{"id":4330,"date":"2023-01-26T19:06:44","date_gmt":"2023-01-26T18:06:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4330"},"modified":"2023-12-06T20:12:23","modified_gmt":"2023-12-06T19:12:23","slug":"beneteau-francois-hippolyte-1882-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/01\/26\/beneteau-francois-hippolyte-1882-1915\/","title":{"rendered":"Ben\u00e9teau, Fran\u00e7ois Hippolyte (1882 &#8211; 1915)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">1. Le t\u00e9moin<br>N\u00e9 le 1er f\u00e9vrier 1882 \u00e0 Taugon (Charente inf\u00e9rieure) dans une famille de cultivateurs propri\u00e9taires. Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau r\u00e9side en 1914 dans ce m\u00eame village charentais o\u00f9 il reprend l\u2019activit\u00e9 d\u2019agriculteur. Il effectue ses classes au 18e RI en tant que tambour en novembre 1903, puis mis \u00e0 la disponibilit\u00e9 du 123e RI de La Rochelle o\u00f9 il effectue deux p\u00e9riodes d\u2019exercices en 1909 et 1913. Il entame une correspondance avec sa famille tr\u00e8s fournie d\u00e8s les premiers jours de la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale en ao\u00fbt 1914. Ag\u00e9 de 32 ans, 4 enfants, il incorpore le 138e RIT de La Rochelle avant d\u2019\u00eatre d\u00e9sign\u00e9 quelques mois plus tard pour rejoindre le 167e RI. Ce t\u00e9moignage permet de suivre son parcours de territorial puis dans l\u2019active. Parcours qui le conduira jusqu\u2019au front dans le secteur du Bois Le Pr\u00eatre.<br><br>2. Le t\u00e9moignage<br>La correspondance entre Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau et sa famille est regroup\u00e9e dans livre ce \u00e9pistolaire de 152 pages paru aux \u00e9ditions Edhisto en avril 2022. Les 90 lettres du poilu couvrent la p\u00e9riode d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 avril 1915 et s\u2019articule autour de 5 axes : l\u2019attente, le casernement, les premi\u00e8res tranch\u00e9es, les derniers jours, les recherches post mortem.<br><br>3. Analyse<br>Le 16 ao\u00fbt 1914, les trois bataillons du 138e R\u00e9giment d\u2019Infanterie Territoriale) quittent La Rochelle. Le r\u00e9giment cantonne du 17 ao\u00fbt au 13 septembre \u00e0 Marigny-les-Usages, dans le Loiret, pour s\u00e9curiser les villes, porter assistance aux bless\u00e9s, surveiller les gares. Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau est spectateur indirect de la premi\u00e8re bataille de la Marne quand il rend compte \u00e0 sa femme de ce qu\u2019il voit, ce qu\u2019il entend. En effet, devant l\u2019avanc\u00e9e allemande, la population parisienne, traumatis\u00e9e par le si\u00e8ge de 1870, fuit la capitale par centaines de milliers. \u00ab Il y avait des femmes, des enfants de tous \u00e2ges qui ne marchaient pas encore. Seuls, ils ont couch\u00e9 dehors et le matin ils tremblaient. Aucun endroit pour les loger, il faut le voir pour le croire \u00bb (p. 18). <br>Le 13 septembre, son bataillon quitte le cantonnement Loir\u00e9tain pour rejoindre la caserne Excelmans de Bar-le-Duc (Meuse), garnison du 94\u00e8me RI mais qui participe \u00e0 la premi\u00e8re bataille de la Marne. Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau exprime sa confiance en l\u2019avenir ; il pense que la guerre sera courte et que la victoire sera proche. Il est affect\u00e9 le plus souvent \u00e0 la surveillance de la gare, des h\u00f4pitaux et parfois \u00e0 l\u2019assainissement du champ de bataille sur les communes de Laimont et de Villers-aux-Vents. Tenant \u00e0 \u00eatre mis au courant de l\u2019avanc\u00e9e des travaux de la ferme, il questionne r\u00e9guli\u00e8rement son \u00e9pouse \u00e0 ce sujet. Il souhaite \u00e9galement \u00eatre averti des bless\u00e9s, des morts qui sont annonc\u00e9s dans le village de Taugon. La vie de cantonnement se prolonge, occasionnant parfois un sentiment de lassitude ; il va r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la messe, dont celle que Mgr Charles Ginisty organise le 19 novembre 1914 \u00e0 l\u2019\u00e9glise Notre-Dame \u00e0 Bar-le-Duc.<br>Le 21 novembre 1914, le bataillon de Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau fournit un contingent de trois cents hommes au d\u00e9p\u00f4t du 167e r\u00e9giment d\u2019infanterie. Il part le jour m\u00eame pour Toul et y int\u00e8gre la 5\u00e8me compagnie, 2\u00e8me bataillon. Sa confiance s\u2019amenuise et n\u2019imagine pas rentrer pour la naissance de son cinqui\u00e8me enfant fin d\u00e9cembre ; \u00ab il faut s\u2019attendre que ce soit tr\u00e8s long. Et au moment o\u00f9 tu me parles, c\u2019est presque s\u00fbr que je ne serai pas pr\u00e9sent \u00bb (p. 58). Son entrainement a repris, plus intense avec des man\u0153uvres, des exercices. Il continu a jouer son r\u00f4le de territorial dans les gares, d\u00e9charger les p\u00e9niches qui arrivent par le canal et qui transportent les cailloux de consolidation des voies de chemin de fer pour le front. Plus proche de la zone de combats, il entend le canon, voit affluer plus de bless\u00e9s, de malades. Fin d\u00e9cembre, il pense \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par la naissance de son cinqui\u00e8me enfant, et ne pense pas \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 pour partir dans les tranch\u00e9es. Il y \u00e9chappe une premi\u00e8re fois mais le 12 f\u00e9vrier 1915, il est inform\u00e9 de son d\u00e9part imminent : \u00ab J\u2019\u00e9tais parti \u00e0 mon ouvrage comme d\u2019habitude ce matin. Mais l\u2019on est venu me chercher en disant que je partais avec ceux qui \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s. \u00bb (p. 92).<br>Le 15 f\u00e9vrier 1915, apr\u00e8s avoir re\u00e7u son \u00e9cusson du 167e RI d\u2019active et habill\u00e9 de neuf, il rejoint Jezainville au sein de sa section \u00e0 trois kilom\u00e8tres de la zone de combats du Bois Le Pr\u00eatre. Il exprime dans ses lettres la peur de mourir mais aussi l\u2019espoir de revenir. \u00ab Ch\u00e8re femme, si par malheur Dieu voulait nous s\u00e9parer pour toujours, souviens-toi de moi \u00bb (p. 93). Le courrier \u00e0 des difficult\u00e9s \u00e0 parvenir ce qui ajoute \u00e0 ses craintes. Il prie, se donne force et courage pour affronter ce qui lui semble in\u00e9luctable. Du 8 au 17 mars 1915, le bataillon de Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau quitte Jezainville pour relever le 5\u00e8me bataillon du 346e au Bois Le Pr\u00eatre. Ce sera pour lui sa premi\u00e8re exp\u00e9rience de tranch\u00e9es. Il d\u00e9crit les sc\u00e8nes de combats, avec la neige, le froid, qui surprennent les soldats. A chaque attaque, il entend les coups de fusils, les obus qui passent sur sa t\u00eate, la terre qui vole partout, les bless\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Il raconte notamment la journ\u00e9e du 15 mars : \u00ab A huit heures du matin, les Allemands ont fait sauter plusieurs tranch\u00e9es et aussit\u00f4t la fusillade a commenc\u00e9. Toute la journ\u00e9e sans desserrer ; il y avait du danger partout en premi\u00e8re ligne comme en deuxi\u00e8me ou en troisi\u00e8me. C\u2019\u00e9tait tout pareil. Les balles, les obus, les grenades et les torpilles pleuvaient. Les arbres sont d\u2019une bonne \u00e9paisseur dans ce bois l\u00e0 et bien souvent les obus Allemands tombaient en plein dedans. D\u2019une grosseur d\u2019une brass\u00e9e, \u00e7a les coupait en deux \u00bb. De retour en cantonnement le 18 mars 1915, il continu a \u00e9crire, rendant compte a son \u00e9pouse des combats. Il rend gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, participe aux messes et se rend sur la tombe de ses compagnons. La peur de mourir est l\u00e0. Dans sa derni\u00e8re lettre dat\u00e9e du 30 mars 1915, Fran\u00e7ois Hippolyte Ben\u00e9teau est de nouveau dans le Bois-le-Pr\u00eatre aux abords de la tranch\u00e9e de Fey. Il sera mortellement bless\u00e9 au combat du 30 mars ou du 1er avril. Identifi\u00e9 par les soins de l\u2019officier gestionnaire de l\u2019ambulance 3\/64 (ambulance 64 du 13e corps rattach\u00e9 provisoirement \u00e0 Avrainville). Il est inhum\u00e9 fosse num\u00e9ro sept au Gros-Ch\u00eane le 20 avril 1915 et le 20 novembre 1920, son corps sera transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la n\u00e9cropole nationale du P\u00e9tant pr\u00e8s de Montauville.<br><br>William Ben\u00e9teau &#8211; Yann Prouillet<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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