{"id":4340,"date":"2023-02-23T19:17:56","date_gmt":"2023-02-23T18:17:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4340"},"modified":"2023-12-06T20:10:29","modified_gmt":"2023-12-06T19:10:29","slug":"chuillet-leon-1891-1940","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/02\/23\/chuillet-leon-1891-1940\/","title":{"rendered":"Chuillet, L\u00e9on (1891 \u2013 1940)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Journal de marche 1914 \u2013 1920<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u00e9on Chuillet (1891-1940) est n\u00e9 \u00e0 Prahecq (Deux-S\u00e8vres) dans une famille de cultivateurs. Incorpor\u00e9 au 8<sup>e<\/sup> Cuirassier en 1912, il y est mar\u00e9chal des logis en ao\u00fbt 1914. Mut\u00e9 \u00e0 sa demande en 1915 dans l\u2019infanterie, il est affect\u00e9 au 14<sup>e<\/sup> BCP comme sous-lieutenant. Bless\u00e9 dans la Somme en 1916, il combat ensuite comme lieutenant en Italie en 1917. Promu capitaine en juin 1918, il&nbsp; est bless\u00e9 une deuxi\u00e8me fois au 64<sup>e<\/sup> RI en octobre 1918. Militaire de carri\u00e8re dans l\u2019entre-deux guerres, il est tu\u00e9 en Belgique le 15 mai 1940 \u00e0 la t\u00eate d\u2019un bataillon du 110<sup>e<\/sup> RI de Dunkerque.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le <em>Journal de marche 1914 \u2013 1920<\/em> de L\u00e9on Chuillet a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en auto\u00e9dition chez The BookEdition en 2009 (470 pages). Anne Rocton, petite-fille de l\u2019auteur, a confi\u00e9 le manuscrit \u00e0 Pierre Durand, et celui-ci l\u2019a mis en forme et \u00e9dit\u00e9 &nbsp;(conversation t\u00e9l\u00e9phonique et autorisation de citation, mai 2022). La partie \u00ab&nbsp;Grande Guerre&nbsp;\u00bb va jusqu\u2019\u00e0 la page 325, l\u2019ouvrage comprend aussi la reproduction de photographies retra\u00e7ant la carri\u00e8re de L. Chuillet, des d\u00e9veloppements sur sa campagne d\u2019Orient (1919-1920), ainsi que des extraits concernant les journ\u00e9es de mai 1940.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce journal, assez pr\u00e9cis et tr\u00e8s vivant, est le t\u00e9moignage d\u2019un cuirassier pass\u00e9 dans l\u2019infanterie. C\u2019est un combattant \u00e9nergique, aimant l\u2019action et diriger les hommes, ce qui l\u2019am\u00e8ne logiquement \u00e0 int\u00e9grer l\u2019arm\u00e9e de m\u00e9tier pendant la guerre elle-m\u00eame. On n\u2019a pas de pr\u00e9cision sur la r\u00e9daction des carnets, mais l\u2019emploi du terme boche d\u00e8s ao\u00fbt &nbsp;1914 et l\u2019image \u00ab&nbsp;ligne Maginot&nbsp;\u00bb (p. 292) employ\u00e9e pour 1918, font supposer une r\u00e9daction assez tardive, probablement d\u2019apr\u00e8s un premier carnet de route.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>A. la cavalerie au combat<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur \u00e9voque d\u2019abord la recherche de la charge de cavalerie lourde, rarement possible et toujours anticip\u00e9e par l\u2019adversaire, ainsi dans la Marne le 4 septembre 1914 (p. 36)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La belle charge est encore rat\u00e9e. Les Allemands ont toujours le m\u00eame principe, la cavalerie d\u2019exploration refusant toujours le combat \u00e0 l\u2019arme blanche il n\u2019y a rien \u00e0 faire pour le saisir, au moment du combat celle-ci se d\u00e9robe et nous nous trouvons en butte \u00e0 des feux d\u2019infanterie qui nous emp\u00eachent d\u2019op\u00e9rer.<\/em>&nbsp;\u00bb. Avec la poursuite, apr\u00e8s la Marne, la cavalerie retrouve un r\u00f4le important et L. Chuillet \u00e9voque les combats qui l\u2019am\u00e8nent jusqu\u2019\u00e0 Suippes et Reims, avec par exemple la reprise du village de \u00ab&nbsp;Courterolle&nbsp;\u00bb (12.09.14 p. 42 [en fait Courtisols])&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je fais dans le village 18 prisonniers. Le trompette Dermajusan fouillant une grange \u00e0 cheval, fait \u00e0 lui seul 6 prisonniers. Ceux-ci sont fatigu\u00e9s, tr\u00e8s \u00e9puis\u00e9s, car depuis 6 jours ils ne cessent de reculer. Du reste, tous les prisonniers que nous faisons sont ceux qui d\u00e8s le matin au d\u00e9part sont encore ivres de la veille ou malades.<\/em>&nbsp;(\u2026) <em>vers deux heures, au moment o\u00f9 je vais rejoindre le r\u00e9giment je trouve encore un petit Boche. Un gamin qui ne semble pas avoir plus de 16 ans. Une figure Boche dans toute l\u2019acception du mot&nbsp;: blond avec des lunettes. Il crie \u00ab&nbsp;Kamerade&nbsp;\u00bb et au m\u00eame moment, me met en joue. Ah le salaud. Je tire mon revolver et je lui br\u00fble la cervelle.<\/em>&nbsp;\u00bb. En octobre, il faut boucher les trous dans la Course \u00e0 la mer, et des d\u00e9tachements de cavalerie d\u00e9mont\u00e9e sont envoy\u00e9s en Belgique. Il mentionne son regret de devoir abandonner la cuirasse, qui prot\u00e9geait bien des schrapnels, et dit aussi le peu d\u2019enthousiasme suscit\u00e9 par les demandes r\u00e9it\u00e9r\u00e9es de volontaires pour reconstituer l\u2019encadrement du combat \u00e0 pied. Lui en prend finalement son parti (d\u00e9cembre 1914, p. 61)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Puisqu\u2019il faut aller aux tranch\u00e9es, j\u2019aime autant y aller en vrai fantassin, puis comme je n\u2019ai pas l\u2019amour du cheval port\u00e9 \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, je suis satisfait de cette d\u00e9signation. Puis on va peut-\u00eatre faire quelque chose d\u2019int\u00e9ressant.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>B. un \u00ab\u00a0guerrier fanatique\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u00e9on Chuillet se d\u00e9crit lui-m\u00eame comme un homme qui aime le combat, qui s\u2019ennuie d\u00e8s que l\u2019action diminue, et qui dit ignorer la peur que les autres \u00e9prouvent (1<sup>er<\/sup> novembre 1914, Belgique, p. 54)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ah c\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas si rigolo que \u00e7a la guerre mais c\u2019est amusant tout de m\u00eame. Il y en a qui ont une bonne trouille. Moi, je trouve que j\u2019ai de la chance et le danger m\u2019impressionne pas, au contraire, \u00e7a m\u2019amuse.<\/em>&nbsp;\u00bb Cette peur qu\u2019\u00e9prouvent ses hommes est par exemple d\u00e9crite dans une tranch\u00e9e de l\u2019Oise, en mars 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;[une tactique offensive allemande] <em>du reste nous, nous sommes tellement froussards que \u00e7a marche \u00e0 chaque coup (\u2026) J\u2019ai beaucoup de difficult\u00e9s pour rassembler mon demi-peloton. Eh bien, s\u2019il faut un jour faire une attaque, alors on va \u00eatre beaux. Ah les charognards, ce qu\u2019ils ont peur.<\/em>&nbsp;\u00bb L\u2019auteur, avec sa promotion au grade de sous-lieutenant dans l\u2019infanterie (juillet 1915, p. 89) est tr\u00e8s satisfait d\u2019arriver au 14<sup>e<\/sup> BCP, pour lui <em>\u00ab&nbsp;une troupe d\u2019\u00e9lite<\/em>&nbsp;\u00bb. L. Chuillet, \u00ab&nbsp;<em>guerrier fanatique tr\u00e8s aim\u00e9 de ses hommes<\/em>&nbsp;\u00bb, ainsi qu\u2019il est not\u00e9 dans son dossier personnel (p. 295, 1918), est parfois violent&nbsp;; en janvier 1916 un&nbsp;d\u00e9serteur d\u2019en face, pris dans le r\u00e9seau, est amen\u00e9 \u00e0 son PC et se pr\u00e9cipite sur son repas (p.148) \u00ab&nbsp;<em>Alors l\u00e0 il est bien re\u00e7u. Je commence par lui ficher une belle tourn\u00e9e.&nbsp;\u00bb <\/em>L\u2019incident fait du bruit en haut lieu car le d\u00e9serteur s\u2019av\u00e8re \u00eatre un prisonnier russe en fuite, qui se plaint am\u00e8rement de &nbsp;l\u2019accueil&nbsp;re\u00e7u. L\u2019auteur \u00e9voque son rapport de justification r\u00e9dig\u00e9, dit-il, sous une forme \u00ab&nbsp;humoristique&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>l\u2019histoire du russe confondu avec un Boche et ma foi j\u2019avais tenu \u00e0 lui apprendre la politesse un peu \u00e0 la fran\u00e7aise. Mais comme \u00e7a ne donnait pas de r\u00e9sultats j\u2019avais employ\u00e9 la m\u00e9thode Boche, c\u2019est-\u00e0-dire la trique.<\/em>&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s le conflit, alors qu\u2019il est en Orient, il produit cette litote, alors qu\u2019il commande des tirailleurs (p. 340)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;on a beaucoup moins de scrupules qu\u2019avec des Fran\u00e7ais.<\/em>&nbsp;\u00bb L. Chuillet reproduit quelques ordres du jour, dont deux assez originaux&nbsp;; d\u2019abord une manifestation fran\u00e7aise \u00e0 r\u00e9aliser en premi\u00e8re ligne \u00e0 minuit&nbsp;lors de l\u2019anniversaire du Kaiser (p. 146): \u00ab<em>Tout le monde \u00e0 son poste de combat \u2013 Au commandement des commandants de Compagnies toutes les unit\u00e9s crieront&nbsp;: \u00ab&nbsp;mort aux boches. A bas le Kaiser. Vive la France.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; puis un curieux et long document, \u00e0 lire plusieurs fois aux compagnies, une \u00ab&nbsp;<em>litanie de la haine<\/em>&nbsp;\u00bb [des Allemands], compos\u00e9e par le Colonel Brissaud (Somme, juillet 1916, p. 174), dont le caract\u00e8re formel (chacune des 18 strophes se termine par \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019ils soient maudits<\/em>&nbsp;\u00bb) fait penser \u00e0 une tentative d\u2019endoctrinement id\u00e9ologique dans un cadre militaire, mais ces paragraphes ne reprennent en fait que les griefs courants contre l\u2019Allemagne, que l\u2019on retrouve dans la grande presse. \u00c0 Maurepas en juillet 1916, il est bless\u00e9 apr\u00e8s avoir d\u00e9crit un \u00e9chec sanglant, dont la faute incombe d\u2019apr\u00e8s lui \u00e0 son colonel (mauvaise pr\u00e9paration \u2013 r\u00e9seaux intacts \u2013 refus de surseoir \u00e0 l\u2019assaut, p. 185) \u00ab&nbsp;<em>Ah les artilleurs et le colonel Brissaud, voici votre \u0153uvre, vous chef avant-hier sceptique sur la reconnaissance du sous-lieutenant Chuillet, qui avait fait son devoir&nbsp;<\/em>\u00bb. Il est hospitalis\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Astoria avenue Marceau, et il y mentionne un vacarme paradoxal pour un h\u00f4pital (p. 191)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quel train de vie bruyant ce Paris jusqu\u2019\u00e0 minuit. Il nous est impossible de fermer l\u2019\u0153il et d\u00e8s 4h du matin les tramways roulent.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>C. le repos du guerrier<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Atypique aussi, chez l\u2019auteur, est son peu de go\u00fbt pour les permissions, chez lui, dans les Deux-S\u00e8vres, ainsi (p. 114), \u00ab&nbsp;<em>je suis heureux de repartir, sinc\u00e8rement, ma permission a \u00e9t\u00e9 longue.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; ou pour la convalescence (p. 200), \u00ab&nbsp;<em>Que vais-je faire dans ce pauvre trou de Prahecq&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb. La ville a plus d\u2019attraits pour lui, et on peut y suivre sa consommation d\u2019amours tarif\u00e9s, les indices n\u2019\u00e9tant qu\u2019\u00e0 demi dissimul\u00e9s&nbsp;: cette demi-franchise, peu courante chez les diaristes, aurait-elle r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 une publication du vivant de l\u2019auteur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; &nbsp;G\u00e9rardmer 1915 p. 129&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Evidemment, c\u2019est une d\u00e9tente compl\u00e8te. G\u00e9rardmer \u00e9tant parfaitement approvisionn\u00e9 en tout, je dis bien en tout.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; Paris 1916, fin d\u2019hospitalisation&nbsp;&nbsp; (p. 195)&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s une bonne nuit nous rentrons \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 8 h accompagn\u00e9s de nos petites poules et ce fut le scandale. La directrice nous attendait \u00e0 la porte.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; Grenoble f\u00e9vrier 1917 \u00ab&nbsp;<em>\u00e7a va. R\u00e9ceptions, femmes, jeux, un peu d\u2019exercice, voil\u00e0 la vie de l\u2019arri\u00e8re. \u00c7a tient, mais \u00e0 la base \u00e7a manque d\u2019int\u00e9r\u00eats. Il y manque l\u2019esprit du front et surtout l\u2019esprit de popote.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; Paris, d\u00e9fil\u00e9 du 14 juillet 1917, h\u00e9berg\u00e9 \u00e0 Chaville chez un camarade, puis&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>retour \u00e0 Paris o\u00f9 je passe une nuit agr\u00e9able \u00e9videmment.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Dans cette logique, les jours qui suivent le onze novembre 1918 \u00e0 Paris le soul\u00e8vent d\u2019enthousiasme (p. 319)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quelle f\u00eate. Quelle bombance. C\u2019est incroyable, chaque poilu a sa femme \u00e0 l\u2019\u0153il. C\u2019est \u00e9patant. C\u2019est parfait.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>D. Les troubles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u00e9on Chuillet mentionne les troubles de mai et juin 1917 dans son unit\u00e9, il \u00e9voque le moral partout tr\u00e8s bas \u00e0 cause de la d\u00e9ception du 16 avril. La journ\u00e9e du 2 juin est mouvement\u00e9e \u00e0 la brigade (p. 216)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 20 h voici que l\u2019on entend une vive fusillade et des cris de \u00e0 bas la guerre. Rien de bien effrayant \u00e0 la Cie cependant. Les Chasseurs crient aussi et demandent \u00e0 parler au Capitaine (\u2026) La 7<sup>e<\/sup> Cie du 54 <\/em>[BCP] <em>est particuli\u00e8rement agit\u00e9e. J\u2019y saute et en faisant un peu de boxe nous arrivons \u00e0 ramener le calme. (\u2026) Tout ceci est bien regrettable et nos braves Chasseurs se laissent entra\u00eener par des meneurs.&nbsp;<\/em>\u00bb . Il profite plus tard en Italie &nbsp;de cette exp\u00e9rience: il estime (janvier 1918) qu\u2019il y a beaucoup de rel\u00e2chement dans son peloton (p. 273) \u00ab<em>Les chasseurs ne veulent plus rien foutre. Va falloir secouer tout \u00e7a.<\/em>&nbsp;\u00bb et le lendemain, \u00ab&nbsp;<em>toute la journ\u00e9e je suis sur leur dos&nbsp;: revues, exercices rang serr\u00e9, maniement d\u2019armes, etc. Je me rappelle les incidents de 17. Faut pas laisser couver d\u2019incendies.\u00bb<\/em> Le jour m\u00eame de l\u2019armistice, il est encore hospitalis\u00e9 \u00e0 P\u00e9rigueux (2<sup>\u00e8me<\/sup> blessure d\u00e9but octobre 1918) et il d\u00e9crit un \u00ab&nbsp;petit incident&nbsp;\u00bb en ville (p. 318)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Les communistes crient \u00ab&nbsp;\u00e0 bas l\u2019arm\u00e9e&nbsp;\u00bb. Bande de cochons de salauds, dans un jour d\u2019all\u00e9gresse comme \u00e7a ils d\u00e9filent avec le drapeau rouge qui leur est arrach\u00e9 des mains par un jeune sous-lieutenant amput\u00e9 d\u2019un bras. Le soir \u00e0 15 heures m\u00eame incident. Le pr\u00e9fet intervient et fait interdire le kiosque \u00e0 musique, un porte-parole du parti socialo-communiste voulait haranguer la foule.&nbsp;\u00bb<\/em> Pour la suite du volume, sa description de l\u2019Orient en 1919 et 1920 est int\u00e9ressante, mais pour mai 1940, les faits sont seulement rapport\u00e9s par des tiers qui ont combattu \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc ici, le t\u00e9moignage d\u2019un meneur d\u2019hommes, parfois brutal, que son <em>\u00ab&nbsp;allant&nbsp;\u00bb<\/em> propulse vers la L\u00e9gion d\u2019honneur en 1917 et le grade de capitaine&nbsp;en juin 1918 (\u00e0 titre temporaire).Ce type d\u2019officier de troupe est pr\u00e9cieux pour le commandement pendant le conflit, mais avec la paix, sa carri\u00e8re stagne&nbsp;: il n\u2019est titularis\u00e9 capitaine \u00e0 titre d\u00e9finitif qu\u2019en 1926, et il passe commandant seulement en 1936. La description par L\u00e9on Chuillet de l\u2019univers des poilus pose aussi la question de l\u2019influence exerc\u00e9e par sa vision d\u2019officier d\u2019infanterie des ann\u00e9es trente, y compris dans son vocabulaire et ses expressions; il est donc probable que le caract\u00e8re original de ce r\u00e9cit repose beaucoup, au moment de la r\u00e9daction, sur la proximit\u00e9 avec la troupe qui est alors encore la sienne. Sa pugnacit\u00e9 et son courage ne se d\u00e9mentiront pas par la suite&nbsp;: il est tu\u00e9 en mai 1940 \u00e0 la t\u00eate de son bataillon.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, f\u00e9vrier 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal de marche 1914 \u2013 1920 1. Le t\u00e9moin L\u00e9on Chuillet (1891-1940) est n\u00e9 \u00e0 Prahecq (Deux-S\u00e8vres) dans une famille de cultivateurs. Incorpor\u00e9 au 8e Cuirassier en 1912, il y est mar\u00e9chal des logis en ao\u00fbt 1914. 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