{"id":418,"date":"2011-05-29T20:08:04","date_gmt":"2011-05-29T19:08:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=418"},"modified":"2021-09-12T19:34:18","modified_gmt":"2021-09-12T18:34:18","slug":"azema-francois-1877-1968","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/05\/29\/azema-francois-1877-1968\/","title":{"rendered":"Az\u00e9ma, Fran\u00e7ois (1877-1968)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nFran\u00e7ois Az\u00e9ma, fils d\u2019autre Fran\u00e7ois, cultivateur \u00e0 Saint-Andr\u00e9 de Roquelongue (Aude), est n\u00e9 \u00e0 Auragne (Haute-Garonne) le 26 mars 1877. Il n\u2019avait que 14 ans \u00e0 la mort de son p\u00e8re, et les religieux de l\u2019abbaye de Fontfroide auraient achev\u00e9 son \u00e9ducation (ses carnets r\u00e9v\u00e8lent une assez bonne orthographe). Apr\u00e8s le service militaire effectu\u00e9 au 100e RI \u00e0 Narbonne (on a une photo), il s\u2019est mari\u00e9 en f\u00e9vrier 1905 et a eu un fils en novembre. Il exer\u00e7ait la profession de cordonnier \u00e0 Saint-Andr\u00e9 lors de la mobilisation. Appartenant \u00e0 la territoriale, il n\u2019est mont\u00e9 en renfort au 280e RI que le 16 mai 1915 (plus jeune que lui de deux ans, Louis Barthas \u00e9tait parti d\u00e9but novembre 1914 pour le m\u00eame r\u00e9giment). Lorsque le 280e est dissous, Az\u00e9ma passe au 256e, et son chemin se s\u00e9pare de celui de Barthas. En juillet 1917, \u00e2g\u00e9 de 40 ans, il devient cordonnier au d\u00e9p\u00f4t divisionnaire, puis il passe dans l\u2019artillerie de campagne et enfin au 77e r\u00e9giment d\u2019artillerie lourde \u00e0 grande puissance. Il est d\u00e9mobilis\u00e9 le 28 janvier 1919 \u00e0 Carcassonne, et \u00e9crit : \u00ab le 29 je rentre chez moi \u00e0 St Andr\u00e9 \u00bb. Il est mort dans son village le 22 ao\u00fbt 1968.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nest repr\u00e9sent\u00e9 par deux petits carnets de 44 et 32 pages conserv\u00e9s par la famille. Les notes sont prises au jour le jour, depuis le 16 mai 1915 jusqu\u2019au 29 janvier 1919, au crayon ou \u00e0 l\u2019encre selon les possibilit\u00e9s. Sur la derni\u00e8re page du premier carnet, l\u2019auteur a ajout\u00e9, apr\u00e8s la guerre, la mention suivante : \u00ab Le pr\u00e9sent livret a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en entier dans les tranch\u00e9es jour par jour au fur et \u00e0 mesure que ma triste vie de tranch\u00e9es s\u2019\u00e9coulait. \u00bb Les notes sont tr\u00e8s br\u00e8ves, surtout au d\u00e9but, par exemple en juin 1915 : \u00ab 22 marche 8 k, soir revue, 23 exercice, 24 matin marche, soir revue, 25 marche et pluie \u00bb. Par la suite, elles forment des phrases, sans d\u00e9veloppements, mais qui r\u00e9ussissent \u00e0 montrer le caract\u00e8re ext\u00e9nuant des marches et des travaux, et les dangers affront\u00e9s. Pour la premi\u00e8re partie, jusqu\u2019\u00e0 la fin de 1915, on pourra s\u2019appuyer sur les longues descriptions de Louis Barthas pour d\u00e9velopper les propos laconiques de Fran\u00e7ois Az\u00e9ma, par exemple lors des inondations suivies de fraternisations de d\u00e9cembre 1915 en Artois.<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\nDe juin \u00e0 d\u00e9cembre 1915, le 280e est en Artois, et on retrouve dans les carnets les noms du Fond de Buval, de la tranch\u00e9e de Calonne, La Targette, Neuville-Saint-Vaast, etc. Comme Barthas, il fait des corv\u00e9es de rondins, des marches sous la pluie battante, il subit les journ\u00e9es de bombardements qui alternent avec des p\u00e9riodes plus calmes. Le 26 septembre, il note : \u00ab Nous avons pass\u00e9 la nuit bien froide couch\u00e9s sur la terre \u00bb ; le 4 octobre, un obus de 77 tombe sur la cagna \u00ab d\u2019o\u00f9 on a pu sortir sans blessure \u00bb ; le 11 octobre : \u00ab J\u2019ai failli \u00eatre tu\u00e9 par un 105 tomb\u00e9 \u00e0 4 m et qui a tu\u00e9 2 camarades \u00bb ; le 75 fait aussi des victimes, tu\u00e9s et bless\u00e9s.<br \/>\nIl y avait de la boue avant d\u00e9cembre 1915, mais ce mois-l\u00e0 est particuli\u00e8rement pluvieux : \u00ab Nous sommes all\u00e9s travailler \u00e0 d\u00e9blayer les boyaux o\u00f9 la boue nous arrivait jusqu\u2019aux genoux ; il fallait se donner la main les uns les autres pour s\u2019arracher ; plusieurs ont d\u00fb abandonner sac, fusil et \u00e9quipement pour pouvoir se d\u00e9gager. [\u2026] Puis nous sommes mont\u00e9s en 1\u00e8re ligne o\u00f9 nous avons eu de la pluie tout le temps et de la boue jusqu\u2019aux genoux ; il fallait travailler tout le temps \u00e0 la r\u00e9fection des tranch\u00e9es : nous avons souffert atrocement pendant ces jours de 1\u00e8re ligne, nos pieds gelaient dans la boue ; pendant ces jours-l\u00e0 les Allemands sont mont\u00e9s sur la tranch\u00e9e, nous de notre c\u00f4t\u00e9 on en a fait autant et pendant 5 jours tout le monde \u00e9tait en terrain d\u00e9couvert ; les Allemands nous offraient des cigarettes, puis du rhum. Le 15 d\u00e9cembre nous avons \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s des 1\u00e8res lignes. \u00bb Louis Barthas, L\u00e9opold No\u00e9 et d\u2019autres ont \u00e9voqu\u00e9 ces sc\u00e8nes.<br \/>\nFran\u00e7ois part en permission le 1er janvier 1916. Il rejoint son r\u00e9giment \u00e0 Dunkerque, pour aller en Belgique. Le 3 mars 1916 est ainsi d\u00e9crit : \u00ab Mont\u00e9 en 1\u00e8re ligne par une nuit noire o\u00f9 on ne voyait pas \u00e0 un pas, il pleuvait \u00e0 verse, nous sommes arriv\u00e9s tremp\u00e9s jusqu\u2019aux os ; du fait de l\u2019obscurit\u00e9 nous tombions dans des trous d\u2019obus o\u00f9 nous avions de l\u2019eau jusqu\u2019\u00e0 la ceinture ; en r\u00e9sum\u00e9, rel\u00e8ve tr\u00e8s p\u00e9nible o\u00f9 nous avons souffert atrocement. Le lendemain 4 mars nous avons eu de la neige en abondance nous couvrant ainsi que la terre de son manteau blanc. Cette journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s rude car \u00e9tant mouill\u00e9s et un vent glacial nous avons gel\u00e9 ; en somme, journ\u00e9e m\u00e9morable par la souffrance que nous avons endur\u00e9e ; dans la soir\u00e9e les Allemands nous ont lanc\u00e9 quelques crapouillots sans r\u00e9sultat car personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 ni tu\u00e9. \u00bb<br \/>\nEn juin 1916, cet artisan rural, proche des choses de la terre, remarque avec tristesse : \u00ab Pendant tout notre s\u00e9jour \u00e0 Hardivilliers, nous avons de la man\u0153uvre dans les cultures, soit bl\u00e9, luzerne, seigle, etc. o\u00f9 nous brisons tout sur notre passage. \u00bb Dans la Somme, \u00e0 la fin de 1916, ce sont encore de tr\u00e8s durs moments dans la boue et sous les obus. En Alsace en 1917, cela va mieux, et il va passer dans l\u2019artillerie (sans donner d\u2019explication sur ce changement de statut).<br \/>\nEn novembre 1918, un long passage \u00e9crit au crayon se termine par la remarque que les prisonniers boches (mot rarement employ\u00e9) ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s heureux d\u2019apprendre la nouvelle de l\u2019armistice. Il trouve alors une plume et de l\u2019encre pour \u00e9crire, en soulignant la premi\u00e8re ligne : \u00ab L\u2019armistice a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le 11 9bre \u00e0 5 heures matin et le feu a cess\u00e9 \u00e0 11 h m. sur tous les fronts. Guillaume II abdique et s\u2019enfuit en Hollande. Son fils le kroumpritz renonce au tr\u00f4ne, il en pleure comme un gosse. \u00bb<br \/>\nPhoto de Fran\u00e7ois Az\u00e9ma dans <em>500 T\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, p. 42.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, mai 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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