{"id":4306,"date":"2022-10-15T17:03:38","date_gmt":"2022-10-15T16:03:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4306"},"modified":"2022-11-21T20:14:39","modified_gmt":"2022-11-21T19:14:39","slug":"martin-laval-andre-1888-1975-fernand-1890-1973-et-antoine-1892-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/10\/15\/martin-laval-andre-1888-1975-fernand-1890-1973-et-antoine-1892-1972\/","title":{"rendered":"Martin-Laval, Andr\u00e9 (1888-1975), Fernand (1890 \u2013 1973) et Antoine (1892 \u2013 1972)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Trois fr\u00e8res en guerre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">1. Les t\u00e9moins<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Avec un p\u00e8re dans l\u2019import-export et six enfants, la famille Martin-Laval appartient \u00e0 la moyenne bourgeoisie marseillaise, catholique et patriote. Les trois fr\u00e8res sont sous l\u2019uniforme pendant toute la guerre, et deux des trois filles s\u2019investissent comme infirmi\u00e8res. La cadette et la benjamine en feront leur profession apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Andr\u00e9 Martin-Laval (1888-1975), ing\u00e9nieur-\u00e9lectricien, r\u00e9form\u00e9 en 1910, s\u2019engage volontairement en ao\u00fbt 1914&nbsp;; t\u00e9l\u00e9phoniste au 58<sup>e<\/sup> RI d\u2019Avignon jusqu\u2019en 1916, il se sp\u00e9cialise dans la T.S.F., passe au 8<sup>e<\/sup> G\u00e9nie puis est d\u00e9tach\u00e9 dans l\u2019aviation (C. 46). Il est sous-lieutenant en 1918, puis poursuit une carri\u00e8re d\u2019ing\u00e9nieur apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Fernand (1890 \u2013 1973) est engag\u00e9 volontaire depuis 1908 et sert au 3<sup>e<\/sup> RI \u00e0 la mobilisation. Sergent depuis 1911, il combat dans les compagnies de mitrailleuse du 3<sup>e<\/sup> RI et du 141<sup>e<\/sup> RI, et est officier \u00e0 l\u2019armistice. Il fait une carri\u00e8re dans le commerce apr\u00e8s la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Antoine (1892 \u2013 1972) renonce \u00e0 son sursis alors qu\u2019il est encore interne de m\u00e9decine en 1913. Il fait la premi\u00e8re ann\u00e9e de la guerre comme caporal-brancardier au 58<sup>e<\/sup> RI, faisant fonction de m\u00e9decin auxiliaire. Il est ensuite promu m\u00e9decin aide-major de 2<sup>e<\/sup> classe (sous-lieutenant), affect\u00e9 en h\u00f4pital puis au 39<sup>e<\/sup> RI. Il exerce apr\u00e8s -guerre comme m\u00e9decin.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Trois fr\u00e8res en guerre, Martin-Laval, une famille de Marseille en 1914-1918<\/em>, a paru aux \u00e9ditions Privat en 2014. Cet ouvrage de Serge Truph\u00e9mus, pr\u00e9fac\u00e9 par Jean-Yves Le Naour (735 pages), et accompagn\u00e9 de nombreuses reproductions photographiques, est un travail ambitieux et original de publication d\u2019un choix de t\u00e9moignages issus d\u2019une source archivistique; il existe en effet aux AD 13 un imposant fonds Martin-Laval (10 m\u00e8tres-lin\u00e9aire, cote 216 J1 \u00e0 J 63), et l\u2019auteur a compos\u00e9 le livre avec des extraits de carnets de guerre (Antoine et Andr\u00e9), entrecrois\u00e9s avec des passages de lettres en provenance de toute la famille et d\u2019amis. Dans le d\u00e9tail, on commence par l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du carnet d\u2019Antoine (ao\u00fbt et septembre 1914)&nbsp;; suivent les carnets retravaill\u00e9s d\u2019Andr\u00e9 (ao\u00fbt 1914 \u2013 d\u00e9cembre 1915), puis ses carnets bruts (1916 \u2013 juillet 1917) et enfin, apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat de ceux-ci, surtout sa correspondance avec sa fianc\u00e9e. Fernand n\u2019intervient que ponctuellement dans le corpus, \u00e0 travers quelques lettres. S. Truph\u00e9mus signale que devant la masse d\u2019archives, il a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 s\u00e9lectionner et r\u00e9duire les textes disponibles, son ambition \u00e9tant de respecter une exigence morale envers les t\u00e9moins et les lecteurs&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>respecter la coh\u00e9rence du r\u00e9cit, pr\u00e9server l\u2019esprit des t\u00e9moignages et conserver tout ce qui peut pr\u00e9senter un int\u00e9r\u00eat historique.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>A. Antoine&nbsp;: Au XV<sup>e<\/sup> Corps en ao\u00fbt et septembre 1914<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le premier t\u00e9moignage est un carnet de campagne, tr\u00e8s pr\u00e9cis et tr\u00e8s vivant, r\u00e9dig\u00e9 sur une p\u00e9riode assez courte (1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt au 17 septembre)&nbsp;; les notes racontent les combats de Dieuze et de Dombasle avec le 58<sup>e<\/sup> RI, avec le d\u00e9part d\u2019Avignon, la d\u00e9couverte du feu, puis la retraite, avec l\u2019\u00e9puisement et le souci constant d\u2019\u00e9viter la capture. Il est aide-m\u00e9decin, mais simplement avec le grade de caporal, et cela lui permet d\u2019avoir \u00e0 la fois une perspective au ras du sol,&nbsp; comme fantassin, mais aussi, gr\u00e2ce \u00e0 son r\u00f4le de m\u00e9decin, d\u2019appr\u00e9hender la situation \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du bataillon ou du r\u00e9giment. Le texte est pr\u00e9cis dans ses descriptions, abonde en anecdotes (un camarade m\u00e9decin morphinomane qui meurt d\u2019overdose au plus fort des combats, par exemple\u2026) et en m\u00eame temps restitue bien la mentalit\u00e9 d\u2019un m\u00e9ridional tr\u00e8s patriote qui d\u00e9couvre les r\u00e9alit\u00e9s lorraines.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Antoine, d\u00e9j\u00e0 sous l\u2019uniforme \u00e0 la mobilisation, participe le 2 ao\u00fbt 1914 \u00e0 un vibrant d\u00e9fil\u00e9 patriotique \u00e0 Avignon, m\u00ealant militaires et civils, et signale dans une mention courte mais int\u00e9ressante (p. 46)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Passage \u00e0 tabac de trois ou quatre anarchistes, \u00e9change de quelques coups avec eux<\/em> (\u2026) puis nous faisons barri\u00e8re \u00ab<em>&nbsp;pour emp\u00eacher ces \u00ab&nbsp;apaches&nbsp;\u00bb de passer devant le drapeau.&nbsp;<\/em>\u00bb Antoine insiste sur sa ferveur patriotique, il signale plus loin (p. 52) \u00ab<em>&nbsp;je ne suis plus le m\u00eame homme&nbsp;<\/em>\u00bb. En passant la fronti\u00e8re devant Dieuze, il est scandalis\u00e9 par le manque d\u2019enthousiasme de frontaliers qu\u2019il lib\u00e8re, ce sont des m\u00e8res dont les fils sont enr\u00f4l\u00e9s dans l\u2019arm\u00e9e allemande, et qui souhaitent surtout leur retour sain et sauf (p. 63)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>comment parler d\u2019id\u00e9al avec ces gens-l\u00e0&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; il est obs\u00e9d\u00e9 par les espions, il soup\u00e7onne tous les civils avec qui il a un \u00e9change, le lait est certainement empoisonn\u00e9, tel trio de jeunes filles est suspect, etc.. Le r\u00e9cit raconte le combat dans la for\u00eat, l\u2019angoisse, l\u2019\u00e9puisement physique et mental, le recul en d\u00e9sordre, mais toujours aussi la volont\u00e9 de ne pas renoncer&nbsp;; l\u2019\u00e9vocation du retrait sur Dieuze pour repasser la fronti\u00e8re est saisissante, avec des soldats \u00ab&nbsp;<em>de tous r\u00e9giments, de deux, de m\u00eame trois corps d\u2019arm\u00e9e, <\/em>[qui]<em> marchent ou courent dans les rues, en fuyant. C\u2019est une panique inou\u00efe.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 103). On note le silence sur l\u2019affaire du XVe Corps, et on ne peut plaider une lacune tributaire de l\u2019immersion dans \u00ab&nbsp;l\u2019imm\u00e9diat&nbsp;\u00bb, puisque l\u2019on sait que les cahiers ont \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9s par la suite (mention des \u00ab&nbsp;boches&nbsp;\u00bb en ao\u00fbt 1914, ou des \u00ab&nbsp;poilus&nbsp;\u00bb en septembre 1914). Finalement l\u2019affaire revient par la marge, dans une lettre de la petite s\u0153ur d\u2019Antoine (douze ans), qui \u00e9voque un scandale \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9cole des filles&nbsp;\u00bb (mai 1915, p. 359)&nbsp;: une enseignante a dit du mal du XVe Corps, les filles l\u2019ont rapport\u00e9 et il y a des manifestations <em>\u00ab&nbsp;de petits gar\u00e7ons et de lyc\u00e9ens&nbsp;<\/em>\u00bb devant la maison de la demoiselle.&nbsp;Pris dans l\u2019action, Antoine ne dispose que de tr\u00e8s peu d\u2019informations ext\u00e9rieures&nbsp;; lors de la d\u00e9fense devant Lun\u00e9ville, r\u00e9sistance \u00e0 laquelle il est fier de participer, il mentionne, lorsqu\u2019est lu aux soldats l\u2019ordre de Joffre de r\u00e9sister co\u00fbte que co\u00fbte (p. 141, 7 septembre)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Brrr&nbsp;! Quelle douche glac\u00e9e pour nous qui ignorions compl\u00e8tement la retraite de Charleroi et qui pensions que l\u2019arm\u00e9e du nord \u00e9tait victorieuse&nbsp;!&#8230;&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>B. Andr\u00e9&nbsp;: Carnets recopi\u00e9s (septembre 1914 \u00e0 d\u00e9cembre 1915)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Andr\u00e9, r\u00e9form\u00e9, fait des pieds et des mains pour s\u2019engager, et est comme Antoine anim\u00e9 d\u2019une grande foi patriotique, m\u00ealant nationalisme et religion&nbsp;: c\u2019est en ces termes qu\u2019il \u00e9change avec ses parents au d\u00e9but du conflit. Tout en restant patriote, la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue au front temp\u00e8re ensuite son enthousiasme, et il \u00e9crit en f\u00e9vrier 1916 \u00e0 Antoine, gu\u00e9ri apr\u00e8s une longue convalescence \u00e0 l\u2019arri\u00e8re (p. 504)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Ne fais pas <u>l\u2019enfantillage<\/u> de demander \u00e0 retourner au pastiss.<\/em>&nbsp;\u00bb. Il est pr\u00e9cis sur son r\u00f4le de t\u00e9l\u00e9phoniste en ligne, ses connaissances techniques le faisant appr\u00e9cier, et sa position lui donne des informations sur le d\u00e9tail des op\u00e9rations, avec par exemple la mention du 22 juin 1915 (p. 372)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>fameuse journ\u00e9e, 347 messages&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb On s\u2019aper\u00e7oit que dans les lettres envoy\u00e9es, l\u2019auteur ne respecte en rien les consignes de discr\u00e9tion impos\u00e9es par la censure. Lui-m\u00eame s\u2019autocensure peu lorsqu\u2019il d\u00e9crit \u00e0 sa famille les dures r\u00e9alit\u00e9s du front et il re\u00e7oit des reproches d\u2019un ami de la famille (p. 321), qui lui demande de mod\u00e9rer la crudit\u00e9 de ses descriptions, la lecture de ses lettres mettant la famille dans l\u2019effroi. Peu de temps apr\u00e8s, sa s\u0153ur Jeanne lui \u00e9crit (p. 325) que l\u2019ami a exag\u00e9r\u00e9, en disant de ne plus \u00e9crire \u00ab&nbsp;<em>ce qu\u2019il en est<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle est d\u2019accord avec une censure pour les parents, mais pas pour elle, et elle lui propose de lui \u00e9crire en secret via l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 elle est infirmi\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je t\u2019en supplie, mon cher Andr\u00e9, dis-moi toujours la v\u00e9rit\u00e9 et toute la v\u00e9rit\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Un des plus moments les plus intense du livre d\u00e9crit l\u2019\u00e9clatement d\u2019un obus sur le seuil de la petite sape des t\u00e9l\u00e9phonistes, pendant un violent bombardement en premi\u00e8re ligne (19 octobre 1915, p. 445)&nbsp;; Andr\u00e9 est choqu\u00e9 et presque indemne, mais deux camarades sont tu\u00e9s \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Il raconte, \u00e0 travers son journal puis ses lettres &#8211; ici un peu \u00e9dulcor\u00e9es-, par secondes puis par minutes, le choc, l\u2019\u00e9garement, l\u2019errance (p. 445) \u00ab&nbsp;<em>Affol\u00e9, je cours dehors chercher du secours, mais je ne vois plus rien. Bombardement toujours intense. Je tombe dans les bras du capitaine Lapenne qui me fourre dans la sape de Kermeneur<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb Il \u00e9voque la lente reprise des esprits, le deuil, la solidarit\u00e9 des \u00ab&nbsp;autres sapes&nbsp;\u00bb pour les t\u00e9l\u00e9phonistes&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je vais voir les copains. Crises de larmes. Longue conversation en famille. Divers viennent pr\u00e9senter sympathie.<\/em>&nbsp;\u00bb. Puis le calme se fait, avec le v\u0153u d\u2019aller \u00e0 Lourdes pour remercier la Vierge, puis celui de monter neuf jours de suite \u00e0 pied \u00e0 Notre-Dame-de-la-Garde et \u00ab&nbsp;<em>d\u2019y faire la sainte communion<\/em>.&nbsp;\u00bb Les mentions religieuses sont assez fr\u00e9quentes dans l\u2019ouvrage, mais il y a peu de mentions politiques, les allusions \u00e9voquent une sympathie pour la droite nationaliste, avec une tendance nettement antiparlementariste, surtout en 1917 et 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>C. Andr\u00e9&nbsp;: carnets originaux non repris, puis courrier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En juillet 1916, Andr\u00e9 est d\u00e9tach\u00e9 par le G\u00e9nie dans l\u2019aviation (C.G.15, escadrille G. 46) pour installer et entretenir les postes de T.S.F. des avions d\u2019observation. Apr\u00e8s avoir suivi divers cours, il sera sous-lieutenant en 1918. Depuis 1916, le t\u00e9moignage est constitu\u00e9 des carnets bruts, puis seulement des lettres \u00e0 sa fianc\u00e9e Jeanne Grilli\u00e8re, de Revel. On suit en parall\u00e8le aux op\u00e9rations militaires le d\u00e9but de la correspondance des promis, la premi\u00e8re visite \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une permission, les pr\u00e9occupations tendres&#8230; Andr\u00e9 fait parfois mention de relations conflictuelles avec des camarades, par exemple avec un sergent ath\u00e9e, plus jeune que lui, qui ne veut pas faire de r\u00e9veillon de No\u00ebl. Encore simple soldat \u00e0 ce moment, il doit subir ce <em>\u00ab&nbsp;blanc-bec sorti de quelque loge ma\u00e7onnique<\/em>&nbsp;\u00bb, et il est bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 r\u00e9sister&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Je leur enverrai un minuit chr\u00e9tien un peu l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00bb, promet-il dans un courrier. On retrouve ici la pertinence des remarques faites par Nicolas Mariot sur un \u00ab&nbsp;<em>Tous unis dans la tranch\u00e9e<\/em>&nbsp;\u00bb fantasm\u00e9, et pour ce bourgeois conservateur, la fraternisation avec le peuple trouve aussi ses limites. Antoine tente de consoler Andr\u00e9 (p. 488)&nbsp;: \u00ab<em>le milieu dans lequel tu vis est d\u2019un niveau moral et intellectuel peu \u00e9lev\u00e9, et ce doit \u00eatre pour toi, je m\u2019en rends tr\u00e8s bien compte, une souffrance perp\u00e9tuelle qui vient s\u2019ajouter \u00e0 d\u2019autres.<\/em>&nbsp;\u00bb Les principes moraux d\u2019Andr\u00e9 sont aussi en rupture avec ceux de certains camarades, et il insiste l\u00e0-dessus aupr\u00e8s de sa fianc\u00e9e&nbsp;: il est scandalis\u00e9 par leur d\u00e9tournement de la philosophie de l\u2019\u0153uvre des marraines de guerre, certains entretenant des correspondances \u00ab<em>qui n\u2019ont rien \u00e0 voir avec le but poursuivi par l\u2019\u0153uvre pourtant si s\u00e9rieuse des marraines<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp; Il est particuli\u00e8rement choqu\u00e9 (p. 645) par l\u2019annonce d\u2019un camarade dans un journal <em>\u00ab&nbsp;plus que louche<\/em>&nbsp;\u00bb et qui a re\u00e7u 152 r\u00e9ponses\u2026 Un jour, un d\u00e9bat est engag\u00e9 par ses camarades sur l\u2019existence de Dieu, il y intervient, fait \u00ab&nbsp;<em>une profession de foi en r\u00e8gle<\/em>&nbsp;\u00bb et finit par leur dire ce qu\u2019il pense de leurs histoires de marraines. Il signale que ses camarades le traitent de <em>\u00ab&nbsp;type \u00e0 part.<\/em>&nbsp;\u00bb Notons qu\u2019il s\u2019agit ici de lettres \u00e0 sa fianc\u00e9e, et on peut douter, apr\u00e8s 500 pages de fr\u00e9quentation d\u2019Andr\u00e9, qu\u2019il aurait \u00e9crit ce type de propos fort moralisateurs, par exemple, \u00e0 un ancien camarade de classe.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Enfin, pour terminer l\u2019\u00e9vocation de cet ouvrage tr\u00e8s r\u00e9ussi, et dans un tout autre domaine, peut-\u00eatre tenons-nous ici, dans l\u2019unit\u00e9 d\u2019Andr\u00e9, le \u00ab&nbsp;<em>patient z\u00e9ro<\/em>&nbsp;\u00bb, cet initiateur d\u2019un changement important dans la mode masculine, qui va modifier l\u2019apparence du visage des hommes jeunes, dans les ann\u00e9es vingt? Cinq aviateurs am\u00e9ricains viennent d\u2019arriver \u00e0 l\u2019escadrille (avril 1918), \u00ab<em>Ils sont tr\u00e8s amusants avec leur moustache ras\u00e9e et leur jargon anglais. (\u2026) La plupart de mes camarades ont trouv\u00e9 tr\u00e8s chic la mode des moustaches ras\u00e9es et se sont ras\u00e9s compl\u00e8tement.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2022<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Trois fr\u00e8res en guerre 1. Les t\u00e9moins Avec un p\u00e8re dans l\u2019import-export et six enfants, la famille Martin-Laval appartient \u00e0 la moyenne bourgeoisie marseillaise, catholique et patriote. Les trois fr\u00e8res sont sous l\u2019uniforme pendant toute la guerre, et deux des trois filles s\u2019investissent comme infirmi\u00e8res. La cadette et la benjamine en feront leur profession apr\u00e8s-guerre. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2022\/10\/15\/martin-laval-andre-1888-1975-fernand-1890-1973-et-antoine-1892-1972\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Martin-Laval, Andr\u00e9 (1888-1975), Fernand (1890 \u2013 1973) et Antoine (1892 \u2013 1972)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,1247,150,80,133,3,10,6,1248,1246,9],"tags":[],"class_list":["post-4306","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-3e-ri-2","category-58e-ri","category-8e-genie","category-aviateur","category-carnet","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","category-escadrille-c-46","category-genie","category-type-de-temoin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4306"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4306\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4313,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4306\/revisions\/4313"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}