{"id":4279,"date":"2022-06-17T12:25:50","date_gmt":"2022-06-17T11:25:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4279"},"modified":"2022-06-26T19:27:10","modified_gmt":"2022-06-26T18:27:10","slug":"les-freres-bayle-marius-doudoux-michel-thonnerieux-lettres-de-la-guerre-1914-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/06\/17\/les-freres-bayle-marius-doudoux-michel-thonnerieux-lettres-de-la-guerre-1914-1918\/","title":{"rendered":"Les fr\u00e8res Bayle, Marius Doudoux, Michel Thonn\u00e9rieux, Lettres de la guerre 1914 &#8211; 1918"},"content":{"rendered":"\n<p>1. Les t\u00e9moins<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les trois fr\u00e8res Bayle sont des cultivateurs originaires de Malleval (Loire). <strong>Louis<\/strong> (1886-1916) combat au sein du 11<sup>e<\/sup> BCP en 1914 en Alsace, dans la Somme et en Flandre. Pass\u00e9 au 51<sup>e<\/sup> BCA, il est en Alsace en 1915 et engag\u00e9 sur le Linge. Il est tu\u00e9 dans la Somme le 19 juillet 1916. <strong>Jean-Baptiste <\/strong>(Antoine \u00e0 l\u2019\u00e9tat-civil, 1893-1918), sert au 2<sup>e<\/sup> Zouave de 1913 \u00e0 1918. Une \u00e9vacuation pour pieds gel\u00e9s lui \u00e9pargne l\u2019offensive de Champagne. \u00c0 Verdun en 1916, il combat devant Reims en avril 1917. Pass\u00e9 au 4<sup>e<\/sup> Zouave en 1918, il est tu\u00e9 le 30 mars 1918 \u00e0 Orvillers (Oise). <strong>Jean-Joseph<\/strong>, n\u00e9 en 1892, d\u2019abord ajourn\u00e9 pour faiblesse, est r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 au 158<sup>e<\/sup> RI en novembre 1914. Envoy\u00e9 en Artois, il est un temps hospitalis\u00e9, et il signale avoir ainsi \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019offensive sur Souchez. Apr\u00e8s Verdun en 1916, il est mut\u00e9 au 97<sup>e<\/sup> RI, et y est bless\u00e9. Pass\u00e9 ensuite au 22<sup>e<\/sup> BCA, il fait l\u2019attaque du Monte Tomba en Italie, et revient en France en avril 1918. Apr\u00e8s la guerre, on sait qu\u2019il se marie en 1921.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marius Doudoux (1878 &#8211;&nbsp;1940), originaire de Lyon, combat dans les Vosges avec le 54<sup>e<\/sup> RAC en ao\u00fbt 1914. Gravement bless\u00e9 au visage le 2 septembre 1914, il passe les ann\u00e9es 1914 et 1915 dans diff\u00e9rents \u00e9tablissements hospitaliers de la r\u00e9gion lyonnaise.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Michel Thonn\u00e9rieux est n\u00e9 en 1874 \u00e0 Saint-Michel-sur-Rh\u00f4ne. Ajourn\u00e9 pour faiblesse pulmonaire, il est finalement incorpor\u00e9 au 104<sup>e<\/sup> RIT en f\u00e9vrier 1915. Il y fait presque toute la guerre, qu\u2019il termine au 34<sup>e<\/sup> RIT \u00e0 partir d\u2019ao\u00fbt 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">2. Les t\u00e9moignages<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019association \u00ab<em>Visages de notre Pilat&nbsp;<\/em>\u00bb (42410 P\u00e9lussin) a publi\u00e9 en 2018 \u00ab&nbsp;Lettres de la Guerre 1914 \u2013 1918&nbsp;\u00bb, un riche volume de 160 pages, qui regroupe des t\u00e9moignages venant de cinq combattants. Philippe Maret reconstitue l\u2019itin\u00e9raire des fr\u00e8res Bayle, de Malleval (p. 9- p. 54) et analyse leurs lettres. Marie Mazoyer a transcrit et pr\u00e9sent\u00e9 les lettres de Marius Doudoux, \u00e9crites lors de son hospitalisation (p. 55 \u00e0 p. 110). Enfin Louis Challet pr\u00e9sente Michel Thonn\u00e9rieux, puis classe et analyse des extraits de ses lettres (p. 111 \u00e0 p. 160).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">a. Les fr\u00e8res Bayle<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pris isol\u00e9ment, les courriers des trois fr\u00e8res sont sommaires et d\u00e9cevants par leur concision, mais P. Maret proc\u00e8de \u00e0 une analyse fine, qui apporte des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s utiles; ainsi de <strong>Louis<\/strong>, class\u00e9 0 sur sa fiche matricule (instruction n\u00e9ant, ne sait ni lire ni \u00e9crire), on poss\u00e8de 28 lettres. Une analyse graphologique (forme des majuscules) et stylistique (formules de tendresse) permet d\u2019\u00e9tablir qu\u2019il y a eu au moins cinq r\u00e9dacteurs diff\u00e9rents de 1914 \u00e0 1916, <em>\u00ab&nbsp;Louis n\u2019\u00e9crit pas ses lettres lui-m\u00eame<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 14). Il rassure ses parents, \u00e9voque le temps qu\u2019il fait, et peut parfois \u00eatre un peu plus pr\u00e9cis avec ses fr\u00e8res (mars 1916, p. 19)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les boches nous agasse tout le temps.<\/em>&nbsp;\u00bb. Louis est tu\u00e9 le 19 juillet entre Hem-Monacu et Cl\u00e9ry (Somme), apr\u00e8s avoir salu\u00e9 ses parents dans sa derni\u00e8re lettre le 16 juillet (p. 22)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;(\u2026) <em>voila quatre jours que je<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>sui au tranch\u00e9e Mais sa<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>y fait pas pas beau on entend<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>que les grosses marmite<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>qui nous passe sur la tete<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>et Defois pas bien loin de nous enfin on a<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>toujours espoire de sen sortir quand m\u00eame<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Jean-Baptiste<\/strong> participe \u00e0 de nombreuses batailles avec son r\u00e9giment de zouaves, et on dispose de 26 lettres pour presque quatre ans de campagne. Elles sont concises, et P. Maret propose un mod\u00e8le th\u00e9orique en cinq parties, qui se retrouve pratiquement dans toutes les lettres (p. 28)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; introduction, donne de ses nouvelles, esp\u00e8re que tout va bien<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; donne sa situation en deux mots&nbsp;: soit au repos, soit aux tranch\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; s\u2019il en a, donne des nouvelles des fr\u00e8res et cousins, ou au contraire en demande<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; parfois parle du temps qu\u2019il fait, et\/ou \u00e9voque les travaux des champs<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; termine par une formule disant qu\u2019il n\u2019a plus grand-chose \u00e0 dire, comme par exemple (22 d\u00e9cembre 1915, p. 29&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Souvent de la pluis je voi pas grand autre Chose a vous diret pour Le moment<\/em>.\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On poss\u00e8de 28 lettres de <strong>Jean-Joseph<\/strong>, qui alterne p\u00e9riode de front et r\u00e9pit \u00e0 l\u2019arri\u00e8re (faiblesse pulmonaire). Difficile, avec ces lettres sommaires, de d\u00e9gager une personnalit\u00e9, mais son enthousiasme guerrier para\u00eet mod\u00e9r\u00e9; En convalescence, il \u00e9chappe \u00e0 l\u2019offensive de mai en Artois (1915, p. 41) \u00ab&nbsp;<em>mais en tout cas sa sera toujours 2 mois de tirez \u00e0 l\u2019habrit des balles en attendant que la guerre finisse.<\/em>&nbsp;\u00bb. En juillet 1915, il n\u2019obtient pas la permission agricole qu\u2019il esp\u00e9rait et doit rester au d\u00e9p\u00f4t de Lyon (p. 42) \u00ab<em>il aime mieux nous tenir sans rien faire. Enfin faites comme vous pourrait en attendant qu\u2019on soit lib\u00e9rer de se bagne militaire.<\/em>&nbsp;\u00bb Pass\u00e9 au 97<sup>e<\/sup> RI en ao\u00fbt 1915, il est \u00e0 l\u2019automne dans les lignes boueuses de l\u2019Artois, avec des tranch\u00e9es impossibles \u00e0 entretenir (novembre 1915, Souchez, p. 43). \u00ab&nbsp;<em>On ne peut seulement marcher on s\u2019enfonce jusqu\u2019au genout et on glisse comme sur du ver s\u2019est vraiment d\u00e9goutant de vivre, se qui nous faut s\u2019est la paix, ou sa ne vat plus marcher on ne peut plus prendre patience.<\/em>&nbsp;\u00bb P. Maret souligne que c\u2019est la formulation de r\u00e9volte la plus marqu\u00e9e du corpus. L\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 et intoxiqu\u00e9 en 1918, Jean-Baptiste finit la guerre en Belgique. Ces t\u00e9moignages des trois fr\u00e8res, m\u00eame t\u00e9nus, prennent vie avec cette pr\u00e9sentation, et ils montrent que ces paysans n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9s&nbsp;: la guerre pass\u00e9e, pour la grande &nbsp;partie, dans des r\u00e9giments de \u00ab&nbsp;choc&nbsp;\u00bb (zouaves, BCP\u2026), et au final, deux morts sur les trois fr\u00e8res mobilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">b. Marius Doudoux<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marius Doudoux est gri\u00e8vement bless\u00e9 \u00e0 la face le 2 septembre 1914, vers Saint-Di\u00e9 (Vosges). Il a eu la m\u00e2choire inf\u00e9rieure arrach\u00e9e, et la partie sup\u00e9rieure est aussi en partie touch\u00e9e. Ses lettres, uniquement adress\u00e9es \u00e0 Eug\u00e9nie (Ninie) et Elise Reynaud, ses cousines germaines de Chavanay, sont reproduites et annot\u00e9es par Martine Mazoyer. Elles sont centr\u00e9es sur sa sant\u00e9, ses op\u00e9rations chirurgicales, les lents progr\u00e8s de sa convalescence, ainsi que sur les al\u00e9as de son moral, avec de fr\u00e9quentes p\u00e9riodes de d\u00e9pression. Ce qui domine ici, c\u2019est l\u2019\u00e9vocation de la souffrance physique&nbsp; (avril 1915, p. 69) \u00ab&nbsp;<em>ils vont commenc\u00e9 l\u2019autre op\u00e9ration sa va \u00eatre terrible s\u2019y tu savait comme sa goute ch\u00e8re de se faire refaire la figure il en faut de la patience enfin il le faut et se qui me console s\u2019est que l\u2019apache de Guillaume II payera tous \u00e7a<\/em>&nbsp;\u00bb On entre ainsi dans le quotidien d\u2019une \u00ab&nbsp;gueule cass\u00e9e&nbsp;\u00bb sur la dur\u00e9e. Il s\u00e9journe pendant pr\u00e8s de deux ans aux hospices civils, puis \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Lumi\u00e8re de Lyon. Il signale au d\u00e9but qu\u2019il est nourri uniquement de lait \u00e0 l\u2019aide d\u2019une sonde, \u00e9voque les options chirurgicales&nbsp; (janvier 1915, p. 65) \u00ab&nbsp;<em>enfin c\u2019est d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on me d\u00e9pouille la poitrine pour me refaire la figure<\/em>&nbsp;\u00bb, ou caract\u00e9rise ses progr\u00e8s&nbsp;: il r\u00e9ussit enfin \u00e0 fumer des cigarettes, malgr\u00e9 l\u2019interdiction. Il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 assez t\u00f4t, et il veut transmettre \u00e0 ses interlocutrices sa haine \u00ab&nbsp;<em>de ces sales boches<\/em>&nbsp;\u00bb, cause de ses souffrances&nbsp;; il d\u00e9crit ainsi des atrocit\u00e9s&nbsp;(janvier 1915, p. 65):&nbsp; \u00ab<em>tient un exemple que j\u2019ai vu, dans un village une bonne femme donc le mari \u00e9tait sur le front fran\u00e7ais, les boches ont coup\u00e9 les deux mains a une fillette de dix ans et l\u2019on pendu par les pieds et devant les yeux de sa pauvre m\u00e8re qu\u2019ils ont emmen\u00e9 prisonni\u00e8re (\u2026)&nbsp; &#8211; <\/em>il parle de leur rage, s\u2019ils avaient entre les mains un prisonnier &#8211;<em> \u00ab&nbsp;&nbsp;ont l\u2019aurait achev\u00e9 tellement qu\u2019on \u00e9tait en col\u00e8re, il y aurait pas eu de capoute qui tienne, car quand ils veulent se rendre prisonniers ils crie capoute camarades, je t\u2019en fourniraient&nbsp;! (\u2026) enfin je dois t\u2019ennuy\u00e9 avec cette guerre mais il l\u2019a fallait pour que les jeunes ne l\u2019a fasse pas car pr\u00e8s celle l\u00e0 il en aura plus (\u2026).&nbsp;<\/em>\u00bb. Le ton vengeur retombe curieusement \u00e0 la fin du propos, celui-ci fait penser \u00e0 une influence ext\u00e9rieure (on trouve plus loin p.74 &#8211; \u00ab&nbsp;<em>tu as du voir sur le journal&nbsp;\u2026<\/em>\u00bb &#8211; ) M. Doudoux s\u2019inqui\u00e8te aussi pour son avenir (p. 78, en 1915)&nbsp;:\u00ab&nbsp;<em>Ha que c\u2019est malheureux de ne pas \u00eatre mari\u00e9 qui donc me fera \u00e0 mang\u00e9. Il faut cont\u00e9 sur les restaurant <\/em>(\u2026)&nbsp;\u00bb. M\u00eame pr\u00e9occupation en mars 1916 (p. 91) \u00ab&nbsp;<em>Quant \u00e0 m\u2019\u00e9tablir, c\u2019est-\u00e0-dire me marier, j\u2019y ai bien r\u00e9fl\u00e9chi mais qui voudrait de moi&nbsp;? Non, non, je n\u2019oserai jamais me pr\u00e9senter devant une personne, moi d\u00e9figur\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb M. Mazoyer mentionne qu\u2019apr\u00e8s-guerre, on sait seulement qu\u2019il s\u2019est mari\u00e9 et a \u00e9t\u00e9 garde-forestier. \u00c0 noter enfin que le terme \u00ab&nbsp;gueule cass\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb, devenu aujourd\u2019hui g\u00e9n\u00e9rique, n\u2019est cit\u00e9 qu\u2019une fois, et pas en forme de locution substantiv\u00e9e, il s\u2019agit de la joie qui accueillera la victoire (p. 75) \u00ab&nbsp;<em>ha qu\u2019elle jour b\u00e9ni ce jour voi-tu, que j\u2019ai la \u00ab&nbsp;gueule&nbsp;\u00bb cass\u00e9 ou racommod\u00e9 tan pire je veu le f\u00eat\u00e9 et par une boutielle <\/em>(\u2026)&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">c. Michel Thonn\u00e9rieux<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur est un \u00ab&nbsp;territorial&nbsp;\u00bb, ajourn\u00e9 deux fois mais rattrap\u00e9 en f\u00e9vrier 1915, \u00e0 41 ans, et qui passe toute la guerre en alternant travaux sur le front et convalescences \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, car il est bronchiteux. En juillet 1918, son unit\u00e9 combat toutefois en premi\u00e8re ligne. Il \u00e9crit tr\u00e8s souvent \u00e0 sa femme M\u00e9lanie, et Louis Challet a class\u00e9, organis\u00e9 et en partie retranscrit une portion significative des 500 lettres qui sont rest\u00e9es de cette correspondance. Le transcripteur a organis\u00e9 une pr\u00e9sentation th\u00e9matique en petits chapitres, illustr\u00e9s de courts extraits des lettres&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9pistolier&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le territorial&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le cultivateur&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le viticulteur&nbsp;\u00bb&#8230; Pour M. Thonn\u00e9rieux, \u00e9crire est une n\u00e9cessit\u00e9 pour garder le contact avec son village (septembre 1917, p. 122) \u00ab&nbsp;<em>Explique-moi bien ce qui se passe au pays, que je le revoie au moins par la pens\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; il a besoin de la proximit\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par l\u2019\u00e9criture (p. 123, f\u00e9vrier 1916) \u00ab&nbsp;<em>je dors bien plus tranquille apr\u00e8s ce babillage que je fais avec toi&nbsp;: il me semble que nous sommes en t\u00eate \u00e0 t\u00eate&nbsp;<\/em>\u00bb. L\u2019auteur raconte \u00e0 son \u00e9pouse ses diff\u00e9rents travaux et \u00e0 partir de 1917, il devient l\u2019ordonnance d\u2019un officier, faisant la cuisine et la lessive (p. 126) \u00ab&nbsp;<em>jamais, Nini, je m\u2019aurais cru si bonne lavandi\u00e8re.&nbsp;<\/em>\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>Il vaut mieux laver une chemise que de se retrouver au milieu de la feraille.&nbsp;<\/em>\u00bb Il s\u2019agit ici d\u2019un couple harmonieux, les marques d\u2019attention et d\u2019affection sont fr\u00e9quentes (p. 136) \u00ab&nbsp;<em>On a bien des fois quelques moments que ce maudit cafard nous travaille, mais enfin on tache bien moyen de le secouer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Fais-en de m\u00eame, ma petite femme, chante une chanson quand il te prend trop fort. Et pense qu\u2019il y a plus malheureux que nous<\/em>.&nbsp;\u00bb Les chapitres \u00ab&nbsp;le cultivateur&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;le viticulteur&nbsp;\u00bb d\u00e9crivent les pr\u00e9occupations de l\u2019auteur au sujet des cultures, du b\u00e9tail, et surtout de son vin&nbsp;: c\u2019est un cr\u00e8ve-c\u0153ur de ne pas pouvoir le &nbsp;go\u00fbter (avril 1918, p. 143) \u00ab&nbsp;<em>Penser que vous allez soutirer le picollot et moi faire le c\u2026, crois-moi bien que c\u2019est dur&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Les convictions patriotiques de l\u2019auteur sont r\u00e9elles mais pos\u00e9es, (p. 150&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>ne t\u2019en fais pas, je ne m\u2019en fais pas. On y est oblig\u00e9, c\u2019est pour la patrie<\/em>&nbsp;\u00bb), et il fait cette remarque int\u00e9ressante en septembre 1916 (p. 150) \u00ab<em>&nbsp;on a beau faire semblant devant les copains qu\u2019on est patriote mais je crois et il y en a beaucoup comme qui n\u2019y sont gu\u00e8re&nbsp;\u2026&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, mai 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Les t\u00e9moins Les trois fr\u00e8res Bayle sont des cultivateurs originaires de Malleval (Loire). Louis (1886-1916) combat au sein du 11e BCP en 1914 en Alsace, dans la Somme et en Flandre. Pass\u00e9 au 51e BCA, il est en Alsace en 1915 et engag\u00e9 sur le Linge. Il est tu\u00e9 dans la Somme le 19 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/06\/17\/les-freres-bayle-marius-doudoux-michel-thonnerieux-lettres-de-la-guerre-1914-1918\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Les fr\u00e8res Bayle, Marius Doudoux, Michel Thonn\u00e9rieux, Lettres de la guerre 1914 &#8211; 1918<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[886,653,1226,202,1227,1224,887,1229,1225,806,1228,10,6],"tags":[1233,1231],"class_list":["post-4279","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-104e-rit","category-158e-ri","category-158e-ri-unite","category-202","category-22e-bcp","category-2e-zouave","category-34e-rit","category-34e-rit-2","category-4e-zouave","category-51e-bca","category-54e-rac","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-illettrisme","tag-somme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4279","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4279"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4279\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4293,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4279\/revisions\/4293"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4279"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4279"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4279"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}