{"id":374,"date":"2011-04-28T12:42:37","date_gmt":"2011-04-28T11:42:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=374"},"modified":"2021-09-12T19:32:45","modified_gmt":"2021-09-12T18:32:45","slug":"marquand-albert-1895-1938","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/04\/28\/marquand-albert-1895-1938\/","title":{"rendered":"Marquand, Albert (1895-1938)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Albert Marquand est n\u00e9 le 13 d\u00e9cembre 1895 \u00e0 Troyes o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait directeur de la fabrique de papier Montgolfier. Il a 3 ans lorsque la famille s\u2019installe \u00e0 Aubenas (Ard\u00e8che) pour g\u00e9rer une librairie-papeterie. Il aura deux fr\u00e8res plus jeunes, Georges et Henri, \u00e0 qui il donnera, pendant la guerre, le conseil de choisir l\u2019artillerie en devan\u00e7ant l\u2019appel de leur classe. La famille, de moyenne bourgeoisie, est cultiv\u00e9e et pratique la musique&nbsp;; les jeunes sont membres actifs d\u2019une association de gymnastique. Au front, Albert se fait envoyer de la lecture, en particulier la presse d\u2019Aubenas qu\u2019il critique, et <em>Le Canard encha\u00een\u00e9<\/em>, ce qui est peu banal.<\/p>\n<p>Pendant la guerre, au 55<sup>e<\/sup> RI, puis au 149<sup>e<\/sup>, il conna\u00eet quatre courtes p\u00e9riodes infernales&nbsp;: au Bois de la Gruerie en Argonne en juin 1915&nbsp;; \u00e0 Verdun en avril 1916&nbsp;; \u00e0 Laffaux et \u00e0 la Malmaison en juin et octobre 1917. Entre temps, il a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 pour blessure en juin 1915, et pour maladie en octobre&nbsp;; il a connu des secteurs calmes, des p\u00e9riodes de stage ou de cantonnement en r\u00e9serve. Devenu sergent, il pr\u00e9f\u00e8re abandonner ses galons pour entrer dans un groupe de radio-t\u00e9l\u00e9graphie, au 8<sup>e<\/sup> G\u00e9nie, en f\u00e9vrier 1918. Apr\u00e8s le 11 novembre, il fait partie des troupes d\u2019occupation en Rh\u00e9nanie, puis devient \u00e9l\u00e8ve interpr\u00e8te aupr\u00e8s de l\u2019arm\u00e9e am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Lib\u00e9r\u00e9, il rentre \u00e0 Aubenas, puis il va tenir une librairie-papeterie \u00e0 Sedan o\u00f9 il meurt en 1938. Il semble qu\u2019il soit rest\u00e9 c\u00e9libataire.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Il est publi\u00e9 sous le titre <em>\u00ab&nbsp;Et le temps, \u00e0 nous, est compt\u00e9&nbsp;\u00bb, Lettres de guerre (1914-1919)<\/em>, pr\u00e9sentation de Francis Barbe, postface du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 Bach, aux \u00e9ditions C\u2019est-\u00e0-dire, Forcalquier, 2011, 416 p., nombreuses notes, annexes, illustrations. Le fonds, conserv\u00e9 par la ni\u00e8ce d\u2019Albert Marquand, est constitu\u00e9 de 459 lettres, de quelques rares pages de carnet personnel, du r\u00e9cit de la bataille de la Malmaison, repris au repos, et de photos. Les lettres sont adress\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rentes personnes de la famille, son p\u00e8re, sa m\u00e8re et ses deux fr\u00e8res, l\u2019auteur sachant bien qu\u2019il en serait fait une lecture collective. Il lui fallait donc tenir compte des sentiments conformistes des parents. Albert Marquand \u00e9voque le d\u00e9sir de son p\u00e8re de le voir gagner du galon (p. 31), et il promet \u00ab&nbsp;de faire honneur \u00e0 la famille&nbsp;\u00bb (p. 49). Mais l\u2019exp\u00e9rience de la guerre r\u00e9elle le conduit d\u2019une part \u00e0 pratiquer une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9vitement syst\u00e9matique (voir ci-dessous), d\u2019autre part \u00e0 ne pas accepter les remarques moralisatrices sur le d\u00e9sir des soldats en permission de \u00ab&nbsp;profiter du restant qui nous reste \u00e0 vivre&nbsp;\u00bb (p. 153). Accus\u00e9 litt\u00e9ralement de mener \u00ab&nbsp;une vie d\u2019orgie&nbsp;\u00bb, Albert r\u00e9pond \u00e0 son p\u00e8re que celui-ci n\u2019a pas l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019enfer des tranch\u00e9es et ne peut donc parler en connaissance de cause. Les quelques moments d\u2019incompr\u00e9hension et d\u2019opposition n\u2019interrompent cependant pas une correspondance suivie et les sentiments d\u2019affection au sein de la famille, marqu\u00e9s aussi par l\u2019envoi de nombreux colis.<\/p>\n<p>Quelques coupures ont \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9es par l\u2019\u00e9diteur qui n\u2019en dit pas la raison.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>On peut r\u00e9sumer l\u2019apport de ce t\u00e9moignage en trois points.<\/p>\n<p><strong>a) Des notations \u00e9manant d\u2019un vrai combattant&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Le d\u00e9part plein d\u2019illusions (21\/05\/15&nbsp;: \u00ab&nbsp;dans la guerre de tranch\u00e9es il y a un nombre infime de victimes&nbsp;\u00bb), puis la d\u00e9couverte des r\u00e9alit\u00e9s (4\/07\/15&nbsp;: \u00ab&nbsp;ce n\u2019est plus une guerre, c\u2019est une boucherie&nbsp;\u00bb), la condamnation du bourrage de cr\u00e2ne par les journaux (18\/05\/16&nbsp;: \u00ab&nbsp;ne tablez pas sur les journaux pour les communiqu\u00e9s&nbsp;; c\u2019est des bourdes&nbsp;!&nbsp;\u00bb), par le conf\u00e9rencier Marc Sangnier qui d\u00e9livre \u00ab&nbsp;le bourrage de cr\u00e2ne officiel&nbsp;\u00bb (15\/07\/18), par Botrel, \u00ab&nbsp;ce triste Monsieur qui porte la croix de guerre avec ostentation&nbsp;\u00bb (30\/11\/18). Parmi les autres embusqu\u00e9s, figurent \u00ab&nbsp;la pr\u00eatraille&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;les rupins&nbsp;\u00bb (8\/11\/15). Si les poilus en ont assez, il en est de m\u00eame des Boches, aux dires des prisonniers (18\/09\/15). Son r\u00e9giment est touch\u00e9 en 1917 par le mouvement des mutineries, mais c\u2019est un sujet qu\u2019il ne veut pas aborder dans son courrier du fait de la censure (11\/06\/17).<\/p>\n<p>&#8211; Et encore&nbsp;: les ravages de l\u2019artillerie amie et les d\u00e9trousseurs de cadavres (r\u00e9cit de la bataille de la Malmaison, p. 384), les rats (22\/05\/15), les simples satisfactions de pouvoir se laver, se raser (30\/05\/16), la p\u00eache \u00e0 la grenade et la chasse au Lebel (3\/04\/17), les mercantis et leurs prix exorbitants (4\/07\/17), la lecture du <em>Feu<\/em> de Barbusse, livre sur lequel il \u00e9met quelques r\u00e9serves, mais qu\u2019il consid\u00e8re comme \u00ab&nbsp;le seul bouquin qu\u2019on ait fait de potable sur les Poilus&nbsp;\u00bb (16 et 19\/09\/17).<\/p>\n<p>&#8211; Deux remarques plus rares&nbsp;: le g\u00e9n\u00e9ral Sarrail, ayant constat\u00e9 que \u00ab&nbsp;beaucoup d\u2019hommes portent au k\u00e9pi des insignes religieux&nbsp;\u00bb, interdit cette pratique (19\/06\/15)&nbsp;; la rencontre dans les rues de Metz, apr\u00e8s l\u2019armistice, de soldats lorrains en uniforme allemand (20\/11\/18).<\/p>\n<p><strong>b) Une strat\u00e9gie d\u2019\u00e9vitement syst\u00e9matique&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Mobilis\u00e9 avec la classe 15, en caserne \u00e0 Digne, il remplit les fonctions d\u2019instructeur qui lui permettent de retarder son d\u00e9part pour le front (mars-avril 1915).<\/p>\n<p>&#8211; Bless\u00e9, soign\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Chaumont, il souhaite ne pas remonter l\u00e0-haut de sit\u00f4t, essayant de persuader les m\u00e9decins qu\u2019il n\u2019est pas r\u00e9tabli (juillet 1915).<\/p>\n<p>&#8211; Lors de toutes ses permissions, il prend plusieurs jours de \u00ab&nbsp;rabiot&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; En septembre 1915, il essaie de se faire r\u00e9clamer par son oncle comme ouvrier m\u00e9tallurgiste ou dessinateur dans son usine. Il revient \u00e0 l\u2019assaut \u00e0 plusieurs reprises&nbsp;: \u00ab&nbsp;cela ferait mon affaire car j\u2019en ai assez de cette vie et tous sont comme moi&nbsp;\u00bb (4\/09\/15). Il sollicite l\u2019appui de son fr\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Parle de ma demande de m\u00e9tallurgie au Papa&nbsp;\u00bb (7\/09\/15)&nbsp;; de sa m\u00e8re&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Encore aujourd\u2019hui, il en part un de mon escouade pour la m\u00e9tallurgie, il \u00e9tait cultivateur&nbsp;! Tu vois d\u2019ici les r\u00e9sultats du piston&nbsp;!&nbsp;\u00bb (13\/09\/15).<\/p>\n<p>&#8211; La tentative m\u00e9tallurgique ayant \u00e9chou\u00e9, Albert joue la carte de l\u2019agriculture. Il demande \u00e0 son p\u00e8re de lui procurer un certificat de viticulteur afin d\u2019obtenir une permission agricole (6\/01\/16). Il re\u00e7oit le certificat, mais craint de ne pas obtenir la permission car, sur les 480 hommes de la compagnie, \u00ab&nbsp;il y en a au moins la moiti\u00e9 qui demandent&nbsp;\u00bb (12\/01\/16).<\/p>\n<p>&#8211; Imm\u00e9diatement apr\u00e8s, selon son expression&nbsp;: \u00ab&nbsp;j\u2019ai bondi me faire inscrire&nbsp;\u00bb pour devenir moniteur d\u2019\u00e9ducation physique de la classe 17, mais le \u00ab&nbsp;filon de moniteur a \u00e9chou\u00e9&nbsp;\u00bb (janvier 1916). Et encore, il para\u00eet qu\u2019on accorde une permission \u00e0 ceux qui s\u2019engagent \u00e0 aller chez eux pour en rapporter de l\u2019or pour la D\u00e9fense nationale (27\/01\/16)\u2026<\/p>\n<p>&#8211; Chance ou piston, le voil\u00e0 en juillet 1916 affect\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t divisionnaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne sais combien de temps je vais passer l\u00e0 mais c\u2019est toujours autant de pris.&nbsp;\u00bb Il y est encore en octobre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout de m\u00eame je m\u2019estime plus heureux que les camarades du r\u00e9giment qui vont attaquer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; En juin 1917, il va faire un stage de mitrailleur \u00e0 l\u2019arri\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e7a me fera toujours louper une p\u00e9riode de tranch\u00e9es.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Enfin, en f\u00e9vrier 1918, ayant int\u00e9gr\u00e9 une \u00e9quipe de radio-t\u00e9l\u00e9graphie, il constate que \u00ab&nbsp;le temps s\u2019\u00e9coule avec une monotonie d\u00e9sesp\u00e9rante&nbsp;\u00bb, mais qui ne lui \u00ab&nbsp;fait pas regretter les heures tragiques d\u2019autrefois&nbsp;\u00bb. Il \u00e9prouve \u00ab&nbsp;la satisfaction du voyageur arrivant au port apr\u00e8s une affreuse temp\u00eate&nbsp;\u00bb (8\/06\/18). Avec un certain cynisme, il ajoute, le 31 ao\u00fbt&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon ancien r\u00e9giment, le 149, a sa 4<sup>e<\/sup> citation \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e et attend la fourrag\u00e8re verte et jaune. Grand bien lui fasse&nbsp;!!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Le 12 novembre 1918, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour moi, je consid\u00e8re une chose&nbsp;: c\u2019est que je suis arriv\u00e9 \u00e0 traverser la tourmente, les membres \u00e0 peu pr\u00e8s intacts.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>c) Le probl\u00e8me soulev\u00e9 par les textes&nbsp;: a-t-il tu\u00e9&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Un soldat, \u00e0 la guerre, est l\u00e0 pour tuer l\u2019ennemi, et il est arm\u00e9 pour cela. Cependant, le fantassin, avec son fusil et sa ba\u00efonnette, est plut\u00f4t la victime de l\u2019artillerie. Lors de la bataille de la Malmaison, Albert Marquand note le \u00ab&nbsp;peu de frayeur qu\u2019inspirent les balles&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Leur musique est une simple sensation d\u00e9sagr\u00e9able pour des hommes accoutum\u00e9s aux plus violentes commotions, aux bombardements prolong\u00e9s qui vident les organismes et transforment les plus courageux en loques humaines.&nbsp;\u00bb Il a aussi d\u00e9crit les effets terribles d\u2019un obus lorsqu\u2019il tombe au milieu d\u2019un groupe d\u2019hommes (p. 63 et p. 384).<\/p>\n<p>&#8211; Lors d\u2019une avanc\u00e9e aux d\u00e9pens de l\u2019ennemi, les abris, qui pourraient servir de \u00ab&nbsp;repaires&nbsp;\u00bb aux d\u00e9fenseurs, sont nettoy\u00e9s \u00e0 la grenade, et Albert trouve cela normal (p. 381). Par contre, les prisonniers ne sont pas abattus, mais envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re&nbsp;; les bless\u00e9s ennemis sont parfois r\u00e9confort\u00e9s (p. 382).<\/p>\n<p>&#8211; Mais voil\u00e0 le probl\u00e8me. Dans sa lettre du 6 novembre 1917, \u00e9crite au lendemain de l\u2019attaque de la Malmaison, apr\u00e8s avoir montr\u00e9 comment la mort l\u2019avait \u00ab&nbsp;fr\u00f4l\u00e9 de son aile macabre&nbsp;\u00bb, comment un obus avait tu\u00e9 devant lui le camarade avec qui il parlait, tandis que lui-m\u00eame ne recevait qu\u2019un \u00e9clat minuscule dans le nez, comment sa compagnie avait eu 40&nbsp;% de pertes, il termine ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mais il y avait des cochons dans le tas&nbsp;; ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s&nbsp;; pour ma part j\u2019en ai abattu 2 comme au tir au lapin&nbsp;: ces salauds, en se d\u00e9binant, tiraient sur nous en passant leur arme sous le bras&nbsp;! \u00c7a n\u2019a pas tra\u00een\u00e9. Ah, mais non&nbsp;! Donc, je termine l\u00e0, mes bien chers. Je vous embrasse de tout c\u0153ur. PS Admirez le papier boche&nbsp;! Excusez le d\u00e9cousu de mon style, j\u2019\u00e9cris les id\u00e9es comme elles arrivent.&nbsp;\u00bb Or, dans son r\u00e9cit structur\u00e9 de la bataille de la Malmaison, qui occupe les pages 368 \u00e0 385 du livre, il n\u2019est plus question de ces deux Allemands tu\u00e9s. Par contre, on trouve le passage suivant, apr\u00e8s la fin des combats (p. 383)&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e9cid\u00e9ment, le bois se peuple, car, peu apr\u00e8s, deux silhouettes viennent \u00e0 ma rencontre\u2026 Ce sont des Boches&nbsp;; je t\u00e2te la crosse de mon pistolet automatique, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 tirer au moindre geste, mais je n\u2019ai pas \u00e0 en faire usage\u2026 Ils portent le brassard \u00e0 croix rouge. Arriv\u00e9s \u00e0 ma hauteur, ils s\u2019\u00e9cartent presque avec crainte&nbsp;; l\u2019un d\u2019eux est affubl\u00e9 de grosses lunettes rouges&nbsp;; ils me lancent un regard atone et continuent leur marche sans un mot.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>On peut envisager deux hypoth\u00e8ses&nbsp;: ou bien Albert Marquand a dit \u00e0 chaud la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ses parents, puis, pris de remords et dans un souci \u00ab&nbsp;d\u2019aseptisation&nbsp;\u00bb, a voulu \u00ab&nbsp;refouler&nbsp;\u00bb ce geste dans son r\u00e9cit \u00e9crit \u00e0 froid&nbsp;; ou bien, dans l\u2019excitation du lendemain de bataille, il a invent\u00e9 un acte viril, exag\u00e9ration abandonn\u00e9e par la suite. Les arguments en faveur de cette deuxi\u00e8me hypoth\u00e8se sont qu\u2019il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 signaler la violence du nettoyage des abris, et que, si les Allemands avaient eu le comportement de se d\u00e9biner en tirant, on comprend mal pourquoi il n\u2019en aurait pas fait \u00e9tat dans son r\u00e9cit. Mais aucune preuve d\u00e9cisive n\u2019emporte l\u2019adh\u00e9sion en faveur de l\u2019une ou de l\u2019autre hypoth\u00e8se. Il faut donc mentionner les deux.<\/p>\n<p>&#8211; Au-del\u00e0, les descriptions de la violence et des horreurs montrent que les th\u00e9ories farfelues sur \u00ab&nbsp;l\u2019aseptisation&nbsp;\u00bb de la guerre dans les r\u00e9cits de combattants ne r\u00e9sistent pas \u00e0 un examen bien simple&nbsp;: lire les r\u00e9cits des combattants.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, avril 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Albert Marquand est n\u00e9 le 13 d\u00e9cembre 1895 \u00e0 Troyes o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait directeur de la fabrique de papier Montgolfier. Il a 3 ans lorsque la famille s\u2019installe \u00e0 Aubenas (Ard\u00e8che) pour g\u00e9rer une librairie-papeterie. 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