{"id":4241,"date":"2022-01-22T11:37:03","date_gmt":"2022-01-22T10:37:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4241"},"modified":"2022-01-22T11:37:04","modified_gmt":"2022-01-22T10:37:04","slug":"chapelle-marcel-1907-et-151-autres-ecoliers-et-ecolieres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/01\/22\/chapelle-marcel-1907-et-151-autres-ecoliers-et-ecolieres\/","title":{"rendered":"Chapelle, Marcel (1907-?) et 151 autres \u00e9coliers et \u00e9coli\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Raconter la guerre. Souvenirs des \u00e9l\u00e8ves du d\u00e9partement du Nord (1920)<\/em>, \u00e9dit\u00e9 par Philippe Marchand<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>1. Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Marcel Chapelle, n\u00e9 en 1907, \u00e9colier \u00e0 Anor (Nord), ainsi que 151 autres \u00e9l\u00e8ves, ont \u00e9voqu\u00e9 leurs souvenirs de la guerre, avec une r\u00e9daction compos\u00e9e en classe en 1920. \u00ab&nbsp;<em>Raconter la guerre&nbsp;<\/em>\u00bb restitue ces 152 copies-t\u00e9moignages&nbsp;; ce sont 78 gar\u00e7ons et 74 filles, repr\u00e9sentant 44 \u00e9tablissements. Ils sont originaires de diff\u00e9rentes localit\u00e9s du d\u00e9partement du Nord, et ont tous fait l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019occupation, \u00e0 l\u2019exception des jeunes t\u00e9moins de Cassel ou de Dunkerque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em><u>Raconter la guerre<\/u><\/em><em>, Souvenirs des \u00e9l\u00e8ves du d\u00e9partement du Nord<\/em> (1920) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Philippe Marchand, sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9ducation (Septentrion, Lille, 2020, 272 pages). Une pr\u00e9face de Jean-Fran\u00e7ois Condette pr\u00e9sente la source, un corpus de copies d\u00e9tenues \u00e0 <em>La Contemporaine<\/em> (ex. B.D.I.C.), et proc\u00e8de \u00e0 une rapide analyse des t\u00e9moignages. P. Marchand caract\u00e9rise ensuite le fond FD1126, en apportant une s\u00e9rie de pr\u00e9cisions m\u00e9thodologiques et statistiques. Les \u00e9l\u00e8ves sont pr\u00e9sent\u00e9s, avec leur origine g\u00e9ographique, leur niveau scolaire, leur \u00e2ge au moment de la r\u00e9daction, celui-ci \u00e9tant mis en relation avec l\u2019\u00e2ge qu\u2019ils avaient au moment des \u00e9v\u00e9nements. Les 152 travaux sont retranscrits avec leur orthographe d\u2019origine, et la fin de l\u2019ouvrage en pr\u00e9sente quelques fac-simil\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le sujet que le recteur Georges Lyon propose en 1920 aux classes primaires, mais aussi parfois en Primaire sup\u00e9rieur, se pr\u00e9sente avec l\u2019intitul\u00e9 suivant (p. 20)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Souvenirs de l\u2019invasion. Dites, avec simplicit\u00e9 et sinc\u00e9rit\u00e9 ce que vous vous rappelez de la guerre et faites le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9pisode le plus dramatique dont vous avez \u00e9t\u00e9, soit l\u2019acteur, soit le t\u00e9moin.<\/em>\u00bb Eug\u00e8ne Costeur, de Tourcoing, choisit par exemple (p. 186, \u00ab&nbsp;<em>corrig\u00e9 et un peu retouch\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb mention du correcteur) le th\u00e8me des d\u00e9portations du travail de P\u00e2ques 1916 [avec autorisation de citation]&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Mes 2 tantes et mon oncle furent enlev\u00e9s malgr\u00e9 nos pleurs et conduits d\u2019abord dans une usine o\u00f9 ils pass\u00e8rent la nuit. Le lendemain, ils furent exp\u00e9di\u00e9s dans les Ardennes. On les s\u00e9para en les envoyant dans 3 communes diff\u00e9rentes. Mes tantes sont rest\u00e9es parties pr\u00e8s d\u2019un an et mon oncle fut 2 ans. Le r\u00e9cit de leurs aventures est vraiment touchant et fait pour inspirer \u00e0 jamais l\u2019horreur du Boche.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Cette source particuli\u00e8re pose de nombreux probl\u00e8mes m\u00e9thodologiques sp\u00e9cifiques&nbsp;: que penser, par exemple, de l\u2019exactitude de l\u2019\u00e9vocation des jours d\u2019ao\u00fbt 1914, v\u00e9cus \u00e0 6 ans et racont\u00e9s en 1920 \u00e0 12 ans&nbsp;? Dans les propos, comment s\u00e9parer ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement observ\u00e9, de ce qui s\u2019est ajout\u00e9 au fil du temps, avec le r\u00e9cit familial, de l\u2019environnement et de l\u2019instituteur&nbsp;? Comment rep\u00e9rer ce que l\u2019\u00e9l\u00e8ve pense qu\u2019il lui faut \u00e9crire pour satisfaire le ma\u00eetre et ce qui vient sp\u00e9cifiquement de lui? Outre cette complexit\u00e9, il y a un biais de dramatisation impos\u00e9 dans l\u2019intitul\u00e9 (\u00ab&nbsp;<em>et faites le r\u00e9cit de l\u2019\u00e9pisode le plus dramatique<\/em>\u00bb) qui impose un prisme d\u2019ambiance pour la r\u00e9daction. On trouve parfois la mention sur la copie \u00ab&nbsp;<em>certifi\u00e9 sans pr\u00e9paration, ni retouche ou ni correction<\/em>&nbsp;\u00bb, ou au contraire des travaux pr\u00e9par\u00e9s en groupe&nbsp;; ainsi \u00e0 l\u2019\u00e9cole de filles de la rue du Temple \u00e0 Cambrai, on retrouve le th\u00e8me r\u00e9current de l\u2019\u00e9l\u00e8ve qui tient ouvert un livre de g\u00e9ographie, et \u00e0 cette occasion, des remarques d\u00e9plaisantes lui sont faites par un soldat allemand qui montre la carte. (p. 93-106). On note aussi chez certains \u00e9l\u00e8ves des th\u00e8mes li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la r\u00e9daction du devoir (\u00ab&nbsp;<em>culpabilit\u00e9 allemande<\/em>&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>ils doivent payer<\/em>&nbsp;\u00bb), mais il y a aussi, chez beaucoup d\u2019autres, une photographie intacte de la peur des uhlans en ao\u00fbt 14. L\u2019\u00e2ge, le dipl\u00f4me atteint dans les ann\u00e9es 20 jouent aussi, les meilleurs r\u00e9cits \u00e9tant sans surprise le fait d\u2019\u00e9l\u00e8ves titulaires du certificat d\u2019\u00e9tude, pr\u00e9parant parfois le brevet professionnel d\u2019instituteur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Avec cette optique de <em>\u00ab&nbsp;t\u00e9moignage sur l\u2019\u00e9pisode le plus dramatique v\u00e9cu<\/em>&nbsp;\u00bb, on peut rep\u00e9rer comme th\u00e8mes principaux la brutalit\u00e9 et la m\u00e9chancet\u00e9 des Allemands, les r\u00e9quisitions, le travail forc\u00e9 ou les bombardements. Ces Allemands, souvent nomm\u00e9s Boches, sont souvent d\u00e9sign\u00e9s comme cruels, barbares, et l\u2019\u00e9tablissement de ce caract\u00e8re primaire tient souvent lieu de conclusion aux devoirs, ainsi L\u00e9on Lussiez (p. 225)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Non, je n\u2019oublierai jamais la cruaut\u00e9 allemande les horreurs et les terreurs de l\u2019invasion brutale. Ils n\u2019ont pas fait une guerre honn\u00eate&nbsp;; ce sont des barbares dignes des Huns d\u2019Attila.&nbsp;<\/em>\u00bb, ou Jules Payen (p. 226)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les gar\u00e7ons de 14 \u00e0 20 ans qui ne pouvaient pas aller travailler pour les Allemands \u00e9taient envoy\u00e9s au front pour faire des travaux contre leurs fr\u00e8res, les autres Fran\u00e7ais. Oh&nbsp;! les mauvais boches&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Les apports les plus spontan\u00e9s semblent \u00eatre ceux qui concernent le monde sp\u00e9cifique de l\u2019enfance, avec par exemple chez les jeunes ruraux, la corv\u00e9e des enfants, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019obligation de glaner pour les Allemands, et d\u2019aller chercher \u00ab&nbsp;du foin de paille&nbsp;\u00bb, des orties, des fraises des bois, des m\u00fbres ou des noisettes. Les enfants \u00e9voquent aussi les claques re\u00e7ues, des violences ponctuelles, qui si elles n\u2019\u00e9taient pas rares par ailleurs pour les gar\u00e7ons, au domicile ou aux champs&nbsp; (\u00ab&nbsp;<em>l\u2019enfance, de mon temps, c\u2019\u00e9tait des baffes<\/em>&nbsp;\u00bb, L. F. C\u00e9line), sont ici particuli\u00e8rement r\u00e9voltantes, car toujours injustes. Ainsi D\u00e9sir\u00e9 Bienfait de Liessies, 8 ans au moment des faits, raconte que le chef de culture allemand les brutalise pour manquement au salut obligatoire (p. 76) \u00ab&nbsp;<em>Il commen\u00e7a a nous insulter a nous dire de vilains mots&nbsp;! et nous fit saluer en \u00f4tant compl\u00e8tement notre casquette. Mon camarade Edemond Perrat tenu par le bras re\u00e7ut une bonne correction de coups de fouet pour ma part j\u2019en fus quitte pour un coup. \u2013 mais bien appliqu\u00e9 et j\u2019en ai conserv\u00e9 la trace pendant plusieurs jours. Le pauvre Edemont avait les jambes toute bleues. Je plains les petits gar\u00e7ons en Allemagne.<\/em>&nbsp;\u00bb Dans la m\u00eame commune, (p. 75) Albert Mezi\u00e8re \u00ab&nbsp;<em>se souviendra toujours de leurs menaces et de leurs m\u00e9chants yeux.&nbsp;<\/em>\u00bb. Les enfants sont aussi tr\u00e8s marqu\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements touchant le foyer familial&nbsp;: fuite en 1914, habitants de l\u2019Aisne chass\u00e9s vers l\u2019int\u00e9rieur, familles nordistes oblig\u00e9es de partir en Belgique en 1918\u2026 Les r\u00e9quisitions et les visites domiciliaires traumatisantes sont souvent rapport\u00e9es. Les rafles du travail sont fr\u00e9quentes dans les copies, les petits ont partag\u00e9 l\u2019angoisse, lorsque des fr\u00e8res ou s\u0153urs de plus de seize ans, ou de jeunes oncles et tantes, ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s au domicile familial. En cherchant dans ces t\u00e9moignages ce qui pourrait correspondre \u00e0 des crimes de guerre (\u00ab&nbsp;atrocit\u00e9s&nbsp;\u00bb), on trouve par exemple des civils fusill\u00e9s dans le Valenciennois en 1914, ou la mention d\u2019une grand-m\u00e8re frapp\u00e9e par une ba\u00efonnette \u00e0 Lille le 13 octobre 1914, (F\u00e9lix Verb\u00e8ke, 6 ans au moment des faits, avec mention de l\u2019instituteur \u00ab&nbsp;<em>\u00e9pisode certifi\u00e9 rigoureusement exact&nbsp;<\/em>\u00bb)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Ce fut mon premier grand chagrin. Ma grand\u2019m\u00e8re \u00e9tait si bonne pour moi et je l\u2019aimais tant&nbsp;! Aussi je ne vous \u00e9tonnerai pas en vous disant que j\u2019ai pour les boches barbares une haine farouche.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La r\u00e9daction des t\u00e9moins est marqu\u00e9e le plus souvent par le style h\u00e9ro\u00efque, avec par exemple des francs-tireurs fusill\u00e9s \u00e0 Rouges-Barres (p. 159, [pas de mention de ce drame dans l\u2019histoire locale]) \u00ab&nbsp;<em>au moment de la mise en joue, ils mirent leur main droite sur leur c\u0153ur et disant \u00e0 leurs fusillers&nbsp;: \u00ab&nbsp;Allemands&nbsp;! c\u2019est ici qu\u2019il faut viser\u2026&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;. \u00bb Une explosion frappe des soldats anglais \u00e0 Cassel (p. 143), et on d\u00e9crit la mort d\u2019un tommy qui demande&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Est-ce qu\u2019il n\u2019y a pas de civils tu\u00e9s&nbsp;?&nbsp;\u00bb &#8211; <\/em>On lui affirme que non &#8211;<em>&nbsp; \u00ab&nbsp;je meurs tranquille r\u00e9pondit-il, car nous, soldats, c\u2019est notre sort \u00e0 tous<\/em>.&nbsp;\u00bb. Lucie Godart, d\u2019Houplines, semble influenc\u00e9e par ses lectures (Illustr\u00e9s&nbsp;? Aventures exotiques&nbsp;?<em>) <\/em>avec la description du supplice \u00ab&nbsp;oriental&nbsp;\u00bb que les Allemands font subir \u2013 sous ses yeux \u2013 \u00e0 un habitant de Frelinghien, qui vient d\u2019assassiner un officier allemand dans la rue&nbsp;(p. 191)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>ils s\u2019\u00e9lanc\u00e8rent vers le jeune homme et avec des raffinements de cruaut\u00e9 proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 son ex\u00e9cution. (\u2026) Rapidement, les soldats firent un trou en terre, ils y mirent la t\u00eate du jeune homme puis piquant le sol, derri\u00e8re la t\u00eate du supplici\u00e9, une lance allemande \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de laquelle flottait un drapeau ennemi (\u2026) puis ils recouvrirent la t\u00eate d\u2019un peu de terre qu\u2019ils prirent soin de ne pas tasser. (\u2026) vingt minutes apr\u00e8s je repassais par l\u00e0 et le corps \u00e9tait toujours secou\u00e9 par des mouvements nerveux (\u2026) L\u2019ex\u00e9cution termin\u00e9e, les Allemands ordonn\u00e8rent un quart d\u2019heure de pillage dans le pays<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Curieusement, le deuil \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb de guerre, un p\u00e8re ou un fr\u00e8re tu\u00e9, est quasi absent du corpus (2 occurrences), il est peut-\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 par les jeunes nordistes comme hors-sujet, car ext\u00e9rieur au pays occup\u00e9. Il n\u2019y a d\u2019autre part presque jamais d\u2019Allemand calme, neutre ou am\u00e8ne, aucune mention d\u2019accommodement, la source ne le tol\u00e8re pas&nbsp;: on ne trouve ainsi que deux rapides mentions sur 152 copies (p. 116) <em>\u00ab&nbsp;nous avons log\u00e9s des soldats allemands ils ont \u00e9t\u00e9 raisonnables \u00e0 part un qui nous a vol\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>pendant les quatre ann\u00e9es d\u2019occupation, nous en avons log\u00e9 souvent. Ils \u00e9taient exigeants mais ils ne nous ont fait aucun mal.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><a><\/a> Si P. Marchand signale que des devoirs n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s, J.-F. Condette souligne que le nombre de r\u00e9ponses des \u00e9coles \u00e0 la sollicitation du recteur Lyon a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s faible, pas plus de 3 % du total des \u00e9tablissements du d\u00e9partement, la grande majorit\u00e9 des \u00e9tablissements semble ne pas avoir envoy\u00e9 de devoirs. Sont aussi mentionn\u00e9es des r\u00e9ticences d\u2019instituteurs, expliquant que le niveau \u00e9tait trop faible (Haveluy ou Etroeungt), alors que la directrice de l\u2019\u00e9cole de filles de Quarouble invoque (p. 22) \u00ab&nbsp;<em>le manque d\u2019\u00e9pisodes dramatiques survenus dans sa commune et le jeune \u00e2ge de ses \u00e9l\u00e8ves (\u2026) leur travail est peu int\u00e9ressant<\/em>&nbsp;\u00bb. P. Marchand s\u2019interroge aussi sur le r\u00f4le du ma\u00eetre dans la r\u00e9daction des devoirs, il cite un propos de l\u2019instituteur de Flers-Breucq (p. 33)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;heureux sont les enfants&nbsp;! Je crois que pour beaucoup de nos \u00e9l\u00e8ves, ces terribles ann\u00e9es de guerre seraient d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9tat de r\u00eave plus ou moins confus, si leurs ma\u00eetres n\u2019entretenaient pas en leur \u00e2me le pieux souvenir des tortures inflig\u00e9es \u00e0 la m\u00e8re patrie.<\/em>&nbsp;\u00bb. Alors, ces \u00e9l\u00e8ves sont-ils de bons t\u00e9moins&nbsp;? Si on ne peut demander \u00e0 la source ce qu\u2019elle ne peut donner &#8211; une relation positiviste des faits -, l\u2019exercice restitue bien l\u2019ambiance de 1920 qui r\u00e8gne dans le d\u00e9partement sinistr\u00e9, et on peut deviner, dans une forme na\u00efve et heurt\u00e9e, l\u2019angoisse r\u00e9elle \u00e9prouv\u00e9e par les petits et la r\u00e9alit\u00e9 du traumatisme subi. On suivra aussi P. Marchand qui insiste sur le double int\u00e9r\u00eat de ces r\u00e9dactions (p. 35)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>elles mettent en valeur l\u2019exp\u00e9rience de la guerre de jeunes enfants et le r\u00f4le de l\u2019\u00e9cole dans la construction de la m\u00e9moire de la Grande Guerre<\/em>.&nbsp;\u00bb Terminons par un extrait de la copie d\u2019une \u00e9l\u00e8ve dont nous n\u2019avons pas le pr\u00e9nom (S. Dubus, Berlaimont, p. 41), qui \u00e9voque, apr\u00e8s les \u00e9pisodes douloureux de l\u2019\u00e9vacuation forc\u00e9e de Tergnier (mars 1917), le r\u00e9pit enfin trouv\u00e9 malgr\u00e9 un relogement pr\u00e9caire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Une toute petite masure aux murs de terre battue, dans un village b\u00e2ti au bord d\u2019une grande for\u00eat, nous servait d\u2019abri&nbsp;; pauvre petite chaumi\u00e8re min\u00e9e par le temps, aux portes vermoulues, aux fen\u00eatres antiques. (\u2026) Cependant en \u00e9t\u00e9 notre petite maison prenait un caract\u00e8re champ\u00eatre. Le soleil, entr\u00e9 par les interstices, procurait de longues tra\u00een\u00e9es lumineuses sur les murs d\u00e9labr\u00e9s et sur le plafond noirci et les abeilles bourdonnaient gaiement. \u00ab&nbsp;Courage&nbsp;\u00bb semblaient-elles dire. Et l\u2019espoir renaissait plus vivant par ces belles journ\u00e9es.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>Vincent Suard d\u00e9cembre 2021<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Raconter la guerre. Souvenirs des \u00e9l\u00e8ves du d\u00e9partement du Nord (1920), \u00e9dit\u00e9 par Philippe Marchand 1. Les t\u00e9moins Marcel Chapelle, n\u00e9 en 1907, \u00e9colier \u00e0 Anor (Nord), ainsi que 151 autres \u00e9l\u00e8ves, ont \u00e9voqu\u00e9 leurs souvenirs de la guerre, avec une r\u00e9daction compos\u00e9e en classe en 1920. \u00ab&nbsp;Raconter la guerre&nbsp;\u00bb restitue ces 152 copies-t\u00e9moignages&nbsp;; ce &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/01\/22\/chapelle-marcel-1907-et-151-autres-ecoliers-et-ecolieres\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Chapelle, Marcel (1907-?) et 151 autres \u00e9coliers et \u00e9coli\u00e8res<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,12,21],"tags":[373,338],"class_list":["post-4241","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-civil","category-souvenirs","tag-enfant","tag-occupation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4241"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4241\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4243,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4241\/revisions\/4243"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4241"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4241"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}