{"id":3644,"date":"2021-07-15T15:29:09","date_gmt":"2021-07-15T14:29:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=3644"},"modified":"2021-10-04T17:02:37","modified_gmt":"2021-10-04T16:02:37","slug":"daia-alexandru-1900-1993","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/07\/15\/daia-alexandru-1900-1993\/","title":{"rendered":"Daia, Alexandru (1900-1993)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Le t\u00e9moin:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Alexandru Daia est n\u00e9 \u00e0 Bucarest dans une famille de petits bourgeois. Il a fr\u00e9quent\u00e9 le prestigieux lyc\u00e9e de Gheorghe Lazare, devenant membre d\u2019organisations scoutes du Royaume de Roumanie. Les scouts roumains \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement recrut\u00e9s parmi les lyc\u00e9ens, qui repr\u00e9sentaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque la source des futurs cadres interm\u00e9diaires de l\u2019\u00c9tat : enseignants, m\u00e9decins, avocats, officiers, etc. Au moment o\u00f9 la Roumanie entre en guerre aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Entente, il doit se retirer en Moldavie avec l\u2019arm\u00e9e et l\u2019administration, et dans cette situation, il est t\u00e9moin et indirectement participant \u00e0 la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Apr\u00e8s la fin de la Grande Guerre, il devient enseignant et est un membre actif du mouvement scout. Au fil du temps, il a publi\u00e9 plusieurs livres et articles, dont un journal de guerre. Avec la chute du communisme, il a \u00e9t\u00e9 le militant le plus actif pour r\u00e9tablir la recherche, r\u00e9ussissant \u00e0 relancer ce mouvement en Roumanie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Le t\u00e9moignage :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>H\u00e9ros \u00e0 16 ans. Les notes d\u2019un ancien scout. Journal de guerre 1916-1918<\/em>, Bucarest, Maison d\u2019\u00e9dition Ion Creanga, 1981.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Ion Creanga est une maison d\u2019\u00e9dition d\u2019\u00c9tat qui publiait exclusivement de la litt\u00e9rature pour enfants et jeunes et qui contribuait, au-del\u00e0 de l\u2019enrichissement de la culture g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des enfants dans l\u2019esprit nationaliste et communiste du r\u00e9gime totalitaire. Le travail d\u2019Alexandru Daia parlait de courage, de patriotisme, de la Grande Union de 1918 et n\u2019abordait naturellement pas les sujets politiques, ni l\u2019apologie de la monarchie et des institutions de l\u2019ancien monde capitaliste. Certes, sur la base des pratiques des maisons d\u2019\u00e9dition de l\u2019\u00e9poque du r\u00e9gime totalitaire communiste, le manuscrit a \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9 ou coup\u00e9 par endroits par l\u2019\u0153il vigilant de la censure qui \u00e9tait le plus souvent directement li\u00e9e \u00e0 la police politique &#8211; Securitatea.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le meilleur argument \u00e0 cet \u00e9gard est que le r\u00e9cit se termine par la description du d\u00e9fil\u00e9 militaire du 1er d\u00e9cembre 1918, lorsque l\u2019arm\u00e9e roumaine dirig\u00e9e par le roi Ferdinand et la reine Mary d\u00e9file victorieusement \u00e0 travers Bucarest. La presse de l\u2019\u00e9poque, mais aussi les documents, ont \u00e9videmment enregistr\u00e9 que les souverains et l\u2019arm\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 accueillis sous les acclamations de la foule, et comme c\u2019\u00e9tait naturel au c\u0153ur de la f\u00eate \u00e9tait la famille royale. Or, dans les sept derni\u00e8res pages dans lesquelles l\u2019auteur d\u00e9crit le d\u00e9fil\u00e9 et l\u2019atmosph\u00e8re du 1er d\u00e9cembre 1918 \u00e0 Bucarest, les souverains ne sont pas mentionn\u00e9s, on ne parle que d\u2019un h\u00e9ros collectif &#8211; l\u2019arm\u00e9e, les soldats et la population en liesse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Analyse de livre :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le livre d\u2019Alexandru Daia est une \u0153uvre singuli\u00e8re dans le paysage de la m\u00e9morialisation de guerre dans l\u2019espace de l\u2019ancien royaume de Roumanie. C\u2019est l\u2019histoire de la guerre vue du point de vue d\u2019un adolescent, mais aussi de sa participation aux op\u00e9rations \u00e0 proximit\u00e9 du front. Le gouvernement roumain a pris la d\u00e9cision de faire quitter aux jeunes d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 15 ans le territoire du sud du pays, qui devait \u00eatre occup\u00e9 par les arm\u00e9es des puissances centrales. La raison d\u2019\u00eatre de cette d\u00e9cision \u00e9tait \u00e9videmment militaire, en cas de guerre durable, ils devaient \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e et envoy\u00e9s au front lorsqu\u2019ils seraient aptes \u00e0 combattre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">En cons\u00e9quence, de tout le pays, des milliers de jeunes sont partis en retraite pour la Moldavie. Dans l\u2019histoire de la guerre roumaine, il y a aussi un \u00e9pisode unique dans lequel les scouts se sont engag\u00e9s, y compris dans les combats. Le 27 octobre 1916, \u00e0 T\u00e2rgu Jiu, lorsque le 12e R\u00e9giment de chasseurs du Corps alpin bavarois attaqua de fa\u00e7on inattendue la ville, et la r\u00e9sistance arm\u00e9e des scouts et des habitants permit \u00e0 l\u2019arm\u00e9e roumaine d\u2019arriver et de repousser l\u2019attaque. Les scouts \u00e9taient des forces auxiliaires derri\u00e8re le front, maintenant gr\u00e2ce \u00e0 une activit\u00e9 inlassable des institutions et des entreprises fonctionnelles. Alexandru Daia raconte en 282 pages son point de vue sur la guerre, avec acribie dans son carnet de notes, qui a ensuite \u00e9t\u00e9 \u00e0 la base de l\u2019\u00e9criture du journal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Son histoire commence chronologiquement le 1er ao\u00fbt 1916 et se termine par le 1er d\u00e9cembre 1918. En ao\u00fbt 1916, la vie du lyc\u00e9en est insouciante, il participe \u00e0 diverses excursions et erre dans la ville. Il est jeune et a le monde \u00e0 ses pieds. Puis, tout \u00e0 coup, la guerre commence. Il capture l\u2019atmosph\u00e8re \u00e9lectrisante et l\u2019enthousiasme des Bucarestiens lorsque l\u2019arm\u00e9e roumaine entre en guerre, traverse les montagnes et commence sa marche triomphale apparente \u00e0 travers la Transylvanie. Soudain, la situation change et l\u2019arm\u00e9e roumaine doit commencer \u00e0 se retirer en menant de violents combats \u00e0 la fronti\u00e8re de Transylvanie. L\u2019enthousiasme a p\u00e9ri, et l\u2019inqui\u00e9tude est omnipr\u00e9sente. En novembre 1916, l\u2019auteur nous raconte le moment de son d\u00e9part de Bucarest pour la Moldavie dans un groupe de 200 jeunes scouts organis\u00e9 par les autorit\u00e9s. Fait int\u00e9ressant, le 13 novembre, lorsque le groupe commence \u00e0 se d\u00e9placer, les Bucarestiens qu\u2019ils croisent ne semblent pas paniqu\u00e9s et inquiets que les autorit\u00e9s d\u00e9placent ces jeunes en Moldavie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">En fait, il nous r\u00e9v\u00e8le, en quelque sorte, un \u00e9tat d\u2019esprit irr\u00e9aliste et illusoire qui, induit par les autorit\u00e9s, r\u00e9gnait encore sur le pays, m\u00eame si les r\u00e9sultats sur le front \u00e9taient inqui\u00e9tants. Si les Bucarestiens avaient su que 23 jours plus tard, les troupes d\u2019August von Mackensen entreraient dans la ville, leur calme et leur apathie les auraient s\u00fbrement quitt\u00e9s. \u00c0 la gare du Nord, le groupe monte \u00e0 bord d\u2019un train et se rend \u00e0 Perim, o\u00f9 il s\u2019arr\u00eate aux champs de la Couronne; l\u2019arr\u00eat a l\u2019apparence d\u2019un voyage, comme l\u2019adolescent per\u00e7oit cette exp\u00e9dition. De Perim \u00e0 Ploie\u015fti, leur route se d\u00e9roule \u00e0 pied, en conservant l\u2019apparence d\u2019une randonn\u00e9e. Arriv\u00e9s \u00e0 la gare de Ploiesti, les scouts sont mis dans un train \u00e0 destination de la Moldavie. Leur train s\u2019arr\u00eate dans toutes les gares et laisse passer d\u2019autres trains qui \u00e9vacuent les biens de l\u2019\u00c9tat. C\u2019est pourquoi leur voyage, \u00e0 destination finale de Vaslui, dure cinq jours.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La premi\u00e8re nuit, ils la passent \u00e0 dormir sur les bancs d\u2019une \u00e9cole qui les abrite, et d\u2019ici, ils se sont rendus au village de Solesti, o\u00f9 ils se sont install\u00e9s. Peu \u00e0 peu, ce sentiment de voyage, d\u2019exp\u00e9dition dispara\u00eet, car les p\u00e9nuries commencent. Depuis un certain temps, le seul plat est les haricots, et aussi quelques pommes de terre, et le d\u00e9sespoir et le pessimisme font leur place dans les pens\u00e9es du jeune scout : \u00ab Nous commen\u00e7ons une nouvelle ann\u00e9e (il note le 1er janvier). Le 13 novembre 1916, quand nous avons quitt\u00e9 Bucarest, on disait qu\u2019au plus tard pour les vacances, nous serions de retour chez nous. Et voil\u00e0 que nous sommes toujours dans les terres moldaves. Quelques r\u00e9fugi\u00e9s&nbsp; loin de la maison, loin de leurs proches qui sont sous le talon de l\u2019ennemi<em> <\/em><em>\u00bb<\/em>. Les nombreuses privations, la solitude et l\u2019\u00e9loignement de la famille, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de typhus et la mort de camarades de classe repr\u00e9sentent de v\u00e9ritables moments o\u00f9 l\u2019adolescent m\u00fbrit avant l\u2019heure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Parti \u00e0 Iasi, o\u00f9 il rencontre des amis et des parents, Alexandru Daia est t\u00e9moin de la plus grande catastrophe de l\u2019histoire des chemins de fer roumains \u2013 le d\u00e9raillement d\u2019un train surcharg\u00e9 de personnes \u00e0 Ciurea, qui a fait 650 morts. Sous l\u2019impression de nouvelles et d\u2019images l\u00e0-bas, l\u2019auteur enregistre dans son journal le chiffre irr\u00e9aliste de 2500 morts, laissant n\u00e9anmoins l\u2019un des rares t\u00e9moignages sur l\u2019accident. En janvier 1917, Alexandru Daia est affect\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital mobile de l\u2019arm\u00e9e II en tant que scout-hygi\u00e9niste, et dans les mois qui suivent, il assiste fi\u00e8rement \u00e0 la renaissance de l\u2019arm\u00e9e : \u00ab Dans le champ voisin, les officiers apprennent le maniement de nouvelles armes, que nous recevons, apr\u00e8s tant de temps, des usines et des usines fran\u00e7aises&#8230; Maintenant, les soldats ne peuvent plus se plaindre qu\u2019ils manquent d\u2019outils&#8230; \u00c9quip\u00e9s \u00e0 nouveau, \u00e9quip\u00e9s d\u2019armes modernes, charg\u00e9s de munitions abondantes, ils sont impatients de faire face \u00e0 l\u2019ennemi<em> \u00bb. <\/em>&nbsp;Alexandru Daia est t\u00e9moin, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1917, des batailles de M\u0103rasesti et d\u2019Oituz, qui pour l\u2019espace roumain sont de v\u00e9ritables l\u00e9gendes de la guerre. Il est t\u00e9moin de ces combats parce qu\u2019il op\u00e8re maintenant \u00e0 un point de triage sanitaire \u00e0 Bacau, \u00e0 proximit\u00e9 du front. \u00c0 Bacau, l\u2019\u00e9claireur passe encore une grande partie de l\u2019ann\u00e9e 1918, m\u00eame apr\u00e8s que les hostilit\u00e9s cessent par la signature de la paix du Buftea-Bucarest, servant toujours dans un h\u00f4pital de la r\u00e9gion. Sa mission se termine fin juillet \u00e0 son retour \u00e0 Bucarest. Le livre d\u2019Alexandru Daia se termine par le r\u00e9cit du 1er d\u00e9cembre 1918 \u00e0 Bucarest, avec le moment du d\u00e9fil\u00e9 de la victoire. Son journal, \u00e9crit dans un style simple reste toujours l\u2019un des t\u00e9moignages de la Grande Guerre. On en tire des extraits sur l\u2019histoire et le sacrifice des scouts roumains de l\u2019\u00e9poque. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Dorin Stanescu, juin 2021<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin: Alexandru Daia est n\u00e9 \u00e0 Bucarest dans une famille de petits bourgeois. Il a fr\u00e9quent\u00e9 le prestigieux lyc\u00e9e de Gheorghe Lazare, devenant membre d\u2019organisations scoutes du Royaume de Roumanie. 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