{"id":379,"date":"2011-05-08T20:04:31","date_gmt":"2011-05-08T19:04:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=379"},"modified":"2021-09-12T19:33:24","modified_gmt":"2021-09-12T18:33:24","slug":"pomes-joseph-1883-1966","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/05\/08\/pomes-joseph-1883-1966\/","title":{"rendered":"Pom\u00e8s, Joseph (1883-1966)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nJoseph Pom\u00e8s est n\u00e9 le 9 novembre 1883 \u00e0 Pessan (Gers) dans une famille de paysans ais\u00e9s. Il est all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Castelnau-Barbarens, o\u00f9 il \u00e9tait en pension chez l\u2019instituteur. Il a fait son service militaire dans les Dragons. C\u00e9libataire en 1914, il est affect\u00e9 au 18e RAC avec pour t\u00e2che le ravitaillement des batteries de 75. Il vit donc surtout dans l\u2019arri\u00e8re-front, mais les d\u00e9placements fr\u00e9quents sont p\u00e9nibles et dangereux. Son r\u00e9giment est en Champagne d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 avril 1915 ; dans la Somme d\u2019avril 1915 \u00e0 mars 1916 ; \u00e0 Verdun de mars 1916 \u00e0 juin 1918 ; il participe \u00e0 la deuxi\u00e8me bataille de la Marne et \u00e0 la contre-offensive. Il est d\u00e9mobilis\u00e9 le 19 mars 1919.<br \/>\nDans une lettre, Emmanuel de Luget, le pr\u00e9sentateur du t\u00e9moignage, m\u2019\u00e9crit ceci : \u00ab Joseph Pom\u00e8s n\u2019a ramen\u00e9 aucune s\u00e9quelle de ces ann\u00e9es de guerre : ni blessure, ni maladie, ni troubles du sommeil, comme si la page \u00e9tait tourn\u00e9e, l\u2019affaire class\u00e9e, naturellement. Il n\u2019\u00e9tait pas taciturne, mais au contraire d\u2019un temp\u00e9rament gai. Il n\u2019en parlait pas, sauf avec les gens de sa classe. Pas d\u2019esprit d\u2019ancien combattant non plus. \u00c0 son retour, il a repris la ferme, sans en \u00e9tendre la superficie, avec un domestique \u00e0 l\u2019ann\u00e9e et un pour les gros travaux. C\u2019\u00e9tait un propri\u00e9taire ais\u00e9. Il aimait la chasse, mais pas la p\u00eache. Il avait la passion des chevaux. Il en a toujours eu, m\u00eame avant la guerre, et n\u2019a jamais voulu d\u2019automobile : il se rendait au march\u00e9 d\u2019Auch en voiture \u00e0 cheval. \u00bb<br \/>\nIl s\u2019est mari\u00e9 \u00e0 Pessan, le 3 mai 1920. Il a pris sa retraite peu apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, et son gendre a repris l\u2019exploitation. Joseph Pom\u00e8s est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Pessan le 24 d\u00e9cembre 1966.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nJoseph Pom\u00e8s a commenc\u00e9 un premier carnet et lui a donn\u00e9 comme titre \u00ab Campagne de 1914 \u00bb, devant ensuite rajouter les autres ann\u00e9es. Le t\u00e9moignage comprend un deuxi\u00e8me carnet et 200 lettres du front adress\u00e9es \u00e0 sa famille. Emmanuel de Luget m\u2019\u00e9crit que sa fille et sa femme ont lu les carnets. Ils ont \u00e9t\u00e9 ensuite \u00ab rang\u00e9s \u00bb dans une caisse en bois  au grenier. Personne, pas m\u00eame lui, ne s\u2019en est plus occup\u00e9. \u00ab On les y savait \u00bb, sans plus. On les a retrouv\u00e9s, un peu attaqu\u00e9s par les souris. Emmanuel de Luget a transcrit les documents et les a r\u00e9unis dans l\u2019ordre chronologique de r\u00e9daction, sous la forme d\u2019un tapuscrit de format A4 intitul\u00e9 \u00ab Les carnets de guerre de Joseph Pom\u00e8s 1914-1919, Texte enrichi de plus de 200 lettres du front \u00bb. Il en a r\u00e9dig\u00e9 l\u2019avant-propos, et a ajout\u00e9 trois photos et une chronologie des d\u00e9placements de l\u2019auteur.<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\nLe pr\u00e9sentateur remarque tr\u00e8s justement que Joseph Pom\u00e8s s\u2019int\u00e9resse surtout \u00e0 ce qui se passe \u00ab au pays \u00bb, \u00e0 la vie de l\u2019exploitation, \u00e0 la famille. La lettre du 8 octobre 1914, par exemple, \u00e9voque les travaux : \u00ab Enfin je vois que vous vous \u00eates d\u00e9brouill\u00e9s pour faire les travaux. Le d\u00e9piquage a d\u00fb cependant \u00eatre long faute de personnel et si vous avez termin\u00e9 les labours vous avez d\u00fb vous lever quelquefois de bonne heure. \u00bb La m\u00eame lettre et d\u2019autres se pr\u00e9occupent des bless\u00e9s et des morts du village. Son meilleur copain est Ernest Vignaux, le boulanger de Pessan, \u00ab avec qui nous faisons la campagne ensemble depuis le d\u00e9but et que je consid\u00e8re comme un fr\u00e8re \u00bb (15 juillet 1915). Mais, le boulanger mobilis\u00e9 et la farine \u00e9tant de mauvaise qualit\u00e9, le pain est mauvais \u00e0 Pessan. Les parents de Joseph lui ont demand\u00e9 de transmettre l\u2019information \u00e0 son copain.<br \/>\nL\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e de Joseph est int\u00e9ressante. Il part \u00ab avec confiance et espoir que ce sera vite fini \u00bb (7 ao\u00fbt 1914). D\u00e8s le 8 mai suivant, il critique un autre Gersois \u00ab qui a eu la veine de rester jusqu\u2019\u00e0 ce moment au d\u00e9p\u00f4t et qui \u00e9tait para\u00eet-il au moment de la mobilisation si partisan de la guerre ; il ne dira pas peut-\u00eatre toujours pareil. \u00bb Celui-l\u00e0 ne semble pas \u00eatre le seul : \u00ab Il y en a beaucoup qui au d\u00e9but criaient \u00ab\u00a0\u00c0 Berlin\u00a0\u00bb eh bien ! \u00e0 pr\u00e9sent ils sont rares parce qu\u2019on s\u2019aper\u00e7oit que nous en sommes loin, aussi beaucoup de ceux-l\u00e0 demanderaient plut\u00f4t la paix \u00bb (16 mai 1915). Le 21 mai encore : \u00ab Nous avons l\u2019occasion de parler tous les jours avec les fantassins. Ils commencent d\u2019en avoir assez. Ils sont d\u00e9courag\u00e9s, ils n\u2019ont pas tout le tort, car lorsqu\u2019ils veulent sortir des tranch\u00e9es l\u2019ennemi est si bien retranch\u00e9 qu\u2019ils sont mal re\u00e7us par les mitrailleuses, et comme ordinairement c\u2019est toujours celui qui attaque qui casque, c\u2019est pour cela qu\u2019ils ne prennent gu\u00e8re plaisir de monter \u00e0 l\u2019assaut. \u00bb Le tapuscrit contient aussi une lettre de m\u00eame \u00e9poque (23 mai), adress\u00e9e par un soldat du Gers (du 288e RI) aux parents Pom\u00e8s \u00e0 Pessan : \u00ab Vous me dites de faire tout mon possible pour repousser ces troupes valeureuses et inf\u00e2mes boches. Oui, cela est beau \u00e0 dire, mais pas commode \u00e0 faire et je n\u2019y tiens pas trop \u00e0 le faire non plus parce que j\u2019en vois trop les cons\u00e9quences. Mourir pour la Patrie, c\u2019est beau aussi, mais pour moi la Patrie c\u2019est moi, aussi j\u2019\u00e9tais Patriote mais cela, voyez-vous, m\u2019est pass\u00e9, et tous ceux qui sont avec moi sont du m\u00eame avis. Personne ne demande \u00e0 les taquiner pour les faire partir chez eux. Quand on nous parle de cela, le mal de ventre n\u2019est pas loin. On nous a bourr\u00e9 trop les cr\u00e2nes. \u00bb<br \/>\nPlus le temps passe, plus les propos se font virulents. Ainsi le 28 d\u00e9cembre 1917 : \u00ab De la victoire \u00e0 pr\u00e9sent on s\u2019en fout mais ce que nous demandons c\u2019est la paix. \u00bb Le 10 mars 1918 : \u00ab Que vont dire les Parisiens avec les visites si fr\u00e9quentes des gothas. Ils ne crieront pas tous jusqu\u2019au bout. \u00bb Le 5 mai, il s\u2019insurge contre le contr\u00f4le de la production et donne \u00e0 ses parents ces conseils : \u00ab Levez-vous tard, couchez-vous de bonne heure, ce qui veut dire travailler pour le n\u00e9cessaire, soignant la vigne et le b\u00e9tail, mais ce que je vous recommande n\u2019allez pas vous esquinter pour faire venir du bl\u00e9. \u00bb Mais, en juillet, un sursaut lui fait \u00e9crire : \u00ab Il faut s\u2019attendre sous peu \u00e0 un autre coup de torchon. On craindrait \u00e0 une forte secousse justement sur le point o\u00f9 nous sommes. Eh bien ! ils peuvent venir, nous les attendrons de pied ferme, ils ne passeront pas ! C\u2019est le cri du jour. \u00bb Et, le 3 septembre, notant le recul des Allemands, l\u2019agriculteur s\u2019indigne de ce \u00ab qu\u2019ils poussent leur m\u00e9chancet\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 couper tous les arbres fruitiers. La plus grande partie c\u2019est des pommiers. Ils sont sci\u00e9s \u00e0 un m\u00e8tre de haut. \u00bb<br \/>\nNotons enfin trois remarques ponctuelles sur le d\u00e9but de la guerre : la r\u00e9quisition des chevaux le 4 ao\u00fbt 1914 ; un suicide d\u00e8s le 14 ao\u00fbt ; un bless\u00e9 allemand soign\u00e9 et nourri en septembre 1914. Au total, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit du t\u00e9moignage d\u2019un \u00ab combattant non directement engag\u00e9 dans les combats \u00bb, on peut dire avec Emmanuel de Luget : \u00ab La Grande Guerre, c\u2019est aussi la guerre de Joseph Pom\u00e8s. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, 5 mai 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Joseph Pom\u00e8s est n\u00e9 le 9 novembre 1883 \u00e0 Pessan (Gers) dans une famille de paysans ais\u00e9s. Il est all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Castelnau-Barbarens, o\u00f9 il \u00e9tait en pension chez l\u2019instituteur. Il a fait son service militaire dans les Dragons. 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