommes pas renseign\u00e9s. Le couple a un fils, \u00c9tienne, n\u00e9 en novembre 1913. Un travail intense et le sens des affaires ont donn\u00e9 quelque aisance aux Planti\u00e9. Avec leurs \u00e9conomies, il ont achet\u00e9 des titres d\u2019emprunts russes. Dans ses lettres, L\u00e9on parait d\u00e9tach\u00e9 de la religion catholique. En ao\u00fbt 1914, il est mobilis\u00e9 au 130<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie territoriale. Pendant une partie de la guerre, il occupe des postes relativement peu expos\u00e9s, mais il doit passer dans un r\u00e9giment d\u2019active en 1917 (le 5<sup>e<\/sup> RI) en premi\u00e8re ligne d\u2019un secteur \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb o\u00f9 il est tu\u00e9 le 16 ao\u00fbt pr\u00e8s du Chemin des Dames \u00e0 Paissy. C\u2019est une \u00e9poque o\u00f9 le couple \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 planifier une nouvelle situation pour l\u2019apr\u00e8s-guerre. Il est toujours \u00e9mouvant de d\u00e9couvrir le courrier d\u2019une femme \u00e9crivant \u00e0 son mari dont elle ignore encore la mort, lettre portant la mention brutale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Retour \u00e0 l\u2019envoyeur. Le destinataire n\u2019a pu \u00eatre atteint.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>\u00c9crire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Madeleine s\u2019est remari\u00e9e en 1920. Elle a cependant conserv\u00e9 la correspondance de 1914-1917 dans une caisse en bois, arriv\u00e9e entre les mains de son arri\u00e8re-petite-fille, C\u00e9cile Planti\u00e9, professeure de fran\u00e7ais dans un coll\u00e8ge de Bordeaux, qui l\u2019a publi\u00e9e&nbsp;: <em>Que de baisers perdus\u2026 La correspondance intime de L\u00e9on et Madeleine Planti\u00e9 (1914-1917)<\/em>, pr\u00e9face de Cl\u00e9mentine Vidal-Naquet, Presses universitaires de Bordeaux, 2020, 520 p. La s\u00e9paration du couple a produit une abondante correspondance (1500 lettres). Au d\u00e9but, L\u00e9on a d\u00fb insister \u00e0 plusieurs reprises pour que sa femme prenne la plume r\u00e9guli\u00e8rement. Le 28 novembre 1914, il se comparait \u00e0 un alcoolique qui serait priv\u00e9 de sa dose habituelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;si moi je n\u2019ai pas de tes lettres, je suis malheureux&nbsp;\u00bb. Et le 1<sup>er<\/sup> mai 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons besoin du pain, c\u2019est la nourriture des corps, mais actuellement les lettres sont une nourriture de l\u2019\u00e2me.&nbsp;\u00bb L\u00e9on demande \u00e0 Madeleine de conserver ses missives&nbsp;: \u00ab&nbsp;plus tard, il me semble que je serai content de repasser ces longues lettres&nbsp;\u00bb (14 mars 1915). Le 24 mars, \u00e0 propos des lettres de Madeleine, il d\u00e9crit une situation fr\u00e9quente&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quant \u00e0 moi ne m\u2019en veux pas, je les ai gard\u00e9es longtemps mais quand je m\u2019en suis vu encombr\u00e9 j\u2019ai fait comme tous les autres et je les ai faites br\u00fbler.&nbsp;\u00bb En ao\u00fbt 1915, le couple trouve une solution pour que soient sauvegard\u00e9es les lettres dans les deux sens. L\u00e9on \u00e9crit \u00e0 la suite des textes de Madeleine, ou dans les marges, ou par-dessus m\u00eame comme le montrent quelques illustrations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>L\u2019amour<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019\u00e9tude de nombreux t\u00e9moignages d\u2019origine populaire a montr\u00e9 que la plupart des combattants ne sont pas devenus des brutes, que la guerre a permis de d\u00e9couvrir ou de red\u00e9couvrir l\u2019amour conjugal et l\u2019affection pour les enfants (voir notre livre collectif <em>500 t\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em> et les notices sur notre site). Dans la correspondance Planti\u00e9, l\u2019amour est le th\u00e8me principal, exprim\u00e9 parfois de fa\u00e7on romantique (p. 395, envoi d\u2019un po\u00e8me), ou avec des points de suspension de pudeur mais explicites, et m\u00eame avec les mots les plus pr\u00e9cis (p. 162, 468). Le manque rend les lettres indispensables. Elles disent le regret de L\u00e9on de ne pas voir grandir son fils, de ne pas pouvoir jouer avec lui (5 janvier 1915). Elles abordent aussi un th\u00e8me pr\u00e9cis (5 d\u00e9cembre 1914)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dis \u00e0 notre fils que jamais quand il sera homme il ne soutienne le parti, n\u2019importe quel qu\u2019il soit, qui veuille faire la guerre.&nbsp;\u00bb Il faut lui apprendre \u00e0 crier \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la guerre&nbsp;!&nbsp;\u00bb (18 ao\u00fbt 1915).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>\u00c0 bas la guerre&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Par ordre d\u2019importance des th\u00e8mes de cette correspondance, la condamnation de la guerre vient en deuxi\u00e8me position. Il est vrai que L\u00e9on regrette en ao\u00fbt 1914 de ne pas partir tout de suite pour aller tuer \u00ab&nbsp;quelques Prussiens&nbsp;\u00bb (p. 49). \u00ab&nbsp;Je ne peux lire les atrocit\u00e9s qu\u2019ils commettent sans fr\u00e9mir&nbsp;\u00bb, pr\u00e9cise-t-il, le 2 septembre. Par la suite, on ne trouvera qu\u2019une seule mention des \u00ab&nbsp;sales Boches&nbsp;\u00bb criminels et barbares (p. 192). Mais, d\u00e8s le 8 septembre 1914, L\u00e9on affirme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma Patrie, c\u2019est toi et mon enfant.&nbsp;\u00bb La critique de la guerre revient sans cesse, accompagn\u00e9e d\u2019impr\u00e9cations contre les responsables&nbsp;: les Grands, riches, sp\u00e9culateurs, capitalistes, nobles r\u00e9actionnaires qui voulaient \u00ab&nbsp;foutre la R\u00e9publique de jambes en l\u2019air&nbsp;\u00bb (p. 207). \u00ab&nbsp;J\u2019en ai assez de ces gens-l\u00e0, partisans de la guerre, de ces tueurs d\u2019hommes, de ces mangeurs d\u2019enfants de 20 ans&nbsp;\u00bb (18 avril 1915). Tous ces patriotes jusqu\u2019au-boutistes pr\u00e9f\u00e8rent causer \u00ab&nbsp;au coin d\u2019un bon feu&nbsp;\u00bb (12 octobre 1914)&nbsp;; qu\u2019ils viennent dans les tranch\u00e9es&nbsp;! La guerre est \u00ab&nbsp;maudite&nbsp;\u00bb (27 novembre 1914), \u00ab&nbsp;putain&nbsp;\u00bb (10 mai 1915), \u00ab&nbsp;d\u00e9shonneur du si\u00e8cle&nbsp;\u00bb (2 ao\u00fbt 1915). L\u00e9on voit plus haut en affirmant qu\u2019il y a un seul genre humain, il ne devrait y avoir qu\u2019une seule patrie qui rassemblerait Fran\u00e7ais, Allemands, Russes, Anglais. Aucun de ces peuples ne veut la guerre \u00ab&nbsp;car ils aiment eux aussi et ils sont aim\u00e9s par leurs familles, alors ils veulent vivre&nbsp;\u00bb (17 d\u00e9cembre 1914). S\u2019il ne fallait que la signature des poilus, la Paix serait vite l\u00e0 (13 janvier 1915). L\u2019indignation de L\u00e9on Planti\u00e9 s\u2019exprime avec force contre l\u2019emprunt de la D\u00e9fense nationale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Ne pas souscrire&nbsp;!<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">En d\u00e9cembre 1915, les lettres de L\u00e9on reviennent \u00e0 plusieurs reprises sur l\u2019emprunt de la D\u00e9fense nationale (p. 308 \u00e0 338).&nbsp;Cet argent est collect\u00e9 pour faire durer la guerre et tuer des hommes : \u00ab&nbsp;Nos assassins, sans mentir, versent de l\u2019or et de plus font une propagande ignoble pour le faire verser. [\u2026] Vous autres, derri\u00e8re, vous n\u2019h\u00e9sitez pas non plus \u00e0 leur fournir de l\u2019argent et de l\u2019or pour acheter et faire des choses qui peut-\u00eatre serviront \u00e0 tuer un des v\u00f4tres. Ah&nbsp;! si vous entendiez toutes les mal\u00e9dictions qui vous pleuvent dessus et vous tombent sur la t\u00eate, s\u00fbrement vous ne le feriez pas, mais on vous berne et on vous bourre le cr\u00e2ne et vous vous laissez faire, les uns bien volontairement et les autres innocentement.&nbsp;\u00bb En versant, Madeleine est devenue la complice de ceux qui veulent \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb faire tuer. L\u00e9on lui pardonne, mais souhaite que ses camarades ne l\u2019apprennent pas \u00ab&nbsp;car ils me mangeraient tout vif&nbsp;\u00bb. L\u2019attitude de L\u00e9on Planti\u00e9 rappelle celle de l\u2019instituteur \u00c9mile Mauny et les reproches qu\u2019il adressait \u00e0 sa femme (voir ce nom dans notre dictionnaire). Ici, le th\u00e8me du refus de verser est expos\u00e9 en m\u00eame temps que se d\u00e9roulent des fraternisations.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Fraternisations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Au cours du m\u00eame mois de d\u00e9cembre 1915, L\u00e9on fournit un t\u00e9moignage de plus sur les fraternisations entre soldats ennemis. Bien que C\u00e9cile Planti\u00e9 place ces lettres dans une partie sur la Somme, divers indices montrent qu\u2019il s\u2019agit des fraternisations en Artois, apr\u00e8s des pluies torrentielles, celles qu\u2019a merveilleusement d\u00e9crites le caporal Barthas. Les indices sont la pr\u00e9sence du 280<sup>e<\/sup> RI, r\u00e9giment de Barthas, devant le 130<sup>e<\/sup> territorial, et le lieu-dit Le Labyrinthe. L\u00e9on relie les fraternisations au fait que \u00ab&nbsp;les troupes n\u2019en veulent plus&nbsp;\u00bb (11 d\u00e9cembre 1915)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et pour preuve, c\u2019est qu\u2019ils fraternisent tous ensemble, en effet il n\u2019est pas rare de les voir tant d\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme de l\u2019autre, faire \u00e9change de pain, de conserves ou de tabac, et pour cela ils montent sur les tranch\u00e9es et se prom\u00e8nent comme sur un champ de foire, sans qu\u2019un coup de fusil soit tir\u00e9 de part ni d\u2019autre.&nbsp;\u00bb L\u00e9on ne peut participer directement \u00e0 ces fraternisations, n\u2019\u00e9tant pas en premi\u00e8re ligne, mais il les voit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je travaillais \u00e0 400 m\u00e8tres des 1<sup>\u00e8res<\/sup> lignes et j\u2019ai pu m\u2019en rendre compte.&nbsp;\u00bb Madeleine r\u00e9pond que les Allemands des tranch\u00e9es sont \u00ab&nbsp;des hommes comme vous autres&nbsp;\u00bb (15 d\u00e9cembre). On ne peut retenir le commentaire de C\u00e9cile Planti\u00e9 affirmant que le ph\u00e9nom\u00e8ne des fraternisations \u00ab&nbsp;s\u2019est r\u00e9pandu comme une train\u00e9e de poudre simultan\u00e9ment sur tout le front ouest&nbsp;\u00bb (p. 364). Elle aurait eu une meilleure id\u00e9e si elle avait cit\u00e9 le fameux texte de Louis Barthas, son appel \u00e0 la construction d\u2019un monument fraternel, et la r\u00e9alisation de celui-ci en 2015 pr\u00e8s de Neuville-Saint-Vaast, inaugur\u00e9 par le pr\u00e9sident Hollande.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Autres aspects de la vie sur le front<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Sur la vie dans les tranch\u00e9es, L\u00e9on Planti\u00e9 n\u2019apporte pas de nouveau, mais il d\u00e9crit les bleus baissant la t\u00eate chaque fois qu\u2019ils entendent un obus (p. 87), il \u00e9voque les vaches de son exploitation mieux trait\u00e9es que les poilus (p. 119), les rats qui ont tellement prolif\u00e9r\u00e9 que leurs ressources sont devenues insuffisantes (p. 204), les poux, eux aussi de plus en plus nombreux (p. 417&nbsp;: \u00ab&nbsp;les veinards, ils ont fait l\u2019amour, eux, et nous autres nous nous en passons&nbsp;\u00bb). La nourriture est ex\u00e9crable, les envois familiaux sont indispensables&nbsp;; on manque cruellement de l\u00e9gumes. Un moment, cependant, en janvier 1915, \u00e9tant \u00ab&nbsp;bien avec le cuisinier des officiers&nbsp;\u00bb, il peut \u00e9crire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Souvent ils mangent les bons morceaux, auxquels je ferais bien honneur et qu\u2019il faut que je m\u2019en passe, mais souvent aussi avec les restes je prends quelques bons r\u00e9gals.&nbsp;\u00bb Plus tard (10 mai), son escouade fait chauffer sa popote \u00ab&nbsp;en puisant du charbon chez les officiers&nbsp;\u00bb. La boue est bien s\u00fbr pr\u00e9sente dans le t\u00e9moignage ainsi que les frissons en voyant venir une nouvelle campagne d\u2019hiver (4 juillet 1915). Ce th\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 dans <em>500 t\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u00e9on condamne les offensives st\u00e9riles qui font tuer tant de monde (le 27 juin 1915, puis le 28 avril 1917). Lors d\u2019un retour de permission, il d\u00e9crit, le 28 mai 1917, les soldats cassant les vitres des trains par d\u00e9sir de vengeance, et criant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vive la Russie, vive la R\u00e9volution, \u00e0 bas la guerre.&nbsp;\u00bb Tandis que les femmes, \u00e0 Paris, r\u00e9clament la paix et le retour de leurs hommes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Un th\u00e8me encore&nbsp;: d\u00e8s le 8 octobre 1915, L\u00e9on comprend qu\u2019apr\u00e8s la guerre \u00ab&nbsp;des touristes ou des curieux viendront visiter les tranch\u00e9es&nbsp;\u00bb et que des familles essaieront de retrouver les tombes de leurs morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Le travail des femmes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Cette correspondance renseigne \u00e9galement sur le travail des femmes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re avec le cas de Madeleine. Une des rares lettres conserv\u00e9es du d\u00e9but de la guerre (26 septembre 1914) raconte \u00ab&nbsp;une rude journ\u00e9e&nbsp;\u00bb \u00e0 labourer et \u00e0 curer l\u2019\u00e9table. L\u00e9on lui donne des conseils, mais en pr\u00e9cisant (p. 150)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu feras ce que tu pourras et tu laisseras le reste.&nbsp;\u00bb Parce que c\u2019est trop dangereux, il lui interdit de mener seule un taureau \u00e0 la foire (p. 181). Il s\u2019indigne de rester lui-m\u00eame sans rien faire au camp de Mourmelon alors qu\u2019il pourrait soulager sa femme dans ses multiples travaux. En effet, Madeleine \u00e9crit le 30 novembre 1916 qu\u2019elle m\u00e8ne \u00ab&nbsp;une vie de gal\u00e9rienne&nbsp;\u00bb. Elle se d\u00e9brouille cependant assez bien, sachant prendre ses responsabilit\u00e9s dans la vente du tabac et le commerce des jeunes bovins, par exemple. Le 14 mai 1916, elle \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Laisse-moi ma\u00eetresse je t\u2019en prie jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre, et apr\u00e8s comme tu voudras je te c\u00e8derai la place bien volontiers.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Regrets<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Sur la forme, C\u00e9cile Planti\u00e9 a voulu respecter l\u2019authenticit\u00e9 des lettres. Mais la seule v\u00e9ritable authenticit\u00e9 r\u00e9side dans les documents originaux ou dans une reproduction en fac-simil\u00e9 d\u2019excellente qualit\u00e9. Qui peut pr\u00e9tendre retranscrire exactement des textes \u00e0 l\u2019orthographe imparfaite&nbsp;? Une mauvaise lecture peut supprimer des fautes ou en ajouter. L\u2019orthographe des Planti\u00e9 \u00e9tant ce qu\u2019elle est, certaines notes me paraissent inutiles (par exemple pr\u00e9ciser que le mot \u00ab&nbsp;espectateur&nbsp;\u00bb doit \u00eatre lu comme \u00ab&nbsp;spectateur&nbsp;\u00bb, ou \u00ab&nbsp;assasins&nbsp;\u00bb comme \u00ab&nbsp;assassins&nbsp;\u00bb, ou encore \u00ab&nbsp;aluminion&nbsp;\u00bb comme \u00ab&nbsp;aluminium&nbsp;\u00bb). Je regrette aussi quantit\u00e9 de \u00ab&nbsp;(sic)&nbsp;\u00bb tout \u00e0 fait intempestifs. En toute logique, il aurait fallu en placer apr\u00e8s toutes les fautes (mais aussi, alors, apr\u00e8s les quelques coquilles d\u00e9cel\u00e9es dans les commentaires de la pr\u00e9sentatrice). Surtout, beaucoup de \u00ab&nbsp;(sic)&nbsp;\u00bb proviennent de la m\u00e9connaissance d\u2019un proc\u00e9d\u00e9 d\u2019\u00e9criture qui consiste, pour l\u2019\u00e9pistolier quand il tourne la page, \u00e0 reprendre en haut le dernier mot de la page pr\u00e9c\u00e9dente. Alors, dans ce livre, on a profusion de formules comme \u00ab&nbsp;te te (sic)&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;et et (sic)&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;c\u2019est de m\u2019en c\u2019est de m\u2019en (sic)&nbsp;\u00bb, etc. Dans cette notice, j\u2019ai choisi pour mes transcriptions de rectifier l\u2019orthographe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Maladresses et erreurs historiques<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Des commentaires \u00ab&nbsp;historiques&nbsp;\u00bb sont maladroits. Par exemple lorsque L\u00e9on critique \u00ab&nbsp;le commandement&nbsp;\u00bb, C\u00e9cile pense qu\u2019il vise les caporaux (p. 107). Page 126, elle \u00e9crit cet \u00e9tonnant passage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Du 23 janvier au 3 f\u00e9vrier [1915], L\u00e9on et ses camarades sont aux tranch\u00e9es. Jamais au front, ils sont malgr\u00e9 tout en premi\u00e8re ou deuxi\u00e8me ligne pour effectuer diverses t\u00e2ches d\u2019intendance.&nbsp;\u00bb En annon\u00e7ant la mort de son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, C\u00e9cile Planti\u00e9 \u00e9crit (p. 497)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un obus fran\u00e7ais mal calibr\u00e9 l\u2019a atteint.&nbsp;\u00bb Le cas s\u2019est produit assez souvent mais, ici, on n\u2019a pas la source de cette information. Et que signifie \u00ab&nbsp;mal calibr\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;? Voici encore un commentaire (p. 108) qui n\u2019a aucun rapport avec le texte original, et m\u00eame aucun sens&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parfois m\u00eame, il [L\u00e9on] tiendra un discours rigoureusement anticommuniste, accusant ces derniers d\u2019avoir foment\u00e9 la guerre afin de parvenir au pouvoir.&nbsp;\u00bb Je n\u2019arrive pas \u00e0 comprendre d\u2019o\u00f9 peut venir cette phrase aberrante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Pour terminer&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La pr\u00e9sentatrice du t\u00e9moignage d\u2019un lot-et-garonnais aurait pu s\u2019appuyer sur <em>500 t\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em> et le dictionnaire des t\u00e9moins sur le site du CRID 14-18 pour d\u00e9couvrir d\u2019autres combattants lot-et-garonnais. Son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re y figure \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 son tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>R\u00e9my Cazals, mai 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u00e9on Planti\u00e9 est n\u00e9 \u00e0 Fauguerolles (Lot-et-Garonne) le 23 d\u00e9cembre 1878 dans une famille de cultivateurs. Il est all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole jusqu\u2019au niveau du certificat d\u2019\u00e9tudes&nbsp;; il n\u2019est pas certain qu\u2019il l\u2019ait obtenu. Dans ses lettres il fait beaucoup de fautes d\u2019orthographe. Mais il sait \u00e9crire de belles pages sur le r\u00f4le du courrier (p. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/05\/24\/plantie-leon-1878-1917\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Planti\u00e9, L\u00e9on (1878-1917)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1180,202,67,10,6],"tags":[608,423,1181,962,1106,334],"class_list":["post-3569","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-130e-rit","category-202","category-5e-ri","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-amour","tag-contre-la-guerre","tag-ecrire","tag-emprunts","tag-fraternisations","tag-travail-des-femmes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3569","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3569"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3569\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3578,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3569\/revisions\/3578"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}