{"id":4251,"date":"2022-01-31T18:02:36","date_gmt":"2022-01-31T17:02:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4251"},"modified":"2022-01-31T18:02:37","modified_gmt":"2022-01-31T17:02:37","slug":"portes-jules-1890-1914","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/01\/31\/portes-jules-1890-1914\/","title":{"rendered":"Portes, Jules (1890-1914)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-normal-font-size\">Il y a quelque temps, la revue en ligne \u00ab\u00a0Patrimoines du Sud\u00a0\u00bb de la r\u00e9gion Occitanie m\u2019a demand\u00e9 un article sur le livre d\u2019or des tu\u00e9s 1914-1918 de la paroisse Notre-Dame de Mazamet (Tarn). Il a paru dans le n\u00b0 14, de 2021. Un soldat de la liste s\u2019appelait Louis Portes. Ce gar\u00e7on de 22 ans, du 81<sup>e<\/sup> RI, est mort de ses blessures \u00e0 Toul, le 1<sup>er<\/sup> octobre 1914. Et voici qu\u2019un de mes amis, collectionneur passionn\u00e9 de livres, me confie un exemplaire d\u2019un ouvrage qui permet de classer Jules Portes, fr\u00e8re de Louis, parmi nos t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Jules Portes est n\u00e9 le 20 f\u00e9vrier 1890 \u00e0 Payrin, pr\u00e8s de Mazamet, o\u00f9 la famille vient bient\u00f4t s\u2019installer. Le p\u00e8re est employ\u00e9 de l\u2019entreprise textile Boudou. Apr\u00e8s le primaire, Jules suit pendant deux ans les cours de l\u2019\u00c9cole pratique de commerce et d\u2019industrie. \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, il entre \u00e0 son tour comme employ\u00e9 de bureau dans la m\u00eame entreprise que son p\u00e8re. Des amis protestants lui font partager leurs activit\u00e9s au sein de l\u2019Union chr\u00e9tienne de jeunes gens et le persuadent de se convertir, d\u00e9cision courageuse \u00ab&nbsp;dans une petite ville provinciale o\u00f9 les partis confessionnels sont si tranch\u00e9s et les abjurations si rares&nbsp;\u00bb (Gaston Tournier).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Il effectue son service militaire au 81<sup>e<\/sup> RI de Montpellier de 1911 \u00e0 1913 et devient sergent. Il se marie en d\u00e9cembre 1913. Devenu chef de la section des \u00e9claireurs unionistes (scouts protestants), il prononce, le 25 janvier 1914, lors de la remise d\u2019un drapeau \u00e0 sa troupe, un discours dans lequel je retiens ce passage qui \u00e9tablit une distinction entre deux patriotismes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le premier se compose de tous les pr\u00e9jug\u00e9s, de toutes les haines, de toutes les antipathies qu\u2019un peuple, quelquefois par ignorance, nourrit contre un autre peuple. \u00ab\u00a0Je d\u00e9teste bien, je hais bien le peuple qui se trouve au-del\u00e0 des fronti\u00e8res et qui est mon rival. Donc je suis patriote.\u00a0\u00bb Voil\u00e0 le patriotisme de beaucoup. Ce patriotisme-l\u00e0 ne co\u00fbte pas cher&nbsp;; il ne doit pas \u00eatre le tien. Il en est un autre qu\u2019il n\u2019est pas aussi facile de r\u00e9aliser mais qui est plus digne de toi&nbsp;; il est fait de toutes les v\u00e9rit\u00e9s, de tous les droits qui sont communs \u00e0 tous les peuples&nbsp;; il veut que tout en aimant passionn\u00e9ment ton pays, tu laisses d\u00e9border ta sympathie au-del\u00e0 des races, des langues et des fronti\u00e8res.&nbsp;\u00bb C\u2019est un patriotisme \u00ab&nbsp;fait d\u2019amour et non de haine&nbsp;\u00bb. Jules Portes rejoint son 81<sup>e<\/sup> en ao\u00fbt 1914. Il affronte de durs combats en Lorraine. Le 24 septembre, il aide son fr\u00e8re bless\u00e9 \u00e0 rejoindre un poste de secours, en se faisant des illusions sur une rapide gu\u00e9rison. Lui-m\u00eame est tu\u00e9 le 5 octobre&nbsp;; il est enterr\u00e9 au bord de la route de Toul \u00e0 Bern\u00e9court. Le 12 octobre, son fils nait \u00e0 Mazamet. Le livre laisse imaginer ces journ\u00e9es d\u2019octobre pour la famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Gaston Tournier, d\u2019une autre famille active dans l\u2019industrie de la laine, protestant militant, a publi\u00e9 \u00e0 ses frais le livre&nbsp;: Jules Portes, <em>Souvenirs et Correspondance de Guerre<\/em>, Comit\u00e9 national des \u00e9claireurs-unionistes de France, Paris, 1915, 184 pages, avec un portrait de Jules. Une phrase pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cet ouvrage, tir\u00e9 \u00e0 un nombre restreint d\u2019exemplaires, est vendu au profit des soldats fran\u00e7ais bless\u00e9s.&nbsp;\u00bb Il comprend quatre parties&nbsp;: I. Souvenirs (sur Jules Portes, par Gaston Tournier)&nbsp;; II. Correspondance de guerre (60 lettres de Jules principalement adress\u00e9es \u00e0 sa femme&nbsp;; le 31 ao\u00fbt, il \u00e9crit qu\u2019il vient de perdre son carnet de notes)&nbsp;; les parties III et IV apportent quelques compl\u00e9ments et appendices.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Les lettres t\u00e9moignent d\u2019abord de l\u2019amour conjugal. Jules demande \u00e0 sa femme enceinte de ne pas s\u2019\u00e9puiser au travail. Il dit \u00e0 quel point les lettres de celle-ci sont un r\u00e9confort. Le 23 ao\u00fbt, il lui avoue qu\u2019il ne pourra pas lui dire tout, et il est vrai que ses \u00e9vocations de \u00ab&nbsp;l\u2019horreur&nbsp;\u00bb existent mais ne sont pas charg\u00e9es de pr\u00e9cisions. Par contre, les lettres fourmillent d\u2019observations concr\u00e8tes sur la vie du soldat, qui sont int\u00e9ressantes pour nous. Il signale aussi diverses rumeurs, mais beaucoup moins syst\u00e9matiquement que le sergent Arnaud Pomiro (voir ce nom dans notre dictionnaire). Et son rapport \u00e0 Dieu est une dimension qui m\u00e9rite examen.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Le d\u00e9part<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le trajet de Mazamet vers Montpellier s\u2019est fait dans un m\u00e9lange d\u2019enthousiasme patriotique, de tristesse et de \u00ab&nbsp;joie int\u00e9rieure faite d\u2019espoir&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Il faisait tr\u00e8s chaud et, vers la fin du trajet, de nombreux camarades ayant profit\u00e9 largement des distributions gratuites de vin que les habitants des villes faisaient dans les gares, il y avait un <em>suppl\u00e9ment<\/em> d\u2019enthousiasme.&nbsp;\u00bb La ville de garnison du 81<sup>e<\/sup> RI et d\u2019autres r\u00e9giments est remplie de soldats&nbsp;: \u00ab&nbsp;on ne voit qu\u2019uniformes dans les rues.&nbsp;\u00bb Arriv\u00e9 le 7 ao\u00fbt pr\u00e8s de Chalon-sur-Sa\u00f4ne, il note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pas plus que vous qui \u00eates dans le Midi, nous ne sommes au courant de ce qui se passe devant nous&nbsp;; il parait que les nouvelles sont bonnes et que le drapeau fran\u00e7ais flotte \u00e0 Strasbourg.&nbsp;\u00bb En passant \u00e0 Mirecourt&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sur la place se trouve une statue de Jeanne d\u2019Arc&nbsp;; le bataillon a pr\u00e9sent\u00e9 les armes&nbsp;; cela a fait plaisir \u00e0 tout le monde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Se revoir ainsi loin du pays&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Jules emploie cette expression le 24 ao\u00fbt en signalant qu\u2019il a rencontr\u00e9 des camarades de Mazamet. Il demande l\u2019envoi des journaux locaux, <em>Le R\u00e9veil du Tarn<\/em>, <em>La D\u00e9p\u00eache<\/em>. Les lettres qu\u2019il re\u00e7oit sont comme \u00ab&nbsp;un peu du \u00ab\u00a0pays\u00a0\u00bb qui me vient jusqu\u2019ici&nbsp;\u00bb. Il r\u00e9agit favorablement lorsque sa femme lui apprend l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Mazamet de 60 petits Parisiens r\u00e9fugi\u00e9s (peut-\u00eatre achemin\u00e9s par l\u2019\u0153uvre de la Sauvegarde dont s\u2019occupe une protestante apparent\u00e9e \u00e0 Gaston Tournier, Marie-Louise Puech-Milhau \u2013 voir ce nom dans notre dictionnaire des t\u00e9moins). Ces enfants sont h\u00e9berg\u00e9s dans les locaux de l\u2019Union chr\u00e9tienne. Mazamet a aussi re\u00e7u des soldats bless\u00e9s ou malades&nbsp;: \u00ab&nbsp;On a eu la bonne id\u00e9e d\u2019installer les bless\u00e9s chez les Allemands&nbsp;\u00bb, note Jules Portes qui fait allusion au domicile de familles allemandes venues \u00e0 Mazamet dans le cadre du commerce international des laines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Nouvelles formes de guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">D\u00e8s le 29 ao\u00fbt, il signale le r\u00f4le principal jou\u00e9 dans la guerre par l\u2019artillerie. Le 6 septembre, il d\u00e9crit le creusement des tranch\u00e9es qui permet d\u2019\u00e9viter de sacrifier des hommes, et il revient l\u00e0-dessus le 14&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons perdu beaucoup de monde en attaquant \u00e0 d\u00e9couvert&nbsp;; nous les attendrons sans doute dans des retranchements pour ne pas perdre trop de monde.&nbsp;\u00bb L\u2019entrainement des \u00e9claireurs protestants rend supportable la vie \u00e0 la dure (3 septembre). Le 22 septembre, apr\u00e8s une marche sous la pluie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Heureusement nous avons \u00e9t\u00e9 cantonn\u00e9s convenablement&nbsp;; moi j\u2019ai couch\u00e9 entre deux vaches qui m\u2019ont tenu chaud la nuit et fourni du lait au r\u00e9veil.&nbsp;\u00bb Il serait cependant utile de recevoir un colis contenant un passe-montagne, de fortes chaussettes et du chocolat (28 septembre). Comme beaucoup, il craint de plus fortes souffrances dans une campagne d\u2019hiver (voir une entr\u00e9e dans l\u2019index des th\u00e8mes du livre <em>500 t\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>). Pour un sergent fourrier, il est \u00e9mouvant de recevoir des lettres destin\u00e9es \u00e0 des camarades disparus (3 septembre). Et encore, le 30 septembre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Beaucoup de paquets qui arrivent n\u2019ont plus h\u00e9las leur destinataire&nbsp;; il est disparu. Que faire de ces paquets de chocolat, de tabac et de chaussettes&nbsp;? Je ne les renvoie pas, \u00e7a ne vaut pas la peine et serait d\u2019ailleurs vol\u00e9 en route. Je les distribue \u00e0 ceux de la compagnie qui en sont d\u00e9pourvus.&nbsp;\u00bb En m\u00eame temps, les rumeurs les plus folles se r\u00e9pandent&nbsp;: gros succ\u00e8s russes&nbsp;; Kronprinz assassin\u00e9&nbsp;; r\u00e9volution en Allemagne&nbsp;; Berlin bombard\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>L\u2019ennemi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le 26 ao\u00fbt, passant dans un village de Lorraine qui a \u00e9t\u00e9 bri\u00e8vement occup\u00e9 par les Allemands, Jules Portes note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils ont fait l\u00e0 du bel ouvrage&nbsp;; ils n\u2019ont pas eu le temps de mettre le feu, mais c\u2019est tout&nbsp;; ils ont pill\u00e9, vol\u00e9, viol\u00e9, tout ce qui leur est habituel. Vraiment il n\u2019est pas croyable que Dieu soit avec des gens qui comprennent ainsi la guerre.&nbsp;\u00bb De son c\u00f4t\u00e9, la France se bat \u00ab&nbsp;pour la d\u00e9fense du droit et de la civilisation (3 septembre). Ce m\u00eame jour, il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non certes que le peuple allemand soit plus mauvais que celui d\u2019un autre pays&nbsp;; les prisonniers que nous faisons nous disent bien ce qu\u2019ils en pensent et combien chez eux cette guerre est p\u00e9nible, mais il est certain que le parti militaire allemand est au-dessous de tout ce que l\u2019on peut penser.&nbsp;\u00bb Le 14 septembre, encore une position nuanc\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons eu plusieurs fois l\u2019occasion de nous rendre compte que les Allemands, contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 dit, soignent bien les bless\u00e9s fran\u00e7ais. Cela ne les emp\u00eache pas de se conduire en parfaites brutes envers les populations qu\u2019ils ont sous leurs mains. Ils ont pour principe d\u2019inspirer la terreur par des incendies et des fusillades.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">La lettre du 24 septembre contient un passage remarquable&nbsp;: \u00ab&nbsp;Jusqu\u2019ici j\u2019ai eu le privil\u00e8ge non seulement de ne pas \u00eatre touch\u00e9, mais, ce que j\u2019appr\u00e9cie, j\u2019ai pu, tout en faisant mon devoir d\u2019agent de liaison, ne pas faire une victime. J\u2019ai tellement horreur de ce carnage qui se trouve tellement coupable, que je serais privil\u00e9gi\u00e9 et b\u00e9ni de Dieu s\u2019il en \u00e9tait ainsi jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre. Tant de fois d\u00e9j\u00e0 j\u2019ai pu me rendre compte que ce sentiment-l\u00e0 est partag\u00e9 par la plus grande partie de mes camarades et de combien d\u2019Allemands aussi. Je veux te raconter un fait caract\u00e9ristique&nbsp;: avant-hier soir, un homme de ma compagnie se trouvant face \u00e0 face avec un Allemand, celui-ci le renversa \u00e0 bras-le-corps, le d\u00e9sarma et lui tendit la main.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><strong>Et Dieu, l\u00e0-dedans&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Comme pour Gaston Tournier, Dieu compte beaucoup pour Jules Portes. Au t\u00e9moignage du premier, le second aurait dit juste avant la guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dieu ne permettra pas un tel fl\u00e9au, ce serait trop affreux&nbsp;!&nbsp;\u00bb Mais la guerre est l\u00e0. Le 6 septembre, Jules cherche \u00e0 comprendre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Chaque jour je me demande pourquoi l\u2019homme, apr\u00e8s avoir connu pendant vingt si\u00e8cles le commandement d\u2019amour du Christ&nbsp;: \u00ab\u00a0Aimez-vous les uns les autres\u00a0\u00bb est encore si mauvais pour son semblable.&nbsp;\u00bb (Je me permets de citer ici deux phrases du dernier article de Jaur\u00e8s paru le 30 juillet 1914 dans le journal toulousain <em>La D\u00e9p\u00eache<\/em>&nbsp;: \u00ab Quoi&nbsp;! C\u2019est \u00e0 cela qu\u2019aboutit le mouvement humain&nbsp;? C\u2019est \u00e0 cette barbarie que se retournent dix-huit si\u00e8cles de christianisme, le magnifique id\u00e9alisme du droit r\u00e9volutionnaire, cent ann\u00e9es de d\u00e9mocratie&nbsp;!&nbsp;\u00bb) La r\u00e9ponse de Jules Portes n\u2019est \u00e9videmment pas celle de Jaur\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai la certitude que nous avions trop offens\u00e9 Dieu et ses enseignements&nbsp;; il fallait sans doute cette \u00e9preuve.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Notre t\u00e9moin est parti en guerre en emportant un exemplaire de la Bible&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans la compagnie je suis seul \u00e0 avoir pris ma Bible&nbsp;; j\u2019ai trouv\u00e9 plusieurs protestants qui ont \u00e9t\u00e9 heureux de lire quelques passages dans la mienne. Elle passe m\u00eame de mains en mains et quelquefois je lis \u00e0 haute voix quelques chapitres. Plusieurs \u00e9l\u00e8ves eccl\u00e9siastiques catholiques prennent part \u00e0 nos causeries et c\u2019est je crois de fa\u00e7on b\u00e9nie que nous nous groupons autour du Livre et devant notre P\u00e8re commun.&nbsp;\u00bb Le 9 septembre, dans un engagement, Jules Portes a eu la certitude que le bras de Dieu le prot\u00e9geait. En fait, il a re\u00e7u une blessure insignifiante (\u00ab&nbsp;une \u00e9gratignure&nbsp;\u00bb) et il a regrett\u00e9 qu\u2019elle ne soit pas plus grave car il aurait pu \u00eatre soign\u00e9 dans \u00ab&nbsp;une salle d\u2019h\u00f4pital avec des lits bien blancs, entour\u00e9 de visages amis&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Il dit qu\u2019il s\u2019habitue aux horreurs de la guerre, mais elles restent des horreurs. Le 25 septembre, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce sont des moments bien affreux, je vous assure, et il faut avoir bien confiance en Dieu pour ne pas \u00eatre abattu tout \u00e0 fait.&nbsp;\u00bb Son fr\u00e8re a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Certes, les voies de Dieu nous sont cach\u00e9es, mais j\u2019ai la ferme assurance que nous reviendrons tous deux.&nbsp;\u00bb Et encore, dans la longue lettre du m\u00eame jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si Dieu voulait que ce f\u00fbt un des derniers efforts que l\u2019on nous demande, ce serait une grande b\u00e9n\u00e9diction, et pour tant que les hommes soient mauvais, je ne pense pas que Dieu veuille prolonger cette horrible \u00e9preuve.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">Le 28 septembre, le doute se pr\u00e9cise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que Dieu ait enfin piti\u00e9 de nous tous et fasse finir bient\u00f4t cette horrible guerre&nbsp;! Je suis toujours confiant et j\u2019esp\u00e8re que ce n\u2019est pas en vain, mais \u00e0 certains moments je suis \u00e9c\u0153ur\u00e9.&nbsp;\u00bb Enfin, dans sa derni\u00e8re lettre, celle du 4 octobre&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, je ne souhaite plus rien. Lui sait mieux que nous quels sont nos besoins.&nbsp;\u00bb Jules Portes est tu\u00e9 le lendemain et il est impossible de savoir si sa pens\u00e9e aurait \u00e9volu\u00e9 comme ses derni\u00e8res \u00e9vocations de la volont\u00e9 divine pourraient le laisser envisager.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"><em>R\u00e9my Cazals, janvier 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelque temps, la revue en ligne \u00ab\u00a0Patrimoines du Sud\u00a0\u00bb de la r\u00e9gion Occitanie m\u2019a demand\u00e9 un article sur le livre d\u2019or des tu\u00e9s 1914-1918 de la paroisse Notre-Dame de Mazamet (Tarn). Il a paru dans le n\u00b0 14, de 2021. 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