{"id":4302,"date":"2022-10-15T16:50:09","date_gmt":"2022-10-15T15:50:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4302"},"modified":"2022-11-21T20:16:19","modified_gmt":"2022-11-21T19:16:19","slug":"laurens-jacques-1893-apres-1982","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/10\/15\/laurens-jacques-1893-apres-1982\/","title":{"rendered":"Laurens, Jacques (1893 \u2013 apr\u00e8s 1982)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vie et souvenirs d\u2019un gavot Haut-Alpin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jacques Laurens (1893 \u2013 apr\u00e8s 1982) est n\u00e9 \u00e0 la Cluse en D\u00e9voluy (Hautes-Alpes) dans une famille de cultivateurs. Incorpor\u00e9 par anticipation (classe 1913) au 6<sup>e<\/sup> RA de Valence, il combat \u00e0 la bataille des Fronti\u00e8res puis en Artois en octobre 1914. R\u00e9form\u00e9 temporairement en avril 1915, \u00e0 la suite de l\u2019aggravation d\u2019une blessure contract\u00e9e en ao\u00fbt 1914, il est r\u00e9incorpor\u00e9 \u00e0 la fin de 1915&nbsp;et on le voit&nbsp; devant Verdun en 1916. Promu mar\u00e9chal des logis&nbsp; en janvier 1917, il participe \u00e0 l\u2019offensive du 16 avril \u00e0 Braye-en-Laonnois. Apr\u00e8s un retrait en Alsace, il revient en Lorraine en 1918, prend part aux durs combats de juin (Reims) et juillet (Dormans et F\u00e8re-en-Tardenois) en 1918, et termine la guerre dans les Flandres. Rengag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 1929, &nbsp;il est stationn\u00e9 \u00e0 Cologne, est occupant \u00e0 Essen lors de l\u2019affaire de la Ruhr, puis est casern\u00e9 \u00e0 Landau, jusqu\u2019\u00e0 son retour \u00e0 Brian\u00e7on en 1927. Il quitte le service actif en 1929.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jacques Laurens est l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;Vie et souvenirs d\u2019un gavot Haut-alpin&nbsp;\u00bb, paru en 1980 et \u00e9dit\u00e9 par \u00ab&nbsp;<em>Culture proven\u00e7ale et m\u00e9ridionale<\/em>&nbsp;\u00bb, Marcel Petit, 160 pages. \u00ab&nbsp;Gavot&nbsp;\u00bb signifie habitant des montagnes des Hautes-Alpes et de l\u2019Is\u00e8re, pour l\u2019auteur ce terme a un aspect p\u00e9joratif (arri\u00e9r\u00e9, sauvage) et il l\u2019utilise volontairement, pour montrer la fiert\u00e9 de son origine montagnarde, et que le gavot qu\u2019il est \u00ab&nbsp;<em>n\u2019a jamais failli \u00e0 son devoir<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jacques Laurens se d\u00e9crit comme un autodidacte, un homme curieux, qui passe le baccalaur\u00e9at par correspondance \u00e0 27 ans. Il vient d\u2019une culture paysanne de montagne, et son propos \u00e9voque d\u2019abord la vie au village, dans son enfance. Il ne rechigne pas aux travaux de la ferme, mais il insiste surtout sur son app\u00e9tit de connaissance, dans ce lieu tr\u00e8s recul\u00e9. Ainsi, la feuille locale hebdomadaire ne lui donnait pas assez d\u2019informations sur la France et le Monde (p. 33) \u00ab&nbsp;<em>aussi je m\u2019\u00e9tais abonn\u00e9 au journal le \u00ab&nbsp;Petit Parisien&nbsp;\u00bb, que le facteur m\u2019apportait tous les 2 ou 3 jours. Je ne voulais pas obliger ce fonctionnaire \u00e0 parcourir trois kilom\u00e8tres en montagne pour un journal, lorsqu\u2019il n\u2019avait pas d\u2019autre courrier pour la maison.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En 1914, Jacques Laurens est infirmier \u00e0 sa batterie, au 6<sup>e<\/sup> RA, et dans les premiers combats (Charme), son groupe est submerg\u00e9 par les gros calibres allemands. En retraite \u00e0 la fin de la dure journ\u00e9e du 22 ao\u00fbt, il est bless\u00e9 au moment o\u00f9 il participait \u00e0 la destruction des canons de sa batterie.&nbsp; \u00c9vacu\u00e9 inconscient, il se r\u00e9veille le lendemain \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019\u00c9pinal. Il r\u00e9int\u00e8gre son unit\u00e9 en septembre, et d\u00e9but octobre, alors que les lignes sont encore mouvantes et qu\u2019il faisait une liaison avec une section du 159<sup>e<\/sup> RI (Est d\u2019Arras) il est fait prisonnier par les Allemands. Convoy\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9, dernier de la file, il profite de la pr\u00e9sence d\u2019une meule de paille pour s\u2019y cacher la nuit et toute la journ\u00e9e suivante, puis il reprend contact avec les Fran\u00e7ais et est f\u00e9licit\u00e9. En 1915, sa blessure d\u2019ao\u00fbt, mal referm\u00e9e, l\u2019envoie \u00e0 Bernay pour deux mois d\u2019hospitalisation. Il d\u00e9crit ses bonnes relations avec son infirmi\u00e8re, la Comtesse veuve de S\u00e9maison, dont il visite le domaine \u00e0 Lisieux. Il d\u00e9crit une relation qui se d\u00e9veloppe, et peut-\u00eatre qu\u2019avec l\u2019effet de distanciation (plus de 60 ans ici pour la r\u00e9daction &#8211;<em> il tempo \u00e8 galantuomo<\/em>&nbsp;-) le pass\u00e9 est-il un peu enjoliv\u00e9&nbsp;?&nbsp;(p. 67): \u00ab&nbsp;<em>de m\u00eame \u00e2ge et d\u2019une \u00e9gale culture, certaines affinit\u00e9s nous rapprochaient. Par la suite, une idylle ne manquait pas de se cr\u00e9er. La situation et les \u00e9v\u00e9nements ne permirent pas de lui donner une suite. Mais cette fin ne se fit pas sans un grand chagrin de part et d\u2019autre, qui fut tr\u00e8s long \u00e0 se r\u00e9sorber<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp; Le niveau scolaire de J. Laurens (fiche matricule) est de niveau 2 en 1913, c\u2019est-\u00e0-dire correspond \u00e0 un niveau primaire basique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">R\u00e9form\u00e9 temporaire d\u2019avril \u00e0 septembre 1915, lors d\u2019une commission de rappel des exempt\u00e9s (Loi Dalbiez), il insiste pour \u00eatre r\u00e9incorpor\u00e9. Sa sant\u00e9 s\u2019est am\u00e9lior\u00e9e, et sa situation devient difficile au village o\u00f9 la pression sociale est forte&nbsp;(p. 68) \u00ab<em>Les voisins, ne sachant pas le degr\u00e9 du mal qui m\u2019avait fait mettre en cong\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, trouvaient un peu \u00e9trange que je reste si longtemps sans rejoindre une formation militaire. Pas ou peu de gens de mon \u00e2ge \u00e9taient au village. Il y avait eu plusieurs tu\u00e9s dans la commune.<\/em>\u00bb Cette d\u00e9marche de volontariat lui permet aussi de r\u00e9int\u00e9grer son corps d\u2019origine, le 6<sup>e<\/sup> RA. .En 1916, il \u00e9voque le dur engagement de sa batterie \u00e0 Verdun, avec surtout le premier combat, du 1<sup>er<\/sup> au 20 mars 1916. Il mentionne le grand nombre de tu\u00e9s et bless\u00e9s \u00e0 sa batterie, et la r\u00e9quisition temporaire de soldats de l\u2019infanterie pour aider, mais \u00e9videmment, ils \u00ab&nbsp;<em>n\u2019arrivent pas \u00e0 rendre les m\u00eames services<\/em>&nbsp;\u00bb. Comme dans d\u2019autres carnets de Verdun, l\u2019auteur fait une description des combats (ici chute de Douaumont) en reprenant longuement des extraits de l\u2019almanach du combattant (1977), ou du livre du g\u00e9n\u00e9ral Rouquerol.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En 1917, promu mar\u00e9chal des logis, il \u00e9voque le commandement de la section sp\u00e9ciale du CA qu\u2019il doit assurer (section de \u00ab&nbsp;joyeux&nbsp;\u00bb), ce sont pour la plupart des condamn\u00e9s renvoy\u00e9s au front. Il fait avec eux du terrassement puis organise une unit\u00e9 de crapouillots. L\u2019auteur mentionne aussi sa rencontre avec le lieutenant \u00c9douard Daladier, jovial commandant d\u2019une compagnie de mitrailleuses de la 77<sup>e<\/sup> DI, alors que celui-ci est d\u00e9j\u00e0 maire de Carpentras depuis 1911.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En 1918, l\u2019auteur, apr\u00e8s avoir racont\u00e9 sa grippe espagnole (avril), \u00e9voque les durs combats de juin et juillet, o\u00f9 l\u2019hyp\u00e9rite est omnipr\u00e9sente. Toujours en liaison avec un bataillon d\u2019infanterie, cette fois le 97<sup>e<\/sup> RI, il raconte par exemple un \u00e9pisode de panique&nbsp; (19 juillet 1918, Ville-en-Tardenois, p.125) <em>\u00ab&nbsp;<\/em>[attaque violente allemande] \u00ab<em>&nbsp;Des \u00e9l\u00e9ments de la compagnie, en petit nombre heureusement, pris de panique, en face de la vague d\u2019infanterie allemande qui fon\u00e7ait sur nous, quittaient la tranch\u00e9e sans ordres et avaient tendance \u00e0 s\u2019enfuir.&nbsp;C\u2019est alors que le capitaine me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em>R\u00e9volver au poing avec moi<em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est ce que je fis sans h\u00e9siter&nbsp;: et tous les deux, debout sur la tranch\u00e9e, le capitaine cria&nbsp;: <\/em>\u00ab&nbsp;Le premier qui recule est mort&nbsp;<em>\u00bb&nbsp;; devant cette attitude, toute la compagnie regagna son poste de combat.<\/em>&nbsp;\u00bb De mani\u00e8re moins dramatique, il \u00e9voque sa perplexit\u00e9 devant des Anglais positionn\u00e9s \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9. En g\u00e9n\u00e9ral, les Fran\u00e7ais sont intrigu\u00e9s par les habitudes d\u2019hygi\u00e8ne britanniques, jug\u00e9es souvent excessives, voire n\u00e9fastes (ao\u00fbt 1918, Noyon, p. 127)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Avant d\u2019intervenir, les Tommies faisaient leur toilette. Fait tr\u00e8s caract\u00e9ristique, qui nous a toujours laiss\u00e9s perplexes sur la valeur de cette troupe au combat.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donner la mort, de mani\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e, au moment du combat, n\u2019est pas chose si courante dans les r\u00e9cits, et on en a une mention ici, lors des violents combats qui marquent la reprise de la guerre de mouvement, en ao\u00fbt 1918. Il s\u2019agit, depuis une position d\u2019observation avanc\u00e9e, d\u2019interdire aux assauts allemands l\u2019entr\u00e9e du parc du ch\u00e2teau de Plessis-de-Roye. (p. 128) \u00ab&nbsp;(\u2026)<em> de mon c\u00f4t\u00e9, \u00e0 la mitrailleuse, j\u2019abattais les soldats ennemis, \u00e0 bout portant, comme des lapins sauvages en pleine campagne\u2026 Aujourd\u2019hui, 60 ans apr\u00e8s, lorsque je me rappelle ces faits&nbsp;!!! j\u2019en fr\u00e9mis d\u2019horreur. Il me semble impossible que cela ait eu lieu. Des hommes s\u2019entretuer de la sorte&nbsp;!!!, c\u2019est horrible. Cependant, les faits sont authentiques, il fallait se d\u00e9fendre. C\u2019\u00e9tait de la l\u00e9gitime d\u00e9fense.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>&nbsp;<\/em>En Flandre \u00e0 partir de septembre 1918, l\u2019auteur est aussi en liaison avec un r\u00e9giment belge (octobre 1918, devant Roselaere), et il se trouve honor\u00e9 par le roi de Belges, un peu par hasard, semble-t-il (p. 131)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Me trouvant parmi les soldats belges, je fus pr\u00e9sent\u00e9 au roi (\u2026) Apr\u00e8s un court entretien, le Roi Albert Ier pris la croix de guerre que portait un officier belge et me l\u2019\u00e9pingla sur la poitrine en me donnant l\u2019accolade. J\u2019en fus \u00e9mu jusqu\u2019aux larmes, ne pouvant ouvrir la bouche pour le remercier. Dans ma vie j\u2019ai rarement ressenti pareille \u00e9motion.<\/em>&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s l\u2019armistice, J. Laurens est \u00e0 Bruxelles et Louvain, puis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Cologne o\u00f9 son unit\u00e9 s\u2019installe durablement. Il \u00ab&nbsp;rempile&nbsp;\u00bb ensuite par engagements successifs de deux ans, et passe ainsi presque huit ans en Allemagne (p. 145) \u00ab<em> (\u2026) Ayant six ans de service militaire accomplis auxquels s\u2019ajoutaient des campagnes, je d\u00e9cidai de continuer une carri\u00e8re militaire, pour parfaire quinze ans de services et avoir droit \u00e0 une retraite. Les campagnes de guerre comptant double c\u2019\u00e9tait appr\u00e9ciable.<\/em>&nbsp;\u00bb Participant \u00e0 l\u2019occupation de la Ruhr, il est \u00e0 Essen en 1923. L\u2019historien prendra ici son t\u00e9moignage avec int\u00e9r\u00eat, mais aussi avec prudence, car il d\u00e9crit l\u2019occupation durant l\u2019ann\u00e9e 1924 comme un s\u00e9jour agr\u00e9able (p. 147)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>les contacts avec la population civile, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, \u00e9taient assez bons.<\/em> (\u2026) &nbsp;[il est charg\u00e9 des achats d\u2019approvisionnement] \u00ab<em>&nbsp;Je n\u2019ai jamais eu de litiges de quelque nature que ce soit<\/em>.&nbsp;\u00bb, et il continue plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pratiquement, la r\u00e9sistance n\u2019existait pas. A ma connaissance nous n\u2019avons pas eu de sabotage \u00e0 d\u00e9plorer. Les incidents qui se produisaient, se r\u00e9glaient toujours au mieux. Les manifestations \u00e9taient tout \u00e0 fait rares.&nbsp;<\/em>\u00bb Il reste qu\u2019en 1924, il dit \u00eatre tr\u00e8s surpris par le bruit qui accompagne, dans la rue allemande, l\u2019annonce du r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9lection du Cartel des gauches. C\u2019est un grand d\u00e9fil\u00e9 bruyant \u00e0 Essen, avec \u00ab&nbsp;Deutschland \u00fcber alles&nbsp;\u00bb et chants patriotiques, et son logeur allemand, qui parle aussi fran\u00e7ais, lui apprend les raisons de ce d\u00e9ferlement patriotique&nbsp;: (p. 148) <em>\u00ab&nbsp;Monsieur Laurens, naturellement, vous n\u2019\u00eates pas au courant&nbsp;! Mais avec les \u00e9lections fran\u00e7aises, l\u2019Allemagne a remport\u00e9 une tr\u00e8s grande victoire. Ces \u00e9lections ont \u00e9videmment co\u00fbt\u00e9 tr\u00e8s cher \u00e0 l\u2019Allemagne, parce qu\u2019il a fallu les financer.&nbsp;<\/em>\u00bb Notre auteur reprend cette rumeur et la d\u00e9veloppe comme un fait \u00e9tabli.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il quitte Essen en juillet 1925, et part en garnison \u00e0 Landau dans le Palatinat. En 1927, il retourne dans la r\u00e9gion de Grenoble, puis est d\u00e9tach\u00e9 \u00e0 Brian\u00e7on&nbsp;: il participe \u00e0 la remise en \u00e9tat de petits forts d\u00e9mantel\u00e9s en 1915, apr\u00e8s que l\u2019Italie fut entr\u00e9e dans la guerre aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019Entente. Apr\u00e8s sa sortie du service actif en 1929, il signale avoir tenu un commerce \u00e0 Avignon, mais curieusement, alors qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 postier pendant de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 partir de 1929 (receveur des postes), lui, tr\u00e8s prolixe par ailleurs, ne signale jamais cette honorable profession. Une autre impression de pass\u00e9 un peu enjoliv\u00e9 repose sur l\u2019ambiance d\u00e9crite de 1917 \u00e0 1929, o\u00f9 l\u2019on a constamment l\u2019impression qu\u2019il est officier subalterne, alors que sa F.M. dit qu\u2019il ne passe adjudant-chef qu\u2019en 1927. S\u2019il est clair qu\u2019il a tr\u00e8s souvent \u00ab&nbsp;fait fonction&nbsp;\u00bb, une curiosit\u00e9 renforce la perplexit\u00e9 du lecteur&nbsp;; une feuille \u00e9trang\u00e8re au volume, tap\u00e9e \u00e0 la machine en stencil, est coll\u00e9e page 77, avec comme titre \u00ab&nbsp;<em>Errata<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il m\u2019est reproch\u00e9 de n\u2019avoir pas, dans cet ouvrage, fait mention de mes promotions. Or il est assez d\u00e9licat de parler de soi-m\u00eame. Mais puisque l\u2019on me le demande&nbsp;; je ferais abstraction de ce scrupule, et je dis que ma proposition au grade de Sous-lieutenant me parvint le 28 f\u00e9vrier 1916.<\/em>&nbsp; (\u2026) \u00bb C\u2019est tr\u00e8s ambigu, car si la proposition a pu exister, il ne devient Mar\u00e9chal des Logis qu\u2019en janvier 1917, quant \u00e0 sous-lieutenant, c\u2019est de r\u00e9serve, et seulement en mars 1933, alors qu\u2019il a quitt\u00e9 l\u2019uniforme.&nbsp; Cette petite faiblesse autobiographique d\u2019un r\u00e9dacteur de 87 ans ne doit toutefois pas nuire \u00e0 l\u2019essentiel&nbsp;: nous avons ici un r\u00e9cit riche et attachant, et qui montre que le conflit, comme l\u2019institution militaire apr\u00e8s 1918, ont pu \u00eatre pour certains mobilis\u00e9s de r\u00e9els outils de promotion sociale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vie et souvenirs d\u2019un gavot Haut-Alpin 1. Le t\u00e9moin Jacques Laurens (1893 \u2013 apr\u00e8s 1982) est n\u00e9 \u00e0 la Cluse en D\u00e9voluy (Hautes-Alpes) dans une famille de cultivateurs. Incorpor\u00e9 par anticipation (classe 1913) au 6e RA de Valence, il combat \u00e0 la bataille des Fronti\u00e8res puis en Artois en octobre 1914. R\u00e9form\u00e9 temporairement en avril &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/10\/15\/laurens-jacques-1893-apres-1982\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Laurens, Jacques (1893 \u2013 apr\u00e8s 1982)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,1244,13,11,21],"tags":[289,305],"class_list":["post-4302","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1966-1980","category-6-ra","category-medecin-service-de-sante","category-combattant-artillerie","category-souvenirs","tag-blessure","tag-prisonniers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4302","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4302"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4302\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4315,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4302\/revisions\/4315"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4302"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4302"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4302"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}