{"id":4188,"date":"2021-09-23T17:13:18","date_gmt":"2021-09-23T16:13:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4188"},"modified":"2021-10-04T17:09:19","modified_gmt":"2021-10-04T16:09:19","slug":"chatenay-victor-1886-1985","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2021\/09\/23\/chatenay-victor-1886-1985\/","title":{"rendered":"Chatenay Victor\u00a0 1886 &#8211; 1985"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Mon journal de Quatorze-Dix-Huit<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">1. Le t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"> Victor Chatenay (1886-1985), originaire de Dou\u00e9-la-Fontaine (Maine-et Loire), appartient \u00e0 une famille de n\u00e9gociants. Si entre-deux guerres il est responsable dans une entreprise d\u2019\u00e9piceries (\u00c9tablissements Brisset), il a \u00e0 l\u2019origine une formation d\u2019avocat. Exempt\u00e9 en 1906, il s\u2019engage le 11 ao\u00fbt 1914. Apr\u00e8s une trajectoire atypique, il est, au d\u00e9but de 1915, sapeur dans une compagnie du G\u00e9nie. Bless\u00e9 en Artois, il devient apr\u00e8s sa convalescence chauffeur d\u2019automobile puis de camion. Sous-lieutenant dans le Train en 1917, il commande une section de transport puis, de janvier 1918 \u00e0 la fin de la guerre, il est le responsable fran\u00e7ais d\u2019une unit\u00e9 britannique f\u00e9minine de transport sanitaire. D\u00e8s 1940, V. Chatenay anime un mouvement de r\u00e9sistance \u00e0 Angers\u00a0; sa femme est d\u00e9port\u00e9e \u00e0 Ravensbr\u00fcck, et lui passe \u00e0 Londres en 1943. Maire R.P.F. d\u2019Angers (1947 \u2013 1959), il est aussi s\u00e9nateur, d\u00e9put\u00e9 puis membre du premier Conseil constitutionnel des nouvelles institutions de 1958. Il quitte la vie politique en 1962.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">\u00ab\u00a0Mon journal de Quatorze-Dix-Huit\u00a0\u00bb de Victor Chatenay a paru \u00e0 Angers en 1968 (Imprimerie de l\u2019Anjou, 1968, 197 pages). Sa r\u00e9daction suit celle de\u00a0\u00ab\u00a0Mon journal du Temps du malheur\u00a0\u00bb, 1967, qui raconte son engagement r\u00e9sistant de 1940 \u00e0 1944. Dans sa pr\u00e9face, l\u2019auteur \u00e9voque des lettres d\u2019anciens combattants \u00ab\u00a0<em>on voit bien que vous n\u2019avez pas fait l\u2019autre guerre (\u2026) C\u2019\u00e9tait tout de m\u00eame autre chose que votre r\u00e9sistance.<\/em>\u00a0\u00bb Cela le d\u00e9cide \u00e0 raconter \u00e0 son tour ses \u00ab\u00a0<em>aventures<\/em>\u00a0\u00bb dans la Premi\u00e8re Guerre. Philippe Chatenay, petit-fils de l\u2019auteur, a propos\u00e9 sur le site \u00ab\u00a0Chtimiste\u00a0\u00bb un texte remani\u00e9 sous un nouveau titre\u00a0: \u00ab\u00a0Des bagnards au Gotha, mon journal de 14 \u2013 18&Prime;. Il signale avoir mis le texte au\u00a0\u00abgo\u00fbt du jour\u00a0\u00bb, il s\u2019agit de suppressions de d\u00e9tails, de r\u00e9sum\u00e9s, et beaucoup de phrases ont \u00e9t\u00e9 reformul\u00e9es. Il est donc pr\u00e9f\u00e9rable, pour l\u2019\u00e9tude historique, de se reporter au texte d\u2019origine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La trajectoire de l\u2019auteur est atypique, ce qui donne parfois \u00e0 son r\u00e9cit de guerre un ton romanesque\u00a0; en plus de ce qu\u2019il vit, V. Chatenay raconte aussi des \u00ab\u00a0histoires\u00a0\u00bb, des histoires de guerre, et c\u2019est cette combinaison de la narration de son parcours original, et de ces anecdotes, qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat du \u00ab\u00a0<em>Journal de Quatorze-Dix-huit<\/em>\u00a0\u00bb. Et les faits\u00a0? Autant que l\u2019on puisse les v\u00e9rifier, ceux-ci sont av\u00e9r\u00e9s, en ce qui concerne sa trajectoire personnelle, et ses histoires vari\u00e9es sont le plus souvent cr\u00e9dibles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">R\u00e9form\u00e9 en 1906, et engag\u00e9 volontaire en ao\u00fbt 1914 pour l\u2019aviation, au premier r\u00e9giment de g\u00e9nie de Versailles, il a presque imm\u00e9diatement une altercation avec un sup\u00e9rieur, et s\u2019enfuit pour \u00e9chapper \u00e0 la prison. Il se fait oublier en r\u00e9ussissant \u00e0 int\u00e9grer une autre compagnie de g\u00e9nie qui fait des travaux de fortification dans le camp retranch\u00e9 de Paris. Il obtient ensuite un d\u00e9tachement aux Invalides \u00e0 Paris, o\u00f9 il entretient des v\u00e9hicules automobiles et conduit des autorit\u00e9s. Il loge \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, d\u00eene en ville, mais sa mauvaise affaire d\u2019ao\u00fbt le rattrape et il se retrouve en d\u00e9cembre 1914 en Artois, dans une compagnie disciplinaire (compagnie 4\/8). \u00c0 Maroeuil ou \u00e0 Camblain, il d\u00e9crit ses nouveaux amis apaches ou escrocs, mais il donne aussi des \u00e9l\u00e9ments int\u00e9ressants sur la guerre de mine. Ainsi un mineur du Nord lui explique l\u2019\u00e9coute des sapeurs ennemis (p. 48)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ecoute, la brouette roule souvent, c\u2019est qu\u2019on transporte autre chose que de la terre, et les coups de pioche ne sont plus au m\u00eame rythme, la cadence a chang\u00e9. Attention.<\/em>&nbsp;\u00bb Il raconte l\u2019offensive du 9 mai 1915, qu\u2019il fait \u00e0 Berthonval avec des l\u00e9gionnaires, devant les Ouvrages blancs, jusqu\u2019\u00e0 sa blessure, d\u2019une balle dans la m\u00e2choire, \u00e0 La Targette le 15 mai. Il est secouru apr\u00e8s 36 heures pass\u00e9es sur le glacis, mais un obus tue ses brancardiers. Enfin r\u00e9cup\u00e9r\u00e9, il est aid\u00e9 par l\u2019intervention de son fr\u00e8re Marcel, lieutenant dans l\u2019organisation des services sanitaires&nbsp;: (p. 73)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Marcel a d\u00e9couvert un sergent infirmier auquel il me recommande (\u2026) il lui donne cent francs, ce qui est une somme \u00e9norme, pour qu\u2019il me soigne et s\u2019occupe de moi, et fasse en sorte que j\u2019aille le plus loin possible.<\/em>&nbsp;\u00bb Il d\u00e9crit ensuite son hospitalisation \u00e0 Lamballe, les bless\u00e9s, les infirmi\u00e8res&nbsp;: (p. 76) \u00ab&nbsp;<em>Quel monde m\u00e9lang\u00e9 que ces infirmi\u00e8res fran\u00e7aises&nbsp;! Du nul, du moche et aussi du meilleur.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Apr\u00e8s sa convalescence, il rejoint un parc automobile, puis, vers\u00e9 \u00e0 la S.S. 102 (section sanitaire), il fait des \u00e9vacuations jusqu\u2019\u00e0 la fin de 1915 en Argonne. Il en effectue aussi beaucoup pendant la bataille de Verdun, puis il est vers\u00e9 au 20<sup>e<\/sup> escadron du Train en juin 1916. Dans le m\u00eame temps, il s\u2019occupe de son \u00ab&nbsp;<em>petit commerce<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;(p. 88)&nbsp;: sapeur, il a appris \u00e0 d\u00e9monter les t\u00eates d\u2019obus, et se fait signaler par l\u2019infanterie les obus non \u00e9clat\u00e9s&nbsp;; apr\u00e8s neutralisation, il les revend \u00e0 des officiers amateurs de souvenirs. Il fait ensuite une demande pour les chars, qui lui est refus\u00e9e, son sup\u00e9rieur lui reprochant de ne pas chercher \u00e0 \u00eatre officier (p. 93) \u00ab&nbsp;<em>Vous ne manquez pas, \u00e0 coup s\u00fbr, de vous plaindre de la qualit\u00e9 de vos officiers. S\u2019ils ne valent pas mieux, n\u2019ont qu\u2019\u00e0 se taire ceux qui peuvent l\u2019\u00eatre et s\u2019y refusent<\/em>\u00bb. Changeant d\u2019avis, il passe alors par Pont-Sainte-Maxence et Meaux et devient sous-lieutenant dans les transports. (juin 1917). Il re\u00e7oit le commandement du T.M. 539 (pour transport de mat\u00e9riel), qui regroupe vingt camions Saurer et la responsabilit\u00e9 de v\u00e9hicules divers non endivisionn\u00e9s. Il participe souvent avec ses chauffeurs aux trajets de nuit, expos\u00e9s aux bombardements et aux dangers de l\u2019aube, lorsque les obus \u00e0 livrer n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9charg\u00e9s assez vite. La description de la route \u00e0 sens unique au nord de Verdun, apr\u00e8s l\u2019avanc\u00e9e des lignes fran\u00e7aises fin 1916, est int\u00e9ressante, avec un sens unique, par Le Poivre \u2013 Louvemont \u2013 Haudremont &#8211; d\u00e9chargement, puis retour par le Ravin de la Mort vers Thiaumont. De jour et au repos, la vie pour l\u2019auteur ne manque pas d\u2019attraits, avec les amis de passage, attir\u00e9s par son \u00ab&nbsp;admirable popote&nbsp;\u00bb, servie par un ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel dans le civil. Il souligne qu\u2019il est bien conscient d\u2019\u00eatre privil\u00e9gi\u00e9, par rapport aux \u00ab&nbsp;<em>fantassins si malheureux&nbsp;<\/em>\u00bb, mais il dit aussi qu\u2019il est impossible de restituer \u00ab&nbsp;<em>l\u2019atmosph\u00e8re lourde et si p\u00e9nible de la mont\u00e9e du ravin de la Mort, quand on voit, devant soi, s\u2019abattre des rafales d\u2019obus sur le carrefour de Thiaumont qu\u2019il faut traverser<\/em>&nbsp;\u00bb. Ailleurs il \u00e9voque \u00ab&nbsp;<em>la nuit si noire que c\u2019est un exploit de mener un gros v\u00e9hicule, lourdement charg\u00e9, dans ces chemins boueux, encombr\u00e9s\u2026 et sans lumi\u00e8re.&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 114). Se portant souvent volontaire pour des corv\u00e9es parfois dangereuses, V. Chatenay conclut qu\u2019il se consid\u00e8re comme privil\u00e9gi\u00e9, mais pas comme embusqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><a><\/a> Le ton g\u00e9n\u00e9ral est constamment patriotique et hostile aux Allemands. Politiquement, l\u2019auteur n\u2019a aucune consid\u00e9ration pour les opposants \u00e0 la poursuite du conflit \u00e0 partir de 1917, et il le dit cr\u00fbment dans une boutade anti-socialiste&nbsp;: (p. 130) \u00ab&nbsp;<em>Mais ils marchent <\/em>[les poilus]<em> et marcheront jusqu\u2019au bout, si le gouvernement ne flotte pas et sait faire fusiller sans tapage les jeunes hommes qui se r\u00e9unissent avec nos ennemis \u00e0 Zimmerwald, \u00e0 Kienthal ou \u00e0 Stockholm, sous la direction de mon vieux camarade Pierre Laval.<\/em>&nbsp;\u00bb Ce passage du r\u00e9sistant Chatenay (caviard\u00e9 dans la version en ligne sur \u00ab&nbsp;chtimiste&nbsp;\u00bb), \u00e9voque, \u00e9videmment par antiphrase, le Laval d\u00e9put\u00e9 S.F.I.O., hostile \u00e0 Zimmerwald en 1915 mais proche ensuite de la sensibilit\u00e9 \u00ab&nbsp;Stockholm&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">En 1918, il est d\u00e9sign\u00e9 pour encadrer \u00ab&nbsp;<em>une section de femmes de la haute soci\u00e9t\u00e9 anglaise<\/em>&nbsp;\u00bb, qui doit venir sur le front former un groupe de conductrices de v\u00e9hicules sanitaires. Les Anglais semblent tenir \u00e0 un engagement effectif de ce d\u00e9tachement, et l\u2019\u00c9tat-major fran\u00e7ais d\u00e9signe V. Chatenay comme responsable de ces conductrices. La Section Sanitaire Y 3 est form\u00e9e, sous la responsabilit\u00e9 anglaise de Toupie Lowther, d\u2019une trentaine de voitures qui font de l\u2019\u00e9vacuation entre les ambulances et les gares ferroviaires. Il d\u00e9crit des membres de l\u2019aristocratie et de la grande bourgeoisie anglaise, parlant presque toutes le fran\u00e7ais, et quelques riches am\u00e9ricaines arriv\u00e9es dans un second temps. Il \u00e9voque les deux adjointes de T. Lowther&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>une vieille et maigre, et pas belle, l\u2019autre blonde et bien portante&nbsp;<\/em>\u00bb, ou les conductrices, (p. 135) \u00ab&nbsp;<em>si certaines pouvaient \u00eatre dans la r\u00e9serve de la territoriale, presque toutes sont jeunes, et, \u00e0 premi\u00e8re vue, jolies.<\/em>&nbsp;\u00bb L\u2019auteur est bien ennuy\u00e9 au d\u00e9but, car avec cette fonction il fait figure de \u00ab&nbsp;<em>prince des embusqu\u00e9s&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;; il souligne \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019il n\u2019a jamais voulu cette fonction, qu\u2019il ignore l\u2019anglais, et que son premier souhait est un poste de combattant en ligne (p. 137)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vers quelle aventure cin\u00e9ma-guerri\u00e8re suis-je embarqu\u00e9&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce manque d\u2019enthousiasme lui permet d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toutes les cabales plus ou moins jalouses dirig\u00e9es contre lui. Est int\u00e9ressante ici, dans sa narration, la mention de l\u2019incompr\u00e9hension, de l\u2019hostilit\u00e9, sans compter \u00e9videmment la moquerie, de la majorit\u00e9 des sup\u00e9rieurs \u00e0 qui il a affaire pour le service. Il \u00e9voque par exemple le m\u00e9pris d\u2019un commandant \u2013 qui s\u2019excusera plus tard \u2013 (p. 177)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Monsieur, je n\u2019admets pas qu\u2019un officier fran\u00e7ais accepte de commander un bordel<\/em>.&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">L\u2019unit\u00e9, qui apporte toute satisfaction lors des combats de l\u2019\u00e9t\u00e9 1918, est f\u00e9licit\u00e9e, et V. Chatenay l\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 Wiesbaden, en 1919. Il rend, \u00e0 sa mani\u00e8re, un hommage \u00e0 la fois sinc\u00e8re et ironique \u00e0 la responsable anglaise T. Lowther, d\u00e9cor\u00e9e de la croix de guerre, qui en obtenant de \u00ab<em>servir au front comme section sanitaire de division, a r\u00e9alis\u00e9 une performance unique, et son seul \u00e9chec est de ne pas avoir r\u00e9ussi \u00e0 faire tuer quelques-unes de ses conductrices, ce qui aurait fait briller sa section et lui aurait valu la l\u00e9gion d\u2019honneur.&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 143). Il signale aussi qu\u2019il ne peut \u00e9viter la sociabilit\u00e9 mondaine, et parfois les idylles de certaines conductrices avec des officiers attir\u00e9s comme des papillons, mais il souligne sa propre r\u00e9serve \u00e0 cet \u00e9gard. Il reste toutefois qu\u2019il \u00e9pousera en 1920 Barbara Stirling, une des conductrices de la S. S. Y 3.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Ce t\u00e9moignage a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par un notable gaulliste de 82 ans&nbsp;: il \u00e9voque sa guerre &#8211; il a failli mourir sur le parapet en Artois &#8211; mais il aime aussi \u00e0 \u00e9voquer sa jeunesse et ses frasques.&nbsp;Si cet itin\u00e9raire \u00ab&nbsp;combattant&nbsp;\u00bb atypique est possible, avec son dandysme assum\u00e9 (mondanit\u00e9s, uniformes chics\u2026), c\u2019est aussi parce que son origine sociale et ses moyens le lui permettent, mais n\u2019enjolive-t-il pas un peu le pass\u00e9&nbsp;? Ce qui frappe ici, outre ce ton d\u00e9tach\u00e9 qui r\u00e9v\u00e8le un vrai talent de conteur, c\u2019est sa libert\u00e9 de mouvement, qui elle aussi, n\u2019a rien de repr\u00e9sentatif du v\u00e9cu de la majorit\u00e9 des combattants. Par d\u00e9finition, les conducteurs sont mobiles et l\u2019arme du Train laisse souvent un espace d\u2019autonomie&nbsp;; lui-m\u00eame \u00e9voque certains de ses chauffeurs, non rattach\u00e9s \u00e0 des sections constitu\u00e9es (p. 124)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les conducteurs \u00e9taient tous d\u00e9brouillards, trop d\u00e9brouillards, et je me reconnais du m\u00e9rite d\u2019avoir pu les tenir \u00e0 peu pr\u00e8s en main (\u2026) mais j\u2019\u00e9tais heureux d\u2019avoir ce commandement qui m\u2019apportait l\u2019\u00e9norme privil\u00e8ge de pouvoir circuler partout.<\/em>&nbsp;\u00bb Sa description de l\u2019unit\u00e9 de femmes dont il est responsable en 1918 est \u00e9galement pr\u00e9cieuse&nbsp;; en effet, au contraire des nombreuses infirmi\u00e8res, subordonn\u00e9es dans les h\u00f4pitaux, et affect\u00e9es uniquement aux soins, les conductrices anglaises ont en plus une comp\u00e9tence technique \u00ab&nbsp;masculine&nbsp;\u00bb, et disposent d\u2019une part d\u2019autonomie qui, si t\u00e9nue soit-elle, rencontre constamment l\u2019incr\u00e9dulit\u00e9 des officiers fran\u00e7ais. Certes, elles sont l\u00e0 surtout parce que, outre leur patriotisme, elles sont riches ou nobles, et elles ne sont en rien repr\u00e9sentatives des femmes anglaises en guerre&nbsp;; toutefois, malgr\u00e9 ce caract\u00e8re \u00ab&nbsp;extraordinaire&nbsp;\u00bb, elles repr\u00e9sentent quand-m\u00eame, sur le sol fran\u00e7ais, la marque de l\u2019avance britannique en mati\u00e8re d\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Vincent Suard, septembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon journal de Quatorze-Dix-Huit 1. Le t\u00e9moin Victor Chatenay (1886-1985), originaire de Dou\u00e9-la-Fontaine (Maine-et Loire), appartient \u00e0 une famille de n\u00e9gociants. Si entre-deux guerres il est responsable dans une entreprise d\u2019\u00e9piceries (\u00c9tablissements Brisset), il a \u00e0 l\u2019origine une formation d\u2019avocat. Exempt\u00e9 en 1906, il s\u2019engage le 11 ao\u00fbt 1914. 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