{"id":405,"date":"2011-05-19T08:04:07","date_gmt":"2011-05-19T07:04:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=405"},"modified":"2021-09-12T19:33:52","modified_gmt":"2021-09-12T18:33:52","slug":"cocho-paul-1879-1951","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/05\/19\/cocho-paul-1879-1951\/","title":{"rendered":"Cocho, Paul (1879-1951)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nFils d\u2019\u00e9picier, Paul Toussaint Marie Cocho est n\u00e9 \u00e0 Saint-Brieuc (C\u00f4tes-du-Nord) le 9 janvier 1879. La famille est tr\u00e8s catholique. Paul va \u00e0 l\u2019\u00e9cole chr\u00e9tienne de gar\u00e7ons et obtient le Certificat d\u2019\u00e9tudes primaires. Mari\u00e9 en 1906, il reprend l\u2019\u00e9picerie paternelle. Il a quatre enfants, le dernier en 1914. Il adh\u00e8re \u00e0 diverses associations chr\u00e9tiennes. Il poursuit ses pratiques pendant la guerre (messe, pri\u00e8res) et affirme sa soumission \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu (p. 36). Cependant, au moins au d\u00e9but, il n\u00e9gocie \u00e0 plusieurs reprises par l\u2019interm\u00e9diaire de Notre Dame du Perp\u00e9tuel Secours : pri\u00e8res contre avantages divers. Une d\u00e9cision favorable d\u2019un m\u00e9decin est attribu\u00e9e \u00e0 son intervention (p. 37) ; le fait de rester au chaud dans l\u2019abri, pendant que les camarades vont travailler en premi\u00e8re ligne, doit aussi \u00e0 ce que la Vierge lui a encore \u00ab accord\u00e9 sa protection \u00bb. Curieusement, cette pratique cesse en octobre 1915. Paul Cocho continue d\u2019aller \u00e0 la messe quand c\u2019est possible, mais il n\u2019est plus question de Notre Dame du Perp\u00e9tuel Secours, et ses consid\u00e9rations sur la fragilit\u00e9 de la destin\u00e9e humaine, sur la mort des camarades (p. 168, 177, 187, 216) ne sont accompagn\u00e9es d\u2019aucune r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 Dieu ou \u00e0 son entourage. Apr\u00e8s la guerre, il continuera \u00e0 s\u2019occuper d\u2019associations catholiques et sera nomm\u00e9 chevalier de l\u2019ordre de Saint Gr\u00e9goire le Grand par le pape sur proposition de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Saint-Brieuc.<br \/>\nPaul Cocho, caporal en 1914, a un certain go\u00fbt des grades et des d\u00e9corations. Sergent en 1915, il devient officier, sous-lieutenant en 1916, lieutenant en 1918. Il obtient quatre citations et en est tr\u00e8s fier, apr\u00e8s avoir, cependant, critiqu\u00e9 l\u2019incoh\u00e9rence et l\u2019injustice qui pr\u00e9sident \u00e0 leur distribution (p. 55, 94). Il est heureux de recevoir la Croix de guerre juste avant de partir en permission afin de pouvoir la montrer (15\/11\/15). Le 29 avril 1917, il \u00e9crit qu\u2019il a \u00ab le secret espoir de d\u00e9crocher d\u2019autres citations et peut-\u00eatre le ruban rouge \u00bb ; il obtient celui-ci le 12 juillet 1919.<br \/>\nSur le plan politique, il estime que la R\u00e9publique vaut mieux que l\u2019absolutisme (p. 179) et il admire la d\u00e9mocratie telle qu\u2019elle se pratique au Danemark, y compris le r\u00f4le politique des femmes (p. 215). Mais il souhaite pour la France \u00ab que dans l\u2019avenir elle ait un gouvernement plus digne d\u2019elle \u00bb (p. 83) et qu\u2019on y reconnaisse \u00ab l\u2019importance de la famille nombreuse \u00bb (p. 154). Il condamne \u00ab les honteuses fiches \u00bb du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9, ministre de la Guerre (p. 178) et craint le danger de la contagion bolchevique (p. 181).<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nPaul Cocho a r\u00e9dig\u00e9 son t\u00e9moignage de guerre sur 9 petits carnets conserv\u00e9s par la famille qui a particip\u00e9 \u00e0 la publication du livre : <em>Mes carnets de guerre et de prisonnier 1914-1919<\/em>, Presses universitaires de Rennes, 2010, 225 p. Le livre est pr\u00e9fac\u00e9 par Fabienne Bock. Il est illustr\u00e9 de quelques photos et compl\u00e9t\u00e9 par des extraits de l\u2019Historique du 74e r\u00e9giment d\u2019infanterie territoriale. La guerre occupe 107 pages, dat\u00e9es du 31 octobre 1914 au 27 mai 1918, avec des lacunes, notamment de juillet 1917 \u00e0 mars 1918. Les quelques jours pr\u00e9c\u00e9dant sa capture sont d\u00e9crits sur un carnet achet\u00e9 en Allemagne, et il encha\u00eene sur sa captivit\u00e9. Cette p\u00e9riode, du 27 mai 1918 au 16 janvier 1919 occupe 96 p. Sans doute disposait-il de plus de temps pour \u00e9crire, mais il faut voir aussi dans ces longs d\u00e9veloppements la volont\u00e9 de raconter une histoire devenue strictement personnelle, celle de l\u2019individu bless\u00e9, captur\u00e9, soign\u00e9 (voir des cas semblables dans les notices Bieisse et Tailhades).<br \/>\nPaul Cocho \u00e9crit bien ; il fait peu de fautes d\u2019orthographe. Son r\u00e9cit nous apprend qu\u2019il \u00ab cause un peu litt\u00e9rature \u00bb avec un lieutenant (p. 75) ; prisonnier, il lit ce qui lui tombe sous la main, et fait une longue digression sur Renan dont il conna\u00eet deux ouvrages (p. 175).<br \/>\nLes carnets ressemblent parfois \u00e0 de la correspondance, car il s\u2019adresse \u00e0 sa femme. Quelques passages ont \u00e9t\u00e9 rendus illisibles sur l\u2019original, vraisemblablement par l\u2019auteur lui-m\u00eame. L\u2019un, de 16 lignes, pourrait correspondre \u00e0 une \u00e9vocation des mutineries (mai-juin 1917) ; d\u2019autres suivent des consid\u00e9rations sur les femmes allemandes (p. 148, 198).<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\n&#8211; En octobre et novembre 1914, c\u2019est la guerre en Belgique. Paul Cocho d\u00e9crit des spectacles \u00e9pouvantables de corps d\u00e9chiquet\u00e9s (p. 22), les longues p\u00e9riodes o\u00f9 on attend la mort, presque sans boire ni manger, ni dormir (p. 25). Il est \u00e9vacu\u00e9, \u00e9puis\u00e9, et avoue : \u00ab J\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de choses qui ont refroidi mon ardeur du d\u00e9but. Je n\u2019imaginais pas la guerre de cette fa\u00e7on ! Ce n\u2019est pas que j\u2019ai peur et je ferai mon devoir si je retourne au feu, mais enfin, je crois qu\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai fait, je puis l\u00e9gitimement essayer d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la fournaise. \u00bb D\u2019autant qu\u2019il existe des embusqu\u00e9s : \u00ab On souhaite les tranch\u00e9es \u00e0 tous ces gens si tranquilles et si paisibles. \u00bb \u00ab D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, je crois que tout le monde en a assez. L\u2019enthousiasme du d\u00e9but a fait place chez les uns \u00e0 une sorte de r\u00e9signation, chez les autres \u00e0 un profond d\u00e9couragement. \u00bb Ce m\u00eame jour, 22 novembre 1914, il note que beaucoup voient la guerre termin\u00e9e \u00e0 No\u00ebl ; lui pense qu\u2019elle va \u00ab durer longtemps encore, jusqu\u2019\u00e0 P\u00e2ques au moins \u00bb. Et le lendemain : \u00ab La conversation \u00e0 peu pr\u00e8s unique a roul\u00e9, comme d\u2019habitude, sur la dur\u00e9e de la guerre. L\u2019on sent que tout le monde, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, commence \u00e0 en avoir assez. \u00bb Toutefois, les Alli\u00e9s ayant la ma\u00eetrise de la mer et pouvant se ravitailler, ils finiront par l\u2019emporter.<br \/>\n&#8211;  1915 et 1916 : Paul Cocho se trouve dans les tranch\u00e9es, toujours en Belgique, menant une guerre \u00e9trange (p. 43) : \u00ab Qui aurait cru qu\u2019elle aurait consist\u00e9 \u00e0 se tenir tapis, au fond des trous, guettant l\u2019ennemi en premi\u00e8re ligne, allong\u00e9s au fond de la tranch\u00e9e, et attendant les \u00e9v\u00e9nements en deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me ! \u00bb Une guerre diff\u00e9rente selon que l\u2019on est artilleur ou fantassin (p. 72), ou bien encore embusqu\u00e9, sans oublier la cat\u00e9gorie des \u00ab embusqu\u00e9s du front \u00bb (p. 78), d\u00e9crite aussi par Louis Barthas. Il pr\u00e9sente un capitaine nouveau venu qui a contre lui de devoir commander \u00ab \u00e0 une majorit\u00e9 d\u2019hommes qui font campagne depuis dix mois \u00bb ; un autre officier, heureux de prendre en ligne \u00ab un commandement vraiment actif et amusant \u00bb, et Cocho de commenter : \u00ab Il se pourrait bien qu\u2019il le trouv\u00e2t rapidement un peu trop amusant ! \u00bb et il ajoute : \u00ab Il a encore tous les enthousiasmes et toutes les na\u00efvet\u00e9s de ceux qui n\u2019ont pas vu vraiment le feu ! \u00bb (p. 89). Le 23 septembre 1915, notre Breton d\u00e9crit l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un soldat fran\u00e7ais. Le 30 juillet 1916, il visite l\u2019ambulance am\u00e9ricaine de Mrs Depew.<br \/>\n&#8211; Sous-lieutenant affect\u00e9 aux communications, il se sent lui-m\u00eame devenir un peu un embusqu\u00e9 (p. 98). De fait, il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un nombre incroyable de permissions entre d\u00e9cembre 1916 et avril 1917, et en prend m\u00eame une ill\u00e9gale (p. 107). Il fait partie des auteurs de carnets qui ne notent rien pendant les p\u00e9riodes de permissions, en dehors du cafard au moment de repartir (p. 80, 99). Au front, il signale le plaisir de pouvoir parler de la famille et du \u00ab pays \u00bb avec d\u2019autres Bretons. Il consid\u00e8re les soldats bretons comme des troupes d\u2019\u00e9lite (p. 40), et les printemps bretons comme les plus jolis (p. 113). Au d\u00e9but de 1917, il d\u00e9crit les pr\u00e9paratifs de l\u2019offensive, puis son \u00e9chec en mai attest\u00e9 par \u00ab le remue-m\u00e9nage qui se fait dans le haut commandement \u00bb. Rappelons que 16 lignes rendues illisibles concernaient peut-\u00eatre les mutineries.<br \/>\n&#8211; Bless\u00e9 et captur\u00e9 lors de l\u2019offensive Ludendorff sur le Chemin des Dames, le 27 mai 1918, il est soign\u00e9, bien trait\u00e9 (p. 126), regard\u00e9 avec piti\u00e9 par la population (p. 131). Au lazaret de Mayence, puis au camp de Czersk en Pologne, on ne peut mener qu\u2019une vie v\u00e9g\u00e9tative dans laquelle l\u2019alimentation joue le r\u00f4le principal : rations insuffisantes, compens\u00e9es par les colis envoy\u00e9s par sa femme. Si le premier colis ne lui parvient que le 8 septembre, celui du 22 novembre est le 27e. C\u2019est alors l\u2019abondance, et le prisonnier, en promenade, peut distribuer du chocolat aux gamins allemands ravis. En septembre, les Russes donnent des concerts qui ont pour auditeurs Fran\u00e7ais, Anglais, Italiens, Roumains, Am\u00e9ricains et Allemands. Autre spectacle : voir passer les civils, avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour les femmes allemandes, qui portent souvent des toilettes \u00e9l\u00e9gantes, mais qui ont toujours \u00ab une tr\u00e8s forte cheville \u00bb (p. 158). Paul Cocho suit l\u2019\u00e9volution de la guerre dans la presse berlinoise, la marche en avant des Alli\u00e9s, les n\u00e9gociations pour l\u2019armistice, la r\u00e9volution allemande. Curieusement, alors que tant de soldats fran\u00e7ais \u00e9prouvent une forte rancune pour l\u2019empereur Guillaume (et aussi pour Poincar\u00e9), Paul Cocho pense que le Kaiser \u00ab n\u2019a fait que r\u00e9aliser les aspirations de son peuple \u00bb (p. 182). Reste que, le 16 novembre 1918, le drapeau rouge flotte au-dessus du camp. La p\u00e9riode qui suit, au cours de laquelle Paul et ses camarades sont \u00e0 la fois des prisonniers de guerre et des vainqueurs, est tr\u00e8s complexe. Les Allemands, heureux de la fin de la guerre (p. 185), s\u2019amusent (p. 193), et les anciens prisonniers font de m\u00eame, tout en souhaitant un retour rapide au pays.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, 18 mai 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Fils d\u2019\u00e9picier, Paul Toussaint Marie Cocho est n\u00e9 \u00e0 Saint-Brieuc (C\u00f4tes-du-Nord) le 9 janvier 1879. La famille est tr\u00e8s catholique. Paul va \u00e0 l\u2019\u00e9cole chr\u00e9tienne de gar\u00e7ons et obtient le Certificat d\u2019\u00e9tudes primaires. Mari\u00e9 en 1906, il reprend l\u2019\u00e9picerie paternelle. Il a quatre enfants, le dernier en 1914. 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