{"id":414,"date":"2011-05-26T08:28:41","date_gmt":"2011-05-26T07:28:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=414"},"modified":"2021-09-12T19:34:08","modified_gmt":"2021-09-12T18:34:08","slug":"harel-ambroise-1895-1936","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/05\/26\/harel-ambroise-1895-1936\/","title":{"rendered":"Harel, Ambroise (1895-1936)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nLa pr\u00e9sentation de l\u2019ouvrage d\u2019Ambroise Harel, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2009, ne nous renseigne gu\u00e8re sur l\u2019auteur : un Breton, un \u00ab homme simple \u00bb, de la classe 1914. La lecture du t\u00e9moignage permet de rectifier : il est de la classe 1915. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019amabilit\u00e9 de Claude Jeay, directeur des Archives d\u00e9partementales d\u2019Ille-et-Vilaine, je peux pr\u00e9ciser ici qu\u2019Ambroise Harel est n\u00e9 le 5 f\u00e9vrier 1895 \u00e0 Langon. Son p\u00e8re \u00e9tait laboureur, et sa m\u00e8re m\u00e9nag\u00e8re. Ambroise nous dit qu\u2019il a quitt\u00e9 la charrue en 1914 \u00ab pour prendre le fusil et d\u00e9fendre [sa] terre menac\u00e9e \u00bb. On ne sait rien de son niveau d\u2019\u00e9tudes, mais on peut dire qu\u2019il \u00e9crit un tr\u00e8s bon fran\u00e7ais. Curieux, il visite \u00e0 Domr\u00e9my la maison de Jeanne d\u2019Arc (p. 84) et, \u00e0 Brie, il remarque la maison de Daguerre (p. 112).<br \/>\nIl est incorpor\u00e9 le 18 d\u00e9cembre 1914 au 117e RI comprenant des Bretons, d\u2019autres hommes de l\u2019ouest et du nord-ouest, ainsi que des Parisiens qui se font remarquer au milieu des \u00ab na\u00effs campagnards \u00bb. Il passe ensuite au 243e RI et il conna\u00eet successivement la guerre en Artois, dans la Somme, en Champagne apr\u00e8s l\u2019offensive du 25 septembre 1915, aux \u00c9parges. Il est \u00e9vacu\u00e9 le 5 f\u00e9vrier 1916 pour entorse et, lorsqu\u2019il revient, il assiste au retour de Verdun de son r\u00e9giment d\u00e9cim\u00e9. Celui-ci \u00e9tant dissous, il passe au 233e. Lors de l\u2019offensive de la Somme, il est bless\u00e9 \u00e0 la main (5 septembre). En novembre 1916, il est en Champagne ; en mars 1917 dans l\u2019Aisne o\u00f9 il est nomm\u00e9 sergent ; en \u00e9t\u00e9 en Flandres. Il est gaz\u00e9 et \u00e0 nouveau \u00e9vacu\u00e9. En 1918, lors de l\u2019attaque allemande sur le Chemin des Dames, il est fait prisonnier avec un camarade, le 29 mai, alors que les Allemands auraient pu les tuer (p. 213). Il ne fait que passer au camp de Giessen ; il est intern\u00e9 au camp de Langensalza en Thuringe, qu\u2019il d\u00e9crit (p. 229-236) ; il expose \u00e9galement trois situations diff\u00e9rentes en kommando de travail (p. 238, 245, 247). Apr\u00e8s l\u2019armistice, les soldats allemands de retour au pays sont acclam\u00e9s (p. 250), alors que les prisonniers fran\u00e7ais sont mal accueillis \u00e0 Dunkerque (p. 254).<br \/>\nAmbroise Harel est mort \u00e0 Redon, le 26 janvier 1936. Tout renseignement compl\u00e9mentaire apport\u00e9 par nos lecteurs sera le bienvenu.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nAmbroise Harel a publi\u00e9 son t\u00e9moignage \u00e0 compte d\u2019auteur en 1921. Avait-il pris des notes au jour le jour ? Le texte contient peu de dates, mais on a l\u2019impression qu\u2019il r\u00e9sulte du \u00ab lissage \u00bb d\u2019un carnet personnel. Il contient aussi peu de prises de position, bien qu\u2019il ait annonc\u00e9 en introduction vouloir faire conna\u00eetre les vrais sentiments intimes des simples, que les ouvrages des \u00ab gens cultiv\u00e9s qui ont \u00e9crit des livres sur la Grande Guerre \u00bb ne peuvent restituer. Il est \u00e9tonnant qu\u2019un t\u00e9moignage de fantassin ne fasse pas de critique du haut commandement ou du bourrage de cr\u00e2nes. Il est \u00e9tonnant de lire, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 soign\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re pour une blessure \u00e0 la main : \u00ab joyeux tout de m\u00eame, je repris le chemin du front \u00bb. L\u2019ensemble du texte laisse l\u2019impression de quelque chose de liss\u00e9, comme si l\u2019auteur avait choisi ce qu\u2019il convenait de conserver pour une publication. Le pr\u00e9sentateur de 2009, Fran\u00e7ois Bertin, dit qu\u2019il a eu la chance de trouver une \u00e9dition originale sur laquelle l\u2019auteur avait ajout\u00e9 quelques notations manuscrites. Peu nombreuses, elles sont reprises dans le livre : <em>M\u00e9moires d\u2019un poilu breton<\/em>, Rennes, Ouest-France, 2009, 255 p., sans illustrations. Les r\u00e9f\u00e9rences aux pages donn\u00e9es ici sont d\u2019apr\u00e8s ce livre.<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\nLes descriptions \u00e9tant peu d\u00e9taill\u00e9es, et les sentiments peu exprim\u00e9s, on ne trouvera pas ici les meilleures pages sur le pinard (p. 18), les totos (p. 20), la marche et les marmites (p. 23), les cantonnements d\u00e9go\u00fbtants et pleins de rats (p. 27), sur la fabrication de bagues (p. 31), la mort, les corps d\u00e9chiquet\u00e9s (p. 48), la sup\u00e9riorit\u00e9 des abris allemands (p. 103), les douches tenues par des soldats russes (p. 121), le pain et le vin gel\u00e9s (p. 127), les corv\u00e9es de transport de t\u00f4les pour camouflage (p. 141), la boue qui rend les fusils inutilisables (p. 172), etc.<br \/>\nOn d\u00e9couvre un peu plus d\u2019originalit\u00e9 dans quelques passages : au d\u00e9p\u00f4t, les grad\u00e9s qui cherchent \u00e0 se rendre indispensables \u00e0 l\u2019instruction des bleus pour ne pas partir au front, et le bless\u00e9 d\u00e9sol\u00e9 au moment d\u2019y revenir, disant \u00ab Je sais ce que c\u2019est, le front \u00bb (p. 14) ; comment Ambroise devint l\u2019ami ins\u00e9parable d\u2019un type du Nord de la classe 1895 qui l\u2019appelle \u00ab Min fiston \u00bb (p. 35) ; le coup au but d\u2019une marmite sur un abri (p. 70) ; le spectacle affreux de l\u2019ex\u00e9cution de trois soldats condamn\u00e9s \u00e0 mort, et la honte d\u2019une jeune veuve de fusill\u00e9, m\u00e8re de trois petits enfants (p. 85) ; de \u00ab maudits gaziers \u00bb victimes, avec les fantassins des alentours, d\u2019un changement de direction du vent (p. 96-97) ; l\u2019attaque du 16 avril 1917 (p. 146) et un combat \u00e0 la grenade (p. 155) ; un officier allemand qui fait enterrer \u00ab tous les cadavres avec le m\u00eame respect, et de la fa\u00e7on suivante : un Allemand, un Fran\u00e7ais, un Allemand, un Fran\u00e7ais, et ainsi de suite tant qu\u2019il y en eut \u00bb (p. 218). En octobre 1915, apr\u00e8s une attaque, il \u00e9crit (p. 57) : \u00ab Les d\u00e9bris d\u2019un bataillon \u00e9taient rassembl\u00e9s l\u00e0. Il ne faisait pas encore jour mais assez froid, nous f\u00eemes du feu autour duquel furent servis la soupe et le rata, ensuite la gniole. Tout le monde fumait, riait, se sentait riche d\u2019avoir sauv\u00e9 sa peau ! \u00bb<br \/>\nS\u2019il ne dit rien des mutineries de 1917, il signale cependant des \u00e9pisodes d\u2019indiscipline collective : \u00e0 une date impr\u00e9cise (f\u00e9vrier 1915 ?), la r\u00e9volte d\u2019un groupe de permissionnaires oubli\u00e9s et non nourris \u00e0 la gare de Langres, surveill\u00e9s ensuite par un bataillon de chasseurs \u00e0 pied (p. 78-79) ; les vitres syst\u00e9matiquement bris\u00e9es d\u2019un train de permissionnaires, fin 1916 (p. 124). Enfin, une remarque faite \u00e0 P\u00e2ques de 1916 \u00e0 Montreux, village alsacien proche de Dannemarie, dans le bout de territoire du Reichsland occup\u00e9 par les Fran\u00e7ais (p. 86) : \u00ab Je regardais dans ce village une bande de jeunes gens des classes 1914-15-16 et au-dessous qui jouaient au palet. Tous ces jeunes gens qui n\u2019\u00e9taient point mobilis\u00e9s du fait de notre occupation, nous regardaient l\u2019air goguenard. \u00bb Une enqu\u00eate serr\u00e9e sur la mortalit\u00e9 de ces classes dans la petite portion d\u2019Alsace occup\u00e9e par les Fran\u00e7ais et dans le plus vaste territoire fran\u00e7ais occup\u00e9 par les Allemands livrerait des chiffres tout \u00e0 fait int\u00e9ressants, \u00e0 comparer avec la mortalit\u00e9 des m\u00eames classes des autres r\u00e9gions, touch\u00e9es par les mobilisations.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, 25 mai 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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