{"id":4348,"date":"2023-05-22T17:30:47","date_gmt":"2023-05-22T16:30:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4348"},"modified":"2023-12-06T20:09:53","modified_gmt":"2023-12-06T19:09:53","slug":"dubourg-gabriel-1896-1992","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/05\/22\/dubourg-gabriel-1896-1992\/","title":{"rendered":"Dubourg, Gabriel (1896 \u2013 1992)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Mes guerres<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Gabriel Dubourg (1896 \u2013 1992), originaire du Tuzan (Gironde), en Gascogne foresti\u00e8re, est \u00e9tudiant en droit lorsqu\u2019il est appel\u00e9 en avril 1915 (classe 16). Volontaire pour un stage d\u2019aspirant \u00e0 Joinville, il arrive au front avec ce grade en janvier 1916. Il combat au 418<sup>e<\/sup> RI de 1916 \u00e0 1918, avec une blessure au Chemin des Dames en 1917. Sous-lieutenant en 1919, il requiert r\u00e9guli\u00e8rement comme commissaire en Conseil de Guerre. Candidat conservateur aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de 1936, il est battu par le candidat du Front Populaire. Mobilis\u00e9 comme officier au 443<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de pionniers en 1939, il est fait prisonnier en 1940.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Mes guerres<\/em> de Gabriel Dubourg (186 pages) a paru aux Nouvelles \u00c9ditions Debresse en 1984. Le r\u00e9cit, assez pr\u00e9cis au d\u00e9but, est centr\u00e9 sur la Grande Guerre, avec une structure chronologique qui devient th\u00e9matique. La fin du livre \u00e9voque rapidement l\u2019entre-deux-guerres, 1940 et des consid\u00e9rations diverses, de \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9nigme Rudolf Hess<\/em>&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>la retraite et la carte du Combattant&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le r\u00e9cit de Gabriel Dubourg est r\u00e9dig\u00e9 tard dans la vie de l\u2019auteur, et celui-ci demande, lorsqu\u2019il \u00e9voque sa formation d\u2019aspirant \u00e0 Joinville (p. 24)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Des camarades dont j\u2019ai cit\u00e9 le nom, combien subsistent encore? (\u2026) S\u2019il en reste un, il a plus de 85 ans. Je lui demande de se faire conna\u00eetre.&nbsp;<\/em>\u00bb Enfant, l\u2019auteur fr\u00e9quente des camarades de m\u00e9tairies \u00e9loign\u00e9es, qui ne parlent que le gascon, mais devenu interne au sortir de l\u2019enfance, puis \u00e9tudiant en droit \u00e0 Bordeaux, il vient probablement d\u2019une famille de notables ruraux. Le r\u00e9cit est int\u00e9ressant surtout dans sa premi\u00e8re moiti\u00e9, lorsque l\u2019auteur d\u00e9crit en d\u00e9tail sa formation et ses d\u00e9buts sur le front. Les \u00e9vocations th\u00e9matiques qui suivent, (Soldats, Sous-officiers, Combats, D\u00e9faillances, Les Armes\u2026), sont plus disparates&nbsp;: ce sont surtout des jugements personnels, plus difficiles \u00e0 traiter comme mat\u00e9riaux factuels historiques.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>La classe 16<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur t\u00e9moigne d\u2019abord de la chance qu\u2019il a d\u2019\u00eatre de la classe 16, la premi\u00e8re \u00e0 \u00eatre \u00ab&nbsp;\u00e9conomis\u00e9e&nbsp;\u00bb par le commandement (p. 26)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>apr\u00e8s les effroyables h\u00e9catombes du d\u00e9but de la guerre, on d\u00e9cida de m\u00e9nager le mat\u00e9riel humain et la classe 16 fut la premi\u00e8re \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de ce r\u00e9pit.&nbsp;<\/em>\u00bb Il insiste pour \u00eatre vers\u00e9 au 418<sup>e<\/sup> RI, unit\u00e9 de Bordeaux qui jouit d\u2019un \u00ab&nbsp;<em>prestige immense<\/em>&nbsp;\u00bb dans le Sud-Ouest. C\u2019est un r\u00e9giment de marche associ\u00e9 \u00e0 la 153<sup>e<\/sup> DI, qui emploie aussi des zouaves et des tirailleurs&nbsp;; de par son emploi offensif, ce r\u00e9giment d\u2019attaque est r\u00e9guli\u00e8rement d\u00e9cim\u00e9, et d\u2019apr\u00e8s lui, c\u2019est une unit\u00e9 qui \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9teste les tranch\u00e9es<\/em>&nbsp;\u00bb. Form\u00e9e essentiellement des classes 15 et 16 puis 17, en dehors des offensives elle passe beaucoup de temps \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, par exemple deux mois au Crotoy sur la Manche \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1916 et l\u2019hiver suivant aux Salines de Lorraine.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Un r\u00e9giment de jeunes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">D\u00e8s la page 45, l\u2019auteur quitte le r\u00e9cit chronologique et passe \u00e0 des jugements personnels. Pour lui, une des qualit\u00e9s militaires de son unit\u00e9 r\u00e9side dans la jeunesse de ses soldats, et dans le fait qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 bien form\u00e9s dans les d\u00e9p\u00f4ts. \u00c0 son avis, les soldats de la classe 14 et 15, qui n\u2019ont pas connu la servitude des casernes, sont g\u00e9n\u00e9ralement enthousiastes et \u00ab&nbsp;<em>ont infus\u00e9 un sang nouveau dans nos unit\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 55). De m\u00eame, apr\u00e8s les h\u00e9catombes de la Somme (43 officiers, dont 18 tu\u00e9s, pour le 418<sup>e<\/sup> RI), la quasi-totalit\u00e9 des effectifs a \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9e par des \u00e9l\u00e9ments jeunes, bien instruits et disciplin\u00e9s, des classes 16, 17 et 18. Si l\u2019auteur anticipe avec la classe 18, il semble bien que la jeunesse soit pour lui une des caract\u00e9ristiques les plus significatives de son unit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Un soldat de 19 ans enthousiaste<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> L\u2019auteur se d\u00e9crit, en 1915, volontaire pour l\u2019encadrement et un r\u00e9giment de choc, tout en s\u2019en \u00e9tonnant lui-m\u00eame apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es. Il s\u2019inspire d\u2019une lettre \u00e0 ses parents, qui t\u00e9moigne de son \u00e9tat d\u2019esprit d\u2019alors, et dit \u00ab&nbsp;<em>tenir cette lettre jaunie \u00e0 la disposition des sceptiques<\/em>&nbsp;\u00bb. Il \u00e9voque l\u2019enthousiasme d\u2019un tout jeune homme, pris dans l\u2019ambiance d\u2019un patriotisme g\u00e9n\u00e9ral, \u00ab&nbsp;<em>elle donne bien le ton moyen des cadres subalternes, surtout des plus jeunes&nbsp;<\/em>\u00bb (courage et na\u00efvet\u00e9). Il se r\u00e9jouit de rejoindre de 418<sup>e<\/sup> RI \u00ab&nbsp;<em>de choc&nbsp;et d\u2019attaque<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 54), et pense son attitude repr\u00e9sentative de sa g\u00e9n\u00e9ration. On peut consid\u00e9rer qu\u2019elle l\u2019est effectivement pour les plus jeunes volontaires aspirants qui l\u2019entourent, mais cet enthousiasme n\u2019est pas partag\u00e9 par beaucoup de sous-lieutenants de r\u00e9serve plus \u00e2g\u00e9s, qui ont en 1916 une longue exp\u00e9rience du front. Cette jeunesse de l\u2019auteur lui fait lui fait aussi m\u00e9conna\u00eetre les conditions sociales pr\u00e9caires v\u00e9cues par ses hommes&nbsp;: il mentionne que ce sont des conversations d\u2019apr\u00e8s-guerre, lors de banquets des anciens du r\u00e9giment, qui lui ont fait prendre conscience de ces r\u00e9alit\u00e9s et que son ancien ordonnance lui a appris beaucoup de choses (p. 81) \u00ab<em>ignor\u00e9es des chefs qui ne vivent pas dans l\u2019intimit\u00e9 de la troupe, en particulier qu\u2019il n\u2019a jamais re\u00e7u de son p\u00e8re ou de sa famille, pendant toute la guerre, ni argent ni colis, mais seulement de rares lettres. \u00ab&nbsp;<\/em>Il y en avait beaucoup d\u2019autres comme moi, <em>me dit-il<\/em>, aussi les pi\u00e8ces d\u2019un ou deux francs que vous me donniez de temps en temps m\u2019\u00e9taient bien utiles.<em>&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Prisonniers ex\u00e9cut\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">G. Dubourg \u00e9voque \u00e0 deux endroits diff\u00e9rents des ex\u00e9cutions de prisonniers allemands, au Chemin des Dames en avril 1917 (Cerny, Sucrerie). Bless\u00e9 et soign\u00e9 \u00e0 Cahors (\u00e9t\u00e9 1917&nbsp;?), il rencontre une infirmi\u00e8re qui est la cousine du colonel de Valon, son commandant de r\u00e9giment. L\u2019auteur est invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner un mois plus tard chez des parents du colonel, chez qui celui-ci est de passage (p. 35). On citera un long extrait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;<em>Puis, au dessert <\/em>(in cauda venenum)<em>, le Colonel me d\u00e9clare tout net&nbsp;: <\/em>\u00ab&nbsp;vous \u00e9tiez bien \u00e0 la 10<sup>e<\/sup> compagnie, en premi\u00e8re vague&nbsp;?&nbsp;<em>\u00bb Sur ma r\u00e9ponse affirmative, je re\u00e7ois ce compliment brutal&nbsp;: <\/em>\u00ab&nbsp;je ne vous f\u00e9licite pas, vous avez tu\u00e9 beaucoup de prisonniers.<em>&nbsp;\u00bb J\u2019encaisse tr\u00e8s mal l\u2019insulte (\u2026) ma r\u00e9ponse jaillit&nbsp;: <\/em>\u00ab&nbsp;Mon Colonel, je ne sais pas, je ne regardais que devant moi et n\u2019ai tir\u00e9 que sur des combattants arm\u00e9s&nbsp;; ces faits se sont produits derri\u00e8re moi. Et puis, mon Colonel, vous savez bien que le but de la guerre est la destruction de l\u2019ennemi&nbsp;: nous l\u2019avons dit et redit \u00e0 nos soldats, ce sont des simples, ils ont ob\u00e9i aux consignes. Ma section s\u2019est bien conduite et je suis arriv\u00e9 au Chemin des Dames&nbsp;; il ne me restait qu\u2019une dizaine d\u2019hommes sur 45.&nbsp;<em> (\u2026)&nbsp;\u00bb La r\u00e9ponse est plus feutr\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em>Oui, je sais, mais il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il ne faut pas tuer un soldat d\u00e9sarm\u00e9.&nbsp;<em>\u00bb Puis d\u2019un ton plus aimable, le colonel lui affirme sa consid\u00e9ration et sa volont\u00e9 de le promouvoir<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 un autre endroit, l\u2019auteur relate en d\u00e9tail ce m\u00eame assaut du 16 avril au 418<sup>e<\/sup>, et c\u2019est un r\u00e9cit de bonne qualit\u00e9 documentaire (p. 74 \u2013 78)&nbsp;; il mentionne que sa section sort bien, progresse et atteint ses objectifs&nbsp;; le combat se poursuit \u00e0 la grenade mais ne peut \u00e9voluer vers l\u2019avant, et les hommes indemnes appartenant \u00e0 des unit\u00e9s m\u00e9lang\u00e9es doivent se terrer. Puis au c\u0153ur du r\u00e9cit, comme dans un flash sordide, au c\u0153ur du combat vers l\u2019avant (p. 78)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La troupe de l\u2019avant ne s\u2019int\u00e9resse pas aux prisonniers qui l\u00e8vent les bras ou emportent nos bless\u00e9s&nbsp;; (\u2026) Dans le d\u00e9sordre provoqu\u00e9 par les pertes subies et le m\u00e9lange in\u00e9vitable avec l\u2019unit\u00e9 d\u2019arri\u00e8re, je me heurte \u00e0 deux de mes soldats entourant un bless\u00e9 allemand \u00e0 genoux. Le premier, accroupi, fouille sa tunique&nbsp;; le second lui tire \u00e0 bout portant un coup de feu dans le dos, au risque de blesser son camarade. Je donne un coup de pied dans les c\u00f4tes du premier, une bourrade au second et crie de nouveau&nbsp;: \u00ab&nbsp;En avant&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Je continue la progression avec eux.&nbsp;<\/em>\u00bb Rien n\u2019oblige notre narrateur \u00e2g\u00e9 \u00e0 citer ces faits. En g\u00e9n\u00e9ral, dans les autres t\u00e9moignages \u00e9crits, ces occurrences se rencontrent plut\u00f4t sous une forme invers\u00e9e, avec des r\u00e9cits de soldats qui en emp\u00eachent d\u2019autres d\u2019ex\u00e9cuter des prisonniers. Cela m\u00e9riterait une \u00e9tude plus fine, mais ces freins semblent venir majoritairement de soldats ou de sergents d\u2019\u00e2ge \u00ab&nbsp;m\u00fbr&nbsp;\u00bb (plus de 30 ans), qui s\u2019opposent aux exc\u00e8s de soldats beaucoup plus jeunes. Ici, on a un tout jeune cadre qui, dans le tumulte du combat, ne ma\u00eetrise pas les exc\u00e8s de ses jeunes soldats.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">G. Dubourg, \u00e0 un troisi\u00e8me endroit (p. 108), \u00e9voque la courbe d\u2019apprentissage allemande, ici lors d\u2019un assaut dans la Somme&nbsp;: \u00ab<em>Des Allemands ont lev\u00e9 les mains pour aller vers l\u2019arri\u00e8re, ils doivent traverser nos troupes, chez lesquelles la bienveillance ne leur est pas acquise. A ma grande surprise, je vois les soldats ennemis rechercher nos bless\u00e9s et nos morts, tr\u00e8s nombreux, les charger sur leur dos ou se mettre \u00e0 deux pour les porter, assur\u00e9s ainsi que personne n\u2019attentera \u00e0 leur vie.&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Un t\u00e9moin conservateur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur ne dit presque rien de 1918, sinon qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 trois mois adjoint au commandant d\u2019une \u00e9cole de grenadiers pr\u00e8s de Tarbes. Alors qu\u2019il \u00e9tait convalescent \u00e0 Cahors pour sa blessure de 1917, un interm\u00e8de sur le foirail situe politiquement notre auteur (p.87)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab<em>&nbsp;Un indig\u00e8ne m\u2019aborde&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>&#8211; alors, lieutenant, elle est bient\u00f4t finie, cette guerre&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>&#8211; d\u00e8s qu\u2019elle sera gagn\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>&#8211; c\u2019est qu\u2019on en a assez de se battre pour les riches, les capitalistes et les ch\u00e2telains, nous qui n\u2019avons rien \u00e0 d\u00e9fendre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>&#8211; Occupez-vous de vos vaches et foutez-moi la paix.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Dans ses fonctions de commissaire au Conseil de Guerre en 1919, il raconte avoir fait acquitter un soldat basque accus\u00e9 d\u2019abandon de poste (p. 105) \u00ab&nbsp;<em>Aujourd\u2019hui, c\u2019est un soldat basque de 30 ans, illettr\u00e9, qui compara\u00eet. Ils le sont presque tous, les enfants basques ne fr\u00e9quentant pas l\u2019\u00e9cole en raison des brimades de la R\u00e9publique contre les \u00e9tablissements catholiques et leurs cur\u00e9s, dont on a supprim\u00e9 les traitements. Beaucoup d\u2019appel\u00e9s ou de permissionnaires ont pass\u00e9 la fronti\u00e8re pour aller en Espagne ou en Am\u00e9rique&nbsp;; cette guerre n\u2019est pas la leur&nbsp;; elle ne les concerne pas.<\/em>&nbsp;\u00bb Le proc\u00e8s se d\u00e9roule avec un interpr\u00e8te, le soldat n\u2019a pas compris les ordres, et G. Dubourg se satisfait de sa relaxe. Par contre, \u00e0 Mulhouse, lors des gr\u00e8ves de 1919, des gendarmes ont \u00e9t\u00e9 insult\u00e9s (p. 104)&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>la salle du Conseil est pleine de mineurs, certains \u00e0 la mine patibulaire. On sent le public hostile (\u2026) je requiers durement. Tout le monde est condamn\u00e9. La gendarmerie sera respect\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le ton de la narration pour les ann\u00e9es Trente, au moment de la d\u00e9faite de 40 puis pour les ann\u00e9es soixante, est amer, sans que l\u2019on sache si cette acrimonie est accentu\u00e9e par le grand \u00e2ge du r\u00e9dacteur (p. 123) \u00ab&nbsp;<em>Mais la guerre a fauch\u00e9 nos \u00e9lites physiques, intellectuelles et aussi morales, soit cinq pour cent de la population. Que reste-t-il apr\u00e8s quatre ans de guerre&nbsp;? Si l\u2019\u00e9lite a disparu, le d\u00e9chet est intact.<\/em>&nbsp;\u00bb ou <em>\u00ab&nbsp;La repr\u00e9sentation parlementaire ne tarde pas \u00e0 \u00eatre \u00e0 l\u2019image de la population restante.<\/em>\u00bb Le recueil mentionne aussi la d\u00e9testation de De Gaulle et \u00e0 la fin, le regret de l\u2019abandon de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc au total, une publication tardive, qui essaie de retrouver l\u2019ambiance d\u2019un monde disparu, celui de l\u2019univers patriote d\u2019un jeune \u00e9tudiant issu d\u2019une famille conservatrice vers 1915&nbsp;: ces \u00e9crits souvent d\u00e9sabus\u00e9s sont int\u00e9ressants en ce qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent une guerre rev\u00e9cue, \u00e0 travers la rem\u00e9moration, comme un moment d\u2019authenticit\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la jeunesse, la paix revenue n\u2019apportant, surtout sur la dur\u00e9e, qu\u2019un long cort\u00e8ge de d\u00e9sillusions.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, mai 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mes guerres 1. 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